PODR LA FÊTE-DIED) (I
Dominare no$trt, tu et Filius tuus.
Régnez sur nous, vous et votre Fils. {Judic, viii, 22.)
En ce jour deux pensées, deux sentiments remplissent et partagent le cœur des enfants de Marie.... Jésus est sur son trône, et demande nos adorations de foi et d'amour.... Cette solennité de la Fête-Dieu, est en effet le triomphe de l'amour de Jésus. Nous avons brûlé de l'encens à son autel et jeté des fleurs sur son passage ; il a béni tous ses enfants ; mais les tldèles serviteurs de Marie n'au-
(1) Quoique la Fête-Dieu se célèbre après Pâques, la Pentecôte et l'Ascension, nous avons cru pouvoir placer cette méditation avant ces trois mystères, pour nous rapprocher de l'ordre dos temps où ils se sont accomplis. La divine Eucharistie a été instituée avant la résurrection de Jésus-Christ, et la ^eille de sa mort. Souvent môme cette fête ne tombe pas dans le mois de Marie. Alors on omettrait, dans la lecture publique, les premières lignes de cet exercice.
raient pas consenti à perdre un seul jour de ce mois sacré, et ils se réunissent, le soir, autour de son autel encore plus riche de fleurs, pour chanter se^ vertus et implorer ses faveurs.
Nous avons pensé qu'il pourrait être utile de choiï^ir, pour cette helle fête, le sujet d'une méditation, qui nourrisse en même temps notre foi au grand mystère des autels, et qui nous porte à rimKation de la sainte Vierge dans son amour pour Jésus-Christ son fils, dans cet adorable Sacrement. Nous dirons donc quelles relations a eues la Vierge Marie avec Jésu?, dans sa vie eucharistique. I" Quand elle a communié pour la première fois, et, 11° Comment elle communia, ce jour solennel, et depuis, jusqu'à la fin de sa vie.
I. Quand la sainte Vierge a-t-elle fait sa première communion ? Celte question ne peut pas être sans intérêt pour les enfants de Marie, surtout pendant ce mois, puisque dans presque toutes les églises, de la capitale au moins, et aussi dans un grand nombre d'autres diocèses, c'est réporjiieia plus ordinairement choisie pour cette belle et touchante cérémonie.
Or il y a sur ce point deux opinions, également probables, car ni les saints Évangiles ni la tradition ne nous ont rien appris de positif. Nous
ne connaissons pas non plus de révélations directes et approuvées par l'Église, et par conséquent, on est libre de choisir l'opinion que l'on veut sur cette question.
La première, qui est du vénérable Suarez et de quelques autres auteurs également doctes et pieux, assure que Marie communia le jour même de la cène, avant tous les apôtres, de la main de saint Pierre le chef du sacré Collège, et déjà désigné, comme le vicaire de Jésus-Christ. Marie n'était pas dans le Cénacle, au moment de l'institution de ce grand mystère; le Cénacle était comme un sanctuaire réservé aux disciples seuls que Notre Seigneur allait instituer prêtres par ces paroles solennelles : Faites ceci en mémoire de moi ; Hoc facile in meam commemorationem; Paroles qui leur donnaient pour toujours
un pouvoir immense sur son corps adorable
Mais elle était dans une pièce attenante à ce sanctuaire divin... là elle priait avec ardeur, et sou âme était plongée dans la plus douce et la plus sublime extase d'amour, lorsque Jésus-Christ, ayant pris sur la table le pain et l'ayant changé en la substance de son corps, le rompit; et, avant de le donner aux Apôtres, il chargea Pierre de le porter à Marie. Elle reçut avec transport ce pain du Ciel, et demeura, toute ravie, dans l'action de
grâces, jusqu'au moment où Jésus vint pour lui faire ses adieux, avant d'entrer dans les souffrances de son agonie.
Cette opinion est fondée sur des raisons de haute convenance, et nous avouons que nous serions porté à la préférer aussi. Il semble en effet que Jésus-Chrisl devait donner à Marie, avant tous les autres, cette preuve d'un amour infini, par affection d'abord et par reconnaissance, et puis, pour honorer par un privilège si glorieux sa dignité incomparable de mère de Dieu. Enfin, la sainte Vierge n'avait-elle pas besoin d'élre fortifiée par cette grâce pour les grandes douleurs qui allaient l'accabler pendant la passion de son fils, et à l'heure de sa mort surlacroix?En un mot, Marie, par sa dignité, par son amour méritait avant tous les autres une si grande faveur. Jésus aurait-il pu la lui refuser ?
Cependant nous sommes obligé de dire que la seconde opinion n'est pas moins probable , et qu'elle a été généralement admise par un plus grand nombre d'auteurs, avant Suarez... D'après leur sentiment, cène serait que le jour, ou le lendemain même de l'Ascension de Jésus au ciel, qu'elle aurait communié. Marie ne pouvait vivre sans son fils ; la terre n'était plus pour elle qu'un exil affreux ; elle pleurait, elle appelait son
divin Jésus avec ardeur, elle se mourait de tristesse et d'amour...
Pour essayer de la consoler, l'apôtre bienaimé,lc disciple fidèle, saint Jean, lui aurait alors révélé le grand mystère eucharistique;., sous ses yeux il aurait offert le Sacrifice, et il lui aurait donné la sainte communion, qu'elle reçut avec des torrents de larmes et des soupirs d'amour ineffables. — Sans doute que le pieux lecteur se souviendra d'avoir vu quelques tableaux ou images antiques,où cette scène mystérieuse se trouvait représentée avec plus ou moins de grâce. Et ces mots comme légende étaient écrits au bas : Filius adoptivus proprium matri reddit filium,... C'est le fils adoptif, qui rend à sa mère son fils véritable (1).
Mais ce que la tradition nous apprend, sans nous laisser aucun doute, c'est qu'à dater de ce jour solennel de sa première communion jusqu'à la fm de sa vie, la sainte Vierge n'a jamais manqué de participer au banquet sacré. La manne des cieux ne cessa plus de tomber pour elle chaque jour au désert ; le pain des anges devint la nourriture de la Reine des Anges; le pain de vie,
(l) Un artiste religieux, M. E. Lafon, a de nos jours reproduit ce sujet avec infiniment de grâce et de bonheur. Le dessin original se trouve dans la galerie de S. A. la l'rincesse Marie de Bade, Duchesse d'Hamilton.
raliment quotidien de celle qui avait donné la vie à son Dieu.
II. Mais comment la sainte Vierge se préparaitelle à ce mystère d'amour ? C'est ce qui nous reste à méditer en peu de mois. La communion étant une sorte d'incarnation du Verbe, fiis de Dieu, en nous, Marie se préparait à recevoir la grâce de la divine Eucharistie, comme elle s'était préparée à ce piemier et à ce grand mystère de notre salut, c'est-à-dire par l'ardeur des saints désirs, et surtout, comme dit saint Bernard, par son humilité et par sa pureté: Virgiuitate p'acuit, humilitate concepit.
Il y avait une sorte de combat intérieur dans l'âme de Marie, entre ces deux vertus... La mère, aurait désiré s'unir sans cesse à Dieu son fils, et elle appelait avec transport, et hâtait parles élans de son amour, le moment où elle pourrait le posséder par la communion ; mais l'humble servante, craignait de n'être jamais assez pure. La charité finissait par l'emporter sur la crainte; et, tous les jours, elle avail le bonheur de communier... Avec quels transports et quelles larmes !. . Quels silences d'adoration, et quelle unio!) parfaite des cœurs!...
II suffirait pour apprendre à bien communier
de contempler ce tableau de la communion de la Vierge Marie, et de nous efforcer de l'imiter, extérieiirt^ment d'abord, par l'attitude du respect profond et de l'adoration, et puis intérieurement, par les actes des plus sublimes vertus, de foi bumble,etd'ardenlecbarité. Purifiez donc votre cœur, humiliez- vous comme elle, et bientôt vous com« mencerez aussi à aimer ; c'est alors et alors seulement que Jésus Christ commencera à vivre H à régner en vous ; et son règne n'aura pas de fin, parce que vous vous serez donné à lui, comme il se donne lui-même, c'est-à-dire sans réserve, sans partage et sans retour. Méditez bien ces deux mots que je viens de souhgner : Jésus vit en nous par la grâce; il y règne par l'amour, par les sacrifices d'amour ; il vit dans une âme fidèle, il règne dans un cœur généreux.
Or je vous conseille, mon cber lecteur, pour suppléer à tout ce qui peut manquer à votre âme, aux jours de vos communions, je vous conseille d'offrir à Jésus- Christ les tendresses, les ardeurs, en un mot, toutes les vertus du Cœur Immaculé de sa mère... C'est la pratique des vrais enfants de Marie.
J'oserai vous conseiller encore plus, et, avec saint Ignace de Loyola, je vous engage à communier enquelque sorte spirituellement à Marie; et,
c'est par la parole de ce grand saint que je vais terminer ce pieux exercice: je ne crains pas d'assurer que c'est comme un secret du ciel, et que ce sera pour les cœurs purs et humbles une source abondante des plus douces consolations... Oui, appelez l'àme de Marie à votre âme, quand rous communiez, attirez son cœur sur votre cœur, -et avec elle, par elle, aimez un Dieu si bon et qui se donne à vous. Songez que vous allez vous nourrir non-seulement de la chair adorable de Jésus, mais aussi du corps virginal de Marie sa mère et de son sang le plus pur. Cette pensée bien méditée sera pour vous un trésor de joie ineffable, dit ce grand saint : Incredibilis est res solatii diligente?' secum expendere, quoties divino ''vulo accumbimus, non Christi Domini tantum, sed et matris ejus Virginis Deiparae^ nos refici carne et cibari (S. Ign).
Ah ! c'est alors que vous pourrez vous écrier : 0 Jésus, ô Marie!... vivez et régnez dans mon ♦^ur : Dominare nostrî tu et filius tuus !... Cette pensée, ce sentiment suffira pour vous faire éviler un grand malheur, que l'on a trop souvent l'occasion de déplorer dans nos églises, et peutêtre plus à Paris qu'ailleurs, je veux dire le malheur de faire sans ferveur et sans fruit l'action de grâces après la communion, et quelquefois
MYSTÈRE EUCnARlSTIQUE. 251
même de manquer à ce devoir sacré... 0 douleur 1... On voit des hommes qui, après avoir communié avec le prêtre, quittent l'église presqu'aussitôt que la messe est terminée, emportant ainsi Dieu dans nos rues et nos places publiques... les Anges du sanctuaire les suivent, eu pleurant sur cette indifférence ou cette ingrati-. tude. On en voit d'autres qui, aussitôt après la communion, se jettent sur leurs livres, comme s'ils n'avaient rien à dire à Dieu qui est dans leur cœur, ou comme si Jésus n'avait pas à leur parler!... Je vous dis que c'est un malheur.
Je vous en prie, mon cher lecteur, évitez ces fautes qu'on ne peut attribuer qu'à l'ignorance ou à un défaut absolu de foi et d'amour ; et, je le répèle, pour apprendre à bien communier, il vous suffira de contempler et d'étudier les exemples de Marie aux jours de ses communions, et de vous rappeler ses vertus, en offrant son cœur à Jé?us avec le vôtre.
Récitez, en terminant, la helle prière : OJesu vivens in Maria, veni et vive in famulis tuis^ inspiritu sancîitalis tuaCy in plenitadtne virtutis tuoe^ in perfectione viarwn tuarum, in ve'rttate virtutum tuarum^ in communione inysteriorum tvorum ; doininareonmi adversaepotestati in spiritu tuo^ad gloriam Patris. Amen,,. 0 Jésus vivant dans Marie, venez
252 VINGT-UUATRIÉME JOUR.
et vivez en mon cœur ; dans l'esprit de votre sainteté, dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la vérité de vos vertus, dans la communion à vos saints mystères ;: triomphez en moi de toute puissance ennemie, par votre Espriî, et pour la gloire de votre Père. Àins'-soit'il.
Vas honorat>le, Vas spirituals^ ^^os insigne dévot ionis,
Ora pro nobis.
Seeundum multitudinem do* lorum meorum in corde meo, consolationes tuae laeti/icav0runt animam meam.
Autant la multiludo des douleurs avait inondé mon cœur, autant vos consolations oat rem* pli mon âme.
(Ps. Lxxxiii, 19.)
Nous entrons" dans la série des mystères de gloire et de bonheur, pour Jésus-Christ et pour sa sainte mère. Le premier est la Pàque du Seigneur, la Résurrection de Jésus. — Marie était encore dans les larmes, quand, à l'aurore du troisième jour , soudain elle aperçut une douce lumière, qui lui annonçait la visite de son Fils. Le voilà, s'écria-t-elle aussitôt, c'est lui !... Et en effet, à peine elle avait prononcé ces mots, que déjà il était dans les Ijras de sa mère !...i]s dirent en même temps :0 monfils!...ôma mère!... et il y eut ensuite quelques instants de silence, pour laisser à Marie la force de i^orter à la fois tan* de bonheur.
254 ViNGT-CINQUIÈME JOUR.
Nous ne pouvons en douter, au moment où il sortit de sa tombe glorieuse, Jésus s'empressa d'aller aussitôt consoler sa mère; et, quoique l'Évangile ne parle pas de cette première apparition, c'est un fait certain : ce serait méconnaître le cœur d'un Dieu que de le révoquer en doute; ce serait, dit saint Ignace dans le livre des Exercices , mériter le reproche qui a été fait un 'jour aux Apôtres :Adhvc etvossine intellectu estis? (Mati., XV, 16.) Comment vous n'avez pas encore assez d'intelligence pour comprendre cela ?
Rien de plus naïf et de plus touchant que l'expression de la foi à ce mystère dans les pays catholiques, surtout en Espagne. 'Avant l'aube du jour de la Résurrection, dans les villes les plus riches, comme dans les plus simples bourgades, on organise une procession solennelle. Les prêtres, couverts de leurs plus beaux ornements, et précédés d'un grand nombre d'enfants vêtus de blanc, portent le Saint-Sacrement en triomphe, au milieu des chants sacrés et de la foule attendrie- .. Quand on approche de l'église qui a servi de tombeau, le vendredi saint, la porte s'ouvre et l'image de Marie apparaît, encore couverte de son deuil et de crêpes funèbres ; mais aussitôt deux enfants, sous la figure de deux anges, conduisent le prêtre, qui tient le Saint-Sacrement, au-
MYSTÈRE DE LA RÉSURRECTION. 25o
devant de la statue : l'image alors s'incline trois fois... et, comme si dans ce moment la Vierge- Mère venait de recojinaître son Fils sorti du tombeau... la scène change... les voiles noirs, les crêpes sont soudain remplacés par des vôtemenis d'or et couverts de riches pierreries. Le Regina coeli laetare est répété par mille et mille voix... et au milieu des chants d'allégresse, Jésus et Marie, sous le même dais tout brillant d'or, sont ramenés au temple sacré, qu'éclairent déjà les feux du jour et qui retentit d'une céleste mélodie.
Vous ferez, mon cher lecteur, la contemplation de ce mystère et de la première apparition de Jésus à 31arie; et vous suivrez le plan ordinaire : voir et entendre. Il n'y a rien de plus facile et de plus consolant que ces méthodes d'oraison, auxquelles vous avez déjà été initié dans ce livre.
Dans le premier point, vous considérerez Jésus et ses plaies éclatantes de lumière, et vous remarquerez que cette lumière part du cœur, comme le sang qui avait coulé, il y a quelques jours, de ces mêmes plaies au Calvaire... Vous verrez aussi les larmes de Marie, larmes si douces, comparées à celles qu'elle versait au pied de la croix.
Pour le second point, vous entendrez ^e dialogue charmant dont saint Bonaventure a révélé quelques traits dans se« méditations sublimes. U
suppose que Marie touche les blessures de Jésus, et lui demande s'il n*en souffre pas encore; et Jésus, souriant avec bonté, lui répond qu'il n'y a plus pour lui de douleurs ni de mort... Vous ferez ainsi mille réflexions utiles, qui seront pour Yous le fruit propre et la grâce spéciale de cet exercice, je veux dire la joie spirituelle, la paix, le bonheur.
Ne voyez-vous pas que l'Église elle-même, eiî cette fête solennelle, invite tous ses enfants à la joie ? Haec dies quam fecit Duminus, exultemus et laeiemur in eâ. Oui, dit-elle, c'est le jour que le Seigneur a fait , réjouissons-nous , tressaillons d'allégresse ; et ses chants sacrés sont remplis de ce sentiment, qu'elle veut nous faire partager!... Alléluia! 0 filii et fil iael Alléluia 1 Eh bien ! c'est pour répondre au vœu de notre Mère, que nous avons pensé devoir nous arrêter ici, de préférence, à quelques considérations sur la joie spirituelle, qui est le partage des vrais serviteurs de Jésus- Christ et des enfants de Dieu.
Trois réflexions seulement : d'abord les prin cipes sur la joie, puis les sources et conditions de celte joie ou des consolations spirituelles ; et, enfla, quelques règles de conduite pour les jours où l'âme Adèle se trouve comblée de ces grâces sensibles.
I. Les principes. L'Évangile a tout révélé en quelques mots, et il est d'autant plus nécessaire de les méditer, qu'un esprit irréfléchi croirait y trouver des contradictions. — Jésus a dit que le monde se réjouirait, et que les siens seraient dans la tristesse... Il a dit qu'il ne venait pas apporter la paix, mais l'épée... Son signe est une croix ; la pénitence et le sacrifice , voilà l'abrégé de toutes ses lois. — Et cependant, il a dit aussi La paix! en naissant, Pax hominibus, et, en mourant, il l'a encore donnée à ses disciples : Pacem meam do vobis : Il a dit aussi Gaudete et exultate.,. Réjouissez-vous, car vos noms sont écrits au Ciel : et encore... Beati,., heureux ceux qui sont pauvres, ceux qui pleurent; le ciel est à eux, il sera leur récompense... Mon joug est doux, Jugum meum suave est...; c'est-à-dire que nous devons avoir la paix, mais une paix amére; la paix dans la lutte môme ; et la joie, mais la joie de l'espérance surtout, et malgré les épreuves de la vie ; doctrine admirable que l'apôtre a résumée en deux mots : Spe yaudentes; les chrétiens sont des hommes heureux par l'espérance.
IL Les sources de la joie et des consolations spirituelles. — Dieu seul est l'auteur de tout bien et de toute consolation.... Deus totius consolât ionis :
seul il est la lumière qui peut remplir notre in* telligence, et l'amour parfait, infini, qui peut remplir notre cœur : il n'y a donc de paix et de bonheur réel que pour lésâmes fidèles à sa loi.... Les autres n'en auront jamais que la fausse apparence. Ils diront : La paix! mais ils ne l'auront pas; et ils n'en connaissent pas le chemm.
Voici maintenant les conditions ou les lois de ce bonheur. Avant tout, il faut que la conscience soit bonne, comme dit l'auteur de V Imitation.. Si haies bonam conscientiam, semper habebis laetitiam : c'est la condition sme ^wa non; et nous devons la supposer ici, puisque nous nous adressons plus particulièrement aux enfants de Marie.. Nous disons donc : Plus une âme est fidèle à Dieu, plus elle goûte la paix; et plus elle est généreuse, plus elle goûte la joie ; c'est-à-dire que plus il y a de sacrifices d'amour dans un cœur, plus il y a de bonheur C'est la loi, et c'est un fait; l'expérience des saints l'a prouvé de tout temps. Je suis sûr que, si les gens du monde, qui sont si avides de plaisirs, venaient à connaître cette loi, et à goûter quelque jour un peu seulement de cette félicité des âmes pieuses et ferventes, on ne pourrait plus les retenir; et ils se jetteraient dans tous les excès. de la pénitence et des mortifications...
Que ceux qui liront cette page et qui auront
peine à croire ce que je dis, essayent au moins une fois! Qu'après avoir mis la paix dans leur âme, par une bonne confession, qui assure le pardon, ils commencent à faire pour Dieu quelque sacrifice, et ils verront ! . . .
Que ceux qui ne voudront pas, ou qui n'oseraient pas même essayer, ni faire un pas dans ce sentier de la pénitence, aillent au moins interroger ceux qui vivent de cette vie ; et on le leur dira. — Qu'ils aillent demander aux enfants de Saint- Bernard ou de Saint-Bruno, par exemple; ou aux filles de Sainte-Thérèse; à la Trappe, au Carmel, on leur dira combien ces larmes de la pénitence sont douces, et quelle joie l'amour de Dieu répand sur les sacrifices qu'il commande.
Mais ils n'ont qu'à ouvrir les livres qui nous parlent de ces grands serviteurs de Dieu, et ils seront étonnés de voir à chaque page des ravissemenvs célestes ; et quelles paroles ils entendraient! Arcana î^frôa/.... Rappelez-vous seulement quelques sentences de saint François d'Assise, qui appelait la souffrance ses délices, ou les exclamations de sainte Thérèse, qui, dans les transports de son amour , se mourait de ne pouvoir mourir; et, avant tout, le mot célèbn; du grand apôtre des Gentils : Superabando gaudio in omni triôulatione (il Cor., vn, 4), au milieu de toutes les
tribulations, je surabonde de joie. Médilez-les, et vous comprendrez d'abord cette mystérieuse vérité; puis vous la croirez; et enfin vous voudrez essayer de goûter aussi combien le Seigneur est bon à ceux qui l'aiment!
m. Maintenant quelle conduite doit tenir une âme que le Seigneur a daigné visiter dans sa miséricorde, et qu'il comble de grâces sensibles, ou de consolations spirituelles ? La première chose à faire, c'est de se tenir dans l'humilité la plus parfaite, sans toutefois omettre le devoir de la reconnaissance. Si vous aviez le malheur de vous élever dans vos pensées, ou de vous attribuer quoi que ce soit de ces dons célestes, vous en seriez privé à l'instant, et vous retomberiez dans la nuit et dans votre misère. Si vous êtes reconnaissant, vous allez, en quelque sorte, obliger Dieu à vous accorder encore de plus grandes grâces.
Les saints nous donnent encore un autre conseil, et l'expérience a bientôt appris qu'il est nécessaire de nous y conformer. Ils nous disent que, dans cesjours de grâces et de paix, il faut se préparer au combat; et que souvent c'est même un signe que la lutte va recommencer. Plus la joie a été profonde, plusla consolation a été douce» plus la guerre deviendra terrible et le combat
MYSTÈRE DE LA RÉSURRECTION. 26i
acharné. Préparez donc vos armes, et quand viendra l'heure des épreuves, pour vous encourager à souffrir, vous vous souviendrez f^'^ bonheur que vous avez goûté au service du Seigneur, et vous espérerez en lui; vous l'appellerez, et il reviendra.
Il me semble, en un mot, que toute la religion est dans celte contemplation de Jésus ressuscité ; nous souffrirons, mais ces plaies un jour seront glorieuses; sur la terre il y a pour les enfants de Dieu une paix réelle, mais une paix arrière ; et ce n'est que dans les Cieux queV Alléluia est éternel! — Pour vous, mon cherlecteur, n'oubliez pas de le chanter avec reconnaissance aux jours de grâces et de joie; et souvenez-vous de le répéter avec espérance, à l'heure des épreuves : Alléluia!...
Vous terminerez cet exercice par la prière des Anges : Regina coeli laefare... ou le Magnificat.., Ce cantique de la Vierge Marie est la plus belle prière de reconnaissance et d'humilité. Elle convient surtout aux jours de grâces sensibles.
Causa nostrae laetitiae, Ora pro nobis.
VINGT-SIX5ÉiME JOUR
MYSTÈRE DE L*ASCENSION (pour le jour de cette fête.)
Non reîinquam vos orphanoi.
Je ne vous laisserai pas orphe* lins. [Joan., xiv, 18.)
C'est peu de temps avant de quitter la terre, que Jésus a prononcé celte touchante parole, devant ses Apôtres fidèles. Il venait de leur parler de sa mort; et, les voyant tristes, il leur dit, pour les consoler, qu'il ne les abandonnerait pas, qu'il ne les laisserait pas orphelins, et il annonça aussitôt qu'il leur enverrait des Cieux l'Esprii-Saint qui leur enseignerait toutes choses... Mais nous donnons à cette promesse de Jésus une autre interprétation bien douce également aux entants de Marie, et qu'ils aiment à méditer, surtout en ce mois de grâces. Jésus ne nous a pas laissés orphelins, il nous a confiés à sa mère ; il nous la donne. Et dans ce jour même, lorsqu'il s'élève triomphant dans la gloire des Cieux, il nous bénit
et nous adresse encore cette parole : Non relmquam vos orphanos.
Le mystère de l'Ascension est une Côte dVspérance el de bonheur, car Jésus monte au ciel, pour nous y préparer une place... Uu jour aussi Marie sa mère y sera portée sur l'aile des Anges, et elle y gardera une couronne pour ses fidèles serviteurs et ses enfants... Et nous enfin, nous aussi, nous irons, Ibimus^ si nous avons combattu, si nous ayons souffert... si nous avons été humbles et purs... car il n'y aura que ceux qui auront combattu selon la loi, c'est-à-dire jusqu'à la fin ; il n'y aura que les braves et les intrépides soldats de Jésus, qui pourront ravir cette couronne... Les humbles et les petits seuls pourront entrer par la porte étroite des Cieux ; jamais rien d'impur ni de souillé ne pourra pénétrer dans la maison de Dieu.
Userait bien doux de faire la contemplation de ce mystère, et de suivre Jésus dans sa gloire... La méditation nous montrerait comment il a trouvé la récompense de ses travaux et de ses souffrances. Mais nous aimons mieux profiter de cette occasion, pour exciter la confiance dans les cœurs... et nous dirons à tous qu'ils peuvent aller au Ciel, nous leur dirons qu'ils iront certainement un jour, s'ils aiment Marie.
I" Les justes d* abord... 11° Les Pécheurs même iront... Marie les sauvera.
L Pour les justes. Voici le fondement de cette espérance : Marie, mère de Dieu, est leur mère aussi : Mater Dei est matermea, d'il saint Anselme... La mère d'un Dieu doit être toute puissante sur son cœur; ce Dieu ne peut rien lui refuser. Notre mère doit être bien bonne, elle doit aimer ses enfants; elle veut les sauver. Mais ces pensées ayant été déjà exposées, au moins une fois, il serait sLipeiflu de nous y arrêter plu? longtemps. Passons donc à de nouvelles considérations, et qui se rattachent plus directement au mystère môme de l'Ascension, à la solennité de ce jour.
Marie est la Reine et la Porte du Ciel : ces deux titres doivent donner à l'àme juste et fidèle une confiance sans bornes. Il faut commencer par prouver la réalité de ces titres glorieux ; la conséquence sera bien facile à tirer ensuite.
1° Que Marie soit la Reine du Ciel, il est impossible d'en douter, si on a interrogé la parole de Dieu môme et l'autorité de l'Église dans le témoignage de ses Docteurs les plus saints. Astitit regina à dextris tuis (Ps. XLiv, 10). Une Reine, dit le Prophète, s'est placée près de vous, à voire droite — et quelle est cette Reine? il la décrit si
bien qu'il est impossible de ne pas reconnaître la Mère de Jésus... et elle a été couronnée par son Fils, qui lui a remis le sceptre et l'empire. Toute l'Église du Ciel et de la terre la proclame et la salue Reine... Ave, Regina Coelorum; Regina Coeli, laetare. Salut, Reine des Cieux ; Reine du Ciel , réjouissez-vous.
Non-seulement elle possède ce titre glorieux, mais elle a toute l'autorité d'influence et la puissance d'action d'une véritable Reine-Mère dans l'empire céleste. Elle y règne donc, d'abord sur Dieu môme, par la force irrésistible de sa prière ; et je me contente de répéter ce mot sublime du Docteur saint Anselme : Omnipotentia supplex... Marie est une toute-puissance à genoux ; elle n'a qu'à parler, ou exprimer un désir de son cœur. Nous avons une figure touchante de ce pouvoir maternel dans l'Écriture sainte. La mère de Salomon n'a pas même eu besoin de dire un mot; le roi David prévient sa pensée, et lui accorde ce qu'elle voulait.
Et maintenant, sur ce qui n'est pas Dieu, Marie règne par son empire et son autorité toute puissante. Elle tient le sceptre levé sur toutes les hiérarchies des Anges et sur la troupe des saints et des Élus de Dieu... Pour me servir d'une expression tirée des saintes Écritures, il ne se fait
rien; rien ne bouge, sans son ordre, dans le céleste empire ; il n*y entre rien, rien n'en descend ou n'en sort, sans sa volonté. — Rien n'y entre : c'est par elle que tous les saints peuvent espérer d'y aller un jour; c'est d'elle qu'ils attendent toutes grâces et toute gloire ; c'est à elle qu'ils devront leur bonheur, leur trône, leur couronne. — Rien n'en sort : Dieu même a résolu de faire passer toutes ses grâces par les mains de Marie. C'est de son cœur maternel que descendent les lumières et tous les dons célestes : Totum nos habere voluit per MœHam. (S. Bernard.)
Quel motif d'espérer ! quelle raison de mettre en elle toute notre confiance!... Elle peut, elle veut nous sauver !.. Ah ! si elle daigne seulement abaisser un regard sur la terre, elle sera bénie ; si elle daigne incliner son sceptre vers ses enfants, ils seront sauvés ; elle n'en laissera périr aucun; ils lui ont trop coûté... C'est dans les larmes du Calvaire qu'elle nous a donné la vie. Que les justes espèrent en elle ; et ils ne seront jamais confondus.
2° Non-seulement pour eux Marie est la Reine du ciel, mais elle en est la Porte... Janua coeli..., Pervia coeli porta mânes... La porte toujours ouverte... âmes justes, ayez donc confiance : Confidite... fclix coeli porta; elle est la porte du
bonheur au ciel, réjouissez-vous; oui, vous irez. Méditez ici quelques paroles yraiment étonnantes des plus saints Docteurs de l'Église, et bien propres à élever, à exalter la confiance en vous : Servus Marias nunquàm peribit . . . . Le serviteur de Marie ne peut jamais périr, ditsaintBernard; mais que dirait-il donc des Enfants de Marie?.. C'est impossible, cent fois, mille fois impossible qu'ils périssent! j^temum vae non sentiet pro quo semel oraverit Maria... Celui pour qui Marie aura prié une seule fois ne pourra être condamné à l'éternelle malédiction, dit saint Anselme ; mais que dirait-il donc de celui pour ijui Marie aurait prié dix fois, cent fois, mille fois... impossible, impossible qu'il soit damné ! . .Eh bien 1 est-ce qu'elle ne priera pas un jour pour vous, si vous l'invoquez tous les jours ? et si vous lui dites dix fois, cinquante fois par jour, de prier pour vous, est-ce qu'elle ne priera pas un jour, une fois au moins ? Ah î Confia dite, ayez donc confiance!... mais une confiance aussi sûre, aussi pleine que si déjà vous étiez à la porte même du Ciel ; c'est la pensée d'un grand serviteur de Marie, le célèbre abbé Guerric, disciple de saint Bernard : Qui Virgini famulatur^ lia securus est de paradiso, acsi esset in parodiso.