I. Et d'abord, rien de plus beau que la mort
de saint Joseph, je dis au jugement de la foi; car qu'est-ce que le monde appelle une belle mort, une mort glorieuse? C'est, par exemple, celle d'un général qui vient de remporter une victoire et que l'on ensevelit dans son triomphe; celle d'un héros, qui, sans crainte, affronte le danger, et qui, en sauvant le drapeau de la patrie, tombe couvert de blessures et expire avec joie ; — celle du soldat intrépide qui monte le premier sur la brèche, y plante son étendard, et meurt après avoir décidé la prise d'une ville ennemie ; — celle du brave capitaine, qui, plutôt que de livrer aux ennemis le vaisseau qu'il commande, après avoir assuré la vie de sa troupe, le fait sauter ou le consume dans la flamme, et reste seul debout sur le pont jusqu'au dernier moment. Voilà de belles morts, des morts glorieuses et qui suffisent pour illustrer un nom sur la terre, mais dont peut-être il ne sera pas question dans l'éternité, et dont les anges n'auront pas même entendu parler.
Aux yeux de Dieu voici de belles morts : — Si un juste plein de mérites, arrivé à la iin de sa course, souffre courageusement les douleurs de la maladie, et puis va prendre sa couronne d'immortalité avec amour et avec bonheur; c'est la mort la plus ordinaire de nos saints , vraiment
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une belle morl ! — Si un pieux enfant de la terre, un ange exilé ici-bas, et brûlant du désir devoir et d'aimer Dieu au ciel, demande à mourir, pour y aller, un beau jour de fêle à Marie, et l'obtient; s'il quitte le monde sans regrets, avec espérance, avec joie; c'est une belle morl! la mort de Slanislas! — Si un apôtre de Jésus- Christ, après de longs travaux et de grandes souffrances, au lieu de se réjouir à la pensée du ciel, qui lui montre une couronne, se plaint à Dieu et lui demande à travailler et à souffrir encore, et meurt en exhalant ce désir, en poussant ce cri de zèle : Amjilius ! Encore plus ! c'est la mort de Xavier, une belle mort ! — Si surtout un apôtre, un conquérant d'âmes, ou un saint pontife donne sa vie pour le salut de ses frères et pour la gloire de son Dieu, si celte victime de la charité ou de la foi est calme au milieu des tourments, et meurt avec joie dans les flammes, ou sous la dent des tigres et des lions, c'est la mort de nos martyrs; oh ! oui, vraiment, voilà une belle, une sainte mort; une mort glorieuse. On en parlera dans l'Église de Dieu et dans ciel.
Eh bien, la mort de saint Joseph est incomparablement plus belle que tout ce que nous pouvons dire ou imaginer. Après avoir fidèle-
ment servi Jésus et Marie, il vit arriver avec calme le terme de sa vie mortelle, dans la petite maison de Nazareth, où il avait passé des jours si heureux... Et c'est là qu'il rendit le dernier soupir, sous les yeux de Marie, sa fidèle épouse, qui priait et pleurait auprès de lui ; et dans les bras de Jésus, qui, après l'avoir béni, lui montrait les cicux. Au-dessus de la couche de son dernier repos, les anges l'attendaient avec une couronne, et chantaient en chœurs harmonieux : Beati qui in Domino moriuntur /... $Ap. xiv, 15) : Heureux ceux qui meurent dans 3e Seigneur !
Comprenez combien la présenc'e d'une telle épouse et d'un tel fils dut rendre douce et heureuse la mort de ce saint patriarche. Il expirait sous les yeux et dans les bras de la vie! Qui jamais, s'écrie saint Bernard, pourra dire les délices pures, les consolations ineffables, les bienheureuses et douces espérances, les flammes d'amour que durent mettre en ce moment dans le cœur de Joseph , les paroles que lui faisaient enlcndre tour à tour Jésus, le Fils de Dieu, son enfant, et Marie sa très-sainte épouse! Quantas consolaliones, promissiones, illuminationes , in/lammationes et xlernorum bonorum revelationes accepit in transitu suo , à sanctis-
sima sponsa sua, et dulcissimo Filio Dei, Jesu !
Et cependant, quelle différence entre la mort 4e Joseph et celle des autres saints! Je ne veux $as me contredire, mais il est impossible de ne pas voir que le mystère de la mort de saint Joseph, avec ces douceurs incomparables, renferme aussi des douleurs réelles, immenses, inconnues à tous les autres amis de Dieu, à tous ses élus. Car enfin pour ceux-ci, comme nous Pavons déjà indiqué plus haut, la mort, c'est la fin de l'exil, c'est le repos dans la patrie ; la mort, c'est la vie qui commence, le paradis qui s'ouvre, c'est Dieu qui vient et qui les appelle! Au contraire, pour Joseph, qui vivait avec Jésus, qui le voyait tous les jours et qui ne cessait d'entendre sa voix si douce et tant aimée ; pour Joseph qui, à Nazareth, avait trouvé le ciel et possédait son Dieu. Cœlum erat dumus Ula, dit l'abbé Rupert, la mort allait réellement le séparer de Jésus, et le jeter dans une sorte d'exil, au moins pendant quelques années...
Mourir, et laisser sur la terre Jésus et Marie, ah ! ce devait être pour le cœur fidèle et généreux de Joseph une peine bien amère, une séparation d'autant plus cruelle, qu'il les savait l'un et l'autre destinés à beaucoup de souffrances; mais se soumettre à cette mort, sans se plaindre,
l'accepter avec amour et avec confiance, dire à Jésus et à Marie ce dernier adieu, sans répandre une larme... c'est une gloire et un mérite audessus de tout ce qu'on pourra jamais concevoir; c'est la plus belle, la plus sainte de toutes les morts.
Et la plus douce, je le répète, malgré tant de sacrifices ; car la présence de Jésus et de Marie, leurs paroles saintes lui furent en ce moment d'une ineffable consolalion. Non-seulement donc il n'y eut pas l'ombre d'agonie ou de crainte, mais son dernier regard paisible et suave d'espérance fut pour le ciel ; son dernier soupir fut un sourire d'amour, parce que sa vie avait toujours été pure ; et son âme, remplie de la grâce du Saint-Esprit, ne cessa pas un sculinslant de goûler la paix et la joie. Il s'endormit doucement dans les bras de Jésus qui le bénissail, et sous le regard de Marie qui priait pour lui et ne pouvait retenir ses larmes : Beati qui in Domino moriuntur ; Heureux, mille fois heureux ceux qui meurent dans le Seigneur, et c'est la grâce que nous pouvons et devons tous espérer de notre saint patron.
II. Rien de plus doux, en effet, et en môme temps de plus saint que la mort des serviteurs et
des amis de saint Joseph; c'est à-dire qu'ils meurent dans la paix et dans l'amour. Celle proposition est bien consolante ; elle doit nous inspirer la plus tendre dévotion et la confiance la plus entière en ce glorieux protecteur. Mais il n'est pas dilficile de la prouver : nous n'avons qu'à rappeler ici la raison d'abord de celte protection puissante et spéciale de saint Joseph, au moment de la mort, et la multitude des faits qui en constatent l'exercice.
Et d'abord, la raison ou la preuve de droit; autrement pourquoi saint Joseph a-t-il ce pouvoir extraordinaire, et pourquoi dans l'Église l'invoque-t-on principalement comme le protecteur des chrétiens à l'heure de la mort? C'est précisément parce qu'il a eu le bonheur de mourir lui-même dans les conditions les plus douces et les plus heureuses que l'on puiç*e imaginer :
Dans les bras de Jésus, sous les yeux de Marie ;
El c'est la première raison que nous avons déjà bien méditée. La seconde, c'est parce qu'il a sauvé Jésus enfanl de la mort la plus cruelle, en le dérobant par la fuite à la fureur du roi Iléiode. Notre confiance, appuyée sur ces deux motifs, ne peut se tromper, et la foi même nous apprend 2 recourir à ce bon et puissant pro-
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tecteur, lorsque noire vie est en danger. Il ne manquera jamais de prier, ou pour nous délivrer, ou pour nous obtenir une bonne, une sainte mort.
Aussi, de fait, on n'a jamais imploré vainement son secours, à la vue des plus grands périls, et tous ceux qui ont eu recours à sa protection ont reçu des marques sensibles de sa puissance et de sa bonté. 11 a sauvé la vie à plusieurs, en dirigeant lui-même leurs pas dans les ténèbres et sur le penchant d'un précipice ; il a protégé les autres au milieu des dangers d'un long voyage ou d'un exil lointain ; il a préservé ceux-ci d'une mort certaine dans les combats meurtriers, et arraché ceux-là aux horreurs de la peste ou de la famine. Lisez sainte Thérèse, ouvrez Patrignani, et vous trouverez mille preuves de ces faveurs singulières.
Mais la spécialité de ce grand saint, si j'ose m'exprimer ainsi, la grâce surtout qu'il aime à demander et qu'il obtient toujours pour ses fidèles serviteurs, c'est une bonne mort. Et il faudrait raconter ici une foule de prodiges qui seraient autant de preuves touchantes de cette vérité. Les livres en sont pleins. Dans le courant de ce mois, et dans la Neuvaine des Patronages, nous avons indiqué quelques-uns de ces
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ouvrages écrits en l'honneur de saint Joseph, Palrignani surtout, et le P. Lallemant, et nos Annales de la Bonne Mort ; vous y verrez à chaque page comment saint Joseph protège et console à la mort ceux qui espèrent en lui, comment il les sauve, en leur assurant une dernière et glorieuse victoire sur l'enfer. Souvent il adoucit et abrège, toujours il sanctifie les heures de celle lutte suprême par la grâce d'amour et par la miséricorde.
Nous ne craignons donc pas de l'affirmer, comme la dévotion à la sainte Vierge, celle de saint Joseph est un signe de salut, un gage de prédestination, et nous appliquerons à ce grand saint la sentence de saint Bernard. Il disait : « Le serviteur de Marie ne périra jamais ; » nous dirons avec la môme assurance : Le serviteur fidèle de Joseph ne périra jamais, il ne mourra pas dans le péché; saint Joseph ne le laissera pas tomber dans l'enfer ! . . .
Invoquez-le donc avec confiance et ne cessez d'implorer son secours pour le moment de la mort ; et puis, lorsque vous serez auprès des malades, souvenez-vous de sa puissance merveilleuse à l'heure de l'agonie. Répétez souvent à voix basse, tâchez de faire répéter quelquefois au mourant celte douce invocation : Jésus,
Marie, Joseph, je vous donne mon cœur!... vous calmerez ses souffrances, vous consolerez ses douleurs , vous pourrez lui assurer une belle victoire, et une sainte mort.
Vous finirez cet exercice par une prière à saint Joseph, le Souvenez-vous, que savent et répètent souvent tous ceux qui aiment ce grand saint, ou bien la prière Ave Joseph, par laquelle nous allons terminer nous-même cette méditation.
Ave, Joseph, gratia plene, Jésus et, Maria tecum, benedictus tu in hominibus, et benedictus fructus ventris Sj3onsa3 tuse, Jésus.
Sancte Joseph, pater Jesu nutrilie , et beatissimse Virgiuis sponse, ora pro nobis , clienlibus tuis , nunc, et i» hora mortis nostra?.
Amen.
Je vous salue, Joseph, comblé de grâces, Jésus et Marie sont avec vous, vous êtes béni entre tous les hommes , et Jésus, le fruit de votre chaste épouse est béni. Saint Joseph, père nourricier de Jésus-Christ, époux de la Vierge immaculée, priez pour nous, qui avons recours à vous, maintenant et à l'heure de notre mort.
Ainsi soit-il.
lie ad Joseph.
Allez à Joseph. (Gen. lxi. 55.)
Nous voici donc arrivés au dernier jour de ce mois béni. Un double sentiment doit remplir noire cœur; un sentiment de reconnaissance d'abord pour tant de grâces que nous avons reçues parles mains de saint Joseph, et un sentiment de confiance et d'amour envers ce grand saint, que nous avons appris à mieux connaître. Mais enfin, quelle pensée, quels souvenirs voudrais-je laisser en ce moment au cœur fidèle, et imprimer dans l'esprit de nos pieux lecteurs ?
I. Je désire d'abord que cette parole : lie ad Joseph retentisse doucement dans votre âme, et qu'elle soit pour vous la conséquence de ce que nous avons médité, depuis le commencement de nos saints exercices. Elle me semble en effet