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OUVERTURE

Le 30 avril.

MS'isis iste vobis. ... primus erit in mensibus anni.

Ce mois sera pour vous le premier des mois de l'année. [Exod., xii, 2.)

Enfants de Marie, nous aimons à appliquer ces paroles à son mois béni. Il est, il sera pour nous le premier, le plus beau des mois ; un mois de grâce et de bénédictions... Le souvenir des bienfaits d'une mère, la méditation de ses vertus vont r\ous occuper pendant toute cette série de jours ùc fêtes. Douces réunions de familles saintes, s.Jrées charmantes, pures harmonies des cœurs fidèles, concerts pieux, fleurs mystérieuses : voilà ce que c'est que le Mois de Marie ; tout y est ravissant pour les serviteurs de la sainte Vierge, et délicieux pour ses enfants. Ils espèrent que bientôt, par toute la terre, ce mois ne s'appellera plus

ii OUVERTURE DU iMOIS DE MÂRlE.

que le mois de Marie, et qu'il perdra pour toujours ce nom païen de mois de Mai, qui ne peut rien dire à nos âmes.

Mais P Pourquoi, et II" Comment faire le mois de Marie. — Voilà tout le sujet de la première méditation. Tl n'y a rien de plus simple et ensemble de plus pratique.

I. Pourquoi célébrer le mois de Marie. — Mais qui donc pourrait faire cette question ? Ce n'est pas un serviteur de cette Reine puissante des Cieux ; ce n'est pas un enfant de cette douce Mère... Elle est si grande, Marie, la mère de Dieu! elle est si bonne, notre Mère! — C'est pour l'honorer, c'est pour la bénir... C'est pour étudier ses vertus.

Ah ! plaignez ceux qui ne la connaissent pas, ceux qui ne la prient pas, ceux qui ne l'aiment pas ! — Plaignez surtout nos frères séparés, ces pauvres orphelins de l'église protestante ; ils n'ont pas de mère, eux ; ils peuvent s'étonner qu'on célèbre ce mois de fête avec tant de pompe et de joie. — Plaignez aussi les pauvres pécheurs, ces enfants ingrats, qui ont blessé le cœur de Marie, en crucifiant de nouveau Jésus dans leur cœur : ils ne la prient plus, ils ont oubUé ses bienfaits et ses douleurs ; ils pourron^t aussi s'étonner

que nous aimions à célébrer son mois avec tant de bonheur... Mais vous, lecteur pieux, vous qui la connaissez, vous qui l'aimez cette Vierge trèspure et immaculée, vous savez bien pourquoi l'Église sainte a institué, approuvé cette touchante dévotion du mois de Marie ; c'est pour l'honorer d'une manière encore plus spéciale et d'un vrai culte d'hjperdulie.

Ce n'était pas assez pour nous, enfants de Marie, de tant de fêtes consacrées à sa gloire, et qui reviennent périodiquement chaque année, avec les mystères de la vie de Jésus-Christ; fêtes d'espérance, de douleur ou de gloire. Pour nous ce n'était pas assez d'avoir consacré un jour de chaque semaine à la sainte Vierge, tous les samedis de l'année ; non ! Il nous fallait encore un mois, un mois entier, dont tous les jours seraient pour nous des jours de reconnaissance et d'amour.

Mais enfin pourquoi plutôt ce mois de Mai ? Quelle raison de le préférer à tous les autres, au mois d'Août par exemple, dans lequel on célèbre la plus belle fête de la sainte Vierge ? — Voici quelques-uns des motifs qui ont pu incliner l'Église et la déterminer à ce choix. C'est le plus beau mois de l'année d'abord, c'est le mois de l'espérance, le mois des fleurs premières... La nature, sortie des frimas de l'hiver, sourit aux

i6 OUVERTURE DU MOIS DE MARIE.

rayons du printemps, et offre partout aux yeux ravis, les emblèmes les plus gracieux, sous lesquels les divines Ecritures elles-mêmes ont essayé de nous peindre l'image de la Reine des Cieux. Le soleil a des rayons plus doux à son aurore, des feux plus purs à son midi, un or plus brillant au déclin du jour. La lune aussi répand sur les nuits des flots de lumière plus tendre... Ekcta ut sol y Pulchra ut luna... La terre ellemême ouvre son sein, et se couvre partout des fleurs symboliques et mystérieuses de la Vierge- Mère... L'humble violette embaume les airs et se cache sous la feuille... la rose répand au loin sa douce odeur et jette ses parfums, tandis que le lis éclatant de blancheur s'élève du sein des épines... Sicut lilium inter spinas... Quasi plantatio rosae in Jéricho {Eccli., xxiv, 18). C'est donc le mois des fleurs, il faut les consacrer à Marie : les fleurs à son autel ne se flétrissent pas et ne se fanent jamais.

Si c'est le plus beau mois de Tannée, c'est aussi le plus dangereux. Une expérience fatale ne l'a que trop souvent appris à bien des âmes, et à ceux qui sont chargés de guérir les plaies du cœur. A la carrière de la pénitence, qui vient de finir avec le carême, succèdent des jours de vie plus molle et plus dissipée. Les passions, l'amour

des plaisirs perfides du monde se réveillent avec ardeur, et les charmes de la saison nouvci-le, en détournant les regards des choses célestes, inclinent les pensées et les sentiments vers la terre, et souvent finissent par entraîner les volontés... Nous aurions pu nous perdre, si l'Église, notre îîère, qui est toujours si bien inspirée pour le salut et le bonheur de ses enfants, n'avait dans sa prévoyante tendresse trouvé ce grand moyen 4ui les sauvera du mal : elle va consacrer à la prière sainte, et aux plus pieux exercices de la religion, ce mois tout entier, et il s'appellera le mois de Marie... Usera pour tous un mois plein de grâces, et tous les jours seront des jours de victoire. Enfin, il n*y avait pas de fêtes pendant ce mois de Mai, pas un seul jour de fête consacré à Marie, tandis que tous les autres en comptent, et même plusieurs, comme il est facile de le voir en suivant la série des mystères de l'année religieuse... C'était bien dur pour le cœur des enfants de Marie de passer ainsi un long mois, sans avoir une occasion de lui prouver leur amour !... et l'Église pour les consoler a trouvé cette belle pensée de faire de ce mois tout entier comme une grande solennité. (1 y aura donc tous les jours une belle fête; tous les jours, on se réunira au saint autel de Marie ; on chantera ses louanges, on étudiera

ses vertus, on lui demandera sa protection maternelle.

Et voyez, en effet, comme par toute la terre, mais surtout en France, qui est le royaume de Marie, on célèbre ces fêtes de trente jours. Quelles belles fleurs à ses autels ! quels cbants harmonieux, quelles délicieuses soirées de famille ! Quel concours dans toutes les églises !

II. Mais encore, que faut-il faire surtout pour l'honorer ?... Comment les enfants de Marie doivent-ils célébrer ce mois béni ? C'est la seconde question, et j'y répondrai en un mot... Qui ètesvous d'abord, mon cher lecteur! — Tu quis es? — Êtes-vous pécheur ? Étes-vous juste ?

Si vous êtes pécheur, voici ma réponse. Convertissez- vous, aujourd'hui même, et demandez votre pardon. Arrêtez-vous, enfant ingrat, dans la voie de l'iniquité. Enfant prodigue, revenez à votre père, et puis commencez ce mois avec espérance et courage. Vous éviterez le péché, vous combattrez avec force toutes vos passions, et vous allez enfin remporter une victoire décisive, une victoire qui sera suivie d'une paix immortelle. Marie elle-même combattra avec vous, et elle est plus terrible aux ennemis de notre salut qu'une armée rangée en bataille ; elle écrasera sous son

pied la tôle du serpent infernal. En un motj pécheur, ne péchez plus. Nous avons vu tous les ans, pendant le mois de Marie, des hommes lutter avec une constance et une énergie vraiment étonnantes... Ils triomphaient, ils étaient purs, et Dieu seul sait quelle force leur a été donnée dans les comhats, et quelle douceur, quelle joie ils ont goûtée après la victoire.

Si vous êtes juste, mon cher lecteur, je n'ai que ce conseil à vous donner : Sanctifiez-vous encore, et que chaque jour de ce mois héni soit marqué par quelque victoire aussi, que vous remporterez sur vous-même. Offrez à votre Mère tous les jours une petite prière et un petit sacrifice ; mais une prière de cœur, un sacrifice intérieur surtout, quoique Ton puisse bien faire aussi, en son honneur et pour son amour, quelques actes de mortification extérieure... Mais réprimer la vaine curiosité d'un regard, retenir sur ses lèvres une parole inutile, se lever avec promptitude à l'heure fixée, travailler, obéir, se taire; en un mot imiter quelques traits de la vie si sainte et si pure de Marie; c'est le moyen le plus sûr de lui plairc.El si les enfants de Marie n'imitent pas ses vertus, ils perdent la gloire de ce nom sidoux...Çw£ Genitricis non facit opéra negot genus (S. P. Chry.). Ainsi chaque jour vous lui offrirez une fleur, une

de ces fleurs mystérieuses qu'elle aime tant, et à la fin du mois vous aurez une riche couronne à lui présenter, une belle guirlande à suspendre à son autel.

Si vous offrez à Marie une prière, elle abaissera sur vous un regard.

Si vous lui offrez un sacrifice, elle parlera ellemême à votre cœur.

Si vous imitez une de ses vertus, elle vous bénira.

Vous terminerez cette méditation préparatoire par une prière fervente à Marie, et une promesse généreuse, une sainte résolution, ou d'éviter le péché qui lui déplaît le plus en vous, ou de faire le sacrifice que vous croyez devoir être le plus agréable à son Cœur Immaculé.

Sancta Maria, Sancta Dei Genifrix,

Or a pro nobit.

(mystères)

MYSTÈRE DE l'IMMACULÉE CONCEPTION.

Noli metuere, non morieris; non enitn pro te, sed pro omnibus hœc lex constituta est.

Ne craignez pas, vous ne mourret point ; car ce n'ebt pas pour vous que cette loi a été portée, c'est pour tous les autres. {Esth., \r, It, 13.)

AvecTÉglise et les saints Docteurs, nous appliquerons à Marie cette parole du Roi Assuérus à la Reine Esther, lorsque pâle et tremblante, elle se présenta au pied du trône, pour demander la grâce de son peuple!... Ne craignez pas, ô Marie ; il est vrai, qu'il y a une loi terrible qui frappe de mort tous les rejetons de cette race maudite par le crime... tous ces fils malheureux d'un père coupable sont flétris et souillés à mes yeux, et ils naissent enfants de colère... ils mourront... Mais vous ! ô ma fille, vous qui devez être la mère

de mon Verbe éternel, vous reine des Anges, vous serez pure et Immaculée à mes yeux, vous serez un enfant d'amour... vous ne mourrez pas! Non moineris. — Et par un privilège unique et glorieux, Marie a été, clans sa Conception, préservée de la tache du péché originel...

Toujours rÉglise Ta cru : c'est aujourd'hui pour toute la terre un article de foi définie. Le Pontife bien-aimé qui gouverne les âmes, le Vicaire de Jésus-Christ, leglorieux successeur de saintPierre, l'Immortel Pie IX l'aproclamé, et il a mis cette vérité sainte au nombre des dogmes sacrés de la vérité catholique.

Nous méditerons sur quelques preuves de l'Immaculée Conception, sur le mystère même, et nous tâcherons de tirer de ces réflexions saintes quelques fruits pour notre âme. En deux mots ; Marie a trouvé dans ce jour la grâce pour elle et pour nous.

I. Elle a trouvé la grâce pour elle, c'est-à-dire que sa Conception a été pure. Immaculée, sans tache.

La raison même nous prouve que Dieu a dû préserver Marie de la souillure du péché d'origine, et elle nous prouve que l'Église a toujours cru à ce glorieux privi/ége de la Conception Immaculée de Marie.

MYSTÈRE DE L'IMMACOLÊE CONCEPTJÛN. 23

i^ Il suliit en effet de se rappeler les relations des trois personnes divines avec la sainte Vierge, pour en conclure aussitôt qu'elle n'a jamais pu être un objet d'horreur à leurs yeux... Avant les siècles elle était déjà présente à la pensée et au cœur du Dieu trois fois saint; il la concevait déjà, en quelque sorte, dans un amourimmense : Ante saecula creatasum.., ah aeternooi^dinata sum.„ (Sap.) Dieu n'aurait-il éternellement médité ce grand et divin travail, que pour le voir un jour tout souillé de la fange du crime ! Dieu qui a tenu conseil pour faire le premier homme, et qui l'a créé pur et innocent... Faciamus hominem... Dieu n'aurait pas pensé à préserver du péché celle qui devait réparer la faute de cet homme... et briser la tête du serpent homicide!...

Mais ce raisonnement si simple devient encore plus frappant, si nous l'appliquons à Jésus-Christ. le Fils de Dieu même, et dans le temps, fils de Ma. rie. — Je demande s'il est possible que la mère d'un Dieu soit aux yeux de ce Dieu un objet d'horreur, ne fût-ce qu'un instant (... Non ! — Je demande si un Dieu peut refuser quelque chose à sa mère!... Non! — Eh bien ! Concluez de suite que Marie n'a pas été tlétrie de la tache du péché d'origine. Eh ! quoi, un enfant de la terre sourit à sa mère, aussitôt qu'il peut la reconnaître, et un

Dieu n'aurait pas aimé la sienne aussitôt, qu'il le pouviit!...

Et l'Esprit-Saint, ce Dieu que la moindre imperfection con triste dans les âmes, cet Esprit d'amour qui a donné à 3Iarie le nom d'Épouse, n'a-t-il pas dû se hâter de sanctifier le tabernacle vivant où devait habiter Jésus? ... Sans doute, et c'est lui-même qui, au Cantique sublime des Cantiques, a inspiré les paroles admirables que l'Église aime à répéter aujourd'hui, pour aLtester sa foi au plus glorieux privilège de Marie... Tota pulchra es et macula non est in te... 0 quàm pulchra es I columba men, unica mea; Immuculata meal... Vous êtes toute belle, ô Marie, et il n'y a pas l'ombre d'une tache en vous... oh ! que vous êtes belle, ô ma colombe, mon incomparable, ô mon Immaculée! !...

Si vous voulez encore mieux sentir la force de ce raisonnement tiré des relations de Marie avec la sainte Trinité, vous n'avez qu'à faire une simple hypothèse. Transportez-vous par la pensée au jour de l'Incarnation du Verbe... et supposez, qu'au moment où l'Archange aux pieds de Marie la sollicite, la presse de consentir à la gloire de la maternité divine, supposez qu'au moment où cette Vierge pure a prononcé le Fiat mihi secundum verbum, au momenf où l'Esprit-Saint la

couvrait de son omore féconde, où le Verbe éternel, sans quitter le sein de son Père éternel, se faisait homme dans le sein virginal de Marie, supposez que Satan, ce serpent de l'abîme, ose s'approcher d'elle, pour répandre en son cœur le noir venin du péché, qu'il ose l'outrager, ou seulement l'effrayer par ses sifflements horribles... de quelles foudres le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'auraient-ils pas frappé ce monstre ! et quels supplices n'auraient-ils pas ajoutés à ses supplices!... Mais vous le savez bien, il n'y a pas de temps en Dieu ; dans son immuable éternité , il voit tout présent à sa pensée... Et déjà, quand Marie fut conçue, elle était aux yeux du Seigneur la mère de Jésus... donc la Trinité Sainte n'a pu permettre qu'elle fût souillée par la tache du péché ; donc elle a été Immaculée dans sa Conception ; et dès ce premier instant de sa vie trèspure, elle a écrasé la tête de ce serpent maudit. 2° Aussi l'Église a-t-elle toujours cru, toujours enseigné ce grand mystère, cette belle prérogative de Marie, bien qu'elle ne l'ait pas défini comme un dogme de foi, avant ces dernières années du glorieux pontificat de Pie IX. Pour le prouver, sans vouloir citer ici les textes des Pères etdesDocteurs,ni la parole même des conciles, je prie le lecteur de peser seulement cette forme de

raisonnement ou de preuve, l'une positive et Tautre négative.

L'Église d'abord, avant la définition de Pie IX, célébrait la fête de la Conception, et depuis des siècles invitait ses enfants à la solennité de ce jour, le 8 Décembre... Donc elle croyait à ce privilège, car si elle n'eût pas regardé la Conception de ¥éine comme Immaculée, au lieu de faire une lête, elle aurait dû pleurer et gémir aux pieds de ses autels, couvrir ses images de crêpes funèbres, puisque c'eût été rappeler à la mère de Dieu sa bonté et sa douleur, et le seul jour de sa vie qu'elle eût voulu pouvoir effacer du nombre de ses jours.

Mais non-seulement l'Église a prouvé sa foi par la célébration de ce mystère, elle l'a déclarée aussi par son silence même. Eh quoi! est-ce que Rome n'a pas de foudres pour frapper l'erreur et condamner le mensonge ?. . . Or,depuis des siècles, tous les prêtres, en présence des Pontifes, pasteurs des âmes, et dans l'assemblée des fidèles, disaient à haute voix, répétaient publiquement et du haut de la chaire de vérité, que Marie a été conçue sans tache.... et pas une voix ne s'éleva pour flétrir cet enseignement. Au contraire, les évêques de toutes les contrées, et le Pontife Romain lui-même se taisaient, que dis-je! tous ils applaudissaient à ce langage; ils répétaient eux-mêmes la touchante

invocation à la Vierge conçue sans péciié... Donc toujours on a cru dans l'Église à cette gloire, à cette prérogative sacrée de Marie.

Que béni soit à jamais le nom du saint Pontife qui par l'inspiration de l'Esprit de Dieu a proclamé ce dogme de V Immaculée Conception; et bénis soient aussi les évêques du monde catholique de tous les points de la terre, qui ont accouru à sa voix, et qui se sont réjouis de voir ce qu'ils ont vu et d'entendre ce qu'ils ont entendu ! Tous heureux d'applaudir à ses accents et de répéter après lui, leur acte de foi à ce glorieux mystère l

Ah ! je comprends bien que cette gloire pouvait être réservée au grand Pontife qui gouverne l'Église. Mais ce que je ne puis comprendre, c'est qu'une pareille grâce ait été accordée à un siècle d'indifférence, d'incrédulité, d'ingratitude. Ce que je ne puis comprendre et ce qui m'épouvante, c'est qu'il y ait encore des cœurs assez ignorants pour refuser de croire la vérité, et pour oser dire que notre foi a changé par suite de ce décret immortel. Non, il n'y a rien de changé dans notre religion, il n'y a rien de nouveau à croire. Seulement celui qui, avant ce jour solennel, aurait nié le privilège de Marie, n'eût été qu'un ignorant ou un impie, un ingrat ou un imposteur; aujourd'hui^ ceux

qui s'obstineraient encore à rejeter ce dogme sacré seraient liérétiques, et comme tels, séparés du sein de TÉglise et maudits par sou anatlième.

0 Sainte Vierge, douce Warie, ô mère Immaculée! gloire à vous, gloire et amour! Oui, vous ^vez été toujours pure aux yeux de Dieu, il vous a toujours aimée. Vous avez été conçue sans tache. Oui, je le crois, et je voudrais mourir martyr de ce dogme sacré ! 0 Marie conçue sans péché, priez... priez pour nous qui avons recours à vous... Souvenez-vous de vos enfants, et prenez pitié des pauvres pécheurs. Car c'est pour nous

aussi que vous avez trouvé grâce en ce jour

C'est pour nous sauver du péché et de la mort. — Jtegina sine labe concepta, orapro nobis.

II. Il suffira de quelques mots pour indiquer la deuxième partie de la méditation. Marie, au moment même de sa Conception très-pure, a prié pour nous ; elle a obtenu la grâce de délivrer ses enfants, non du péché originel, mais de ses suites pour ainsi dire, et au moins du péché actuel. Elle sauve l'âme juste et fidèle par la puissance de sa protection et de ses exemples surtout ; et le pauvre pécheur par la puissance de sa prière et de ses miséricordes.

Que le serviteur de Marie, que ses enfants es-

pèrent donc, et qu'ils l'invoquent avec confiancr ; elle le? protégera contre l'enfer et contre m mort ; mais qu'ils considèrent aussi que cette vierge si pure, et impeccable par un privilège dû à sa maternité divine, n'a pas cessé de veiller et de prier. Elle se dérobait à tous les regards, comme si elle eût pu craindre le monde ou sa propre faiblesse. Que pendant ce mois ils s'efforcent de l'imiter! C'est à cette condition qu'ils pourront espérer de vaincre les ennemis de leur salut. Qu'au jour du danger ils recourent à elle. Qu'ils l'invoquent surtout comme Immaculée, et ils sont sûrs de remporter la victoire. C'est ce que prouve tous les jours, cette prière justement appelée miiaculeuse : 0 Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous. Ayez donc confiance, âmes justes et fidèles, veillez et priez comme elle, et la V^ierge sans tache vous sauvera, vous êtes ses enfants.

Mais c'est surtout pour les pauvres pécheurs qu'elle a prié au jour de sa Conception Immaculée ; et tous en cette fête doivent avoir une confiance sans bornes, parce que le pouvoir et la tendresse de Marie pour eux sont sans bornes aussi.

Que peut refuser le Seigneur à celle qu'il a prévenue de si grandes grâces, et comblée de tant de faveurs ? Il suffit qu'elle exprime un désir au

Cœur de son fils ; et c'est dans ce sens qu'elle est J^ule-puissante par sa prière, Omnipotentia suppiex (S. Anselme).

Sî tendresse ! Pour tout dire en un mot, c'est une mère. Les pécheurs sont ses enfants, et ne pensez pas que, pour avoir été exempte de toute souillure, la Vierge Immaculée détourne ses yeux, ou qu'elle ne voie qu'avec horreur les plaies hideuses que le péché fait dans les âmes. Au contraire, plus elle est sainte et pure, dit saint Grégoire, plus elle est douce et clémente envers les pauvres pécheurs : 3îaria quanto sanctior^ tanto dementior et dulcior circa peccatores .

Sauvée par une grâce spéciale d'un si grand malheur, elle n'aura que plus de compassion pour nous, et sa tendresse maternelle n'omettra rien pour nous arracher à la mort. Ainsi l'on voit souvent des personnes, qui n'ont pas même connu la douleur, être si sensibles à la souffrance des autres que la vue d'une plaie leur arrache aussitôt des larmes et des cris déchirants. Confiance donc , pécheur, d peccator, ne difjîdas... Eussiez-vous commis tous les crimes, si vous voulez revenir à votre Dieu, si vous voulez vous sauver, Ftiam si commis sisseb omnia peccata, si vous invoquez Marie, elle priera pour vous, elle viendra vous délivrer de la mort : Vel tenuiter invocata praesto adest (S. Bern.),

Je dirai plus encore ; mais que Je pécheur n'abuse pas de cette parole. Je veux seulement ouvrir son cœur à l'espérance, et non le rassurer dansla route du mal, ou l'encourager dans le crime ; mais il est vrai, et je dois le dire, que, même pour les cœurs les plus ingrats et les plus coupables, Marie Immaculée a prié en ce jour, et qu'elle est encore pour ces âmes, tristes victimes de passions indomptées, une mère pleine de tendresse. Elle veut les sauver.

C'est pour ces grands pécheurs mêmes qu'elle a plus d'amour, parce qu'ils sont plus malheureux et qu'ils vont mourir. Tu peccatorem quantumvis fœtidum non horres (S. Bern.). Oui, si ce pauvre enfant pousse un soupir vers vous, ô Marie, vous venez aussitôt le tirer de l'abîme de désespoir... Si ad te suspiraverity tu illum a desperationis barathropia manu retrahis (S. Bern.). Voyez plutôt une mère environnée de toute sa famille; elle est heureuse au milieu de ses enfants, elle jouit de leur tendresse.... et puis tout à coup elle se dérobe à leurs embrassements, elle fuit pâle et hors d'ellemême.... Ah ! vous comprenez, il y en a un qui "Vient de tomber, il a jeté un cri, il pleure, il souffre, il est blessé, et la mère ne pense plus qu'à lui, on dirait qu'elle n'aime plus que lui.... Eh bien, telle est Marie pour les pécheurs. Oh 1

non. Ils ne sont pas abandonnés, souvent elle al3aisse sur eux un res^ard de mère.... C'est un rayon de lumière, une pensée rapide de l'éternité, et d'autres fois, c'est sa voix qui les rappelle dans un cri de remords. 0 peccator, ne diffidas! Confiance donc, pauvres pécheurs; elle prie pour TOUS, elle vous aime.

Finir par une prière à la Vierge Immaculée, et répéter souvent pendant ce jour une des invocations suivantes :

Mater inviolata. — Mater intemerata. — Mater immnculata, — Regina sine labe concepta^ ora pro ■no bis.

0 Marie conçue sans péché, priez pour nous, aui avons recours à vous 1

DEUXIEIttE JOUR.

Puer natus est uobis.

Un enfant yient de uaîlre pour nous.

[IS.y It, 6.)

Lorsque le Prince des Prophètes, Isaïe, a prononcé cetle parole, son regard contemplait le divin enfant de la promesse, le Fils de David, le Roi Messie, notre Sauveur Jésus ; il le voyait dans i'étable, sur la paille de la crèche ; et il invite aussitôt les Rois à venir l'adorer. Mais nous pouvons appliquer ce texte à Marie enfant, qui sera la mère de ce Dieu fait homme. Car, elle aussi, elle vient au monde pour nous, et le Ciel nous la donne... Puer natus put nobis et filius datus est nobis (h., ix, 6). Nous allons donc méditer à ses pieds, et jeter quelques fleurs dans son petit berceau qu'environnaient les Anges.

Nous commencerons oramairement nos sujets de médital'on par le récit du mystère. Cette narration sera suivie de quelques réflexions simples et toujours pratiques.

Depuis longtemps Joachim, dont le nom signifie la Préparation du Seigneur , et Anne , pleine de grâce et de miséricorde, étaient unis par les liens sacrés du mariage, et Dieu n'avait pas encore béni leur union. Justes et fidèles, ces deux âmes ne cessaient de prier, et demandaient au Ciel un enfant qui pût les consoler dans leur vieillesse, et donner à leur nom une espérance enviée par tous les descendants des saints Patriarches, qui avaient désiré, même en mourant, de voir le Réparateur promis à leurs pères. D'après une pieuse et antique tradition, les deux époux furent séparément instruits par un ange qu'ils auraient bientôt une fille, qui serait la consolation du monde.

Quand le temps fut venu, sainte Anne enfanta avec joie la plus parfaite et la plus sainte des créatures de Dieu, Marie, désirée par tant de générations. Cette naissance qui eut lieu à Nazareth, le 8 Septembre, et un samedi, à l'aube du jour, selon Baronius, et que toute la terre a célébrée depuis avec allégresse, fut obscure et ignorée, humble comme tous les mystères de la Rédemption.

Ce ne fut que le huitième jour que l'on donna à l'enfant son doux nom de Marie qui, en syriaque, veut dire Reine ou Dame^ et qui en hébreu

s\gn\f\e Étoile de la mer^ ou Me?' d'amertume. Avec cet enfant, tous les biens furent donnés à Joachim et àsainteAnne, qui étaient l'un et l'autre delà tribu de Juda et de la maison de David. Deux pensées feront le sujet de nos réflexions : P C'est pour Dieu et 11° pour nous que Marie enfant vient de naître.

I. Pour Dieu. Ce jour a été attendu, désiré pendant quatre raille ans... Le ciel semblait méditer sur la création de celle qui devait être la mère du Rédempteur : Dieu voulait préparer le monde à ce bienfait. Et l'enfant vient de naître, il est dans son petit berceau. Venez le contempler avec amour. Les anges la saluent comme leur Reine; venez et reconnaissez votre mère.

Considérez de quelles grâces elle a été prévenue, et comment elle a répondu à tant de faveurs. Et d'abord, grâces de préservation ; non-seulement Marie a été exempte du péché originel, comme nous l'avons vu dans l'exercice du premier jour, mais aussi de toutes les suites fatales de ce triste héritage d'un père coupable. Tandis que notre âme, appesantie par le corps de boue auquel elle est unie, s'incline vers les choses de la terre, et n'a d'attrait que pour le mal, le cœur de Marie, pure et Immaculée, n'avait d'amour que

i^ DEUXIÈME JOUR,

pour les choses célestes et de 'goût que pour la vertu. Nous avo^s été conçus dan? l'iniquité, nous naissons dans le péché ; et elle a été conçue dans la grâce, elle est née dans la sainteté. Notre intelligence s'égare dans les ténèbres, et celle de la Vierge pure n'a jamais été dans la nuit; mais toujours dans la splendeur de la lumière divine : Nunquam in tenebris» sed semper in luce Maria (S. Jér.).

Une autre conséquence de ce privilège incomparable de la Conception sans tache et d'une naissance aussi sainte, c'est l'impeccabilité, c'est-àdire la préservation de tout péché actuel, de toute faute môme vénielle, et de toute imperfection. Car il répugne que la mère d'un Dieu puisse déplaire à son tils,qui est intîniment saint et parlait. Tandis que l'homme juste tombe et ne peut éviter bien des actes de fragilité, Marie n'a jamais commis la plus petite faute; jamais elle n'a contristé le Saint-Esprit qui habitait dans son cœur : toujours docile à sa voix, fidèle à ses inspirations, elle s'est élevée à la plus sublime perfection.

Mais encore, comment a-t-elle répondu à ces grâces singuUères de préservation ?C'est ici qu'elle doit servir de modèle à ses enfants. Marie si pure, si sainte et vraiment impeccable, nous a donné l'exemple le plus touchant de la vigilance.

Un seul regard de ses yeux pouvait purifier la terre, et elle se cachera, elle se dérobera à la vue des hommes, et, retirée à l'ombre du sanctuaire, elle va vivre dans la solitude, le silence et la prière. Elle ne cessera de demander au Seigneur sa grâce pour persévérer dans son amour.

— Et nous, si faibles, si fragiles et déjà si souveni blessés dans les combats, que nous avons eu à soutenir contre l'ennemi de ootre salut, nous ne savons ni prier, ni veiller; nous aimons le danger, nous allons au-devant de la mort ; comment pourrions-nous l'éviter ? Dieu même l'a dit : c'est vouloir périr que de s'exposer au danger : Qui amat periculum, in illopeîibit (Eccl., m, 27).

Mais à ces premières grâces de préservation, le Seigneur ajouta de nouvelles faveurs, que nous appellerons grâces de prédilection ou de choix.

— La sainte Vierge en a été comblée dès le premier jour de sa naissance. Elle a reçu les dons les plus admirables de l'esprit et du cœur, sans parler des charmes incomparables et de la beauté parfaite de son corps virginal. Le Saint-Esprit avait répandu dans ce tabernacle le plus pur de la Divinité, toutes les richesses de ses dons célestes, et l'abondance de ses fruits sacrés. Marie, enfant au berceau, possédait tous les trésors de la science humaine f, elle s'élevait par ses connais-

sances au-dessus de tous les hommes et de tous les Anges... »H par la perfection de son amour, déjà elle surpassait les Archanges et les pluÈ» sublimes Séraphins des Cieux : Fundamenta ejvtk in montibussanctis (Ps. lxxxvi, 1), et elle ne cessera» pendant tout le cours de sa vie de répondre avet fidélité à tant de grâces, s'élevant ainsi jusqu'audessus de toutes les perfections créées, et s'approchant de plus en plus de la sainteté de Dieu même... Fines Divinitatis propinquius attingit^ dit saint Thomas d'Aquin.

Et comment a-t-elle répondu à ces faveurs extraordinaires?... par une humilité profonde... Toujours cachée aux yeux du monde, elle n*a rien dit, elle n'a rien fait, ce semble, de grand. Et c'était cependant sur cette humble fille de Juda que le Dieu du Ciel abaissait ses regards de complaisance ; c'était en elle que reposaient toutes les espérances de salut pour le genre humain. Quelle leçon, quel exemple pour les serviteurs de Marie!... Et qui pourrait encore vouloir s'élever ; quand la Mère de Dieu s'abaisse et se cache!... Nous qui sommes si pauvres etsi misérables, tâchons au moins de le comprendre et de rester à notre place.

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