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II. La sainte Vierge vient de naître pour nous

Nobis /,.. Vita, dulcedoy spes nostra^ salve!... Je vous salue dans votre berceau, enfant de grâce. C'est vous qui êtes la vie, la consolation, l'espérance du monde. — Dès le premier jour de sa vie (et c'est la seule vie humaine qui ait été toute à Dieu), dès le premier instant de son existence, xMarie commença pour nous l'office de réparatrice, de médiatrice, d'avocate et de Mère.

Nous savons bien qu'il n'y a qu'un vrai réparateur et rédempteur; il est de foi que Jésus qui naîtra de^larie est seul médiateur, Uaus mcdiafor (I Tira., Il, 5). C'est lui qui est notre avocat auprès du Père, Advocatum habemus apud Patrem (IJoan., II, 1). Mais nous savons aussi, et la foi comme la raison nous enseignent qu auprès de Jésus son divin Fils, Marie sa mère a une grande puissance d'intercession, et que sa prière ne peut être rejetée : Omnipotentia supplex.

Or elle a prié pour nous dans le berceau. Par ses larmes elle a commencé à réparer, à expier nos crimes et nos ingratitudes ; elle a demandé grâce et obtenu miséricorde. Cet enfant élevait ses yeux vers le Ciel ; son cœur a jeté un cri de douleur, un soupir d'amour qui sollicitait un. pardon ; et le Dieu du ciel; touché de cette prière, apaisait sa justice et pardonnait à la terre coupable. Déjà nous pouvons nous adresser à r£nlanl-

Marie, comme mi jour à la Vierge-Mère, comme à la Reine des Cieax, et lui dire avec saint Bernard : 0 vous qui êtes l'avocate des houimes et des plus pauvres pécheurs, commencez à plaider leur cause... Eia ergo^ advocafa nostra, officium tuum impie... Une seule de vos larmes suffira pour toucher notre juge, et il ne pourra plus nous condamner ; nous obtiendrons par vous une sentence de paix et de miséricorde. '

Marie ne peut nous refuser son appui et cette protection, car elle est déjà notre Mère. Il est vrai que ce n'est qu'au Calvaire, à proprement parler, qu'elle doit nous enfanter dans les larmes, et, lorsque Jésus en mourant lui dira de nous adopter pour enfants à sa place ; mais il est incontestable aussi que, même en naissant, et dans son berceau, elle était la Mère des hommes, et à bien plus juste titre que la première des femmes, au jour où elle entra dans la vie, sous les yeux du Dieu tout-puissant créateur. Les saints docteurs font, à l'occasion de ce mystère, un paraUèle entre Eve et Marie, ou plutôt ils montrent, dans un contraste frappant, toutes les différences que la foi découvre entre ces deux femmes, qu'ils appellent, l'une la Mère de la mort, et l'autre la Mère de la vie. Vous pouvez vous arrêter quelques iu'^tants sur cette comparaison ; mdf" ce n'est pas la ^^^ ^

pensée qui doit rester dans votre cœur, ni le fruit de cette méditation.

La vue de cette petite fille au berceau, vous inspirera des sentiments de confiance, de joie et d'amour : vous y abandonnerez votre cœur en songeant qu'elle est votre Mère , et qu'en vertu de ce titre, elle ne peut s'empêcher de vous aimer et de vous protéger.

Vous irez donc avec confiance vous prosterner à ses pieds, et, la contemplant avec amour, vous lui parlerez de vos espérances et de vos craintes ; vous lui demanderez les grâces qui vous sont nécessaires pour votre salut. Toutes les vertus sont au berceau de Marie : elle ne pourra rien vous refuser. Dieu même, à la vue de cet enfant qui pleure et qui prie pour nous, se laissera toucher, et vous doiniera sa grâce et ses miséricordes.

Vous surtout, pauvres pécheurs, espérez en elle, 0 peccator, ne diffidas (S. Bern.). Car c'est surtout pour vous qu'elle vient de naître, et sa première prière a sans doute été pour ses enfants les plus malheureux.

On raconte qu'un grand capitaine des derniers siècles , qui marchait à la conquête des îles lointaines, se vit au sein des mers orageuses sur le point de périr avec la troupe de héros qui 'l'accompagnait. Le ciel était noir et en feu... les

abîmes s'ouvraient comme un vaste tombeau; des montagnes d'eau, s'élevant, menaçaient de briser, d'engloutir le vaisseau déjà entr'ouvert par les lames... Tout allait finir... quand Albuquerque, arrachant des mains d'une femme en pleurs le petit enfant qu'elle pressait sur son sein,... réleva vers le ciel, et fit cette prière : « Grand Dieu, par pitié pour cet enfant, en faveur <i de ce petit innocent, faites grâce aux autres, « aux coupables ; ayez compassion de nous et <c sauvez-nous. » — Et l'histoire nous dit que le Seigneur fut touché, que le ciel s'apaisa soudain et que Ja tempête se tut... Eh bien! vous, mon cher lecteur, pauvre pécheur peut-être, et près de la mort, approchez du petit berceau, et, prenant l'Enfant-Marie qui pleure, élevez-la vers le ciel, montrez-la à Dieu, et, en son nom, demandez pardon et miséricorde ; demandez toutes les grâces enfin. Dieu ne pourra rien vous refuser.

Monstra te esse matremy Samatper te preces^ Qui pro nohis natus Tulit esse tuus.

Refugium peccatorum^ ora pro nobis.

Et ego, tn timplicitate cordis meî lac» tus obtuli universa.

Dans la simplicité de mon cœur, avec joie, j'ai tout offert au Seigneur.

(l Paralip., xxix, 17.)

Nous allons méditer aujourd'hui sur un des plus touchants mystères de la vie de la sainte Vierge ; sur la Présentation, que les Grecs appellent TEntrée de Marie au Temple. Commençons par le ^lécit de ce fait admirable, comme la tradition idèle des siècles Ta conservé au sein de l'Église.

C'était chez les Juifs un usage constant d'offrir, de consacrer à Dieu les enfants, avant et après ieur naissance. Mais les hommes religieux de ce peuple, les parents les plus fidèles ne se contentaient pas de cette consécration générale ; il y en avait qui offraient au Seigneur leurs enfants, d'une manière plus spéciale, et qui les donnaient positivement à son temple. On a un exemple de cette consécration en la personne d'Anne, mère du jeune Samuel. Ces enfants habitaient dans l'en-

ceinte sacrée, et servaient les prêtres et les lévites dans leur saint ministère. Il y avait aussi des appartements réservés pour les femmes dévouées au service divin, et les saintes Écritures ont conservé le nom de plusieurs; entre autres celui d'Anne, fille de Phanuel.

Une tradition constante nous apprend que Joachim et Anne offrirent solennellement à Dieu leur petite fille Marie et la consacrèrent à son service. Ce fut vers l'âge de trois ans. . . Mais il est im possible de dire avec quelle ardeur cette enfant remplit ce *:evoir sacré, avec quelle ferveur elle s'offrit ellemême ets'immola à laglôire de son Dieu, avec quel ^nheurelle se cacha dans cette sainte solitude !... Sans doute elle répéta dans son cœur la parole du saint Prophète : « Qu'ai-je désiré dans le Ciel, si- « non vous, ô mon Dieu ? et qu'ai-je souhaité sur «la terre, sinon vous seul!... Vous êtes le Dieu de « mon cœur et à jamais mon partage. y> Contemplez-la, quittant soudain la main de sa mère, s'élançantsur les marches du Temple, franchissant toute l'enceinte sacrée, et se précipitant, à l'entrée du sanctuaire, aux pieds du Pontife, qui lève les yeux au Ciel, et qui la bénit avec admiration !... En ce moment solennel, Marie se donnait à Dieu, s'immolait à sa gloire et à son amour.

A l'exemple de la sainte Vierge, nous appren-

drons à nous donner aussi à Dieu : P sans délai» 11° sans réserve ou sans partage, IIP sans retour.

I. Sans délai. — Hélas! ce n*est pas ainsi que parle le monde !... Il y a, dit-il, un temps pour les plaisirs... Elle temps de la jeunesse, c'est la saison des fleurs... Il faut se hâter de jouir... Ces jours passent si vite !... Ces fleurs Soui si tôt fanées ! avant qu'elles ne soient flétries, il faut les cueillir, et respirer ces parfums de volupté!... 0 hommes stupides et ingrats ! Mais quoi ! Dieu n'est-il pas votre maître, n'est-il pas votre père ?

1° Votre maître d'ahord, il a sur vous les droits les plus sacrés et les plus imprescriptihles. C'est lui qui vous a donné l'être, qui vous conserve la vie. Ce que vous êtes, ce que vous avez, vous lui devez tout, et il exige de vous l'hommage d'un cœur, libre sans doute, mais fidèle; c'est la fin même du travail divin de la création... Malheur, malheur à vous, si vous ne lui réserviez que les restes dégoûtants d'un cœur usé dans la passion du mal, et dont le monde même ne voudrait plus !...

Si Adam, au moment où il sortit pur des mains de son Créateur, avait détourné ses yeux du Ciel et donné son cœur à la terre, ce Dieu puissant, justement irrité contre cet ingrat, ne l'aurait-il

pas aussitôt maudit ou rejeté dans le néant ?... Il est jaloux d'ailleurs, parce qu'il aime, ce grand Dieu, et il a toujours réclamé les prémices de toutes choses, et les premiers fruits de la terre, et les yuemiers nés des troupeaux; et surtout les premiers nés des enfants des hommes. De quel droit voudricz-vous le priver de cet hommage, et lui ravir votre cœur pour ces premiers jours de la vie ?... Ah ! Vous viendrez toujours trop tard, quoi que vous fassiez, et il aura toujours sur vous une éternité d'avance, In caintaie perpétua dilexi te (Jer., xxx, 3). Car ce Dieu n'est pas seulement pour vous un maître puissant.

2° Il est votre père, le père le plus tendre... 11 attend avec amour ces premiers mouvements de votre àme, cet élan de votre cœur. Comme une mère, penchée sur le herceau de son fils unique, désire avec impatience et cherche à voir le premier sourire... Comme un père attend le premier mot de son enfant chéri ; ainsi notre Dieu, qui, en créant une âme, laisse tomher sur elle la flamme immortelle de son regard et le souffle de sa vie. Dieu attend que, dégagée de ses entraves, elle se tourne vers lui et lui donne son amour... Et vous, infidèle et ingrat, vous avez peut-être ahaissé vos yeux vers la terre ; que dis-je ? peut-être que vous avez Qonné vot;<^ cœur au mal, et que vous avez

préféré à Dieu, son ennemi! Vous avez consacré au monde et à ses plaisirs coupables les premières années de votre vie !

Oh ! que les parents le sachent bien, et qu'ils comprennent leur mission... C'est à eux, c'est surtout aux mères chrétiennes à diriger les pensées vers Dieu, à élever les âmes, en un mot : qu'elles apprennent de bonne heure aux enfants à prier, et à donner leur cœur à Dieu, leur Père qui est dans les cieux; et si elles sont fidèles à ce devoir sacré, elles assureront leur bonheur, pour cette vie môme, et pour l'éternité, car il est écrit que c'est un grand bien d'avoir porté le joug du Seigneur dès la plus tendre enfance, et le Très- Haut lui-même a promis de ne pas oubher ce traité d'amitié qu'il aura fait avec nous aux jours de la jeunesse : Et ego recordabor pacti tnei tecum quod pepigi in diebus adolescentiae tuae.

Et puis, voyez un peu quelle imprudence, ou plutôt quelle folie de ne pas se donner à Dieu dès l'aurore delà vie, d'attendre au déclin du jour!... Les années passent si vite, si incertaines; et la mort peut si facilement nous surprendre !... Enfants, imitez Marie, donnez-vous au Seigneur. Hàtez-vousde lui consacrer votre cœur...

Et vous qui avez attendu peut-être jusqu'à ce jour, oh ! ne dificrez pas plus longtemps; com-

mencez aujourd'hui, à l'instant même, revenez à lui, et dites avec larmes, comme saint Augustin : « 0 mon Dieu, pourquoi ai-je donc si tard appris à vous aimer ! » Sero te amavi /... Par l'ardeur de votre amour, rachetez le temps ; par la générosité de votre sacrifice, réparez tant de jours malheureusement perdus !... Imitez la douce Vierge qui, dans ce mystère, s'est donnée à lui sans réserve et sans partage.

II. Oui sans réserve et sans partage. — Ici encore voyez la folie des mondains et des pécheurs, qui voudraient rapprocher en quelque sorte le Ciel de la terre, réconciher l'Évangile et le monde, et Jésus-Christ même avec son ennemi. Us donnent bien au Seigneur quelques pensées ; il y en a qui observent une partie de sa loi; mais inconstants et infidèles, ils veulent aussi réserver une part de leur cœur aux vains plaisirs de la terre, et s'abandonnent sans frein aux passions de la volupté.

Ce Dieu jaloux et qui ne peut souffrir la rapine dans le sacrifice, s'indigne et se retire de ces âmes ingrates. Comment en effet pourrait-il rester dans ce temple souillé du cœur humain, avec UQ8 idole infâme, qui vient pour prendre sa place? C'est impossible, il faut que Dieu la brise, ou il ne restera pas. Quand l'Arche sainte entra

dans le temple de Dagon, on trouva le lendemain cette idole impuissante renversée dans la poussière et brisée en mille morceaux. Elle n'avait pu demeurer sur son autel en présence du vrai Dieu. Et c'est ainsi que le Seigneur ne peut souffrir aucune idole, aucun amour dans un cœur qui lui appartient, et dans lequel il veut régner en maître. Je parle d'un amour qui le peine et le contriste. Malheur, mille fois malheur à ces âmes partagées ! elles ne connaîtront jamais la paix du Ciel, ni les saintes allégresses de la divine charité.

Il n'y a d'heureux au service de ce grand Dieu, que les cœurs fidèles et généreux; en un mot, les vraies victimes de ce «lyslérieux sacrifice de l'amour. Ainsi, autrefois quand on immolait encore au Très-Haut des victimes sanglantes ; si, au lieu de frapper au cœur l'agneau timide, la blanche génisse ou le taureau mugissant, si le prêtre, d'une main incertaine venait seulement à les blesser.... On voyait ces animaux fuir le sanctuaire en gémissant;, et ils allaient mourir avec douleur loin du saint autel; tandis que la victime dont les entrailles avaient été atteintes par le fer sacré, tombait raide morte et sans souffrance, et elle honorait le Dieu puissant. — Eh bien ! c'est une image vive du sacrifice mysté-

rieux des âmes, qui se donnent à Dieu, et de celles qui luttent contre son amour. Les unes s'immolent pleinement, se sacrifient généreusement; Dieu seul vit et règne dans ces nobles cœurs ; les autres sont seulement blessées, et mettant sans cesse quelque réserve dans leur sacrifice, déchirées, divisées, elles souffrent toujoucé ; il n'y a pas de paix, ni de lumière dans le lieu qu'elles habitent. Oh ! pauvres victimes, cœurs infidèles, que n'imitez-vous plutôt Marie, en vous donnant comme elle sans partage... et sans retour aussi I

III. Sans retour. — Jamais la sainte Vierge n'est revenue sur cette immolation et sur ses promesses : Corde magna et animo volenti. Elle a été grande et généreuse jusqu'à la fin, jusqu'au Calvaire, où elle unit son sacrifice à celui de son divin Fils.

Quand on réfléchit, il est impossible de ne pas gémir sur l'inconstante volonté des hommes qui, après avoir connu Dieu et l'avoir servi pendant quelque temps, l'abandonnent ensuite et le trahissent. Car enfin, ce grand Dieu ne change pas. Il est immuable en son nom et dans ses attributs éternels. Toujours donc nous devons le craindre, le servir et l'aimer.

U ne changera jamais : pourquoi changerions-

nous? On voit des hommes que la prospérité aveugle et semble éloigner de Dieu, elle devrait les attacher à lui par le sentiment de la reconnaissance et de l'amour. Il y en a d'autres que Tadversité abat, décourage et précipite loin de Dieu par le désespoir; ils devraient, au contraire, se rapprocher de lui par la prière, la résignation Et l'espérance.

Pour vous, mon cher lecteur, gardez en votre âme quelque parole de réternelle vérité; persévérez avec constance dans la vie de la foi ; servez le Seigneur et combattez avec courage pour sa gloire ; souffrez même à son service jusqu'à la fin, "VOUS rappelant qu'il n'y aura de couronnés un jour dans les cieux, que ceux qui auront légitimement combattu, c'est-à-dire persévéré jusqu'à la dernière heure ; et que la récompense et la gloire seront proportionnées au mérite de la lutte et aux difficultés de la victoire.

La vie est bien courte, allez donc ! Oui, courage et confiance, mon cher lecteur, allez toujours 1... que rien ne vous arrête, et ne dites pas : Le monde est si beau ! je l'aime encore... j'ai des passions si violentes!., je ne pourrai jamais! — Ne dîtes pas : J'ai peur des jugements des hommes, et de ce qu'on dirait de moi, si je devenais un saint. — Ne dites pas : J'ai peur de Dieu

qui va me demander plus de sacrifices!... — » Ne dites pas surtout : Plus tard je me donnerai à lui, mais il faut que je jouisse encore un peu ie la vie du monde et de ses plaisirs ; oli ! non> ne parlez pas ainsi, car ce serait une folie et un crime, et vous seriez perdu.

Mais à l'imitation de la Vierge fidèle, donnezvous à Dieu dès ce jour, et commencez aie servir et à l'aimer. Vous vivrez heureux d'espérance, vous mourrez dans la paix de sa grâce, et vous entrerez bientôt dans sa gloire.

Cet exercice doit être terminé par une prière fervente, ou un colloque avec31arie enfant, et avec ses parents, saint Joachim et sainte Anne, qui viennent de la donner au Seigneur, et qui lui font leurs adieux avec larmes. — Consacrez-vous k Dieu sous sa protection puissante, et souvent renouvelez l'offrande de ce sacrifice avec ferveur^

Vit^go fidelis^

Mater divinae gratiae^

Ora pro nobis.

QUATR!E3iE JOUR.

Vnam petit a Domino... ut inhnhitem in domo Domini, in longitudinem dierum.

Je n'ai demandé qu'une grâce à mon Dieu, c'était d'habiter eu sa maiso»

tous les jours da ma vie.

(Ps., XXII, 6.)

A dater du jour de la Présentation au Temple, et de sa consécration au Seigneur, la Vierge sainte resta avec les autres jeunes filles de Sion^ vouées, comme elle, au service des autels; et elle ue cessa de s'élever, à l'ombre du sanctuaire divin, jusqu'à la plus sublime perfection, se préparant, parles merveilles de cette vie pure, bumble et fervente, aux grands mystères de sa glorieuse destinée. D'après la tradition, elle demeura ainsi dans sa pieuse retraite, jusqu'à l'âge de quinze à seize ans, époque à laquelle on la fiança à Joseph, fils de Jacob, et, comme elle, de la tribu de Juda et de la maison de David.

Piien de plus touchant et de plus sublime que la contemplation de ces mystérieuses années.

L'âme fidèle et de bonne volonté y trouve des lumières et des grâces abondantes. — Quatre pensées bien simples nous fournissent le sujet tle cette méditation : Marie au Temple vivait dans la solitude et le silence. Son temps y était consacré à la prière et au travail,

I. La solitude. — La sainte Vierge fuit le monde et se cache ; elle se dérobe à tous les regards. Seule avec Dieu seul, elle vivait à l'ombre de ses autels, et elle donnait à ses jeunes compagnes l'exemple des plus douces vertus. — Saint Grégoire a fait un portait admirable de cette vie retirée de Marie. Elle charmait et ravissait tous les cœurs par la perfection de ses œuvres et la doutîeur infinie de son caractère, et l'Église, dans le ^int office de ce temps, nous a révélé ce grand /ecret de la sainteté de Marie en deux mots : Sala sine exempta placuisti Domino Jesu Christo.,, Seule, ô Vierge pure, et sans aucune comparaison, voas avez su plaire à Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Qui nous dira le bonheur, les charmes de la solitude avec Dieu; la douceur de la retraite?... Méditez cette parole admirable de saint Augustin, qui avait goûté quelque temps les délices de ce saint repos et du silence ! 0 beata solitudoy sola

beatitudoï... 11 est difficile de rendre ce cri du cœur, avec la grâce du texte : 0 bienheureuse solitude, seul bonheur de la vie ! Et en effet, on évite mille dangers, raille peines en fuyant le monde ; et dans la retraite, on trouve une paix, un calme, un repos parfait d'esprit et de cœur !

Apprenez donc à sortir un peu de ce bruit du monde, qui ne vous permet pas d'entendre les voix du ciel, ni môme la plainte de votre conscience... Sortez, au moins quelques jours, de ce tumulte et de toutes ces vanités; arrachez-vous B ces scandales de la vie mondaine. Il y a tant de périls pour votre âme ! je ne sais comment vous pourrez vous sauver et même éviter la mort éternelle. Quoi ! saint Jérôme, dans sa retraite sainte, ■versait des larmes de sang, au souvenir de ce qu'il avait vu, de ce qu'il avait entendu dans le monde à Rome; et vous, qui vivez au milieu de ces vaines pompes et des plaisirs, comment pourriezvous ne pas brûler de feux impurs? Sortez donc de ce milieu, Egredere... Venez reposer votre cœur et rafraîchir votre âme dans la retraite, et goûter Dieu dans sa pieuse sohtude.

Mais les pécheurs et les mondains ont horreur de ce mot. Pourquoi ?... Parce qu'ils ne sont bien, ni avec Dieu, ni avec eux-mêmes. Ils craignent de rentrer dans leur cœur, où ils ne trouveraient

que le vide ; et d'écouter Dieu, qui se plaint, oii qui les menace. Ils cherchent à s'étourdir pour ne pas entendre cette voix, et à s'oublier dans le mouvement et la foule. Ils ne peuvent même habiter les quartiers tranquilles de la cité ; c'est trop triste pour eux ; il leur faut de l'agitation, du bruit. Il n'y a plus personne, disent-il?, dans ce noble faubourg ; les boulevards à la bonne heure !... Là aussi sont les théâtres; là, se trouvent tous les plaisirs, qui finissent hélas ! bientôt par la honte et les désespoirs de la mort.

Voici encore à ce sujet, un petit jeu de mots de ^'aint Augustin, que je vous prie de méditer, mon cher lecteur : Si te détectât mundus, immunduses. Si le monde vous plaît, si vous l'aimez, vous êtes déjà immonde. — C'est dans la solitude que viennent les belles fleurs de la pureté, les lis de la virginité, et je vous assure que je ne puis pas trop m'étonner qu'on finisse par devenir misanthrope, quand ftn voit tant de misères dans le monde, a Toutes Jes fois que j'ai parlé à un homme, dit V Imitation^ fen suis revenu moins homme, » c'est-à-dire moins raisonnable. Ce qui nous con(j^uirait à aimer aussi et à préférer le silence.

II. Le silence ï... — Marie le gardait avec bonheur dans le Temple saint ; et c'est un des plus pré-

deux avantages de la solitude. Que si elle parlait, c'était de Dieu et des mystères de son royaume, parce que son cœur était plein de ces saintes pensées; et avec quelle douceur, quelle charité elle devait entretenir une conversation qui était toute dans les Cieuxî... Jamais un mot qui pût blesser le prochain, ou qui fût inspiré par l'amourpropre et l'orgueil. — Toutes ces réflexions sont encore tirées d'une homélie de saint Grégoire.

Or c'est déjà une grande perfection, dit l'apôtre saint Jacques, de parler sans offenser Dieu. Qui non offendit lingua, hic perfectus est vir (jac, m, 2). En effet, vous n'avez qu'à jeter un regard sur le monde;... que de paroles inutiles d'abord !... et que de paroles imprudentes, légères , frivoles, profanes !... que de paroles impies peut-être et licencieuses ! que de paroles méchantes et cruelles!... que de mensonges, de médisances et de calomnies!... La langue, dit le saint Apôtre, est la source universelle de tous les maux. Elle distille un venin mortel, et, dans la bouche d'un grand nombre, elle est comme un glaive acéré.

Aimez donc le silence, et de temps en temps, pour imiter la sainte Vierge, exercez-vous à le garder dans la retraite. Jamais on ne se repent

d'avoir gardé le silence, et combien de fois on a été fâché d'avoir parlé ! Mais on ne peut plus retenir cette parole, une fois qu'elle a été prononcée. Voici un proverbe admirable : a Tant que vous « gardez ce mot, c'est vous qui régnez sur lui, « vous en êtes le maître; mais une fois qu'il est « sorti de vos lèvres, c'est lui qui règne sur

« vous. ))

Que s'il est nécessaire, ou seulement utile de parler, tâchez de le faire à voix basse et avec discrétion, surtout si vous vous sentiez ému, c'est un des plus grands secrets pour avoir raison ; car vous prouvez ainsi que vous possédez votre âme, et ce calme vous assure la victoire.

III. Ce qui fait le principal caractère de la vie de la sainte Vierge au Temple, c'est la prière. — Marie ne cessait de prier ; mais avec quelle ferveur et quel amour ! Les Anges admiraient l'arr deur de ses désirs et la douceur de ses larmes, quand elle demandait au Ciel de répandre sa rosée, et à la terre d'enfanter son Sauveur... fiomte cœli desuper... Et si le Seigneur, touché des saints désirs de son Prophète, a abrégé les temps, et diminué le nombre des semaines, il est bien permis de croire que, pour répondre aux vœux de cette humble Vierge, il aura encore hâté les

heures, et avancé les jours de la délivrance du genre humain.

Dans le monde, hélas 1 ou l'on ne prie pas, ou l'on prie si peu et si mal ! Et cepcndatit que sommes-nous, que pouvons-nous sans la prière? Sine me nihil potestis facette. C'est la condition mêpie de la grâce et de la vie des âmes. Opurtet orare... Il faut prier pour avoir la lumière et la force, pour triompher de tant d'ennemis, et pour nous vaincre nous-mêmes. Oportet orare ; prier comme Marie avec humilité et confiance, pour être exaucé.

Mais, il faut l'avouer, il n'est pas facile de prier avec recueillement au milieu du hruit de ce monde, et l'esprit toujours préoccupé des vains intérêts de la terre. Les regards s'attachent à cette boue, la pensée s'abaisse ; le cœur même n'a plus de mouvement qu'en bas, et ne s'élèvera plus qu'avec peine vers Dieu. Heureux celui qui peut, à l'imitation de la Vierge fidèle, se retirer de ces affaires matérielles, et de teiiips en temps se recueillir dans une sorte de solitude, se cacher enfin auprès de son Dieu, pour lui parler dans le silence, et pour entendresa voix. Oui, je comprends qu'un homme réfléchi, un philosophe, dégoûté de tout ce qu'il voit dans le monde, le fuie et l'ait en horreur; mais je comprends surtout qu'un ciiré-

tien, pour trouver et goûter son Dieu, pour penser à son âme et à son éternité, pour prier enfin, se fasse solitaire, aille se cacher au fond des bois, pour vivre du moins dans le silence et la retraite Jusqu'à la fin de ses jours... ô beata soliivdo!.,. Demandez plutôt aux enfants de Bernard, aux disciples de Bruno, aux filles de Thérèse de Jésus ; et tous vous diront ce que c'est que la prière et la contemplation des choses saintes, dans le silence et la solitude ; et quelle douce paix leur a été faite dans l'arche du Seigneur. — Mais venons à la dernière pensée de cet exercice.

IV. Le travail. — Sans interrompre ce mystérieux commerce de son cœur avec Dieu par une prière ardente, la Vierge Marie au Tiîmple ne cessait de travailler. C'est ce que n-ous apprend la tradition fidèle des premiers âges, et saint Grégoire et saint Bonaventure sont pleins de détails touchants sur cette vie intérieure, sans parler des révélations qui ont été faites sur ce sujet à quelques âmes pures et vraiment dignes de ces communications célestes , comme sainte Brigitte , sainte Gertrude, Marie d'Agréda et autres. Elk travaillait donc avec ardeur. A quoi? et comment ? Avec les jeunes filles consacrées comme elle, au service des saints autels, elle travaillait à

préparer les choses nécessaires au sacrifice, le linge, les tuniques sacrées dont les lévites se couvraient pour entrer dans le sanctuaire, Pencens elles parfums que l'on devait brûler sur l'autel... Mais avec quelle foi vive, et quelle pureté d'intention! Comme elle sanctifiait par un amour immense ces actions petites en apparence, que le Saint-Esprit a louées cependant avec éclat dans la femme forte, et qui méritent tant de gloire sur la terre même et dans les Cieux !

Maintenant jetez un regard sur le monde, et puis rentrez en vous-même, mon cher lecteur. Vous serez désolé de ce que vous allez y voir, et humilié en considérant la stérilité de votre propre vie. Quefait-on ?... et que faites-vous donc vousmême ? Hélas! on perd, on tue le temps. La plupart ne font rien, ou ne font que des riens. Et qui pense à prier en travaillant? qui songe à offrir à Dieu son travail ? Car enfin il y en a encore quelques-uns qui s'occupent. Ah 1 les Anges doiven.' gémir et pleurer en voyant ce double malheur du temps perdu par l'oisiveté d'un grand nombre, et du travail perdu, stérile pour l'éternité, parce qu'il n'est pas fait pour Dieu, en vue de Dieu.

Qu'on le sache bien, il n'y a pas de vertu véritable sans travail, Nulla sine labore virtus{S. AmbrJ-

Hue peut surtout y avoir de force dans une âme, sans cette condition du travail et de l'ordre. Le Sain^-Ksprit même nous Ta révélé, en traçant le portrait admirable de la femme forte. Il ne peut y avoir de pureté dans un cœur, s'il n'est protégé par un travail incessant, qui seul peut le défendre contre tous les ennemis du salut. Saint Jérôme l'a hautement reconnu et proclamé dans plusieurs de ses lettres: Semper te occupatum diabolus inveniat: Que toujours, dit-il, le démon vous trouve occupé. Le travail vous sauvera.

Je voudrais surtout recommander la lecture et la méditation de cet exercice aux personnes qui sont chargées d'élever la jeunesse ; aux mères chrétiennes, aux institutrices. Ces quatre mots : solitude, silence, prière, travail, constituent la première essence d'une vie vraiment sage, méritoire et sainte... c'est la base de toute vertu solide, c'est la source du mérite, et je l'affirme, le principe du vrai bonheur. Leur mission consiste à inspirer ce goût au cœur des enfants qui leur sont confiés, et qu'il faut former au bien, et surtout élever vers Dieu par l'amour du travaiî et de l'ordre, du devoir en un mot. Je les prie instamment de lire et de relire cette méditation, persuadé que tout est là pour la vie du monde et la vie de l'éternité.

Finir encore par une prière à la sainte Vierge. Lui demander la grâce de comprendre les exemples de sa vie sainte et de l'imiter fidèlement»

Virgo prudentissima^

Vos in^ifjn" dcrofionî\

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