‹ Moines et sibylles dans l'antiquité judéo-grecqueChapitre 1 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le nom du philosophe juif alexandrin, Philon, est aujourd'hui presque inconnu en France. Ce sont pourtant nos érudits de la Renaissance, Budée, Morel, Turnèbe, Pierre Bellier, qui l'ont mis au jour et ont révélé au monde savant l'importance de ses écrits. « La direction prise par les études françaises depuis le siècle de Louis XIY jusqu'à ces derniers temps, dit un critique anglais semble indiquer que nos voisins en sont

1 Saturclay Review, du 30 novembre 1867, dans un article intitulé: Delaunaifs Philo, et provoqué par la publication de noire volume relatif aux Écrits historiques de Philon d'Alexandrie. Le critique anglais ajoute :

« Quelle qu'en soit d'ailleurs la raison, les littéral lires grecque

vi INTRODUCTION.

venus à penser que les littératures grecque et biblique sont trop abstraites ou trop ardues pour d'autres que des pédants de profession; or il n'y a pas de Français qui n'aspire à être quelque chose de mieux qu'un pédant. »

Derrière la personnalité de Philon, obscurcie chez nous par l'éloignement, par le caractère mystique et théologique de ses soixante traités, enfin par la décadence et l'abandon des hautes questions d'érudition, derrière cette personnalité se cache un groupe d'écrivains qui ont fondé une grande école philosophique. Cette école, à son tour, participe à un mouvement dont les

et biblique ont été notablement négligées en France, excepté par l'illustre et savante Congrégation de Saint-Maur. Cette négligence est d'autant plus frappante qu'elle constitue une déviation sensible du cours que semblait annoncer l'aurore de la renaissance littéraire dans ce pays. En effet, au seizième siècle, c'est en'France que nous trouvons la plus solide et la plus profonde érudition grecque du temps ; c'est là que le mouvement qui entraîne les esprits vers la littérature de la Grèce est le plus ardent. Au commencement, c'est Budée; à la fin, c'est Lambinus, Turnèbe, Casaubon, Henri Estienne, tous hommes dignes d'être placés à la tête d'une série de savants aussi illustres que ceux qui, dans les siècles suivants, se transmirent sans interruption le flambeau de la science en Allemagne et en Angleterre.

« Les écrivains de talent, les esprits éminents, qui ont incontestablement créé cette brillante littérature moderne, se jeté-

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