AVONS DÉCLARÉ ET DÉCLARONS CE QUI SUIT
« Art. 1er. Nous jugeons que I'Immaculée Marie, « Mère de Dieu, a réellement apparu a Bernadette' Soue birous, le 11 février 1858 et jours suivants, au nombre « de dix- huit fois, dans la Grotte de Massabielle, près « de la ulle de Lourdes; que cette Apparition revêt tous « les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fon- « dés à la croire certaine.
« Nots soumettons humblement notre jugement au ju- « gement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouver- « ner l'Église universelle.
« Art. 2. Nous autorisons dans notre diocèse le cuite « de Notre-Dame de la Grotte de Lourdes.
« Art. 3. Pour nous conformera la volonté de la sainte « Vierge, plusieurs fois exprimée lors de l'Apparition, « nous nous proposons de bâtir un sanctuaire sur le ter- « rain de la Grotte, qui est devenu la propriété des « Évêques de Tarbes.
« Donné à Tarbes, dans notre palais épiscopal, sous « notre seing, noire sceau et le contre-seing de notre se- « crétaire, le 18 janvier 1862, fête de la Chaire de Saint- « Pierre à Rome.
« f BERTRAND-S", Évêque de Tarbes. »
Par Mandement,
Fourcade, chanoine, secrétaire.
Au nom de l'évêché, c'est-à-dire au nom de l'Eglise, Mgr Laurence acheta à la ville de Lourdes la Grotte, le
terrain qui l'entoure et le groupe entier des Hoches Massabielle. M. Anselme était toujours maire. Ce fut lui qui proposa au conseil municipal de céder à l'Eglise, Épouse du Christ, ces lieux à jamais sacrés où était apparue la Mère de Dieu. Ge fut lui qui en signa la vente définitive.
M. le ministre Gustave R. autorisa cette vente et autorisa aussi la construction d'une église en mémoire éternelle des Apparitions de la très-sainte Vierge à Bernadette Soubirous, en mémoire du jaillissement de la Source et des miracles sans nombre qui s'étaient accomplis pour attester la réalité des visions divines.
Tandis que le vaste temple dédié à l'Immaculée Conception sur les roches abruptes de Massabielle s'élevait pierre à pierre au-dessus de ses fondations, Notre-Dame de Lourdes continuait de répandre sur les hommes des miracles et des bienfaits. A Paris, à Bordeaux, en Périgord, en Bretagne, en Anjou, au milieu des campagnes, au sein des villes populeuses, on invoquait Notre-Dame de Lourdes, qui répondait par des signes irrécusables d« sa puissance et de sa bonté.
La sœur d'un notaire de Tarbes, la demoiselle Jeanne- Marie Massot-Bordenave, était demeurée, à la suite d'une longue et sérieuse maladie, presque entièrement percluse des pieds et des mains. Elle ne marchait qu'avec d'extrêmes difficultés. Quant à ses mains, habituellement gonflées, violacées, endolories, elles lui refusaient à peu près tout service. Ses doigts, recourbés et roidis , ne
pouvaient se redresser et étaient en proie à une complète paralysie. Étant allée voir son frère à Tarbes, elle retournait chez elle, à Arras, dans le canton d'Aucun. Elle était seule dans l'intérieur de la diligence. Une gourde de vin que son frère lui avait donnée étant venue à se déboucher, et à se renverser, elle ne put ni la relever, ni la reboucher tant était absolue l'infirmité de ses doigts.
Lourdes était sur sa route. Elle s'y arrêta et se rendit à la Grotte.
A peine eut-elle plongé ses mains dans l'eau miraculeuse qu'elle les sentit revenir 'instantanément à la vie. Les doigts s'étaient redressés et avaient retrouvé soudainement leur flexibilité et leur force. Heureuse, au delà peut-être de son espérance, elle plonge ses pieds dans l'eau miraculeuse, et ses pieds guérissent comme ses mains. Elle tombe à genoux. Que dit-elle à la Vierge? Comment la remercia-t-elle? De telles prières, de tels élans de reconnaissance se devinent et ne s'écrivent pas.
Puis elle remit se"s chaussures et, d'un pas assuré, reprit le chemin de la ville.
Dans la même direction marchait une jeune fille qui revenait du bois et qui portait sur sa tête un énorme fagot. Il faisait chaud, et cette pauvre petite paysanne était couverte de sueur. Épuisée de fatigue, elle s'était assise sur une pierre, au bord de la route, en déposant à ses pieds son fardeau, trop lourd pour sa faiblesse. En ce moment Jeanne-Marie Massot passait devant elle , retournant, alerte et radieuse, de la Source divine. Une bonne pensée lui descendit au cœur. Elle s'approcha de la jeune fille.
— Mon enfant, lui dit-elle, le Seigneur vient dem'accorder une insigne faveur. Il m'a guérie : il m'a enlevé mon iardeau. Et à mon tour je veux't'aider et te soulager.
Et, ce disant, Marie Massot prit, de ses mains rendues à la vie, le lourd fagot jeté à terre, le posa sur sa tête, et rentra ainsi dans Lourdes d'où, moins d'une heure auparavant, elle était sortie infirme et paralysée. Les prémices de ses forces retrouvées avaient eu un noble emploi, elles avaient été consacrées à la charité. « Ce que Dieu nous donne gratuitement, donnez-le vous-même gratuitement, » dit quelque part un texte des Saintes Lettres.
Une femme déjà âgée, Marie Gapdeville, du bourg de Livron, dans les environs de Lourdes, avait également été guérie d'une surdité des plus graves, qui commençait à être invétérée. — Il me semble, disait-elle, être dans un autre monde, lorsque j'écoute les cloches de l'Eglise que je n'avais pas entendues depuis trois ans.
Racontons encore avant de clore ce récit et de présenter le tableau de .ce qui existe aujourd'hui, deux de ces divines histoires. Dans la vie de l'auteur de ce livre, la première forme un épisode qui ne s'effacera jamais de son souvenir. Nous lirons demain cet épisode, tel que M, Henri Lasserre l'écrivit il y a bientôt sept ans.
PRIÈRE
Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.
Notre-Dame de Lourdes, qui avez guéri la chrétienne compatissante dont nous venons d'entendre l'histoire, obtenez nous la Charité, l'ardente Charité qui nous retire de notre égoïsme, pour nous faire ressentir les douleurs et les cris du prochain, aussi vivement que nous ressentons nous-mêmes nos peines personnelles, ou nos félicités.
Réchauffez nos cœurs de cette vertu véritablement divine qui nous fait vivre non-seulement de notre existence propre,
mais de la vie même de tout ce qui existe, qui bous rend un avec tous nos frères, qui nous rend un avec Dieu lui-même.
Notre-Dame de Lourdes, thaumaturge toute-puissante, guérissez nos yeux, volontairement si aveugles aux infortunes du prochain; nos oreilles, si dures et si sourdes à ses plaintes notre langue, si muette pour le consoler dans ses peines; nos mains, si cruellement paralysées quand il s'agit de les ouvrir pour secourir l'indigent: guérissez toute notre nature, si active pour l'égoïsme et si infirme pour la charité. Obtenez-nous d'accomplir ce commandement si doux, et pourtant si mal obéi, le nous aimerles uns les autres, comme les enfants d'un même Père qui est Dieu et d'une même Mère qui est Yous. Donneznous un cœur nouveau, le cœur de Jésus et de Marie ; et en faisant, en place de la haine, descendre en ce monde la Charité, renouvelez, Épouse du Saint-Esprit, la face même de la terre. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.
Ainsi soit-il. «
k Pendant toute ma vie j'ai joui d'une vue excellente. Je distinguais les objets à une immense distance; et, d'autre part, je lisais couramment uu livre, quelque rapproché qu'il fût de mes yeux. Des nuits passées à l'étude ne m'avaient jamais fait éprouver la moindre fatigue. J'étais émerveillé, j'étais heureux de la souplesse et de la force de cette vue, si puissante et si nette. Au^si éprouvai-je uns grande surprise et un cruel désenchantement lorsque, dans le courant de juin et de juillet 1862, je sentis ma vue s'affaiblir peu à peu, s'appesantir aux travaux du soir et finir graduellement par me refuser tout service, au point que je dus cesser complètement de lire et d'écrire. Je consultai plusieurs médecins et notamment deux illustres spécialistes, MM. Desmares et -Giraud-Teulcn,'
Les remèdes qui me furent ordonnés ne me firent à peu près rien. Mon mal ne tarda pas à prendre ce te physionomie chronique qui caractérise les infirmités iucirables.
Sur le conseil des médecins, j'avais condamné mes
yeux à un repos absolu. Non content de ne sortir qu'en me précautionnant de lunettes bleues, j'avais quitté Paris pour la campagne, et je m'étais retiré chez ma mère, au Goux, sur les bords de la Dordogne. J'avais pris pour secrétaire un enfant qui me lisait les livres que j'avais besoin de consulter, et qui écrivait sous ma dictée.
Septembre était arrivé. Cet état durait depuis environ trois mois et je commençais à m'inquiéter très-sérieusement. J'avais d'immenses tristesses dont je ne parlais a personne. Mes parents, mes amis et moi, nous étions à peu près convaincus que ma vue était perdue.
J'ai un ami très-intime, un ami de la première enfance, à qui je confie habituellement mes peines et mes joies. Je dictai pour lui à mon secrétaire une lettre dans laquelle je lui parlais de la situation douloureuse où je me trouvais placé et des angoisses que j'éprouvais pour l'avenir.
L'ami dont je parle est protestant, et sa femme est également protestante : cette double circonstance est à noter.. P.ir des raisons fort graves, je ne puis le nommer ici en toutes lettres ; nous l'appellerons M. de ***.
Il me répondit quelques jours après. Sa lettre m'arriva le Ib septembre, et elle me surprit étrangement.
« Mon cher ami, me disait-il, tes quelques lignes « m'ont fait plaisir; mais, ainsi que je t'ai déjà dit, il « me tarde d'en voir de ton écriture. Ces jours derniers, « eji revenant de Gauterets, je suis passé à Lourdes (près
c de Tarbes) : j'y ai visité la célèbre Grotte et j'ai appris « des choses si merveilleuses en fait de guéiisons pro- « duites par ses eaux, que je t'engage très-sérieusement « à en essayer. Si j'étais catholique, croyant, comme toi, « et si j'étais malade, je n'hésiterais pas à courir cette « chance. S'il est vrai que des malades ont été subitement « guéris, tu peux espérer d'en grossir le nombre ; et si cela « n'est pas vrai, qu'est-ce que tu risques à en essayer? ■ Il paraît qu'il n'est pas nécessaire d'aller à Lourdes « même pour prendre cette eau et qu'on peut s'en faire « envoyer. »
Cette lettre de mon ami était faite pour m'étonner. Un conseil comme celui qu'il me donnait très-sérieusement et avec une vive insistance, un tel conseil venant de 1 me jeta dans la stupéfaction.
Je résolus pourtant de ne pas le suivre, et je lui répon dis en alléguant que je n'avais peut-être point la foi nécessaire.
Mon état cependant demeurait stationnaire ou même s'aggravait lentement.
Dans les premiers jours d'octobre, je fus obligé de faire un voyage à Paris.
Par une coïncidence toute fortuite, M. de *** s'y trou* vait en ce moment avec sa femme. Ma première visite fut pour eux. Mon ami était descendu chez sa sœjur, Mme P., qui habite Paris avec son mari.
— Et vos yeux, me demanda Mme de *** dès que j'entrai dans le salon?
— Mes yeux sont toujours dans la même situation, et je commence a croire qu'ils sont à jamais perdus.
— Mais pourquoi n'essayes-tu pas du remède que nous t'avons conseillé? me dit mon ami. Je ne sais quoi me donne l'espérance que tu guériras.
— Bah! lui répondis-je, je t'avouerai que, sans nier précisément et sans être hostile, je n'ai pas grand' foi en toutes ces eaux et en ces prétendues Apparitions. Tout cela est possible et je n'y répugne point; mais, ne l'ayant point examiné, je ne l'affirme ni ne le conteste : c'est en dehors de moi. En somme, je n'ai pas envie de recourir au moyen que tu me conseilles.
— Tu n'a pas d'objections valables, me répliqua-t-il, D'après tes principes religieux, tu dois croire et tu crois à la possibilité de ces choses-là. Eh bien, pourquoi alors ne tenterais-tu point l'expérience ? Qu'est-ce qu'il t'en coûte? Je te l'ai dit, la chose ne peut te faire de mal, puisque c'est de l'eau naturelle, de l'eau qui est chimiquement composée comme l'eau ordinaire ; et, puisque tu £rois aux miracles et que tu as foi en ta religion, n'es-tu pas déjà frappé qu'un tel recours en la sainte Vierge te soit conseillé, et avec cette insistance, par deux protestants? Je,te le déclare à l'avance, si tu es guéri, ce sera là
i contre moi un terrible argument.
c Mme de *** joignit ses instances à celles de son mari; M. et Mme P., qui sont tous deux catholiques, insisté firent non moins vivement. J'étais poussé dans mes ders.aiers retranchements.
a ■ — Eh bien ! leur dis-je alors, je vais vous avouer toute
1 ria vérité et vous ouvrir le fond de mon cœur. La foi ne
tdue manque point, mais j'ai des défauts, des faiblesses,
mille misère'!, et tout cela tient, hélas! aux fibres les plus vivantes et le s plus sensibles de ma malheureuse nature. Or, un miracle comme celui dont je pourrais être l'objet m'imposerait l'obligation de tout sacrifier et de devenir un saint : ce serait une responsabilité terrible, et je suis si lâche qu'elle me fait peur. Si Dieu me guérit, que va-t-il exiger de moi? tandis qu'avec tin médecin, j'en serais quitte avec un peu d'argent. C'est odieux, n'est-ce pas? mais telle est la triste pusillanimité de mon cœur. Vous supposiez ma foi chancelante? Vous vous imaginiez que je craignais de voir le miracle ne pas réussir? Détrompez-vous, j'ai peur qu'il réussisse!
Mes amis cherchèrent à me convaincre que je m'exagérais d'un côté la responsabilité dont je parlais et que je la diminuais de l'autre.
— Tu n'es pas moins obligé maintenant à la vertu que tu ne le serais à la suite de l'événement que nous supposons, me disait M. de***. Et d'ailleurs, quand même la guérison se ferait par les mains d'un médecin, ce n'en serait pas moins une grâce de Dieu, et alors les scrupules auraient les mêmes raisons d'élever la voix contre U s faiblesses ou tes passions.
Tout cela ne me semblait point parfaitement juste, et M. de ***, esprit logique s'il en fut jamais, se rendait probablement compte de ce que son raisonnement avait d'inexact ; mais il voulait, autant que possible, calmer les appréhensions que je ressentais si vivement et me décider d' i à suivre le conseil qu'il me donnait, sauf ensuite à me rappeler lui-même cette grave responsabilité sur laquellt0"' il essayait alors de me rassurer.
Vainement je tentai encore de me débattre contre Fin-1sistance de plus en plus pressante de mon ami, de s/
femme et de ses hôtes. Je finis, de guerre lasse, par leur promettre de faire ce qu'ils désiraient.
— Dès que j'aurai un secrétaire, leur dis-je, j'écrirai à Lourdes; mais je suis arrivé d'aujourd'hui seulement et je n'ai pas eu encore le temps d'en chercher un.
— Mais je t'en servirai! s'écria mon ami.
— Eh bien soit ! demain nous déjeunerons ensemble, je te dicterai une lettre après déjeuner.
— Pourquoi pas tout de suite? me dit-il vivement. Nous gagnons un jour.
Il y avait dans la chambre voisine du papier et de l'encre. Je lui dictai une lettre pour M. le Curé de Lourdes, et elle fut mise à la poste le soir même.
Le lendemain, M. de *** vint chez moi.
— Mon bon ami, me dit-il, puisque le sort en est jeté et que tu vas décidément tenter la chose, il faut la faire sérieusement et te mettre dans les conditions requises pour qu'elle réussisse, sans quoi l'expérience serait abso-
ument vaine. Fais les prières nécessaires, va te confesser, mets ton âme dans un état convenable , accomplis es dévotions que ta religion t'ordonne. Tu comprends «rue ceci est d'une nécessité primordiale.
— Tu as parfaitement raison, lui répondis-je, et je ferai ce que tu me dis. Mais il faut avouer que tu es un singulier protestant. Ces jours-ci tu me prêchais la foi, aujourd'hui tu me prêches les pratiques religieuses. Les rôles sont étrangement intervertis, et qui nous entendrait, tdi, le protestant, moi, le catholique, serait fortement
étonné; et je l'avoue, hélas! l'impression produite ne serait pas à mon avantage.
— Je suis un homme de science, me répliqua de ***. Et je veux tout naturellement que, puisque nous faisons une expérience, nous la fassions dans les conditions voulues. Je raisonne comme si je faisais de la physique ou de la chimie.
Je le déclare a ma honte, je ne me préparai point comme me le conseillait si judicieusement mon ami. J'étais en ce moment même dans une très-mauvaise disposition d'âme.
Une semaine environ se passa ainsi; M. et Mme de ** s'informaient chaque jour si je n'avais point encore de nouvelles de l'eau miraculeuse, et si le Curé de Lourdes ne m'avait point écrit. M. le Curé me répondit enfin, m'annonçant que l'eau de Lourdes avait été mise au chemin de fer et qu'elle ne tarderait point à me parvenir.
Xous attendions ce moment avec une impatience bien concevable ; mais, le croirait-on ? la préoccupation était beaucoup moins grande chez moi que chez mes amis protestants.
L'état de mes yeux était toujours le même : impossibi iité absolue de lire et d'écrire.
Une après-midi, vers quatre heures, c'était le vendredi 10 octobre 1862, je rentrai chez moi plus malade encore
que de coutume. Au moment où j'allais monter l'escalier, mon concierge m'appela.
— On a apporté du chemin de fer une petite caisse ■ pour vous, me dit-il.
J'entrai vivement dans la loge. Une petite caisse en bois blanc s'y trouvaiten effet, portant d'une part mon adresse, et de l'autre ces mots, destine's sans doute à l'octroi : «Eau naturelle. »
C'était l'eau de Lourdes.
J'éprouvai au fond de moi-même une violente émotion ; mais je n'en laissai rien paraître.
— C'est bien, clis-je à mon concierge. Je prendrai cela tout à l'heure. Je vais rentrer sans tarder.
Et je ressortis tout pensif. Je me promenai un instant dans la rue.
— La chose devient sérieuse, pensai -je en moi-même. Mon ami a raison; il faut que je me prépare. Dans la situation d'âme où je suis depuis quelque temps, je ne puis, sans m'être purifié, demander à Dieu de faire un miracle en ma faveur. Ce n'est pas avec un cœur rempli de misères volontaires que je puis implorer de lui une grâce si grande. Que je tente moi-même de guérir mon âme, avant de le supplier de guérir mon corps-!
Et, réfléchissant à ces graves considérations, je me dirigeai vers la maison de mon confesseur, M. l'abbé Ferrand de Missol, qui demeure tout à fait dans mon voisinage. Sa servante me dit qu'il n'était point libre en ce moment , et m'engagea à revenir le soir après son dîner, c'est-à-dire vers sept heures.
Je me résignai à ce parti.
Dès que je fus à la porte de la rue, je m'arrêtai un instant. Je balançai entre le désir d'aller faire une visite qui me i tenait à cœur, et la pensée de rentrer chez moi pour prier.
J'hésitai un long moment, délibérant en moi-même.
Enfin le bon mouvement l'emporta et je revins vers la rue de Seine.
Je pris chez mon concierge la petite caisse, à laquelle était jointe une Notice sur les Apparitions de Lourdes, et je gravis rapidement l'escalier.
Arrivé dans mon appartement, je m'agenouillai au bord de mon lit et- je priai, tout indigne que je me sentais de tourner mes regards vers le ciel et de parler à Dieu.
Puis je me relevai. J'avais, en entrant, placé sur ma cheminée la petite caisse en bois blanc et la brochure. Je regardais à chaque instant cette boîte qui contenait l'eau mystérieuse, et il me semblait que dans cette chambre solitaire, quelque chose de grand allait se passer. Je redoutais de toucher de mes mains impures à ce bois qui renfermait l'onie sacrée, et, d'un autre côté, je me sentais étrangement tenté de l'ouvrir et de ne pas atteudre laconfession que je me proposais de faire le soir. Cette lutte dura quelques instants; elle se termina par une prière :
— Oui, mon Dieu, m'écriai-je, je suis un misérable " pécheur, indigne d'élever la voix vers vous et de toucher un-objet que vous avez béni. Mais c'est l'excès même de ma misère qui doit exciter votre compassion*. Mon Dieu,' je viens a vous et à la sainte Vierge Marie, plein de foi et d'abandon; et, du fond de l'abîme, j'élève mes cris vers, vous. Ce soir, je confesserai mes fautes à votre ministre., mais ma foi ne peut pas et ne veut pas attendre. Pardonr nez-moi, Seigneur, et guérissaz-moi. Et vous, Mère àb
miséricorde , venez au secours de votre malheureux enfant I
Et, m'étant ainsi réconforté par la prière, j'osai ouvrir la petite caisse dont j'ai parlé. Elle contenait une bouteille pleine d'eau.
J'enlevai le bouchon, je versai de l'eau dans une tasse et je pris dans ma commode une serviette. G- s vulgaires préparatifs, que j'accomplissais avec un soin minutieux, étaient empreints, je m'en souviens encore, d'une secrète solennité qui me frappait moi-même, tandis q^e j'allais et venais dans ma chambre. Dans cette chambre, je n'étais pas seul : il était manifeste qu'il y avait Dieu. La sainte Vierge, invoquée par moi, y était aussi sans doute.
La foi, une foi ardente et chaude, était venue embraser mon âniL.
Quand tout fut achevé, je m'agenouillai de nouveau.
— 0 sainte Vierge Marie, dis-je à haute voix, ayez pitié de moi et guérissez mon aveuglement physique et moral!
Et en disant ces paroles, le cœur plein dé confiance, je
nie frottai successivement les deux yeux et le front avec
ma serviette que je venais de tremper dans l'eau de
lourdes. Ce geste que je viens de décrire ne dura pas
.rente secondes.
Qu'on juge de mon saisissement, j'allais presque dire de mon épouvante! A peine avais-je touché de cette eau miraculeuse mes yeux et mon front, que' je me sentis ,'uéri tout à coup; brusquement, sans transition, avec une soudaineté que, dans mon langage imparfait, je ne puis comparer qu'à celle de la foudre.
\ Étrange contradiction de la nature humaine ! Un in-
3l2 MOIS DE MARIE DE N.-D. DE LOURDES.
stant auparavant, j'en croyais ma foi qui me promettait ma guérison ; et maintenant, je n'en pouvais croire mes sens qui m'assuraient que cette guérison était accomplie !
Xon! je n'en croyais point mes sens. Tellement que, malgré cet effet en quelque sorte foudroyant, je commis la faute de Moïse et je frappai deux fois le rocher. Je veux dire que, pendant un certain temps encore, je continuai de prier et de mouiller mes yeux et mon front, n'osant point me lever, n'osant point vérifier ma guérison.
Au bout de dix minutes pourtant, la force que je sentais toujours dans mes yeux et l'absence complète de lourdeur dans la vue ne pouvaient plus me laisser aucun doute.
— Je suis guéri! m'écriai-je.
Et je courus pour prendre un livre quelconque et lire... Je m'arrêtai tout à coup. — Non! non! me dis-je en moi-même, ce n'est pas un livre quelconque que je puis prendre en ce moment.
Et j'allai chercher alors sur ma cheminée la Notice sur les Apparitions. Certes, ce n'était que justice.
Je lus cent quatre pages sans m'interrompre et sai.s éprouver la moindre fatigue! Vingt minutes auparavant je n'aurais pas pu lire trois lignes.
Et si je m'arrêtai à la page lOi, c'est qu'il était cino)heures trente-cinq minutes du soir et qu'à cette heure-là, le 10 octobre, il fait à peu près nuit à Paris. Lorsque je ' quittai le livre, on allumait déjà le gaz dans les magasins) de la rue que j'habite.
Le soir je me confessai et je fis part à l'abbé Ferram, de la grande grâce que la sainte Vierge venait de me faire.' Quoique je ne me fusse nullement préparé, ainsi que je l'ai dit, il voulut bien me laisser communier le lendemain,
pour remercier Dieu d'un bienfait si spécial et si extraordinaire et pour fortifier les résolutions qu'un tel événement devait faire naître en mon cœur.
M. et Mme de ***, comme on Je pense bien, furent singulièrement remués par cet événement auquel la Providence leur avait fait prendre une part si directe. Quelles réflexions firent-ils? Quelles pensées vinrent les visiter ? Que se passa-t-il dans le fond de ces deux âmes? C'est leur secret et le secret de Dieu. Ce que j'en pus savoir, je n'ai point reçu le droit de le dire.
Sept années se sont écoulées depuis ma miraculeuse guérison.Mavue est excellente. Ni la lecture, ni le travail ardu, ni les longues veilles ne la fatiguent. Dieu me fasse la grâce de ne la jamais employer qu'au- service du bien I «
PRIÈRE
0 Notre-Dame de Lourdes, dont nous lisons depuis bientôt un mois la divine et touchante histoire, combien de fois il nous est arrivé d'être remués profondément par le récit de vos miracles, et de sentir des pleurs monter à nos paupières au spectacle de vos bienfaits. Et il nous semble, ô notre Mère, que i nos cœurs s'élèvent maintenant vers Vous avec une foi plus ardente, avec une espérance plus assurée, avec un amour plus tendre et plus filial.
Au nom de ces sentiments de notre âme, au nom du bien dont ce même livre a été l'instrument en tant d'autres lieux, nous vous prions, ô Secours des Chrétiens, de bénir, en ce monde et en l'autre, l'historien de vos merveilles. Béaissez Henri Lasserre, ô Vierge clémente. Vous avez jadis guéri ses yeux malades : guérissez aujourd'hui son âme, malade aussi comme toutes celles d'ici-bas. Oubliez, et que Dieu oublie toutes les fautes de sa vie. Demandez à votre Fils, demandez
à.Notre-Seigneur Jésus-Christ, de le combler de grâces surabondantes, et de lui faire la grâce des grâces, celle de ne jamais résister aux bonnes inspirations, mais de les suivre toujours et de s'améliorer d'heure en heure.
Songez, ô Vierge compatissante, songez aux larmes qu'il a souvent répandues en écrivant ces pages et en se disant à luimême combien il était indigne d*être votre historien. Rendezle digne du livre qu'il a écrit, ô Vierge Marie , et faites un saint de celui qui a mis sa joie à étudier votre histoire et sa gloire à la raconter. Bénissez Henri Lasserre. Bénissez autour de lui la compagne aimée de sa vie, bénissez leur descendance jusqu'à la plus extrême postérité. Bénissez tous les siens, bénissez ses amis. Femme, enfants, parents, amis, accordez à tous les vertus qu'il leur désire ; bénissez tous ceux pour lesquels il prie, soit qu'ils vivent encore en ce monde, soit que le temps ait fini pour eux.
Bénissez Henri Lasserre, et écartez de lui également et la paresse de l'artiste et la vanité de l'écrivain. Que l'amour de Dieu et du prochain remplisse son àjie et soit le principe de toutes ses. pensées, de tous ses écrits, de tous ses actes.
Bénissez sa plume, ô Mère de la Divine Grâce, et faitesen un ins rument pour la conversion des âmes pour la propagation du bien, pour le salut de notre pays, pour la gloire de Dieu, pour le service de l'Égiise.
Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.
Ainsi soit il.
Autre épisode.
Il y a bientôt deux ans, j'eus l'honneur de visiter chez lui rue du Ghai des Farines, n. 6, à Bordeaux, M. Roger Lacassagne, employé aux douanes de Bordeaux, et je fus frappé tout d'abord par l'aspect de celte physionomie froide et digne.
Il me demanda avec cette politesse un peu brusque des hommes de discipline, quel était l'objet de ma visite.
— Monsieur, lui dis-je, j'ai appris l'histoire de votre voyage à la Grotte de Lourdes, et, dans l'intérêt d'études ^e je fais en ce moment, je suis venu pour entendre ce récit de votre bouche.
Aux mots « la Grotte de Lourdes » ce rude visage s'était épanoui et l'émotion d'un puissant souvenir avait tout à coup attendri ces lignes austères.
— Asseyez-vous, me dit ce brave homme, et pardonnezmoi de vous recevoir dans cette pièce en désordre. Ma famille part aujourd'hui pour Arcachon et vous nous voyez dans tout l'embarras du déménagement.
316 MOIS DE MARIE DE Sri). DE LOURDES.
— Cela ne fait rien. Racontez -moi les événements dont on m'a parlé et que je' ne connais que confusément.
— Pour moi, dit-il d'une voix où je sentais des larmes, pour moi, je n'en oublierai de ma vie aucun détail.
— Monsieur, reprit-il après un moment de silence, je n'ai que deux fils. Le plus jeune, dont j'ai seulement à vous entretenir, s'appelle Jules. Il va venir tout à l'heure. Vous verrez comme il est doux, comme il est pur, comme il est bon.
M. Lacassagne ne me dit pas ce qu'était son affection pour ce plus jeune fils. Mais l'accent de sa voix, qui s'adoucissait en quelque sorte et devenait caressante pour parler de cet enfant, me révélait toute la profondeur de son amour paternel. Je compris que là, dans ce sentiment si tendre et si fort, se concentrait l'âme virile qui s'ouvrait devant moi.
« — Sa santé, continua-t-il, avait été excellente jusqu'à l'âge de dix ans.
A cette époque survint inopinément, et sans cause physique apparente, une maladie dont je-ne mesurai pas tout >rd la gravité. Le 25 janvier 1865, au moment où nous venions de nous mettre à table pour prendre le^ repas du soir, Ju^s se plaignit d'un embarras au gosier qui l'empêchait d'avaler tout aliment solide. Il dut se borner à prendre un p-ju de potage.
Cet élat ayant persisté le lendemain, je fis appeler un des médecins les plus distingués de Toulouse, M. Noguès.
— G'e^t nerveux, me dit le docteur, qui me donna l'espoir d'une prochaine guérison.
Peu de jours après, en effet, l'enfant put manger, et je le croyais tout à fait remis, lorsque la maladie reprit et se
continua avec des intermittences plus ou moins régulières jusque vers la fin du mois d'avril. A partir de ce moment, cet état devint stationnaire. Le pauvre enfant en fut réduit à se nourrir exclusivement de liquides, de lait, de jus de viande, de bouillon. Encore le bauillon devaitil être un peu clair, car telle était l'élroitesse de l'orifice qui restait encore dans la gorge qu'il lui était absolument impossible d'avaler, même du tapioca.
Le pauvre petit, réduit à cette misérable alimentation, maigrissait à vue d'œil et dépérissait lentement.
Les médecins, — car ils étaient deux, et dès le commencement, j'avais prié une notabilité médicale^ M. Roques, de s'adjoindre à M. Noguès; — les médecins, étonnés de la singularité et de la persistance de cette affection, cherchaient vainement à en pénétrer nettement la nature pour en déterminer !e remède.
Un jour, c'était le 10 mai, — j'ai tant souffert, monx sieur, et tant pensé à cette malheureuse maladie, que j'ai retenu toutes ces dates; un jour, j'aperçois Jules dans le jardin, qui courait avec une précipitation inaccoutumée et comme par saccades. Monsieur, je craignais pour lui la moindre agitation.
— Jules, arrête-toi! lui criai-je en allant vers lui et le saisissant par la main.
Il m'échappa aussitôt :
— Papa, me dit-il, je ne peix pas. Il faut que je coure, c'est plus fort que moi.
Je le pris sur mes genoux, ses jambes s'agitaient con-
vulsivement. Un peu plus lard ce fut la tête qui devint grimaçante et se contorsionna.
Le vrai caactère de la maladie se déclarait enfin. Mon malheureux enfant était atteint de celte maladie dont on appelle habituellement les accès la clause de Saint-Guy.
Cependant, bien qu'elle reconnût le mal, lamédecire fut impuissante à le vaincre. Tout au plus, au bout de quinze mois de traitement, put-elle maîtriser les accidents extérieurs tels que l'agitation des jambes et de la tête; ou plutôt, pour mieux dire et pour exprimer toute ma pensée, ces accidents disparurent d'eux-mêmes sous les seuls efforts de la nature. Quant à ce rétrécissement extrême de la gorge, il était passé à l'état chronique et il résista à tout. Les remèdes de toute sorte, la campagne, les bains de Luchon furent successivement et inutilement employés pendant près de deux ans. Ces divers traitements ne faisaient qu'exaspérer le malade.
Notre dernier essai avait été une saison aux bains de mer. Ma femme avait conduit notre malade à Saint-Jeande-Luz. Il est inutile de vous dire que dans l'état où il était, les soins physiques absorbaient tout. Avant toute chose, en effet , nous voulions qu'il vécût. Nous avions dès l'origine suspendu ses études, et tout travail lui était interdit : nous le traitions en végétal. Or, il a l'esprit actif, sérieux, et cette privation de tout exercice intellectuel le jetait dans un grand ennui. Le pauvre petit était d'ailleurs honteux de son mal; il voyait les autres enfants bien portants et il se sentait comme disgracié et maudit : aussi s'isolait -il.... »
Le père, tout remué par ces souvenirs, s'arrêta un instant comme pour maîtriser un saDglot dans la voix.
« — Il s'isolait, "eprit-il. Il était triste. Quand il trou-
vait quelque livre, il le lisait pour se distraire. A Saifjt- Jean-de-Luz, i! aperçut un jour sur la table d'une dame qui demeurait dans le voisinage, une petite Notice sur l'Apparition de Lourdes. Il la lut et en fut, paraît-il, profondément frappé. Il dit le soir à sa mère que la sainte Vierge pourrait bien le guérir; mais elle ne fit aucune attention à ces paroles, qu'elle considéra comme un propos d'enfant.
De retour à Bordeaux> — car un peu avant cette époque j'avais reçu mon changement et nous étions venus habiter ici, — de retour à Bordeaux, l'enfant était absolument dans le même état.
C'était au mois d'août de l'année dernière. Tant de vains efforts, tant de science dépensée sans résultat par les meilleurs médecins, tant de soins perdus finirent, et certes vous le comprenez, par nous jeter dans le plus profond abattement. Découragés par l'inutilité de ces diverses tentatives, nous cessâmes toute espèce de remède, laissant agir la nature et nous résignant au mal inévitable qu'il plaisait au Créateur de nous envoyer. Il nous semblait que tant de souffrance avait en quelque sorte redoublé notre amour pour cet enfant....»
« — ■ Cependant, continua le père après un nouveau silence, les forces de l'enfant diminuaient visible- I . aent. Depuis deux ans, il n'avait pas pris un seul ali- I nent solide. Ce n'était qu'à grands frais, par une nourriture liquide que tout notre génie s'employait à rendre substantielle , par ' des soins exceptionnels , que nous avions pu prolonger sa vie aussi longtemps. Il était devenu i -d'une maigreur effrayante. Sa pâleur était extrême : il n'y avait plus de sang sous sa peau : on eût dit une statue de ç:;re. Il était visible que la Mort s'avançait à grands pas. Elle était plus que certaine, elle était imminente. Ma foi,
monsieur, quelque démontrée que fût pour nous l'impuissance de la Médecine, je ne pus, dans ma douleur, m'em.pècher de frapper encore ^à cette porte. Je n'en connaissais pas d'autre en ce monde.
Je m'adressai au médecin le plus t minent de Bordeaux, à M. Gintrac père.
M. Gintrac examina le gosier de l'enfant, le sonda et constata, outre ce rétrécissement extrême qui bouchait presque entièrement le canal alimentaire, des rugosités du plus mauvais signe.
Il hocha la tête et me donna peu d'espoir. Il vit mon anxiété terrible.
Je ne dis pas qu'il ne puisse guérir, ajoula-t-il; mais il est bien malade.
Ce furent ses propres paroles.
Il jugea absolument nécessaire d'employer lesremèd- ; locaux : d'abord des injections, puis le contact d'un ling^ imbibé d'éther. Mais ce traitement bouleversait mon filsjj devant ces résultats, le chirurgien, M. Sentex, interne de1' l'hôpital, nous conseilla lui-même de le cesser.
Que faire encore? nous nous étions adressés aux plus grands médecins de Toulouse et de Bordeaux et tout avait* \, été impuissant. L'évidence fatale était devant mes yeux.-*! notre pauvre fils était condamné, et cela sans appel.
Monsieur, de si cruelles convictions entrent difficile^ ment dans le cœur d'un père. J'essayais encore de ml tromper; ma femme et moi nous nous consultions : j» pensais à l'hydrothérapie.
Ce fut dans cette situation désespérée et désespérante que Jules dit à sa mère, avec un accent de confiance et de certitude absolue qui la frappa, les paroles suivantes :
— Vois-tu, maman, M. Gintrac ni aucun autre médecin ne peut rien à ma maladie. C'est la sainte Vierge qui me guérira. Envoie -moi à la Grotte de Lourdes et tu verras que je serai guéri. J'en suis sûr.
Ma femme me rapporta ce propos.
— Il n'y a pas à hésiter ! m'écriai-je, il faut le conduire à Lourdes. Et au plus tôt.
Ce n'est point, monsieur, que j'eusse la foi. Je ne croyais pas aux Miracles, et je ne croyais pas comme possibles ces interventions extraordinaires de la Divinité. Mais j'étais père, et aucune chance , quelque minime qu'elle fût, ne me semblait méprisable. J'espérais d'ailleurs que, en dehors de ces événements surnaturels qu'il me coûtait d'admettre, cela pourrait produire sur l'enfant un effet moral salutaire. Quant à une guérison complète, vous comprenez, monsieur, que je n'en abordais pas même la pensée.
Nous étions en hiver, au commencement de février. La saison était mauvaise, et j'en redoutais pour Jules les moindres intempéries. Je voulus attendre un beau jour.
Depuis que, huit mois auparavant, à Saint-Jean-de-Luz, il avait lu la petite Notice, le sentiment qu'il venait de nous exprimer, ne l'avait pas quitté. L'ayant manifesté une première fois là-bas, sans qu'on voulût y faire attention, il n'en avait plus reparlé ; mais cette idée était restée en lui et y avait travaillé pendant qu'il subissait — avec quelle patience, monsieur, il fallait le voir 1 — les traitements des médecins.
Cette foi si pleine et si entière était d'autant plus extraordinaire, que nous n'avions pas élevé notre enfant dans
les habitudes d'une dévotion exagérée Ma femme accomplissait ses devoirs religieux, mais c'était tout; et quant à moi, j'étais, comme je viens de le dire, dans des idées philosophiques tout à fait différentes.
Le 12 février, le temps s'annonça comme devant être magnifique. Nous prîmes le train de Tarbes.
Pendant toute la route, l'enfant fut gai, plein d'une foi absolue en sa guérison, d'une foi.... renversante.
— Je guérirai, me disait-il à chaque instant. Tu verras. Bien d'autres ont guéri : pourquoi pas moi? La sainte Vierge va me guérir.
Et moi, monsieur, j'entretenais, sans la partager, cette confiance si grande, cette confiance que je quai. fierais « d'étourdissante, » si je ne craignais de manquer de respect à Dieu qui la lui inspirait.
A Tarbes, à l'hôtel Dupont où nous descendîmes, on *' remarqua ce pauvre enfant si pâle, si malingre et en même temps si doux, si charmant. On l'aima rien qu'en le voyant. J'avais dit à l'hôtel le but de notre voyage. Dars les vœux que firent pour nous ces braves gens, il se mêlait comme un heureux pressentiment. Et quand nous partî- (< mes, je vis bien qu'on attendait notre retour avec impatience.
A te ut événement et malgré mes doutes, je pris avec moi une petite boîte de biscuits.
Quand nous arrivâmes à la crypte qui est au-dessus de la Grotte, la Messe se disait. Jules pria avec une foi qui
était visible sur tous ses traits, avec uns ardeur vraiment céleste. Il était tout transfiguré, ce pauvre ange !
Le prêtre fut frappé de sa ferveur et, quand il eut quitté l'autel, il ressortit presque aussitôt de la sacristie et s'avança vers nous. Une bonne pensée lui était venue en voyant ce pauvre petit. Il m'en fit part, et se retournant vers Jules, encore agenouillé :
, — Mon enfant, lui dit -il, vuulez-vous que je vous consacre à la sainte Vierge?
— Oh! oui, répondit Jules.
Le prêtre procéda aussitôt à cette très-simple cérémonie et récita sur mon fils les formules consacrées.
— Et maintenant, s'écria l'enfant, avec un accent dont la parfaite confiance me frappa, et maintenant, papa, je vais guérir.
Nous descendîmes à la Grotte. Jules s'agenouilla devant la statue de la Vierge- et pria. Je le regardais, et je vois encore l'expression de son visage, de son attitude, de ses mains jointes.
11 se leva : nous allâmes devant; la Fontaine.
Ce moment était terrible.
Il lava son- cou et sa poitrine. Puis, il prit le verre et but quelques gorgées de l'eau miraculeuse.
Il était calme, heureux, il était gai, il était rayonnant ie confiance.
Pour moi, je tremblais et frémissais à défaillir devant cette épreuve suprême. Mais je contenais, quoique avec /• joeine, mon émotion. Je ne voulais pas lui laisser voir mon loute.
— Essaye maintenant de manger, lui dis-je en lui tendant un biscuit.
Il le prit : et je détournai la tête,ne me sentant pas la force de le regarder.
C'était en effet, la vie ou le trépas de mon fils qui allait se décider. Dans cette question, formidable pour le cœur d'un père, je jouais en quelque sorte ma dernière carte. Si j'échouais, mon bien- aimé Jules était mort. L'épreuve était décisive et je ne pouvais affronter ce spectacle.
Je fus bientôt tiré de cette angoisse poignante.
La voix de Jules, une voix joyeuse et douce me cria :
— Papa! j'avale, je puis manger, j'en étais sûr, j'avais la foi !
Quel coup, monsieur ! Mon enfant, déjà la proie du tombeau, était sauvé, et cela soudainement. Et moi, son père, j'assistais a eette éclatante résurrection.
Eh bien ! monsieur, pour ne pas troubler la foi de mon fils, j'eus la force de ne pas paraître étonné.
— Oui, mon Jules, cela était certain et il n'en pouvait -être autrement, lui dis-je d'une voix qu.e toute l'énergie
de ma volonté parvint à rendre calme. ».
Et cependant, monsieur, il y avait en tempête. Que l'on eût ouvert ma poitrine vée toute brûlante, comme si elle eût été pleine de feu\
Nous renouvelâmes l'expérience. Il mangea encore quelques biscuits, non-seulement sans difficulté, mai avec un appétit croissant. Je fus obligé de le modérer.
J'avais besoin de crier mon bonheur,, de remercie ■ Dieu.
— Attends-moi, dis-je à Jules, et prie la bonne Vierge Je monte à la Chapelle.
Et, le laissant un instant agenouillé à la Grotte, J3 courus annoncer au prêtre cette heureuse nouvelle. J'étais dans une sorte d'égarement. Outre ma félicité, si inatten-
a moi toute um | s, et on l'eu troi- ,
due et si brusque qu'elle en était terrible, outre le bouleversement de mon cœur, j'éprouvais en mon âme, en mon esprit un trouble inexprimable. Une révolution se faisait dans mes pensées, confuses, agitées, tumultueuses. Toutes mes idées philosophiques chancelaient ou s'écroulaient en moi-même.
Le prêtre descend en toute hâte et il aperçoit Jules achevant son dernier biscuit. L'Evêque de Tarbes se trouvait précisément ce jour-là à la Chapelle : il voulut voir mon fils". Je lui racontai la cruelle maladie qui venait d'avoir un si heureux terme. Tout le monde caressait l'enfant, tout le monde se réjouissait avec moi.
•Moi, cependant, je pensais à la mère et au bonheur qu'elle allait avoir. Avant de rentrer à l'hôtel, je courus au télégraphe. Ma dépêche ne contenait qu'un seul mot ; « Guéri ! »
A peine était-elle partie que j'eusse voulu la ressaisir : a Peut-être, me disais-je, que je me suis trop hâté. Qui sait s'il n'y aura pas de rechute 1 »
Je n'osais pas croire au bonheur qui m'arrivait ; et quand j'y croyais, il me semblait qu'il allait m' échapper.
Quant à l'enfant, il était heureux, heureux sans le moindre mélange d'inquiétude. Il était éclatant dans sa joie et dans sa pleine sécurité.
— Tu vois bien, papa, me répétait-il à chaque instant, il n'y avait que la sainte Vierge qui pouvait me guérir. Quand je, te le disais, j'en étais sûr.
A l'hôtel, il mangea d'un excellent appétit. Je ne pouvais me lasser de le regarder manger.
Il voulut revenir et revint à pied à la Grotte remercier sa libératrice.
— Tu seras bien reconnaissant envers la sainte Vierge ? lui dit un prêtre.
D'un geste il montra l'image de la Vierge, puis le' Ciel.
— Ah ! je ne l'oublierai jamais! s'écria-t-il.
A Tarbes, nous nous arrêtâmes à l'hôtel où nous étions descendus la veille. On nous attendait. On avait (il me semble que je vous l'ai de'jà dit) je ne sais quel heureux pressentiment. Ce fut une joie extraordinaire. On se groupait autour de nous pour le voir manger avec un sensible plaisir de tout ce que l'on -servait sur la table, lui qui, la veille encore, ne pouvait avaler que quelques cuillerées de liquide. Ci temps me semblait déjà bien loin de moi.
Cette maladie, contre laquelle avait échoué la science des plus habiles médecins et qui venait d'être si rniracu.leusement guérie, avait duré deux ans et dix-neuf jours.
><~ous avions hâte de revoir la mère. Nous prîmes l'express de Bordeaux. L'enfant était rompu de fatigue par le voyage, et je dirais aussi par les émotions, n'était sa paisible et constante sérénité en présence ' de cette guérison soudaine, qui le comblait d'allégresse, mais qui ne l'étonnait pas. Il désira se coucher en arrivant. Il était accablé de sommeil, et ne soupa point. Quand elle le vit ainsi appesanti, brisé, refusant de manger, sa mère, qui était mourante de joie avant notre retour, fut saisie par un doute affreux. Elle était désolée. Elle me disait que je l'avais trompée, et j'avais toutes les peines du monde à me faire croire. Quel ne fut pas son bonheur, lorsque, le
TRENTIÈME JOUR. 3l7
lendemain, notre Jules, assis à notre table, déjeuna avec nous, et de meilleur appétit que nous-mêmes. C'est alors seulement qu'elle fut tranquille et rassurée. »
— Et depuis ce moment, demandai-je à M. Lacassagne, n'y a-t-il eu aucune rechute, aucun accident ?
« — Non, monsieur, absolument rien. Je ne puis dire que la guérison fit des progrès ou se consolida, attendu qu'elle avait été aussi complète qu'instantanée. La transition d'une maladie si ancienne et si rebelle à celte guérison si entière, si absolue, s'était faite sans la moindre gradation comme sans aucune commotion apparente,, Mais la santé générale s'améliora à vue d'œil, sous l'influence d'un régime réparateur, dont il était temps que mon pauvre fils éprouvât les salutaires effets.... »
« Depuis cette époque, ajouta le père, il est d'une piété angélique. .Vous allez le voir. La noblesse de ses sentiments se lit sur son visage. Il est bien né, sa nature est droite et élevée. Il est incapable d'un mensonge ou d'une bassesse. Mais sa piété a développé au plus haut degré ses qualités natives. Il fait ses études dans une pension voisine, chez M. Gonaugle, dans la rue du Mirail. Le pauvre enfant a rattrappé bien vite le temps qu'il avait perdu. Il aime l'étude. Il est le premier de sa classe. A la dernière distribution, il a eu le prix d'excellence. Mais avant tout il est le plus sage, le plus doux, le meilleur. 11 est le bien-aimé de ses maîtres et de ses camarades. Il est notre joie, notre consolation »
En ce moment la porte s'ouvrit et Jules entra avec sa mère dans la pièce où nous nous trouvions. Je lui pris la lête et l'embrassai avec attendrissement. La flamme de la santé rayonne sur son visage. Son front, large et haut, est magnifique ; son attitude a une modestie et une fermeté douce qui inspirent un secret respect. Ses yeux,
très-grands et très-vifs, reflètent une intelligence rare, une pureté absolue, une belle âme.
— Vous êtes un heureux père, dis-jeàM. Lacassagne.
— Oui, monsieur, bien heureux. Mais nous avons bien souffert, ma pauvre femme et moi.
— Ne vous plaignez pas, lui dis-je ennous éloignant un peu de Jules. Ce chemin de douleurs était la voie qui vous conduisait desténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de vous-même à Dieu. A Lourdes, la sainte Vierge s'est montrée deux fois la mère des vivants. Elle a donné à votre fils la vie temporelle, pour vous donner, à vous, la Vie véritable, la Vie qui ne doit point finir !
Je quittai cette famille bénie de Dieu; et, sous l'impression de ce que j'avais entendu et vu, j'écrivis, le cœur tout ému, ce que je viens de raconter.'
PRIÈRE
Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.
Notre-Dame de Lourdes, vous aimez les enfants, les enfants que Jésus aimait. Aux premières pages de votre histoire, c'est à une enfant que vous vous révélez; la guérison d'un enfant forme ce dernier épisode dont le récit vient de nous attendrir.
Bénissez l'Enfance, ô Marie ! Conservez dans leur baptismale innocence ces petits êtres bien-aimés dont les anges contemplent la face de Dieu, et qui sont ici-bas la joie de nos maisons et l'espérance du genre humain. Gardez-les contre les influences corruptrices qui les environnent de toutes parts; contre les relations mauvaises; contre les funestes lectures; contre la naturelle tendance au mal que portent en eux tous les fils d'Adam ; contre les pièges du démon qui cherche l'heure de troubler, par une première faute, le doux Paradis de ces âmes, tout fraîchement sorties des mains créatrices de Dieu. Gardez-les contre nous-mêmes : contre notre faiblesse pour
«ux ; contre notre éducation, parfois si frivole et si insensée ; contre lés scandaleux exemples de nos défauts et de nos vices. Que, préservée par vous, la pureté de leur âme réjouisse le regard de notre Père qui est aux Gieux.
Relevez, ô Marie, ceux qui sont déjà tombés et envoyez l'Ange du repentir rendre la blancheur de la neige à leur innocence souillée. Bénissez les Enfants! Que, de même qu'ils croissent en âge, ils croissent en sagesse et en vertu, comme faisait, Bienheureuse Mère, cet Enfant-Dieu que vos flancs ont porté, ce Jésus adoré que vos mamelles ont nourri. Qu'ils soient, dès à présent, les bons anges de nos foyers. Que la simplicité de leur Foi, la tranquille fermeté de leur Espérance immortelle, la bonne droiture de leur Amour pour Dieu et pour le prochain, nous fassent rentrer en nous-mêmes et nous rendent semblables à. eux. Bénissez nos fils et nos filles, ô Marie! bénissez leur enfance, bénissez leur jeunesse, bénissez leur âge mûr, bénissez leur vieillesse chenue. Que, guidés par vous dans la- vie, ô Vierge puissante, les générations qui nous suivent, et les races qui sont encore à naître, passent ici-bas en faisant le bien. Que du berceau à la tombe, nos descendants soient, en un mot, ce que nous ne sommes pas, •c'est-à-dire des Chrétiens dignes de ce nom et de vrais disciples de Jésus-Christ;' et qu'ils réparent le mal qu'auront pu faire en ce monde leurs pères et leurs mères, disparus et ensevelis !
Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous.
Ainsi soit-il.
Retournons à Lourdes.
Le temps avait marché. L'activité humaine s'était mise à l'œuvre.
Les abords de la Grotte, où la Vierge était apparue, avaient changé d'aspect. Sans rien perdre de sa grandeur, ce lieu sauvage et abrupt avait pris une physionomie gracieuse, douce et vivante. Encore inachevée, mais " peuplée d'ouvriers en travail, une e'ghse superbe, fièrement jetée sur le sommet des Roches Massabielle, s'élevait joyeusement vers le ciel. Le grand tertre escarpé et inculte, par où jadis les pieds montagnards avaient peine à descendre, était revêtu de gazon vert, planté d'arbustes, semé de fleurs.
La Grotte était fermée d'une grille à la façon d'un sanctuaire. A la voûte était suspendue une lampe d'or. Sous ces roches agrestes, que la Vierge avait foulées de son pied divin, des faisceaux de cierges brûlaient nuit et jour. t
Hors de celte enceinte close, la Source miraculeuse alimentait trois forts tuyaux de bronze. Une piscine, ca-
chée aux regards par une petite construction, permettait aux malades de se plonger dans l'onde bénie.
Encourageant les travailleurs,' veillant à toutes choses, suscitant des idées, mettant quelquefois lui-même la' main à l'œuvre pour redresser une pierre posée à faux ou un arbre mal planté, un homme à haute taille, au front vaste et ferme, semblait être partout a la fois. Sa puissante stature, ta longue robe noire, le signalaient de loin aux regards. On devine son nom. C'était le pasteur de la ville de Lourdes, c'était le curé Peyramale.
— Quand donc, disait-il souvent, me sera-t-il cTonné d'assister, au milieu des Prêtres et des Fidèles, à la première procession qui viendra inaugurer en ces lieux bécis le culte public de l'Église catholique ? Ne devrai-je pas chanter en ce moment mon Nunc dimiiîrjsetn'expirerai-jç' point de joie à cette fête ?
Ses yeux se remplissaient de larmes à cette pensée. Jamais désir ne fut, au fond d'une âme, plus ardent et plus caressé que ce vœu innocent d'un cœur tout épris de Dieu.
Parfois, aux heures où il y avait le moins de monde aux Roches Massabielle, une petite fille venait s'agenouiller humblement devant le lieu de l'Apparition et boire à la Source. C'était une enfant du peuple, pauvrement vêtue. Rien ne la distinguait du vulgaire, et, à moins que quelqu'un parmi les pèlerins ne la connût ou ne la nommât aux autres, nul ne devinait que ce fut là Bernadette. La privilégiée du Seigneur était rentrée dans l'onibre et le silence. Elle allait toujours à l'école des Sœurs où elle était la plus simple et aurait voulu être la plus effacée. Les visites innombrables qu'elle y recevait ne troublaient point cette âme paisible, où vivait pour toujours le souvenir du ciel entr'ouvert et l'image de la
Vierge incomparable. Bernadette conservait ces choses en son cœur. Les peuples cependant accouraient de toutes parts, les miracles s'accomplissaient et le temple s'élevait. Et Bernadette, de même que le saint curé de Lourdes, attendait comme le plus fortuné des jours après ceux de la visite divine, celui où elle verrait de ses yeux les Prêtres du vrai Dieu conduire eux-mêmes les Fidèles, la croix en tête et bannières déployées, à la Roche de l'Apparition.
Malgré le mandement de l'Évêque, l'Église, en effet, n'avait encore pris possession, par aucune cérémonie publique, de cette terre à jamais sacrée. Cette prise de possession eut lieu solennellement le 4 avril 1864, par l'inauguration et la, bénédiction d'une superbe statue de la sainte Vierge, qui fut placée, avec toute la pompe usitée en pareil cas, dans cette niche rustique, bordée de plantes sauvages, où la Mère de Dieu était apparue à la fille des hommes.
Le temps était magnifique. Le jeûna soleil du prin^ temps s'était levé et s'avançait dans un dôme d'azur, que ne ternissait aucun nuage.
La ville de Lourdes était pavoisée de fleurs, d'oriflammes, de guirlandes, d'arcs de triomphe. A la haute tour de la paroissej à toutes les chapelles de la cité, à toutes 'es églises des environs, les bourdons, les cloches et les campaniles sonnaient à toute volée. Des peuples immenses étaient accourus à cette grande fête de la Terre et du Ciel. Une procession, comme on n'en avait jamais vu de mémoire d'homme, se mit en marche pour aller de l'église
-de Lourdes à la Grotte de l'Apparition. Des troupes, avec toutes les richesses et tout l'éclat de l'appareil militaire tenaient la tête. A leur suite, les confréries de Lourdes, les sociétés de Secours mutuels, toutes les Corporations de ces contrées, portant leurs bannières et leur croix ; la Congrégation des Enfants de Marie, dont les traînantes robes avaient l'éclat de la neige ; les Sœurs de Nevers avec leur long voile noir ; les Filles de la Charité, aux grandes coiffes blanches ; les Sœurs de Saint -Joseph enveloppées dans leur manteau sombre ; les ordres religieux d'hommes, les Carmes, les Frères de l'iustruction et des Écoles chrétiennes, des multitudes prodigieuses de pèlerins, hommes, femmes, enfants, vieillards, cinquante à soixante mille hommes rangés en deux interminables files serpentaient le long du chemin fleuri qui conduisait aux Roches illustres de Massabielle. D'espace en espace, des •chœurs de voix humaines et d'instruments faisaient entendre des fanfares, des cantiques, toutes les explosions de l'enthousiasme populaire. Ensuite, fermant ce cortège inouï, s'avançait solennellement, entouré de quatre cents prêtres en habit de chœur, de ses grands vicaires, des dignitaires et du chapitre de son église cathédrale, trèshaut et très-éminent prélat, Sa Grandeur, Monseigneur Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes, la mitre au front, revêtu de son costume pontifical, d'une main bénissant les peuples, de l'autre s' appuyant sur son grand bâton d'or.
Une émotion indescriptible , une ivresse comme en connaissent seules les multitudes chrétiennes assemblées sous le regard de Dieu remplissait tous les cœurs. Il était enfin venu, après tant de peines, tant de luttes, tant de traverses, le jour du triomphe solennel.. Des larmes de bonheur, d'enthousiasme et d'amour coulaient sur les
visages émus de ces peuples, remués par le souffle de Dieu.
Quelle joie indicible devait, au milieu de cette fête universelle, remplir le cœur de Bernadette, marchant sans doute en -tête de la Congrégation des Enfants de Marie ? Quels sentiments d'écrasante félicité devaient inonder l'âme du ^.énérable Curé de Lourdes, chantant sans doute, à côté de l'Évêque, YHosanna de la victoire divine? Ayant été tous deux à la peine, le moment était peur eux venu d'être tous deux à la gloire.
Hélas ! parmi les Enfants de Marie on cherchait en vain Bernadette ; parmi le Clergé qui entourait le prélat on cherchait en vain le Curé Peyramale. Il est des joies trop fortes pour la terre et qui sont réservées pour le Ciel. Ici-bas, Dieu les refuse à ses fils plus chers.
A cette heure où tout était en fête, et où le soleil heureux éclairait le triomphe des fidèles et des croyants, le Curé de Lourdes, atteint d'une maladie que Ton jugeait mortelle, était en proie à d'atroces souffrances physiques. Il était étendu sur son lit de douleur, au chevet duquel veillaient et priaient nuit et jour deux religieuses hospitalières. Il voulut se fairejever pour voir passer le grand cortège, mais les forces lui manquèrent, et il n'eut même pas la vision fugitive de toutes ces splendeurs." A travers les rideaux fermés de sa chambre, le son joyeux des cloches argentines ne lui arrivait que comme un glas funèbre.
Quant à Bernadette, Dieu lui marquait aussi sa prédi-
lection, comme il a coutume de le faire pour ses élus, en la faisant passer par la grande épreuve de la douleur. Tandis que, dominant l'immense procession des Fidèles, Sa Grandeur Monseigneur Laurence, évêque de Tartes, allait, au nom de l'Église, prendre possession des Roches Massabielle et inaugurer solennellement le culte de la Vierge qui était apparue à la Voyante, Bernadette, comme le prêtre éminenj dont nous venons de parler, était frappée par la maladie ; et la maternelle Providence, redoutant peut-être pour son enfant bien-aimée la tentation de quelque vaine gloire, lui dérobait le spectacle de ces fêtes inouïes, où elle eût entendu son nom acclamé par des milliers de bouches et glorifié du haut de la chaire chrétienne par l'ardente parole des prédicateurs. Trop indigente pour être soignée en sa maison, ou ni elle ni les siens n'avaient jamais voulu recevoir aucun don,. Bernadette avait été transportée à l'hôpital où elle gisait sur l'humble grabat de la charité publique, au milieu de ces pauvres, que le Monde qui passe appelle malheureux, mais que Jésus-Christ a bénis, en les déclarant les bienheureux de son Royaume éternel.
IY
Aujourd'hui, quatorze ans se sont écoulés depuis les Apparitions delà Très-Sainte Vierge. Le vaste temple est achevé. Des Missionnaires diocésains de la maison de Garaison ont été installés par l'Évêque à quelques pas de la Grotte et de l'église pour distribuer aux pèlerins la parole apostolique, les sacrements et le corps du Seigneur.
Les pèlerinages ont pris un développement sans exemple peut-être dan? l'univers, car jamais, jusqu'à notre
époque, ces vastes mouvements de la foi populaire n'avaient eu à leur disposition les tout-puissants moyens de transport inventés par la science moderne. Le chemin de fer des Pyrénées, pour lequel un tracé plus direct et moins coûteux était marqué d'avance entre Tarbes et Pau, a fait un détour pour passer à Lourdes, où il verse incessamment d'innombrables voyageurs, qui viennent, de tous les points de l'horizon, invoquer la Vierge apparue à la Grotte, et demander à la Source miraculeuse la guérison de leurs maux. On y accourt non-seulement des diverses provinces de la France, mais encore de l'Angleterre, de la Belgique, de l'Espagne, de la Russie, de l'Allemagne, Du fond des lointaines Amériques, de pieux chrétiens se sont levés, et ont franchi les Océans pour se rendre à la Grotte de Lourdes, et s'agenouiller devant ces Roches célèbres, que la Mère de Dieu a sanctifiées en les touchant. Souvent, ceux qui ne peuvent venir écrivent aux Missionnaires, et demandent qu'on leur fasse parvenir en leur pays un peu de cette eau miraculeuse. Il s'en ^nvoie dans le monde entier.
De soixante à quatre-vingts lieues arrivent presque tous les jours d'immenses processions transportées de ces distances énormes sur les ailes rapides de la vapeur. Nous en avons vu venir de Bayonne, de Peyrehorade, de la Teste, d'Arcachon, de Bordeaux. Il en viendra de Paris. Sur la demande des Fidèles, le chemin de fer du Midi organise chaque fois des trains spéciaux, des trains de pèlerinage, consacrés exclusivement à ce vaste et pieux mouvement de la foi catholique. A l'arrivée de ces trains, les cloches de Lourdes sonnent à toute volée. Et, de ces. noirs wagons, sortent et se mettent en procession dans la cour du chemin de fer, les jeunes filles habillées de blanc, les femmes, les veuves, les enfants, les hommes
mûrs, les vieillards, le Clergé revêtu de ses habits sacrés. Les bannières et les banderoles flottent au vent. On voit passer la croix du Christ, la statue de la Vierge, l'image des Saints. Les chants en l'honneur de Marie éclatent sur toutes les lèvres. L'innombrabhj; procession traversa la ville, qui a, ces jours-là, l'aspect d'une cité sainte, comme Rome ou Jérusalem. A ce spectacle le cœur s'élève : il monte vers Dieu et se sent porté da lui-même à ces hauteurs sublimes où des larmes viennent aux yeux et où l'âme est délicieusement oppressée par la présence sensible du Seigneur Jésus. On croit avoir durant un instant comme une vision du Paradis.
La main du Tout-Puissant ne se fatigue point de répandre au lieu où sa Mère apparut des grâces de toute nature. Les miracles y sont devenus innombrables.
Ces faits ont reçu la plus immense publicité, et l'incrédulité n'a jamais osé les prendre corps à corps et les combattre.
Quarante-cinq éditions du livre dont nous venons de lire l'abrégé se sont écoulées sans que personne ait entrepris l'impossible tâche de réfuter les événements miraculeux qu'il raconte et qui ont eu pour témoins des peuples entiers.
Voulant pousser jusques en leurs derniers retranchements les incroyants et les libres penseurs, un chrétien de notre temps , M. E. Artus , a ouvert un pari de 10 000 francs ou de toute autre somme plus forte si on le voulait, contre quiconque contesterait la véracité des nombreux miracles rapportés par M. Henri Lasserre ;
et il a choisi à l'avance pour juges de ce débat les membres les plus honorables et les plus illustres de l'Académie de médecine, de l'Académie des sciences et de toutes les classes de l'Institut. Nul, dans tout le camp de la libre pensée, n'a essayé de tenir le pari. L'incrédulité en masse a reculé1.
Après la publication de ce livre, Notre Très-Saint Père le Pape Pie IX a solennellement reconnu la vérité des Apparitions et des Miracles de Lourdes, par un Brei. adressé à M. Henri Lasserre et cité plus haut, à la page 6" du présent volume. Et depuis ce moment, sur la supplique de M. Henri Gaston de Béarn, prince de Viana, Sa Sainteté a accordé (outre des faveurs moindres pour un simple pèlerinage pieusement accompli), l'Indulgence Plénière rj la rémission de tous les péchés aux Fidèles de l'un de l'autre sexe qui, vraiment pénitents, ayant confes" leurs péchés et reçu la Communion, visiteront dévottf ment-un jour de l'année, à leur choix, l'église de Notr^ Dame de Lourdes, et qui y prieront avec piété pour concorde des } rinces chrétiens, l'extirpation des hérésie et l'exaltation de Notre Mère la Sainte Eglise.
La plupart des personnages nommés dans le cours de m cette histoire vivent encore.
Il n'en est que quelques-uns qui ne soient plus de ce{ monde. Le préfet* Pardoux, le juge Jean D., le maire H Anselme, Mgr Laurence sont morts.
Plusieurs ont fait des pas en avant dans le chemin de la
1. Vcir l'Univers des 26 juillet 1871 et le Monde du 12 septembre
fortune. M. Gustave R. a quitté le Ministère des Cultes qui, ce semble, lui convenait peu, pour administrer les lingots d'or de laBanque de France. M. Vital, Procureur Impérial, est devenu Conseiller à la Cour. M. Dominique est Commissaire central dans une des plus grandes -villes de France.
Bourriette, Croisine Bouhohorts et son fils, Henri Busquet,, Mlle Moreau de Sazenay, la veuve Crozat, Jules Lacassagne, presque tous ceux dont nous avons raconté la guérison sont encore pleins de vie et témoignent par leur santé retrouvée et leurs infirmités disparues,, de la toute-puissante miséricorde de l'Apparition de la Grc Ue.
M. le docteur Dozous continue d'être le médecin le plus éminent de Lourdes. M. le docteur Vergez est médecin des eaux de Baréges et il peut attester aux visit urs de ces thermes célèbres des miracles qu'il constata jadis. M. Estrade, cet observateur impartial dont nous avons -plus d'une fois reproduit les impressions, est Receveur des Contributions Indirectes, à Bordeaux.
M. l'abbé Peyrainale a gue'ri de la cruelle maladie dont nous parlions plus haut. Il est toujours le vénéré pasteur de cette chrétienne ville de Lourdes où sa personnalité, puissante dans levbien, est à jamais marquée en trait,? ineffaçables. Longtemps, très-longtemps après lui, alors qu'il sera couché sous les herbes au milieu de la génération qu'il a formée au Seigneur, alors que les successeurs de ses successeurs habiteront en son Presbytère et occu- . peront a l'église son grand fauteuil de bois, sa pensée sera encore .vivante dans l'âme de tous ; et quand on dira ces mots : « le Curé de Lourdes, » c'est à lui que l'on pensera.
Tandis que les millions se dirigent vers la Grotte pour faire achever le temple auguste, le père Soubirous est demeuré'un pauvre meunier, vivant Déniblement du labeur
3k0 MOIS DE MARIE DE N.-D. DE LOURDES.
de Ses mains. Marie, celle de ses filles qui était avec la Voyante lors de la première Apparition, a épousé un bon paysan, qui est devenu meunier et qui travaille avec son beau-père. L'autre compagne de l'enfant, Jeanne Abbadie, est servante à Bordeaux.
Bernadette n'est plus à Lourdes. On a vu comme elle avait, en maintes circonstances, repoussé les dons enthousiastes et refusé d'ouvrir à la fortune qui frappait à l'humble porte de sa maison. Elle rêvait d'autres richesses. « On saura un jour, — avaient, à l'origine, dit les incroyants, — comment elle sera récompensée. » Bernadette, en effet, a choisi sa récompense et mis la main sur son trésor. Elle s'est faite Sœur de charité. Elle s'est vouée à soigner, dans les hôpitaux, les pauvres et les malades recueillis par la pitié publique.
Après avoir vu devant ses yeux la face resplendissante de la Mère du Dieu trois fois saint, que pouvait-elle faire autre chose que de devenir la servante attendrie de ceux dont le Fils de la Vierge a dit : « Ce que vous ferez au plus humble de ces petits, c'est à Moi-même que vous la ,| ferez. »
C'est chez les Sœurs de la Charité et de l'Instruction chrétienne de Nevers que la Voyante a pris le voile. Elle se nomme la sœur Marie-Bernard. L'auteur de ce livre l'a vue naguère en son costume de religieuse, à la maison mère de bette Congrégation. Bien qu'elle ait aujourd'hui vingt-sept à vingt-huit ans, sa physionomie a conservé le caractère et la grâce de l'enfance. Elle possède un charme incomparable, un charme qui n'est point d'ici-bas et qui
élève l'âme vers les régions du ciel. Eu sa présence, le cœur se sent remué dans ce qu'il a de meilleur par je ne sais quel sentiment religieux, et on la quitte tout embaumé par le parfum de cette paisible- innocence. On comprend que la sainte Vierge l'ait aimée. D'ailleurs, rien d'extraordinaire, rien qui la signale aux regards et qui puisse faire deviner le rôle immense qu'elle a rempli entre la Terre et le Ciel. Sa simplicité n'a pas même été atteinte par le mouvement inouï qui s'est fait autour d'elle. Le concours des multitudes et l'enthousiasme des peuples n'ont pas plus troublé son âme que l'eau ne ternirait, en le baignant une heure ou un siècle, l'impérissable pureté du diamant.
Dieu la visite encore, non plus par des Apparitions radieuses, mais par l'épreuve sacrée de la souffrance. Elle est souvent malade, et ses tortures sont cruelles. Elle les supporte avec une patience douce et presque enjouée. '.Plusieurs fois on l'a crue à la mort : « Je ne mourrai pas encore, » dit-elle en souriant.
Jamais, à moins d'être interrogée, elle ne parle des faveurs divines dont elle a été l'objet. Elle fut le témoin de la Vierge. Maintenant qu'elle a rempli son message, elle s'est retirée' à l'ombre de la vie religieuse, humble et cherchant à se perdre dans la foule de ses compagnes.
C'est pour elle un chagrin lorsque le monde la vient chercher au sein de sa retraite et que quelque circonstance la force à se produire encore. Elle redoute le bruit et fuit la gloire humaine. Elle repousse loin d'elle tout ce qui peut lui rappeler la célébrité de son nom dans l'univers chrétien. Ensevelie en sa cellule ou absorbée dans le soin des malades, elle ferme son oreille à tous les tumultes de la terre : elle en détourne sa pensée et son cœur pour se recueillir dans la paix de sa solitude ou dans lesjoies de sa charité. Elle vit dans l'humilité du Seigneur
et elle est morte aux vanités d'ici-bas Ce livre dont nous achevons la dernière page, ce livre qui parle tant de Bernadette, ia sœur Marie-Bernard ne le lira jamais.
PRIÈRE
Que vous demanderons-nous, ô Notre-Dame de Lourdes, en ce dernier jour du beau mois fleuri qui vous est consacré? Que vous demanderons-nous après avoir terminé ce livre où sont racontés les Miracles de votre toute -puissante bonté, ces Miracles que vous continuez chaque jour aux Roches bénies de Massabielle?
Nous vous prierons, ô Marie, pour l'OEuvre môme que vous avez fondée : — pour l'œuvre générale et publique que vous avez établie , en faveur du genre humain , aux lieux illustres où jaillit la Source miraculeuse; pour l'œuvre particulière et cachée que vous avez établie, durant ces trente et un jours,; fond du cœur de chacun de nous.
N. tre-Dame de Lourdes, protégez ce Pèlerinage sacré , ce ' Sanctuaire de grâces et de bénédictions que vous avez remis à la garde fragile des hommes; et empêchez qu'il ne périsse par leurs faute-, comme périssent, hélas! ici^bas, tant de grâces de Dieu dont ne craint point d'abuser la basse ingratitude des enfants d'Adam.
Reine de Vérité, préservez contre toute atteinte la divine intégrité de votre incomparable histoire. Vous l'avez défendue à l'origine contre les attaques ouvertes ou les pièges cachés de l'incrédulité, irritée jusqu'à la fureur. Défendezla désormais contre ce fatal esprit de légende, que le Démon fait si souvent surgir à côté des actes divins, afin de les perdre plus tard en les rendant réfutables par ce mélange d'erreur. A toujours défendez-la contre le zèle irrespectueux des faux historiens, contre tous ceux qui, par des faits acceptés sans critique, par des miracles apocryphes, par
des inventions humaines oseraient se flatter d'embellir en quoi que ce soit ce qu'a jugé bon d'accomplir en ce monde la Sagesse éternelle qui gouverne la Terre et le Ciel. Défendezla contre ces écrits inconsidérés qui ont tant de fois compromis ou discrédité les événements les plus certains et les mieux établis, et, par l'adjonction de ce Surnaturel imaginaire, œuvre de l'homme, altéré, dans l'âme des peuples, la foi au Surnaturel véritable, œuvre de Dieu. Que votre divine histoire demeure à jamais immuable et solide comme le Roc que foulèrent vos pieds.
Veillez aussi, t Marie, sur ces Roches très-saintes où les multitudes, toutes frémissantes d'amour, viennent se prosterner à genoux. Défendez-les contre toute profanation, et que le seuil en soit à jamais sacré comme celui du temple auguste d'où le fouet de Jésus indigné chassa les vendeurs et les trafiquants. Donnez, donnez avec surabondance et conservez aux gardiens de ce lieu béni l'esprit de pauvreté, l'esprit de l'humble Bernadette et de son indigente famille, cet esprit de pauvreté dont, avec Jésus et Joseph, vous fûtes, ô Vierge de Nazareth, le modèle idéal. Que psr le spectacle de leur dévouement apostolique, ils édifient les fidèles et les infidèles, accourus de tout l'univers. Qu'entre leurs mains votre œuvre demeure pure, ô Marie, et que nulle âme, venue pour y cher cher îa Foi, n'y trouve jamais- le scandale ou la pierre d'achoppement! Que cette œuvre demeure pure à jamais comme la Source sacrée que votre volonté fit jaillir.
Notre-Dame de Lourdes, bénissez l'Êvêque de ce diocèse de Tarbes cù vous êtes apparue. Confirmez-le dans toutes les vertus épiscopales, et pénétrez-le de plus en plus de l'esprit même du Sauveur. Qu'il veille particulièrement, qu'il veille avec un soin pieux à ce que nul alliage indigne ne se mêle à l'immaculée pureté et à l'absolue vérité de votre œuvre très-sainte. Bénissez-le, ô Marie, et embrasez son âme de ce puissant et divin sentiment qui faisait appliquer si justement à Jésus ces paroles du Prophète : « Le zèle de Votre Maison me dévore. s
Notre-Dame de Lourdes, bénissez encore une fois l'infaillible Chef de l'Église, Notre Très-Saint Père le Pape, assis en cette Chaire de Vérité sur laquelle, depuis bientôt dix-neuf siècles, plane l'Esprit de Dieu. Bénissez ce Saint-S;ége qui a eu la gloire de proclamer votre Immaculée Conception, et qui a reconnu solennellement, la vérité de vos Apparitions et la réalité de vos Miracles. Pour Notre Très-Saint-Père nous avons prié en commençant votre histoire; pour Notre Très- Saint-Père, nous vous prions encore en la finissant. Ne représente-t-il pas en ce monde Celui qui a dit de lui-même : « Je suis le commencement et la fin, je suis l'Alpha et l'Oméga « de toutes choses. j
Et maintenant, ô Notre-Dame de -Lourdes, nous vous prions aussi pour l'œuvre particulière que vous avez fondée en nousmêmes. Conservez en nos cœurs la foi ardente qui, par moments est venue échauffer nos âmes pendant que nous contemplions vos merveilles. Maintenez en nos cœurs les bonnes résolutions que nous avons prises, durant ce mois qui nous a tous réunis en \otre nom. Humblement prosternés à vos pieds, nous nous consacrons à Vous, ô Notre-Dame de Lourdes, nous nous donnons" à Vous, nous remettons à Votre bonté la direction de notre vie. Soyez désormais notre espérance et notre force, notre consolation et notre soutien, notre joie et notre amour. Chaque jour, nous ajouterons à nos prières, Ges mots, désormais chers à notre cœur : « Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous. » Nous les répéterons souvent en nousmêmes, sachant que vous les entendez et que vous êtes à côté de nous, ô Notre Mère, invisible et présente. Nous les dirons enfin à l'heure redoutable où nous irons paraître devant h Souverain Juge. Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ! Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous ! Notre-Dame-de Lourdes, priez pour nous !
Ainsi soit-il.