II. Mais hâtons-nous de le dire surtout aux
pécheurs : Confidite, ayez confiance. Toules les raisons que nous avons données à l'âme» juste et fidèle doivent être reprises ici, mais avec plus de force; car se laisser aller au découragement, à la défiance, au désespoir, quand on a un peu d'amour pour la sainte Vierge, serait un crime, une ingratitude : Opeccafor, nedifpdasï
Elle est aussi voire Mère; vous êtes son enfant, pauvre pécheur, mais elle a d'autant plus de tendresse et d'amour pour vous, que vous êtes plus malheureux, et qu'elle craint de vous perdre. Elle vous voit du haut du ciel, et ses regards inquiets et maternels vous suivent ; sa voix vous appelle... Elie veut vous sauver, encore une fois; comme une mère qui s'occupe bien plus de son enfant malade que de tous les autres. Elle ne pense plus qu'à lui, on dirait qu'elle n'aime plus que lui; jour et nuit elle le garde, elle le soigne; elle le sauvera. 0 peccator^ ne diffidus ; ayez donc confiance, pauvre pécheur, oui, elle vous sauvera et vous conduira un jour au Ciel.
Elle est pour vous aussi, pour vous surtout la Reine des cieux, et e,,c se servira de sa puissance, pour vous arraciici au péché et à la mort. Elle enverra des anges qui vous protégeront, et, de ses yeux et de ses mains, il s'échappera des rayons de lumière, qui éclaireront vos ténèbres ;
et de son cœur il tombera sur votre cœur des grâces, qui le toucheront, qui le briseront, qui le convertiront. Non, vous ne péiirez pas, et vous ne pouvez pas dire qu'elle vous ait jamais abandonné. Est-ce que vous n'avez pas entendu quelquefois un cri d'alarme, qui vous a troublé?... C'était la voix de votre Mère.... Est-ce que vous n'avez pas eu un jour une pensée soudaine de Dieu, un souvenir de l'éternité?... C'était un
regard de ses yeux La Reine du ciel, votre
mère, vous regardait avec douleur, vous appelait avec amour, pour vous sauver : Opeccator, ne di/fidas; ayez donc confiance, pauvre pécheur.
Elle est enfin pour vous, et pour vous surtout, la Porte du ciel; janua coelî.,, vous ne pouvez espérer d'y entrer que par elle ; c'est elle qui vous obtiendra le pardon, qui attirera la miséricorde, qui plaidera votre cause... Mais ayez confiance, et lâchez donc de ne plus contrister son cœur. Elle TOUS défendra contre la mort, et môme contre Dieu, en détournant les coups de sa justice. Gonsoler,pardonner, protéger,c'est l'office des mères: Dieu leur a donné la douceur, la clémence, tandis qu'il a confié aux pères la force, l'autorité, la justice et la sévérité.
0 peccator ^ ne diffidasî oui, elle finira par apaiser la colère de Dieu, que vos ingratitudes
avaient justement irrité, et elle vous sauvera. C'est dans ce sens qu'un grand saint aimait à interpréter une parole simple et naïve de la liturgie sacrée, où Marie n'est plus seulement appelée la porte, mais aussi la fenêtre du c\e\,CoeH fenestra fucta es, et je vais finir cet exercice par la petite parabole dont ce pieux évêque nous a donné lui-même Tidée.
Un homme, dit-il, avait un fils, un fils unique, mais d'un caractère détestable : c'était la honte et le désespoir de son père... Sa pauvre mère ne cessait de pleurer sur ses désordres, que cependant elle cachait, autant qu'elle pouvait, aux yeux de celui dont elle redoutait la colère... Déjà souvent elle l'avait apaisé, et avait détourné ses coups. Mais enfin cet enfant ingrat et dénaturé, ayant un jour osé résister en face à son père, celui-ci le chassa pour toujours de sa présence, le deshérita complètement, et lui défendit de reparaître à ses yeux ; la porte lui était fermée à jamais. Et le malheureux enfant ne tarda pas à comprendre tout ce qu'il avait perdu.... Il se ressouvint alors de sa mère, et quelquefois, la nuit, il venait, il regardait celte maison, où il avait été si heureux, et il pleurait.... La mère, de son côté, ne pouvait oublier ce pauvre enfant, et entr'ouvrant doucement la fenèire,elleregardaitaussi, et pleurait. Un jour, elle
MYSTÈRE DE L'ASCENSION. 27i
le ^it, le reconnut, et, touchée de compassion, car elle avait vu ses larmes, elle le fit rentrer par celte ouverture, parla fenêtre, dans la maison du père, qu'elle apaisa encore une fois ; et l'enfant ne la quitta plus jamais..., il y. était si heureux!
Eh hien ! pauvres pécheurs, c'est ainsi que vous irez au ciel , par la fenêtre, si vous avez un peu d'amour pour votre mère : Coeli fenestra facta es/,.. Ayez donc confiance; mais ne retombez plus, une fois qu'elle vous aura obtenu le pardon.. . 0 peccator, ne diffidas ! Dieu votre père voudrait en vain vous rejeter, vous fermer la porte; elle priera avec tant de larmes, elle parlera avec tant de force en votre faveur, qu'elle finira par triompher de la justice; la miséricorde l'emportera, et vous serez sauvé. Vous irez au ciel. 0 peccator^ ne diffidas!
0 mon cher lecteur, si vous êtes juste; si yous avez une réponse de vie dans votre âme, faites à Marie une belle prière d'espérance; dites-lui de prouver qu'elle est votre mère... Monstra te esse matrem... Ouvrez-vous, porte descieux.
Si vous êtes pécheur, oh ! pr>ez-la avec plus de confiance encore.., et demandez-lui un de ses regards de miséricorde... Dites avec amour la prière des miracles, le Memorare de saint Bernard ! Fenes^
tram in arcà faciès... (Gen.,vi., 16.) Et la fenêtre ae TArche divine et éternelle s'ouvrira un jour pour vous !
Refugium peccatorum,
Orapro nobi$
VIINGT-SEPTIEME JOUR,
MYSTÈRE DE LA PENTECOTE, (pour le jour de la fête).
Spiritus sanctus superveniei in te.
Le Saint-Esprit surviendra en TOUS. {Luc, I, 35.)
Il serait impossible, en ce jour de fête, de ne pas parler de l'Esprit-Saint que l'Église vient de recevoir, selon la promesse de son divin Époux; mais aussi, comment oublier Marie? Nous réunirons donc ces deux pensées dans une simple méditation , et nous nous efforcerons, comme toujours, de la rendre utile et pratique pour le pieux lecteur.
Les Apôtres étaient réunis dans le Cénacle, et, depuis dix jours, ils persévéraient dans l'ardeur delà prière, avec Marie mère de Jésus : Cum Maria ma^reJtsu {Xci.,i, 14). Ils disaient: Seigneur, vous nous l'avez promis, envoyez-nous du liant des Cieux l'Esprit de votre droite, celui qui doit nous enseigner la vérité, et qui seul peut consoler nos
cœtn S... Ils priaient, et le dixième jour, vers la neuvième heure, ia sainte Vierge, au milieu du sacré collège, éleva ses yeux pleins de iarmes, elle poussa un soupir... et dit : Venez, Esprit- Saint... venez, Veni, Sancte Spiriius I — Et dans ce moment un bruit de tonnerre se fit entendre, un vent de tempête ébranla la terre... une gerbe de feu descendit et se reposa d'abord mystérieusement sur la tête de Marie; puis, se divisant soudain en autant de flammes ardentes qu'il y avait d'apôtres dans le Cénacle, ce feu divin s'anêta sur leur front, et ils furent remplis de l'Esprit-Saint, et transformés.
Ce n'étaient plus les mêmes hommes ; ils avaient la science et la vertu d'en haut ; ils étaient prêts à conquérir le monde entier, et ils ont commencé dès ce jour à triompher des cœurs. Mais encore une fois, c'est à la prière de Marie que le Ciel s'est ouvert, c'est elle qui a fait descendre le Saint- Esprit, et c'est d'elle que l'Église l'a reçu; car ce Dieu avait d'abord versé dans son cœur toute la plénitude de ses dons immortels, et la flamme de son amour.
Voici maintenant le sujet de la méditation de ce jour. P Marie a reçu le Saint-Esprit dans trois circonstances solennelles de sa vie, et elle a répondu à ces grâces avec une admiraNe fidélité.
11° Nous l'avons reçu nous-mêmes dans trois circonstances analogues; mais comment ?.^
1. La sainte Vierge a d'abord reçu la visite et la grâce du Saint-Esprit, au jour de sa conception immaculée, Sanctificavit tobernaculum suum Altis» simusÇPs. XIV, 5). Temple auguste, sanctuaire ineffable, seul tabernacle vraiment digne de la divinité, Marie a été comblée, en ce moment,de l'abondance de toutes les grâces et des trésors célestes : grâces de préservation et de prédilection, ainsi que nous l'avons médité, le premier jour de ce mois béni.
Nous avons vu aussi avec quelle fidélité Marie a répondu à ces faveurs divines, quelle vie sainte elle a menée au temple du Seigneur, et quels progrès cette âme pure et docile fit à chaque heure, ou plutôt à chaque instant, sous l'action du Dieu qui \ivait dans son cœur et qui l'animait, pour ainsi dire, du souffle brûlant de son amour... C'est dans ces saintes ardeurs qu'elle se prépara au grand mystère de l'Incarnation, et qu'elle mérita de devenir la mère de son Dieu.
2° Lorsque les temps furent accomplis, le Seigneur envoya, du haut des Cieux, le plus beau et le plus puissant des Anges à la fille des rois, à l'humble Vierge Marie. Et Gabriel, pour obtenir d'elle le consentement nécessaire au plan divw
de la Rédemption, lui dit : Ne craignez pas, à Vierge pleine de grâces et bénie entre toutes les femmes... c'estl'Esprit même de Dieu, et la flamme de l'Éternel amour qui surviendra en vous, Spiritus sanctus superveniet in te... et son ombre céleste» descendant de la gloire, donnera la vie à l'enfant dont vous serez la Mère : Et virtus Altissimi obumbrabit libi (Luc. , i, 37). Marie ayant répondu : Fiat y je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole... l'Esprit-Saint, la vertu de Dieu même descendit de nouveau dans ce temple sacré, et remplit de grâces son glorieux tabernacle : Sanctif.cavit tabernaculum suum Altissimus. Au moment où le Verbe fait chair reposa dans le sein de Marie, son âme fut comme inondée de toute Tabondance des trésors de la grâce, et des richesses même des Cieux. Il fallait bien qu'un Dieu descendu de la gloire n'eût pas trop à regretter les splendeurs de sa vie éternelle.
Et nous avons vu, dans la méditation du mystère de l'Incarnation, au sixième jour de ce mois béni, comment la sainte Vierge Marie a répondu à cette seconde grâce de l'Esprit-Saint... C'est par la perfection de ses vertus incomparables de pureté et d'humilité, qu'elle a vraiment mérité de devenir le digne sanctuaire de la divinité, la mère du Fils incarné dans ses chastes entrailles, et le
temple de l'Esprit-Saint, qui seul pouvait opérer ce grand mystère d'amour : Ut dignum Filii tui habitaculum effici mereretur Spirita Sancto cooperante... Les Anges admiraient tant de merveilles, et ne cessaient d'adorer leur Dieu anéanti : mais aussi, dans sa mère, ils honoraient leurreine puissante, que sesvertus mettaient au-dessus de toutes les intelligences des Gieux, et allaient en quelque sorte rapprocher de la gloire du Dieu Créateur. 3° Mais c'est surtout au jour solennel de la Pentecôte que la Sainte Vierge a reçu la plénitude des dons du Saint-Esprit. C'est en ce moment^ qu'elle est réellement devenue la mère de la grâce, pour nous et pour l'Église entière... Si nous considérons ce que la présence de cet Esprit a fait dans les Apôtres; si nous nous rappelons ce qu'ils étaient avant ce mystère, et ce qu'ils sont devenus en un instant, il est comme impossible de concevoir ce que la vertu de ce Dieu à dû faire dans l'àme de la Mère de Dieu. La comparaison d'une goutte d'eau devant les abîmes de l'Océan nous paraît trop commune et insuffisante. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'action incessante de l'Esprit di^in sur cette àme, la plus pure et la plus humble, devait la rendre encore plus digne de tant d'amour et de tant de gloire.
L*intellig"ence lumiaine s'arrête corame ravie et impuissante ; la pensée, même des Anges, ne peut plus concevoir de limites à cette perfection, qui approche une simple créature de la perfection de Dieu, comme dit saint Thomas : Fines divinitatis propinquius attingit. — Car, bien que je comprenne qu'une créature ne peut jamais arriver à la sainteté, à la perfection infinie de Dieu, cependant je ne puis pas comprendre qu'un Dieu ait refusé quelque grâce , quelque perfection à sa mère, et surtout à une mère si fidèle et si sainte...
Elle a commencé sa vie au-dessus des hauteurs et des sublimités des Anges, des Vertus et des Puissances du Ciel, Fundamenta ejus in montibus sanctjs (Ps. Lxxxvi), et elle a marché jusqu'au jour de l'Incarnation, avec une fidélité si parfaite, qu'elle était devenue digne d'être l'Épouse de VEsprit-Saint, digne d'être la mère de Jésus-Christ.
Une fois mère de ce Dieu, elle a été plus sainte encore et plus parfaite; et au Calvaire, par son union au sacrifice sanglant de la Croix, elle a donné au Père la gloire d'un acte vraiment infini et qui l'approchait de la sainteté de la Victime et du Dieu trois fois saint, pour lequel cet agneau sans tache venait de s'immoler. Fines divinitatis attingit.
Mais à dater du jour où l'Esprit-Saint est descendu dans cette âme, comme un feu d'amour, elle n'était plus sur la terre ; brûlée, consumée par cetîe flamme sacrée, elle montait, montait rncore vers Dieu qu'elle aima toujours, toujours plus, jusqu'au moment où elle fut appelée à l'aimer infiniment dans la gloire des Cieux... Fines divinitatis attingit !...
n. Eh bien ! nous aussi, nous enfants de Dieu, enfants de Marie, nous avons reçu le même Esprit-Saint, et dans trois jours bien solennels de la vie ; trois jours qui ont des analogies frappantes avec les trois mystères glorieux dont nous avons parlé. — 1° Le Baptême, jour de la conception ou de la vie spirituelle de l'âme. — 2** La première Communion, qui est comme l'Incarnation de Jésus-Christ en nous. — 3° La Confirmation, qui est réellement la descente du Saint-Esprit dans notre cœur. Nous ne dirons qu'un mot, avec un petit examen ou un retour sur nous-mêmes, pour voir ce que nous avons fait de la grâce de ce divin Esprit.
i° Au jour du Baptême. Il est vrai de dire que notre âme a été conçue dans les eaux saintes d" ^e sacrement, qu'elle est née pure et sans tache devant Dieu. A cette heure de grâce, le Saint-Esprit est descendu dans notre cœur, et il habitait avec
délices dans ce sanctuaire. 0 nrion cher lecteur, si vous avez eu le bonheur d'avoir un père chrétien, une mère vertueuse, je suis sûr que souvent ils auront adoré Dieu résidant en vous; comme ce saint illustre, le père d'Origène, qui, la nuit, pendant que son fils reposait au berceau, se levait doucement, s'approchait en silence, écartait les rideaux, et, découvrant la poitrine de l'enfant, laissait tomber des larmes d'amour sur ce tabernacle de la Divinité... Vous étiez pur alors et sans tache...
Mais, hélas ! qu'avez-vous fait des grâces de votre Dieu, et de votre Dieu lui-même?... A peine votre âme était-elle dégagée de ses premières entraves, qu'elle s'est révoltée contre cet Esprit- Saint ; et il a été contristé dans son temple. Que dis-je ? peut-être qu'il en a été banni avec honte et douleur. Cet Esprit est vérité, Deus veritas est I et les enfants apprennent si tôt à mentir !.., Il est amour. . . Deus charitas est, et ils naissent tous enfants de colère. Le souffle du scandale, le vent des passions, et quelquefois même les mauvaises doctrines ont suffi pour éteindre cette flamme sacrée. Que ce souvenir des fautes de l'enfance humilie et brise votre cœur !..
2° Au jour de la Première Communion. Le Saint-Esprit est survenu en vous pour préparer votre âme au mystère incomparable de l'amour
infini de Jésus-Christ, qui descend et qui s'incarne en quelque sorte dans les cœurs... Les saints Pères disent (jue l'Eucharistie est comme un renouvellement de ce mystère ineffable dans l'âme fidèle. L'Esprit-Saint vous couvrit de son ombre et vous donna sa vertu puissante, quand Jésus reposait dans votre sein ; et il vous a fait goûter les fruits les plus doux de la paix et de l'amour. Vous avez même connu et pressenti quelque chose delà joie et du bonheur des Cieux, parce que vous possédiez réellement dans votre àme le Dieu du GieL Ce jour, vous lui aviez promis de l'aimer à jamais; vous n'auriez pas môme voulu croire qu'il fût possible de le quitter, de l'abandonner, de le trahir, ou même de cesser de l'aimer.
Hélas! et qu'avez-vous tait?... Bientôt vous avez contristé ce divin Esprit,... que dis-je? vous l'avez encore banni de son sanctuaire, malgré ses plaintes et ses gémissements... En vain les Anges Yous disaient de prendre garde, et que cette flamme d'amour allait bientôt s'éteindre! Spiritum nolite extinguere (Tim., v, 16). Ah! il y en a si peu qui échappent aux passions et aux folies de la jeunesse!... C'est alors que le souffle du mal est plus puissant ; et la sainte Église ne cesse de pleurer, en voyant des enfants, qu'elle avait élevés et nourris avec tendresse, se tourner
contre son Dieu et l'abandonner. — Au moins, mon cher lecteur, que ce souvenir des premiers emportements et du délire de votre jeunesse brise et liumilie votre cœur. Consolez cet Esprit- Saint qui veut rentrer dans son temple, et soyez désormais plus docile à sa voix.
3° Au jour de la Confirmation enfin, jour solennel dans la vie du chrétien, et vraiment semblable au mystère même de la Pentecôte; le Saint-Esprit est réellement et substantiellement descendu dans votre âme, avec la plénitude de ses dons et l'abondance de ses fruits immortels... A la voix du Pontife de Jésus-Christ, le Dieu de lumière et de force s'est emparé de votre esprit, il a rempli votre cœur. Le feu du Ciel qui éclaire, qui purifie, qui embrase, est venu pour dissiper les ténèbres de votre esprit, pour consumer toutes les infirmités de votre nature, pour vous enflammer d'amour.
Hélas ! Et qu'avez-vous fait, mon cher lecteur, de toutes ces grâces ? Où est votre force, votre vertu?... Votre charité ne s'est-elle pas bien refroidie?... Est-ce encore cet Esprit qui vit en vous, qui vous gouverne ? vous, si faible et si lâcbe!... Ah! mon Dieu, vous l'avez dit: vous ne pouvez demeurer dans un cœur de chair. Non permanebit Spirùus meus in homine^ quiacaro es^(Gen.,vi, 3).
Vou? avez été chassé avec doul( ur de votre temple ; et maintenant c'est l'esprit du monde qui* vit et règne à votre place. — Pleurez donc et gémissez, pauvre pécheur, car non-seulement vous avez résisté à cet Esprit-Saint, mais vous l'avez contristé, vous l'avez éteint, vous l'avez exilé, banni honteusement de votre cœur. Priez-le, conjurez^ le de revenir, de vous purifier encore et de vous embraser.
Vous terminerez cet exercice par une prière fervente, que vous ferez passer par le Cœur Immaculé, par le Cœur si fidèle de Marie votre Mère... C'est en son nom que vous allez conjurer le Saint-Esprit de revenir à votre âme... et vous réciterez, selon la deuxième manière de prier, l'hymne Veni Creator... ou la prose encore plus touchante de la messe de ce jour : Veni, Sonde Spiritusl... Veni^pater pauperum... Veni^ lumen cordiumî Riga quod est aridum, fove quod est frigidum, rege quod est devium^ sana quod est sauciumî Consolator optimeî... Duice refrig^rimn ! Venez, Esprit saint. Père des pauvres, venez, lumière des cœurs, venez et arrosez ce qui est aride, réchauffez ce qui est froid en nous, dirigez ce qui est égaré, guérissez ce qui est blessé... ô doux consolateur des âmes, venez pour rafraîchir les cœurs...
Il n'y a pas un de ces vœux ni de ces soupirs qui ne puisse toucher le Saint-Esprit ; il desceii- ■dra des cieux, et il créera en vous un cœur nouveau, il vous transformera.
Sedes Sopientiae, Ora pro nobis.
LA MORT DE MÂRlË
Non morieris, non enim pro te.
sed pro omnibus haec lex con^tituta est.
Vous ne mourrez point : celti loi, qui a été faite pour tous les autres, n'est pas pour vous.
(Esih., XV, 12.)
Nous répétons ici celte parole que nous avons déjà citée dans la méditation du mystère de l'Immaculée Conception, mais dans un sens bien différent et plus littéral. Assuérus, touché de la prière de la reine Eslher, la sauvait réellement de la mort, elle et son peuple ; tandis que c'est au jour même de la mort de Marie, que nous troyons pouvoir lui appliquer ce texte sacré. Le Seigneur lui dit en ce moment : ne craignez pas, ô Marie... non, vous ne mourrez pas; la loi qui frappe tous les hommes ne saurait vous atteindre. Non morieris... Celte interprétation a besoin sans doute d'être expliquée, mais elle sera bien comprise par le sujet même de la méditation ; car nous -verrons qu'en mourant, la
286 VINGT-nUITlÈME JOUR.
Sainte Vierge a remporté sur la mort la victoire la plus éclatante.
1° Rien de plus beau que la mort de Marie. I^ Rien de plus doux que la mort de ses enfants. Elle a triomphé de la mort, pour elle-même et pour nous.
I. Il est certain que Marie ne devait pas mourir. Qu'est-ce en effet que la mort? Quel est ce monstre hideux, épouvantable, dont le nom seul attriste et flétrit le cœur ? La mort ! c'est le grand fléau de Dieu, l'implacable vengeur du Ciel irrité. La mort !... Elle divise, elle sépare ; elle immole, elle dévore tous les rejetons de cette race coupable et maudite des hommes... En un seul mot, et qui en dit plus que toutes les paroles humaines, la mort c'est le salaire du péché... Stipendia peccati mors (Rom., vi, 23). — Nous l'avons bien mérité tous, ce triste salaire, cette affreuse récompense, la mort ! Et elle est pressée de venir, pressée par l'aiguillon même du péché que nous commettons : Stimulus auiem mortis peC' catum est. (I Cor., xv., 56.)
Mais s'il était sur la terre une créature toujours innocente, pure et sans tache, n'est-il pas vrai que la mort ne pourrait avoir aucun droit sur elle ? n'est-il pas vrai que les flèches de la mort,
ses traits rapides et inévitables pour les autres, ne pourraient jamais atteindre cette créature privilégiée ? et qu'elle seule triompherait de cette cruelle ennemie ?...
Ah ! vous comprenez, vous goûtez la force d'un raisonnement si simple : donc, dites-vous, la Vierge 31arie, toute belle aux yeux du Seigneur, Marie plus pure qu'Adam, qui ne devait pas mourir ; plus pure que les Anges du Ciel, qui ne peuvent pas mourir, donc la Vierge Immaculée, qui parut sur la terre comme un lis éclatant de blancheur, au milieu des épines : donc Marie assez pure pour concevoir et enfanter le Dieu trois fois saint, Marie n'a pu un seul instant être sujette à la mort; la mortne pouvait approcher d'elle; et, si un jour cette âme sans tache vient à se séparer de son corps virginal, ce ne sera pas l'ouvrage de la mort ; jamais ses flèches aiguës ne déchireront le sein de la mère de Dieu ! Cette conséquence est juste : comment celle que l'Église appelle la mère de la vie pourrait-elle goûter la mort ?... Ex quà cnim omnibus vera vita manavit^ quomodo mortem gustaret ? (S. Grég.)
Et cependant, depuis la mort de Jésus, et surtout depuis la glorieuse Ascension de son fils au ciel- la Vierge Sainte brûlait du désir de la mort; elle se mourait du regret de ne pouvoir mourir...
288 VINiiT-HUITIÈME JOUR.
Elle ne cessait de demander cette grâce ; elle appelait la mort de toute l'ardeur de ses vœux... et il faudra bien qu'elle meure, puisqu'elle le désire tant; le Ciel ne pourra rien lui refuser. Elle mourra donc : oui, mais comment ?
Ah ! elle ne mourra pas de mort, comme nous, pour me servir des termes de la sentence qui nous condamne tous, iî/o?'/e/«onem... (Gen, n, 17), mais elle mourra d'amour... C'est l'amour, l'amour seul qui lui a fait sentir toutes les langueurs, • les faiblesses et les souffrances même que l'approche de la mort ordinaire fait éprouver aux autres enfants d'Adam.
Elle soupire jour et nuit, jour et nuit elle se plaint et se consume lentement dans l'ardeur de ses désirs. 0 mon fils, ô mon Dieu, que tardezvous ?... Ne voyez-vous pas que je languis ici et que je meurs d'amour ! ... Ah ! venez donc, venez briser mes liens, et donner à votre mère le baiser de la paix immortelle... Oîi êtes-vous donc, ô le bien-aimé de ma vie, où ètes-vous?... Pourquoi tarder si longtemps de venir à moi, ou de m'appeler à vous !... Je vous cherche partout, je vous appelle en vain, et vous ne me répondez pas ; Vocavi, et non respondit mihi. (Cant., v, 6.)
Mais qui pourrait dire combien ces transports étaient encore plus violents, quand elle voyait un
des amis de Jésus quitter cette terre d'exil et monter au ciel !... Ah ! je vous en prie, disaitelle alors, comme l'Épouse du Cantique : Fille de Sion,âme bienheureuse, qui allez voir la vraie, la sainte Jérusalem, Adjuro vos, filiae Jérusalem, si vous rencontrez mon bien-aimé, mon fils Jésus, dites-lui que je languis, que je meurs d'amoUr : Si inveneritis dilectum meum, ut nuntietis et quia amore langueo. (Cant., v, 8.)
Enfin, le bien-aimé se laissa toucher à tant de soupirs et de larmes; ildescenditau milieu d'une troupe d'Anges.... La Vierge-Mère le reconnut et s'écria tout à coup : C'est Lui, c'est Lui!... Voilà mon fiJs Jésus; il est à moi celui que j'aime! j'ai trouvé le Dieu de mon cœur.... Inverti quem diligit anima mea; Dilectus meus mihi (Cant.). Et soudain, sans nul effort, ses liens furent rompus et ses chaînes brisées. Semblable à la douce vapeur de l'encens le plus pur, semblable à la blanche et rapide colombe, à la flamme active, son âme prit son essor vers les cieux ; Marie était morte d'amour !... Que tout chante la victoire de cette Vierge puissante, et son triomphe et sa gloire. Ubi est, morSy Victoria tua?,. Absorpta est mors in Victoria ! (Cor., xv, 54.) 0 mort, cruelle mort, où sont tes dards ? où sont tes flèches aigués ? C'est toi qui es vaincue... et la Vierge
Immaculée a triomphé de toi en mourant.... Absorpta est mors in Victoria!
0 mon cher lecteur, prosternez-vous aux pieds de votre Mère victorieuse; contemplez ses traits augustes... Vous verrez qu'il n'y a rien ici de ce que la mort à coutume de faire, rien de triste, de terrible ou d'effrayant ; non, ce n'est pas la mort! VousJa verrez, cette douce Vierge, les mains élevées vers le ciel, comme une mère qui tend les bras à son fils bien-aimé... le sourire est sur ses lèvres... Ses yeux, ah! ses yeux aussi sont fixés immobiles vers la céleste patrie... et son cœur, on dirait qu'il palpite encore d'amour... Ah! qu'elle a été douce cette victoire de Marie, qu'elle est glorieuse ! Absorpta est mors in Victoria î
II. Mais, c'est pour nous, c'est pour ses enfants, que la sainte Vierge a remporté ce premier triomphe sur la mort. On peut dire qu'elle a brisé en ce jour les dards de celte cruelle ennemie; elle a ôté à la mort tout ce qu'elle avait d'effrayant et de terrible.
Les fidèles serviteurs de Marie, ses enfants ne craignent plus la mort; ils se jouent de toutes ses perfidies, que dis-je ?.. il y en a qui rappellent de tous les désirs de leur cœur, et qui rient, en la voyant venir. ISon-seulement elle a perdu
pour nous ses angoisses et ses terreurs, mais elle n*a plus même ce nom si triste et si sombre : la mort; c'estun doux sommeil, un saint et délicieux repos... Mourir, pour nous, c'est nous endormir sous les yeux et dans les bras de notre mère. N'est-ce pas le plus doux berceau^ pour un enfant, que le sein de sa mère ? Eh bien ! c'est elle qui nous endort dans la tombe, ce berceau de l'immortalité.
Est-ce qu'un enfant a peur avec sa mère ?... peut-il craindre, en marchant auprès d'elle, avec elle ? en tenant la main de sa mère ? Non* certainement! Eh bien! n'en doutez pas, mon cher lecteur, elle descend des cieux, pour visiter et consoler ses enfants à la mort, pour les protéger en ce moment décisif de leur éternelle destinée. Elle vient les fortifier, les défendre k cette heure d'une lutte suprême; elle vient, elle accourt, elle vole, dit saint Bernard, au-devant de ses fidèles serviteurs, et elle apprend à ses enfants à marcher sur la rive de l'éternité :lpsa occurret morienti (S. Jér.).
Combien de témoignages admirables de cette vérité consolante nous pourrions citer ici , et quelles paroles touchantes ont été recueillies aux lèvres même des mourants, qui nous prouvent ce que nous devons espérer de sa tendresse maternelle 1 « Ah! je n'aurais jamais cru qu'il fût si
doux de mourir !.. » — «Ne pleurez pas, ô ma mère, il est si doux de mourir, quand on a toujours aimé Marie !» — « Oh ! qu'elle est belle, Marie ! ne la voyez-vous pas ? elle m'appelle! »... On les voit sourire au nom de Marie, tendre les bras à leur Mère, el s'endormir doucement dans la paix du Seigneur, D'autres répètent son nom mille fois, et baisent son image avec transport! Qui pourrait s'étonner de cela? — Les serviteurs de Marie lui ont dit si souvent : Priez pour nous à l'heure de notre mort ! Il est impossible qu'elle ne s'en souvienne pas, impossible qu'elle abandonne en ce jour ceux qui l'ont tant aimée. — Les enfants de Marie sont encore bien plus sûrs de leur bonheur et de sa protection : pour eux mourir, c'est quitter la terre d'exil pour aller au Ciel ; c'est finir les combats, pour commencer le triomphe, c'est arriver au port, après les orages et les tempêtes. Ces paroles sont du grand saint Bernard, et, de tous les Pères et Docteurs de l'Église, c'est celui qui a parlé des vertus et des bienfaits de Marie avec le plus de tendresse et de reconnaissance. C'est lui qui a dit aussi cette sentence célèbre, et qui seule suffirait pour ôter à la mort toutes ses amertumes : « Le serviteur de Marie ne peut jamais périr. » Dès lors pourquoi craindre la mort, vous, son enfant ? Marie vous
a jjréparé une place au Ciel; comment trembler, quand vient le jour d'y aller avec votre Mère'/
En finissant cet exercice, vous ferez deux colloques à la sainte Vierge. — Le premier avec saint Louis de Gonzague, pour lui offrir et lui consacrer d'avance les derniers jours et ks dernières heures de votre vie, en méditant la fin de sa prière
sublime : 0 Domina mea et finem vitae meae,
tibi committo : Je vous confie et je remets entre vos mains le cours et la fin de ma vie. — Dans le deuxième colloque vous prierez Marie, puisque vous êtes son enfant, de vous laisser en héritage quelques-unes de ses vertus et surtout celles qui étaient plus chères à son cœur, comme l'humilité et la pureté; et puis, à l'imitation du jeune Stanislas, vous lui demanderez de mourir, un jour de ses fêtes. Cet enfant gâté de la sainte Vierge obtenait d'elle tout ce qu'il voulait; elle ne pouvait rien lui refuser; et il est monté au ciel, comme il l'avait désiré, le jour même de l'As» somption, pour y voir le triomphe de Marie.
Salas infirmorum, Auxilium Christianorum^ Regina Angelorunif
Ora pro nobis.
VINGT NEUVIEIWE JOUR,
'tableau de la résurrection de la SAINT! VIERGE.
Non dahis sanctum tuum ci»
dere corruptionem.
Vous ne livrerez pas ua corpi saint et qui vous est consacré à la corruption de la tombe.
(Ps. XT, 10.)
Cette parole ne doit s'entendre que de Jésus- Christ, dans le sens propre et direct; et le Roiprophète nous annonçait ainsi, bien des siècles avant la naissance du Christ Sauveur, et sa mort et la gloire de sa résurrection. Mais nous pouvons appliquer ce texte à la sainte Vierge, mère de Jésus ; sa chair très-pure ne devait pas non plus connaître la pourriture du tombeau.
Le tombeau ! Ah ! c'est dans cette dernière demeure, où tous les hommes doivent descendre «t rester encore assez longtemps, c'est dans les ténèbres affreuses de cette longue nuit, que la mort exerce sa puissance et sa fureur. Elle travaille là, dans le silence et l'obscurité, elle s'a-
charne sur sa proie et la ronge, et elle ne s'arrêtera que lorsqu'il ne restera plus de sa victime qu'une poignée de cendre impure, que le souffle des vents emporte et semble vouloir lui disputer et lui ravir.
Au tombeau, tout ce qui a péché par orgueil, par avarice, ou par amour déréglé des plaisirs de la terre, deviendra la proie de la pourriture e( des vers (1). Tous diront à cette pourriture et à ces vers : C'est vous qui êtes ma mère, et qui m'avez engendré. Et comment donc avec cet avenir, ô hommes pécheurs, êtes-vous si fiers et si ambitieux ! Voilà tout ce qui doit vous rester de la gloire et des vanités de la terre : un tombeau, la pourriture et les vers ! Il faut encore ici rappeler les termes mêmes de la sentence : Pulvis es et in pulverem reverteris (Gen., m, 19). Vous êtes poussière et vous retournerez en poussière.
Vous les méditerez attentivement.
Mais, puisque c'est là un châtiment et le triste salaire du péché, la sainte Vierge ne pouvait y être condamnée. Il est bien j uste, certes, que le pécheur
(1) Nous croyons pouvoir conserver cette expression, conforme aux textes sacrés et au langage ordinaire, bien que les savants assurent et que l'expérience même semble avoir démontré que les vers n'entrent [las dans la tombe, et ne peuvent y dévorer la chair et les os des victimes de la mort. Nous n'en pourrirons pas moins au sein de la terre.
expie tant de crimes en sa chair, car elle a été souvent la cause et l'instrument du mal : ses yeux-, qui ont été pleins d'un feu impur et adultère, seront donc dévorés par les vers, et sa langue si coupable, et son cœur aussi. C'est un juste salaire. Stipendia peccati Mais Marie si pure!.. Ses yeux!..
Son cœur!.. Oh! non, il n'était pas possible!., et si, comme Jésus son fils, elle a voulu descendre dans le tombeau,, elle ne devait pas y rester plus longtemps que lui; elle ne pouvait en connaître la corruption ni la pourriture. Son sépulcre a donc été d'abord immaculé, et il sera aussi glorieux.
I. Commençons par raconter simplement les circonstances touchantes des derniers jours et des quelques heures, que le corps virginal de notre sainte Mère resta sur cette terre Indigne, hélas! de posséder un si grand trésor, et disons, avec la tradition, ce qui se passa, depuis sa mort jusqu'au moment où elle s'éleva de la tombe, et, pleine de vie, fut portée en triomphe au ciel, sur l'aile des anges...
En ces jours-là, dit saint Jean de Damas, par un concours de circonstances imprévues et ménagées par la divine Providence, tous les apôtres se trouvaient réunis à Jérusalem, saint Thomas seul excepté, qui continuait à parcourir les Indes
en conquérant; tous donc, ils assistèrent aux tristes et glorieuses funérailles de la Mère de Dieu. Ce fut Jean, le disciple bien-aimé de Jésus et Tami privilégié de son cœur, celui-là même à qui le Sauveur en mourant avait laissé sa Mère, ce fut lui qui confia ces dépouilles sacrées au monument simple et pieux, que l'Église naissante \enait dans sa douleur d'élever à la Vierge Marie.
Tous les apôtres avec lui répandirent des prières et des larmes à ce tombeau, qu'ils fermèrent, comme celui de Jésus-Christ, avec une grande pierre. Pendant les trois jours et les trois nuits qu'elle resfa cachée et ensevelie sous ce marbre sacré, on entendit le ciel retentir des hymnes et des chants d'allégresse des Anges, des Archanges et de toutes les saintes hiérarchies... et, pendant ces jours, le corps virginal de Marie demeura incorruptible et immaculé; elle conserva toute sa beauté et ses grâces incomparables, comme si elle eût encore reposé du plus doux sommeil : Immaculatum corpus incorruptvmque servatum est.
Mais ce n'étaient là que les prémices, ou plutôt les préparatifs du dernier combat et de la plus belle victoire de Marie sur la mort, je veux dire de sa résurrection glorieuse. Une fois étendu dans sa tombe, l'homme y reste, et la terre ne s'ouvrira, pour rendre toutes ces victimes, qu au
dernier des jours, à l'heure de la suprême justice et de la vengeance.
Ah! c'est dans ces lieux solitaires, que nous appelons des champs de douleurs, c'est là que Dieu paraît grand et Thomme petit! C'est là que la mort se montre la vraie souveraine du monde !... Nul ne se révolte clans son empire; ils dorment tousdansleur poussière, et ils ne se lèveront qu'à la voix de l'Ange et au son de la trompette effrayante.
Mais nous Tavons déjà dit, la Mère de Dieu ne devait pas attendre ainsi dans «la nuit... A peine l'aurore du troisième jour commençait à paraître, qu'elle s'est levée du sein de la terre; et, pleine de vie, elle prenait son essor sur l'aile des Anges. Nous la suivrons bientôt dans la gloire; ce sera le sujet de la prochaine méditation.
Toutes ces merveilles ont été faites dans le silence, et sans témoins. La terre n'était pas digne de ce spectacle, et nous n'avons encore ici qu'à sui\Te le récit pieux de la tradition, et citer les paroles de saint Jean de Damas. En ce moment, dit-il, à l'instant même de la résurrection de la Vierge, les concerts harmonieux des esprits célestes cessèrent tout à coup. Sans doute les Anges continuaient à chanter, mais, comme ils vî'éJevaient rapidement vers la gloire, avec Marie leur
reine, bientôt la terre cessa de pouvoir entendre cette douce mélodie, et le silence régna sur toute la nature...
C'est alors que les apôtres, poussés par un niouvement intérieur de l'Esprit-Saint, et pressés par saint Thomas, qui venait d'arriver, et qui seul, n'ayant pu être témoin de la mort de Marie, brûlait du désir d'offrir au moins ses tendres hommages aux restes sacrés de la 3îère de Dieu, les apôtres, dis-je, se transportèrent au pieux monument. Ils l'ouvrirent avec respect; mais c'est en vain qu'ils cherchaient parmi les morts celle qui vivait à l'immortalité , en vain ils cherchaient sur la terre celle qui possédait déjà les splendeurs des cieux. Son tombeau ne renfermait plus que des fleurs mystérieuses, des lis, des roses et les parfums précieux que la piété des fidèles y avait jetés à pleines mains.
0 spectacle sublime et attendrissant ! tout le sacré collège des apôtres, à cette merveille, pousse à la fois un cri d'admiration. Ravis et hors d'eux-mêmes, les uns versentdes larmes brûlantes sur le marbre vénéré ; la tombe où reposa Marie, les fleurs qui avaient touché son corps immaculé, sont toutes mouillées de pleurs : les autres lèvent les yeux et les mains au ciel, et croient encore apercevoir les derniers rayons de celte
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douce lumière qui environnait la Mère de Dieu, quand elle montait au séjour de la gloire; ou bien ils pensent entendre les acclamations et les chants d'allégresse de toute la cour céleste, qui vole au-devant de sa reine, et la salue avec transport.
En un instant, le bruit de ce prodige se répandit dans toute la ville de Jérusalem : des gémissements et des larmes se mêlèrent aux cris de triomphe, aux hymnes de reconnaissance, et les apôtres, avant de se séparer de nouveau, jurèrent, à la tombe de Marie, d'aller par toute la terre, porter sa gloire et son nom, avec le nom et la gloire de Jésus-Christ.
IL Sur tous ces faits il y aurait une foule de réflexions utiles à faire, et de bien grands enseignements à recueillir au tombeau de la Vierge. Je n'indiquerai que les deux pensées principales.
1° Il n'y a vraiment sur la terre que deux tombeaux glorieux : celui de Jésus et celui de Marie... et c'est parce qu'ils n'y sont plus ! Quelque riches, quelque imposants que soient les autres, il y a toujours quelque chose dedans, qui n'est pas glorieux.... Vous pourrez en voir de magnifiques par toute la terre, de superbes mausolées vrai-
ment ; on dit même que les plus vastes et les plus hauts monuments qui aient jamais été construits de la main des hommes sont des tombeaux, et, — chose admirable! qui montre bien Ja vanité de nos œuvres, on ne sait pas môme le nom des rois puissants qui sont allés pourrir dans ces fameuses pyramides!
Ce n'est donc pas la masse de plus ou moins de pierres posées les unes sur les autres, ni la matière d'or, de marbre ou de porphyre qui fait la gloire d'un tombeau ; c'est la force qui a brisé les liens de la mort, comme pour les sépulcres de Jésus et de Marie... et après cette gloire incomparable, c'est tout ce qui paraît s'en rapprocher, c'est toute tombe où l'on peut espérer, où l'on prie enfin, parce qu'on sait qu'il en sort une vertu singulière, une grâce de miracle ; en un mot, c'est le tombeau des Saints.
C'est, par exemple, à Rome le tombeau des Apôtres, bien autrement grand et glorieux que celui de Trajan ou de Marc-Aurèle. C'est , à Paris , le tombeau de Geneviève; oui, d'une petite bergère, tombe sacrée, bien autrement belle et glorieuse que le caveau de Napoléon I", du grand Empereur! Car si jamais on prie à ce monument, à cette espèce de bassin, ce n'est pas de la même manière assurément; on ne de-
mandera jamais rien à cette pierre; on n'en espère rien , nen, dis-je, de céleste, d'éternel (1) !
2° Mais d'où vient cette vertu de la tombe de Marie ? pourquoi, et comment la Vierge Immaculée y a-t-elle été préservée de la corruption?... 0 sainte Virginité, c'est ton ouvrage, s'écrie Bossuet; c'est toi qui as gardé ce corps sacré dans son temple; seule tu pouvais le mettre à l'abri de la pourriture et des vers ! 0 céleste vertu des Anges ! divine pureté, viens donc à moi, viens au nom de Marie, et sors de son tombeau comme d'un brillant sanctuaire, pour sanctifier et consacrer mon cœur. Viens, et que ta vertu puissante purifie toutes les pensées, tous les désirs et tous
(1) Loin de nous la pensée d'entrer dans les jugements de Dieu sur le salut d'un homme ! Il ne nous appartient pas non plus en aucune manière de critiquer les œuvres d'art. Je constate ici une seule chose : c'est la différence qu'il y a entre un tombeau de saint et le tombeau des héros du monde: la différence de gloire. . . . Mais si l'on me demandait enfin ma pensée tout entière , je dirais que je ne puis m'empôcher d'espérer pour celui qui a bien fait sa première communion, et qui s'en
souvenait comme du plus beau jour de sa vie pour celui
qui a gardé la foi et reconnu toujours, dans Jésus-Christ^ son Dze?/. .., pour celui enfin qui est mort avec les sacrements
de rÉglise oui, j'espère! — Quanta son tombeau, je
n'aimerai jamais cette forme de piscine, qui oblige à regarder en has, et qui ne permet pas de prier. De fait, je n'y ai jamais vu personne à genoux ! Heureusement, on dit que l'on ireut lui faire une autre tombe, et ailleurs.
les sentiments de ma vie! qu'elle sanctifie mon Ame et mon corps !...
0 sainte Vierge Marie ! priez, priez pour nous ; ne sommes-nous pas vos enfants? voilà que du milieu même de la corruption et de la pourriture où nous sommes condamnés à vivre, je veux dire Je monde, ce vaste tombeau des âmes, nous crions vers vous avec larmes, et nous élevons nos plaintes et nos gémissements jusqu'à votre trône : ayez pitié de nous, et sauvez-nons ; ne permettez pas que la fleur si belle et si tendre de l'innocence nous soit ravie; ne souffrez pas que ce lis si pur se flétrisse jamais dans nos mains. Éloignez tous les dangers, tous les scandales, et le soufle môme des mauvaises passions.
Vous irez donc en pensée au tombeau do Marie, moucher lecteur; vous y trouverez toutes les vertus sans doute ; mais vous demanderez surtout à votre Mère, dans un colloque fervent, cette belle vertu de pureté; et vous lui promettrez d'éviter avec soin les dangers et les occasions du péché; vous lui jurerez de mourir plutôt mille fois, que d'être souillé par le vice infâme : Potius mori quam faedari I
Mater intemerata^ Mater invîolata.
Mater purissima. Mater castissima, Ora pro nobis.
TRENTIVÎME JOUR.
Quae est ista qune progreditut quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol?
Quelle est celle qui s'avance, semblable au rayon de la Baissante aurore, belle comme l'astre des nuits, éclatante comme le soleil ? {Cant-, VI, 9.)
Veni, coronaberis.
Venez, vous serez couronnée.
{Cant., IV, 8.)
Nous prenons au saint Cantique ces deux textes, parce qu'ils doivent nous donner les deux pensées principales de cette contemplation des gloires de Marie. Il y aura deux tableaux sublimes : l'Assomption d'abord, et le triomphe de notre Mère couronnée dans les Cieux,
I" Tableau. Quae est ista ? — Quelle est celle qui s^élève?... C'est la Reine des cieux et de la terre î La Reine des Anges et des hommes ; c'est la mère de Jésus et notre mère!... Elle vient de sortir triomphante de la poussière du tombeau, et elle s'élève du désert, semblable à la douce vapeur de la myrrhe, au parfum précieux de Tencens ; elle
est pleine de délices et de grâces : la voilà qui monte, appuyée sur son bien-aimé Jésus, ^jrcndit sicut virgula fumi ex aromatibus myrrhae et thuris,... ascendit deliciis affluens^ innixa super diîectum suum. (Cant., ni. 6; — vui, 5.)
Maïs, en ce jour du triomphe de Marie, faut-iî féliciter les cieux? faut-il plaindre la terre? Voilà que les cieux s'ouvrent au milieu des concerts de tous les Anges, la Vierge Marie en sera désormais le plus bel ornement, et la gloire et l'amour ! faut-il féliciter les cieux?... ou faut-il plaindre la terre, qui va perdre son aimable reine, son espérance et son appui?...
Ah ! ce n'est pas, même pour nous, un jour de deuil ni de larmes ; mais bien plutôt un jour de gloire et de bonheur, parce que Marie va préparer une place à ses enfants. C'est aujourd'hui qu'elle ouvre les portes de la sainte Jérusalem aux exilés... Nous chanterons donc ses victoires avec les Anges, et nous triompherons avec elle... Exultabimvs etlaetabimur in te. C'est le vœu del'Éghse; elle commande la joie à tous les enfants de Marie; elle veut que tous les cœurs s'ouvrent à l'espérance dans ce beau jour de triomphe : Gaudeamus omnes, diem festum célébrantes (Lit.).
Mais contemplons avec amour ce premier tableau. A l'aurore du jour, la tombe de Marie
s'ouvre, et, pleine dévie, cette douce Vierge, la mère puissante de Dieu se lève, et, portée sur Taile des Anges... elle monte à la gloire. Et ses mains s'étendaient pour Lénir TÉglise naissante, pour bénir ses enfants. Vêtue de lumière et de majesté, soutenue par une nuée brillante, elle montait... et déjà les Anges, qui demeurent sans cesse inclinés devant le trône du Très-Haut, commençaient à l'apercevoir, comme un point lumineux qui brillait à quelque distance de la terre, et qui paraissait semblable à l'étoile du matin, et ils se disaient étonnés : Quelle est donc cette lumière qui s'élève du désert? Quae est ista^ quae ascendit de deserio ? (Cant., viii, 5.) Et ils répétaient encore entre eux ces paroles, quand la Vierge, montant toujours, et s'approchant des sacrés parvis, leur apparut soudain plus brillante que l'astre des nuits, plus éclatante que le soleil et les Séraphins dirent alors les paroles
que nous avons déjà citées : Quae est ista^ quae progreditur quasi aurora consurgenSj pulchra ut luna, electa ut sol?
Et Marie montait, montait toujours... Bientôt les Séraphins et les Chérubins, les Trônes et les Dominations la virent dans la lumière, et distinguèrent son diadème d'honneur formé par un groupe de douze étoiles radieuses, qui ceignaient
son front virginal et l'inondaient d'une douce clarté; et le cintre delà lune pâlissait sous ses pieds ; et le soleil paraissait l'envelopper d'un manteau de flamme.. C'est le signe mystérieux que le prophète Jean avait vu dans l'île de Pathmos : Signum magnum apparuit in coelo : Mulier amicta sole^ et luna sub pedibus ejus^ et in capite ejus corona stellarum. duodecim (Apoc. xn, i).
Et les Séraphins éblouis de tant de splendeurs allaient renouveler leur question : Quae est ista ? <}uelle est donc celle-ci ?... Mais déjà les Anges, qui accompagnaient en troupe cette marche triomphale, faisaient entendre leurs voix harmonieuses, et, frappant à la porte du Ciel, ils chantaient en chœurs : Ouvrez-vous, ouvrez-vous, portes éternelles, voici venir la Reine des Cieux, la Reine de la gloire, la Mère de Dieu ! Attoliite portas,principeSj vestras, et elevamini^ portae aeternales{9s. xxui, 7).
A ces mots, à cet ordre, la voûte du Ciel s'entr'ouyre, et Marie monte, monte encore à la gloire. Et lessaints Patriarches et Prophètes, et les Anges et les Archanges, les Trônes, les Vertus et toutes les Puissances des Cieux la saluent; et, s'mclinant à son passage, célèbrent à Tenvi son triomphe et sa gloire : Angeli célébrant, Viriutes ^orijicant^ Principatus exultant^ gaudent Domina"
iiones, Potestates collaetantur, Throni diem festum agunt, laudant Cherubim et gloriam ejus praedicant Serophim. (S. Jean de Damas.)
Et cependant, la Vierge montait encore, montait toujours.... Et c'est alors que les Anges étonnés recommencèrent à se dire de nouveau : Quae est ùta, quae ascendit ?... Mais quelle est donc celle qui s'élève ainsi?... où va cette créature privilégiée ?.. .. Elle montait encore ; déjà elle a passé tous les chœurs, et les saintes hiérarcliies des plus sublimes Séraphins de la gloire. Elle va se jeter dans la lumière inaccessible, et bientôttoucher au trône même de Dieu Quae est ista ?....
Que les abîmes des enfers s'ouvrent, et que l'ange orgueilleux regarde à son tour et la voie
monter, monter encore, monter toujours!
Jamais, dans sa folle ambition, il n'avait espéré s'élever si haut : qu'il voie et qu'il frémisse d'une impuissante colère ; que dans son déses[)oiril répète aussi la parole du Ciel entier : Quae est ista ? Que le serpent infernal reconnaisse la femme qui a été promise à la terre, au jour de nos maiheurs, la Vier; e Immaculée qui doit lui écraser la tète.. Il avait dit, ce' Esprit superbe : Ascendam !.. et il est tombé !... Et celle qui a dit : Je suis la servante du Seigneur : Ecceancilla Domini, s'élève et elle sera couronnée Reine du Ciel.
Mais que vois-je, ô mon Dieu !... le cœur d'une simple créature pourra-t-il suffire à cet excès de gloire? Anges saints, et vous, Michel, le plus ^Tand de tous les Esprits célestes; Séraphins sublimes et Chérubins de feu... tous, élevez vos regards jusqu'au plus haut point de ce sanctuaire impénétrable qu'habile la Divinité môme, et voyez comment le Seigneur a résolu d'honorer sa Mère ?
W Tableau : Veni^ coronaberis. — Le Dieu trois fois saint s'est levé de son trône immortel... Les trois personnes de la suradorable Trinité ensemble... Le Père, le Fils et le Saint-Esprit...
Le Père éternel. Dieu tout-puissant, créateur du Ciel et de la terre, s'avance le premier audevant de Marie Venez, dit-il, ô ma Fille
bien-aimée, venez et vous serez couronnée : Veni^ coronaberis; et, en disant ces paroles, il place sur le front de la Vierge Immaculée un diadème de gloire et de splendeur, la couronne de la lumière...
Venez, dit aussi le Verbe incarné, venez, ô ma Mère chérie, venez et vous serez couronnée... Veni^ coronaberis... et il pose sur la tête de la Vierge Immaculée une couronne de lumière encore plus brillante, un diadème d'honneur : il
310 TRENTIEME JOUR.
partage avec sa Mère l'empire des Cieux, et jure devant toute sa cour céleste de lui obéir toujours, comme à Nazareth.
EtrEspnt-Saint,ce Dieu de flamme et d'amour, l'appelant aussitôt, lui dit : Venez, ô mon Épouse fidèle, ô ma colombe, mon Immaculée, venez et vous serez couronnée : Veni^ columba mea, Immatulata mea,... veni, coronaberis, et il place une troisième couronne de lumière sur le front de la Vierge sainte : les rayons des trois couronnes s'unissent et se mêlent, et ne forment plus qu'un diadème glorieux dont la splendeur remplit les saints tabernacles et se répand dans l'immensité des Cieux.
Marie venait d'être sacrée Reine ; il ne lui restait plus qu'à prendre place sur son trône, et à recevoir le sceptre des mains de Dieu même, au milieu des applaudissements des Anges et des Archanges. Elle y fut conduite par son divin
Fils, et placée sur le trône de sa droite et
aussitôt elle reçut le sceptre de gloire et de puissance... A5^«7e7 regina a dextris tuisi (Ps. LXiv, 10.)
0 divine Marie, en ce comble de gloire et de bonheur, n'allez-vous pas oublier ceux qui se disent sur la terre vos serviteurs et vos enfants ? Est-ce que vous daignerez encore abaisser un regard de miséricorde sur les pauvres exilés, qui
COURONNEiMENT DE LA SAINTE VIERGE. 3H
souffrent et qui pleurent dans la vallée de larmes? Ecce exaltala es s>uper choros Angelorum^ iniercede pro nobis (Litur.). 0 Marie, maintenant que vous êtes si élevée au-dessus de tous les Anges, daignerez-vous encore penser quelquefois à nous, pauvres pécheurs !... Oui, oui, nous l'espérons de votre amour, et c'est pour cela qu'avec l'Église des Cieux, nous nous réjouissons en ce jour de votre glorieux triomphe...
Vous préparerez, vous garderez uae place à vos enfants dans le Ciel... et vous abaisserez sur nous un regard : vous inclinerez sur nous votre sceptre, gage de votre tendresse maternelle et de votre royale protection. C'est précisément tout ce que nous devons désirer : la bonté et la puissance, c'est la base même et la raison de notre confiance en vous, et elle n'aura pas de bornes, parce que votre clémence et votre pouvoir n'ont pas de limites dans le royaume de Dieu !
Cet exercice doit se terminer par un colloque plein de ferveur Deux pensées vous donneront une source abonoante des plus douces affections.
Vous direz d'abord à Marie, avec l'Église, de revenir sur la terre... que vous ne pouvez y vivre sans elle... Revertere, revertere^ ut intueamur te (Cant., VI, 12). Pauvre orphelin, priez, et son cœur sera touché de vos larmes... Sa doute voix
Yous consolera, et vous l'entendrez, elle parlera à votre cœur : elle vous dira qu'elle va au Ciel pour vous préparer une place... et que vous irez un jour, auprès de votre Mère.
Alors, tout consolé et plein de joie à cette espérance, vous lui direz de vous appeler bientôt, de vous attirer avec elle au Ciel : Timhe me post te (Cant., i, 3)... et il vous semblera que vous montez aussi à la gloire, au milieu des parfums de ses vertus, et entraîné aux torrents de ses feux : Ti^ahe me post te!
Trahe me post te., A vous savez que ce fut la prière d'un enfant bien-aimé de Marie, du jeune et aimable Stanislas; et il fut exaucé, car jamais sa Mère n'avait pu rien lui refuser; nous l'avons déjà dit. Il fut exaucé en ce beau jour de fête, il mourut et il alla voir 16 triomphe de Marie au Ciel avec les autres Anges. 0 mort désirable! fin précieuse ! ô bonheur ineffable ! Trahe me post te^ in odoi^em unguentorum taorum currimus... Ado* lescentulae tuae dilexerunt te nimis.., ô Marie! Il vous aimait trop : il ne pouvait vivre loin de sa Mère !
Regina Angelorum,
Regina Sanctorum omnium^
Ora pro nobis.
Qui me inveneritj inveniet «L tant.
Celui qui me trouvera, trouTera.
la vie. {Prov., viii, 35.)
Nous voici donc arrivés au dernier jour de ce mois de grâces ; c'est le moment de réunir toutes les belles fleurs que nous avons déposées à l'autel de Marie, pour en former une couronne ou une guirlande, qui restera placée au-dessus de sa tête et suspendue à la voûte du sanctuaire... C'est l'heure solennelled'une dernière prière, que nous voulons laisser à ses pieds. Hélas! et c'est l'heure des adieux, que nous allons faire à notre Mère. Il nous restait tant de choses à dire encore ; tant de mystères à contempler, et tant de faveurs à demander ! Non, jamais un cœur qui l'aime ne pourra dire : C'est assez... De Maria nunquam satis Ce n'est pas assez pour sa gloire ni pour notre amour.
Il nous semble que deux sentiments doivent
surtout, en ce jour, pénétrer notre cœur : un sentiment de vive reconnaissance, au souvenir de toutes les grâces que nous avons reçues de la sain'œ Vierge , dans le cours de ce mois béni ; et un sentiment de confiance sans bornes en sa protection maternelle.
N'est-ce pas elle, ô mon cher lecteur, qui a parlé à votre cœur, et qui lui a donné la victoire? Vous souvenez-vous de la promesse faite, au premier jour, de ne commettre aucune faute grave?... Vous n'aviez pas osé l'espérer... et Marie vous a protégé; la victoire a été si facile! et la paix i^ui en a été le fruit a été si douce !...
Il faut donc la remercier. Elle s'est servie d'un mot sur lequel les yeux d'un pauvre pécheur seront peut-être tombés par hasard, et à l'ouverture de ce livre, pour le toucher et le convertir. Et le pardon du ciel a été donné à cette âme, elle a retrouvé la paix dans l'espérance. Bénissez donc le nom de votre Mère, et dans ce sentiment de reconnaissance profonde, chantez avec les Anges le délicieux cantique d'actions de grâces à Marie, la touchante imitation du Te Deum, par saint Bonaventure, comme vous le trouverez parmi les prières qui sont à la fin de ce livre ; et ne manquez pas de répéter trois fois le cri sublime d'espérance qui termine cette hymr.e sacrée : In te.
Domina^ speravi, non confundar in aeternum ' j'ai espéré en vous, ô Marie, ma Reine, ma Mère, je ne serai pas confondu !...
Mais enfin quel sera le sujet de ce dernier exercice? — Une simple méditation sur la dévotion à la sainte Vierge , but unique de tous nos efforts pendant ce mois.
Vere dignum et justum est, aequum et salutare... Oui vraiment, c'est une gloire et un bonheur de servir et d'aimer la sainte Vierge ; rien n'est plus digne, plus juste et plus avantageux ; parce qu'elle est toute-puissante et toute miséricordieuse. Ces pensées ne sont que la conséquence des vérités saintes que nous avons méditées, et des titres les plus sacrés de la Vierge-Mère. Il ne nous reste donc plus qu'à exposer la nature de la vraie dévotion à Marie, afin de rendre ce dernier exercice aussi pratique et aussi utile que les autres.
C'est un culte P de ^^^^-ct ^ IP à' amour, et IIP d'imitation,
L Un culte de respect. ■— Il y a dans l'Église sainte un terme consacré pour exprimer la nature de ce respectueux hommage dû à la Mère de Dieu, et de cette vénération supérieure dont ses enfants se sont toujours fait un devoir de Tentourer; c'est le culte d'%/verc?u//e,... c'est-à-dire
au-dessus de tous les autres cultes, au-dessus de tous les hommages que nous pouvons rendre aux Anges et aux saints du paradis. Puisque la Reine des cieux est au-dessus d'eux, n'est-il pas convenable et infiniment juste de lui rendre plus d'honneur et de la distinguer, de la mettre audessus de tout dans l'expression de nos hommages?
Mais ce culte n'est pas, ne peut pas être l'adoration, comme les protestants le prétendent par ignorance ou par mauvaise foi, puisque tout le monde, et même les petits enfants qui ont étudié le catéchisme, savent bien que Dieu seul est adorable. Jamais l'Église n'aurait été chercher un mot nouveau, si elle avait voulu nous enseigner à adorer la sainte Vierge. Elle a au contraire exprimé sa pensée de la manière la plus positive, en choisissant ce mot grec, hyperdulie, dont le sens est bien clair et signifie un culte, ou un hommage spécial, bien distinct de l'adoration qui n'est due qu'à Dieu, mais cependant au-dessus de tout ce que nous faisons pour les Anges et pour les saints, dont Marie est la reine, en qualité de Mère de Dieu.
Ce sont ces titres mêmes qui non-seulement justifient pleinement l'Église et sa doctrine, mais qui condamneront toujours au reproche d'igno-
rance ou de mauvaise foi, ceux qui la combattent et nous accusent d'idolâtrie. Car il est digne, il est juste, il est convenable d'honorer d'une manière tout exceptionnelle la Mère d'un Dieu et la puissante Reine du ciel. Elle doit avoir plus de crédit et d'influence auprès de son divin Fils, que dis-je?... elle doit conserver une sorte d'autorité sur Dieu même qui lui était soumis sur la terre et dans le temps de sa vie mortelle; c'est la puissance d'une Reine-Mère, en un mot, la toutepuissance d'intercession, comme dit saint Anselme,... Omnipotentia svpplex.
Nous honorerons donc la sainte Vierge Marie, nous ses enfants et ses fidèles serviteurs, nous l'honorerons de tout notre cœur. Nous nous ferons une gloire de la servir, nous aimerons à nous prosterner devant ses autels, nous baiserons avec respect ses images sacrées, nous porterons sur notre cœur ses glorieuses livrées, sa médaille miraculeuse ou son saint scapulaire.
Mais surtout, nous éviterons avec le plus grand soin tout ce qui pourrait blesser les regards de Marie et son cœur si pur... et, si un jour nous entendions outrager son nom par des impies, si un jour nous entendions l'ignorance blasphémer contre ses vertus et ses privilèges glorieux, nous la vengerions par la confession solennelle de
notre foi, ou, du moins, par une réparation de douleur et de larmes au fond de notre cœur.
II. Un culte (ïamou7\ — Nous le devons à Marie, parce que nous sommes ses enfants : oui, gloire à la Mère de Dieu, amour à notre mère! Rien de plus juste, rien de plus doux que cet hommage : Aequum et salutare... car il est écrit qu'elle aimera ceux qui l'aiment : Ego diligentes me diligo.,. (Prov., vui, 17.) Il ne faut plus revenir sur les preuves de la maternité de Marie ; il est certain que Jésus nous l'a donnée pour mère, en mourant, et qu'elle nous a adoptés pour ses eufants. L'apôtre bien-aimé nous représentait au Calvaire. C'est à nous que cette parole s'adresse, Ecce mater tua ! Voilà votre mère.
Mais la conséquence de cette vérité, n'est pas seulement que Marie doit nous aimer, c'est, pour nous, le devoir, la loi de l'aimer aussi; rien de plus juste, mais rien de plus doux, de plus facile au cœur d'un eniant : Aeaiium et salutare. Car Marie est bonne et puissante. Elle est la trésorière des grâces célestes, et la mère de la miséricorde. Tout ce qu'une mère fait pour son enfant, Marie le fera pour nous ; elle aime, elle nourrit, elle protège. Mais aussi tout ce que doit un enfant à sa mère, nous le devons à Marie, l'amour avant
tout, car c'est ce que demande un cœur maternel.
Par amour pour sa mère, un enfant évite tout ce qui pourrait lui déplaire, ou la blesser. — Par amour, il se montre docile, soumis à ses avis, à ses ordres, et prévenant pour les moindres désirs de son cœur.
Un enfant aime à célébrer la fête de sa mère chérie, il saisit avec empressement toutes les occasions de prouver ainsi sa tendresse ; et vous, enfant deMarie, si vous l'aimez, vous ne laisserez passer aucune de ses belles fêtes, sans lui donner aussi quelque gage de votre fidèle affection. Vous Yous y préparerez, par la réception des sacrements, et par quelques sacrifices.
Un enfant aime à contempler les traits de sa mère; et, s'il est loin, il se "console, en considérant, en baisant son image; et vous aussi vous aimerez à garder sous vos yeux son image chérie, sur vulre cœur, sa médaille sacrée, ou ses livrées saintes, son scapulaire; vous ne le quitterez jamais; en un mot, vous lui prouverez par ces touchantes dévotions que vous êtes son enfant, que vous l'aimez; et elle vous prouvera par mille grâces qu'elle est votre mère et qu'elle vous aime! Vous tâcherez de le lui prouver, surtout en imitant les vertus les plus chères à son cœur
III. Culte d'imitation. — Ah! c'est ici la preuve essentielle de votre amour pour Marie. Vere dignum etjustum est^ aequum et salutaire. Rien de plus juste, de plus doux, de plus facile même. N'estil pas vrai qu'un enfant prend tout de sa mère? qu'il tâche de l'imiter en toutes choses? Il y en a qui ressemblent si parfaitement à leur mère! et c'est une des plus douces joies pour leur cœur. Les enfants vont quelquefois jusqu'à imiter, copier, même de petits défauts; car ils ne peuvent penser qu'il y ait jamais une imperfection dans leur mère ; ils l'aiment trop ! — Nous allons donc nous efforcer d'imiter Marie... Ce serait comme renoncer au litre d'enfant de la Vierge, que de ne pas avoir avec elle au moins quelques traits de ressemblance... Qui genitricis non facit opei^a^ negai genus. (S. Petr. Chrys.)
Il y a dans Marie bien des vertus que nous ne pouvons imiter, ni espérer de pouvoir jamais atteindre. Ainsi, nous admirerons toutes les grandeurs et les perfections qui la rapprochent de Dieu; comment les imiter y... Elle entre dans la gloire des premiers attributs de la divinité même, la puissance et la sainteté; ces titres commandent le respect et exigent tous les hommages de la terre: la bonté, la cléuience, la miséricorde, ces titres inspirent la confiance, demandent l'amour
du monde entier. Impossible à nous de prétenare à cette gloire, impossible d'imiter ces grandeurs.
Mais il y a dans son cœur d'autres vertus ; il y en a qui lui sont bien chères et qu'elle veut voir et retrouver dans l'âme de ses enfant:. Comme Jésus a dit un jour à ses disciples : Apprenez de moi que je suis doux et himible de cœur : Discite à me quia mitis svm et humilis corde (Matt., xi, 29); la Vierge dit à ses enfants : Apprenez de moi que je suis douce et humble, pure et modeste, patiente et charitable... Et les enfants de Marie l'imitent réellement dans la pratique de ces belles vertus. Filii Mariae imitatores ejus in castitate, in patientiâ, in humilitafe, in mansuetudine (Rich., de S.-Victor).
Quelle gloire et quel bonheur, si vous pouvez avoir avec elle quelques traits de ressemblance ! C'est alors que vous pourrez vous présenter à son autel; et, vous adressant avec confiance à son cœur, vous lui direz de prouver qu'elle est réellement votre mère : Monstra te esse matrem.,, Lorsqu'en vous voyant du haut des cieux, elle retrouvera en vous comme une image de Jésus: Oui, dira-t-elle, c'est là mon enfant ! c'est ainsi que Jésus me parlait, c'est ainsi qu'il priait son Père ; voilà ses yeux, sa bouche, voilà son cœurl^ Sic oculoSf etc.
Enfants de Marie, soyez parfaits comme votre mère céleste est parfaite; mais imitez surtout l'humilité, la pureté de son cœur et vous serez bénis du Ciel, vous serez heureux aussi sur la terre; bénis et heureux de sa tendresse pendant la vie, bénis et heureux de sa présence à l'heure de la mort, bénis et heureux de son amour pan* dant toute l'éternité. Ainsi soit-il.
Ave^ Begina Coelorum,.,
Va le, ovalde décora...
Et pro nobis Christum exoraf
RECUEIL DE PRIÈRES
LA SAINTE VIERGE
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LA SAINTE VIERGE