ET LA MORT
(premier jour dc tridcum).
Secundum multiludinem dolorum meorum in corde me», consolatione» lux Ixtiflcaverunt animant menm.
Autant la multitude de mes douleurs avaient inondé mon cœur, autant vos consolations ont réjoui mon âme. (Ps. xcm, 19.)
II est dans les destinées de saint Joseph de partager toutes les gloires et les grâces, tous les titres et privilèges de la sainte vierge Marie, son épouse immaculée. Il est réellement entré dans tous les mystères de sa vie; il a connu toutes les douleurs et toutes les joies de son cœur! Nous ne devons donc jamais les séparer; et l'Église, toujours inspirée par l'Esprit divin, n'a pas célébré une fête en l'honneur de Marie, sans en instituer une semblable en l'honneur de saint Joseph, son fidèle époux. Presque aussitôt que l'on a commencé à l'aire le mois de Marie, on a
pensé au mois de saint Joseph... Aussitôt après le patronage de Marie, on a fixé la fête du patronage de saint Joseph, etc., etc.
C'est pour entrer dans ce sentiment de foi et d'amour, qu'après avoir donné deux jours, dans le mois de la sainte Vierge, à la méditation de ses douleurs et de ses allégresses, nous désirons aussi en consacrer deux à méditer sur les sept allégresses et les sept douleurs de Joseph.
En parlant des allégresses de Marie, nous avons fait remarquer qu'elles étaient toutes mêlées de quelques amertumes; et ici, pour saint Joseph, nous ferons une observation analogue, et nous dirons que toutes ses peines et douleurs ont été accompagnées d'une consolation divine, ou d'une ioie céleste, de sorte que les joies de la mère de Jésus étaient pour elle une source de douleur, et que les douleurs de Joseph devenaient pour lui une source de joie et de bonheur. — Le lecteur pieux, en voyant cette destinée de Marie et de Joseph, ne pourra a'empêcher de croire que la souffrance n'est pas un si grand mal, puisqu'un Dieu infiniment bon a voulu conduire au ciel, par cette toie de larmes, sa mère bien-aimée et son père chéri.
Pour saint Joseph, il est comme impossible
de séparer les douleurs et les allégresses; nous en verrons donc trois dans le premier exercice et les quatre autres dans le second.
I. Première douleur et première allégresse. — Le doute de saint Joseph, — et son bonheur en apprenant le secret du ciel, le mystère de l'incarnalion.
1° Le doute. — Ce fut pour le cœur de notre saint une douloureuse surprise, une bien cruelle inquiétude. Il était si heureux de vivre dans la plus intime et religieuse affection avec la Vierge très-pure et immaculée, son auguste épouse!... Marie, par humilité, ne lui ayant rien révélé de son entrelien avec l'ange de Dieu, ni de la grâce ineffable qui en avait été la conséquence, Joseph ne pouvait en aucune sorte s'expliquer le mystère dont les signes certains venaient de frapper ses regards. Témoin des vertus célestes de la vierge Marie, et sûr de sa pureté incomparable, que fera-t-il? à qui pourrait-il confier le secret de ses incertitudes, de ce doute affreux?... Joseph d'ailleurs si prudent, se rappelait le conseil du Sage, et voulait garder le silence : vir prudens tacebit (Prov. xi, 12). Il n'en parla donc qu'au ciel ; il épancha son cœur dans le cœur de son Dieu; et il ne songeait plus qu'à se séparer de Marie.
Mais quelle pouvait être alors la pensée la plus secrèle de cet homme juste et fidèle? Le sens le plus simple et le plus naturel du texte sacré, nous l'avouerons, offre bien quelque difficulté à l'interprétation que nous préférerions de beaucoup; tout semblerait en effet indiquer que Joseph, dans son doute, voulait simplement quitter Marie, parce qu'il ne pouvait expliquer et comprendre ce mystère ; mais d'un autre côté pouvait-il la croire coupable d'infidélité? Oh ! non, non, c'est impossible !
C'est pourquoi.-nous aimons à croire, avec de pieux interprètes, que ce fut dans un sentiment d'humilité. Sans chercher à pénétrer ce secret divin, mais comprenant qu'il y avait là quelque mystère du ciel, il allait se décider à rendre à Marie toute sa liberté, et peut-être la reconduire au temple du Seigneur et au pontife de Jérusalem. Entrez dans le cœur de ce saint patriarche, et vous pourrez à peine vous faire une idée de sa douleur... Le doute, l'incertitude, la perplexité, c'est une des peines les plus cruelles pour l'esprit d'un homme juste; mais ici la tristesse du cœur nous parait encore plus grande et plus amère.
2° A celte immense et première douleur a succédé la joie la plus vive, la plus douce allé-
presse. Un ange du ciel, peut-être le môme qui avait apparu à Marie lors du mystère de l'incarnation, un ange vint et dit à Joseph : N'ayez pas peur de garder pour épouse Marie ; c'est par la vertu de l'Esprit-Saint qu'elle est devenue mère, elle mellra au monde un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus, car c'est lui qui délivrera son peuple du péché.
A ces [.amies, tout le poids qui pesait sur le cœur de Jo epli, tomba, et il est impossible de se figurer de quelle joie son âme dut être inondée. Quel bonheur et quelle gloire pour lui de conserver Marie, ce trésor de toutes vertus, la mère du Dieu Messie ! et lui, Joseph, est l'époux légitime de cette Vierge féconde, et de droit le père nourricier et le gardien de ce Dieu fait homme ! Méditez, entrez dans le cœur de Joseph, et, comme vous avez pris part à sa douleur, partagez sa joie et son bonheur.
Remarquez la première parole de l'ange à Joseph : Ne craignez pas !... Il nous semble que, loin de s'opposer à l'interprétation que nous avons donnée plus haut , elle la favoriserait plutôt et la rendrait vraisemblable.
II. Seconde douleur et seconde allégresse de saint Joseph. — Ce fut de voir la pauvreté ex-
trême de Jésus dans l'étable — et la joie d'entendre les anges chanter sa gloire, et de contempler toutes les merveilles de celte nuit.
1° Joseph avait en vain frappé à la porte des hôtelleries de Bethléem ; il n'y avait pas de place pour lui, ni pour cette pauvre femme qui l'accompagnait ; il fut donc réduit à chercher quelque abri pour la nuit, et le ciel lui lit trouver uneélable. C'est dans celte étable que, vers minuit, la Vierge très-pure, dans une extase d'amour, mit au monde Jésus, son Dieu, l'enveloppa de quelques pauvres langes et le coucha sur la paille de la crèche... Joseph, prosterné aux pieds du petit Enfant, l'adora en silence pendant des heures entières.
Mais qui pourrait dire les douleurs de son âme, à la vue de celte pauvreté souffrante de son Dieu ! les désirs de son cœur, pour venir en aide à la mère de Jésus, et pour adoucir les souffrances de l'un et de l'autre! Au moindre mouvement de l'Enfant, au premier cri, inquiet il s'approchait de la crèche ; il interrogeait d'un regard la sainle Vierge, prêt à faire tout ce qu'il aurait pu pour- adoucir leurs peines... Si vous demeurez (jU'lques instants dans l'étable auprès de Joseph, si vous le contemplez avec fui, il vous sera impossible de ne pas entrer dans ses dou-
leurs cl scs craintes, et c'est un des fruits les plus doux que l'on puisse recueillir de ces méditations pieuses.
2° Et puis, tout à coup la scène \a changer sous vos yeux : Une sainte et religieuse allégresse succède à ce chagrin profond : une joie céleste brille sur le f ont de l'auguste Vierge et dans les yeux du saint patriarche Joseph !.. Ils viennent d'entendre le cantique des anges, et cette douce harmonie qui remplit le ciel : Gloire à Dieu et paix sur la terre !... A la voix des esprits célestes, voici que les bergers de la montagne accourent en foule et viennent se prosterner aux pieds de Jésus, qu'ils adorent comme leur Sauveur, et ils s'empressent d'offrir à Marie et à Joseph leurs petits présents, bien précieux dans celte circonstance. Quelle joie et quel bonheur de contempler le spectacle de celte foi vive!
Plus tard, quand les rois mages apportèrent à leur tour leurs présents mystérieux, de l'or, de l'encens et de la myrrhe, ce fut encore pour le bon saint Joseph une plus douce allégresse... Et c'est ainsi que, dans le même mystère, vous trouverez une source abondante de toutes les grâces, parce que vous aurez partagé tous les sentiments de son cœur.
342 VINGT-IIIITIÊME JOUR.
III. Troisième douleur et troisième allégresse. — La Circoncision de l'Enfant, — et l'Imposition du nom de Jésus.
1° Le huitième jour, l'Enfant fut circoncis, et on lui donna le nom de Jésus. Dans ce verset du Nouveau Testament, que vous méditerez avec attention, vous trouverez la cause d'une douleur bien sensible et en môme temps d'une joie toute céleste pour le cœur de saint Joseph. La douleur, à la vue du sang qui coule sous le couteau de la circoncision, en même temps que les larmes de Marie. La Vierge-Mère et Joseph comprenaient hien que ce n'étaient que les prémices de ce sang précieux, qui devait être répandu pour les péchés du monde; et leurs cœurs se brisaient à cette pensée. Peut-être que lEnfant- Dieu fit entendre un cri, une douce plainte qui retentit dans leur âme 1 Méditez; et vous aussi, vous serez touché de compassion à la vue de l'Enfant, de sa mère et de saint Joseph.
2° Mais lâchez de comprendre quelle joie ce fut pour le cœur de Joseph, quand, au moment même de cette mystérieuse cérémonie de la circoncision légale, il donna à l'Enfant le nom de Jésus, ainsi que l'ange du Seigneur le lui avait ordonne : Vocabis nomeu ejus Jesum (Luc. î, 31): nom sacré, dont le saint patriarche compre-
nait si bien toute la gloire et ia puissance. Ce nom fut alors pour Joseph , ce que dit saint Bernard : il fut plus doux à ses lèvres qu'un rayon de miel : mel in ore... à ses oreilles il retentit avec la plus suave harmonie des cieux, in aure melos; et dans son cœur, il fut une joie divine : in corde jubihis. Prenez part à celte allégresse.
Puis vous terminerez cet exercice sur les trois premières douleurs et allégresses de votre saint patron, en lui demandant trois grâces particulières, qui vous paraîtront être les fruits de votre contemplation sur tous ces mystères. Par exemple, pour le dernier, la circoncision, ce serait la grâce de la mortification intérieure, et de mourir un jour en prononçant avec amour ce doux nom de Jésus, votre Sauveur I
(lECOKD JOUR DU TRIOUCM).
Secundum muUitwiinem dolorum vieor.m in corde ineo, conaolalionet lux Ixliftcavcrunl an vammeam.
Autant la multitude de me-< douleurs avaient inondé mon cœur, autant vos consolations ont réjoui mon âme. (Ps. xcin, i'J.)
Nous allons continuer l'exercice du jour précèdent, et suivre l'ordre des autres mystères douloureux qui ont rempli la vie de saint Joseph, et en même temps, méditer sur les consolations ou divines allégresses qui n'ont jamais manqué d'inonder son cœur, après les souffrances... Telle est en effet la conduite du Seigneur envers les âmes qu'il aime : à la douleur succède la joie, et la consolation est un signe des épreuves qui ne pourront tarder longtemps : Ad vesperam demorabitur fletus^ et ai i>.atutinmny Ixtitia (Ps. xxix, 6). Extrema gaudii luctusoccu-
yat (Prov. xiv, 13). Le soir, les larmes cesseront à peine de couler, et à l'aurore, la joie s'élèvera dans les cœurs... Au moment où la joie finit, on commence à verser des pleurs... Entrons dans ce sujet :
I. Quatrième douleur et quatrième allégresse de saint Joseph. — La prophétie de Siméon et le gtaive. — La vie et la résurection des âmes.
1° Dans le même mystère, nous trouvons en effet pour Jésus, Marie et Joseph, tant de dour leurs et de joie qu'on pourrait, ce semble, le mettre également au nombre des mystères douloureux ou joyeux. Commençons par les douleurs, et pensons plus particulièrement à celles de Joseph. — Nous pouvons dire que son cœur a clé blessé par un glaive à deux tranchants, au moment où le vieillard Siméon parla des destinées de Jésus et de Marie. Représentez-vous ce bon saint, entrant avec joie dans le temple sacré, pour la cérémonie légale de la Présentation de l'Enfant et de la Purification de sa mère. Il portait dans une petite cage les deux tourterelles, prix du rachat de l'enfant premier-né des pauvres, car c'est ainsi que luule la tradition monumentale nous le représente. . .Et puis soudain, le grand prêtre de Dieu,
s'emparant de cet enfant et le portant vers le ciel, prononce des paroles tristes, lugubres...: Positus est hic in ruinant; il est né pour la ruine d'un grand nombre... et, se tournant vers Marie, la mère de cet enfant, il ajoute : Et tuam ipsius animant pertransibit gladius (Luc. h, 5), et pour vous, femme, un glaive de douleur transpercera votre àme... Je vousdemandesi le cœur de Joseph n'a pas été atteint, percé par ce môme glaive; et vous méditerez combien il a dû souffrir.
2° Toutefois, il est impossible que son âme n'ait pas aussi tressailli de joie, d'abord, en voyant les saints transports du pontife, et la céleste allégresse qu'il éprouvait à la vue du Messie promis et attendu depuis tant de siècles, à la vue de ce Dieu, la vraie lumière d'IsraëL Et puis, celle parole d'espérance : In resurrectionem multorum : Il est né pour la vie et la résurrection de beaucoup, retentit avec infini ment de douceur aux oreilles de Joseph... Enfin, ce fut pour lui une véritable joie de reprendre l'Enfant des mains du grand prêtre et de le rendre à sa mère, qui le pressa aussitôt contre son cœur...
Ah ! prenez part à ces douleurs et à ces consolations immenses, et hâtez-vous de demander à Jésus, par les noms de Marie et de Joseph, d'ê-
tre du nombre de ceux qui vivront et ressusciteront pour la gloire.
II. Cinquième douleur et cinquième allégresse de saint Joseph. — La fuite en Egypte. — Jésus sauvé de la mort cruelle.
1° Les craintes, les alarmes, les inquiétudes, les angoisses se succèdent et se pressent dans le cœur de saint Joseph, lorsque l'ordre lui est donné par un ange de partir sur-le-champ et de fuir en Egypte!... Et encore, on ne lui dit pas les raisons de ce départ si précipité, la cause de cet exil !... Sans parier de la préoccupalion déjà assez grave et de la nécessité de pourvoir, par son travail de chaque jour, aux besoins de la Sainte Famille sur cette terre étrangère, que de périls dans le voyage ! que de difficultés dans le séjour! et quelles craintes devaient s'élever dans son esprit, lorsqu'il venait à penser aux motifs secrets, qui avaient pu déterminer le ciel à lui donner un ordre si positif, mais si étonnant! Ne pouvait-il pas, ne devait-il pas se voir déjà poursuivi, atteint par des ennemis à la fureur desquels on le chargeait de dérober cet Enfant et sa Mère !
Ne parlons pas des grands exemples de vertus, d'obéissance et de foi que nous donne saint
Joseph dans ce mystère. Déjà nous avons médité ce sujet ; ne pensons qu'à sa douleur : ce fut assurément une peine bien cruelle pour son cœur, je dirai même une épreuve terrible pour sa foi ; mais s'il a beaucoup souffert, il a triomphé par sa fidélité et sa patience pendant ce triple voyage.,. Ajoutons toutefois qu'il fut souvent consolé avec Marie par la visite des anges, qui, d'après la tradition des premiers temps, venaient pour diriger leurs pas et les servir dans le désert.
2° La joie, la véritable allégresse n'a dû commencera proprement pai 1er pour Joseph, qu'au moment où il loucha la terre d'Egypte. En entrant dans ce pays, il comprit que l'Enfant était sauvé ! 11 sut, qu'à cet instant môme, toutes les idoles venaient de tomber brisées dans leurs temples; et son cœur se réjouit encore de ce triomphe du vrai Dieu, sur les destinées duquel il avait été chargé de veiller, et qui lui donnait le doux nom de père. Avec cet Enfant, il n'y avait plus d'exil pour Joseph; il commençait à goûter les consolations même du ciel.
Demandez par celle douleur et celte allégresse, la grâce de fuir toujours la mort du péché, en obéissant fidèlement à la voix de l'ange, qui ne manquera jamais de vous avertir.
I!ï. Sixième douleur et sixième allégresse de saint Joseph. — Au retour d'Egypte, la crainte d'Archélaûs. — L'arrivée et le séjour à Nazareth.
1° Nous ne dirons qu'un mot sur cette douleur, quia dû être cependant une grande épreuve pour Joseph i... et d'autant plus grande qu'il devait moins s'y attendre. Sur la parole de l'ange il avait quitté l'Egypte, plein de confiance, car on lui avait dit que ceux qui en voulaient à la vie de l'Enfant étaient morls. Il allait donc rentrer en Judée, quand tout à coup il apprend qu'Archélaùs, fils du méchant Ilérode, y régnait à la place de son père... Il n'osa plus y aller, dit l'Evangile ; voilà la crainte qui agite son cœur... c'est la douleur de ce mystère; mais averti de nouveau par l'ange du Seigneur, il sortit bientôt de celle cruelle incertitude et se dirigea vers Nazareth.
2° Il y arriva avec un sentiment de joie vive, il y demeura avec bonheur. Voilà une vraie et bien sainle allégresse: celle vie dans le silence et la paix, ces jou.s de prière et de travail à Nazareth... Vous contemplerez la Sainle Famille, et vous ne pourrez plus sortir de celle petite maison, où vous trouverez toutes les vertus et les plus douces lumières. Et vous demanderez
350 YINGT->EIVIEME JOUR
la grâce d'y vivre toujours en union et intelligence parfaile avec Jésus, Marie, Joseph.
IV. Septième douleur et septième allégresse de saint Joseph. — Jésus perdu à Jérusalem, — et puis retrouvé dans le temple.
1° Nous avons déjà médité sur ce mystère étonnant de la vie de saint Joseph, et nous y avons trouvé des enseignements bien utiles pour la conduite des âmes. Ici nous ne l'envisageons que sous le rapport de la douleur que dut éprouver le bon saint Joseph dans cette circonstance. Pour s'en former une idée, il faudrait comprendre l'amour de Joseph pour ce divin Enfant qu'il croit perdu, et son amour pour Marie qu'il voit dans les larmes.
Assurément Joseph n'était pas coupable; il n'y avait pas de sa faute; mais qui ne sait que dans un malheur, l'imagination inquiète et troublée contribue encore à augmenter le cha grin, en nous faisant croire que nous aurions pu, que nous aurions dû l'éviter? C'est alors qu'on se persuade avec regrets, qu'il n'y avait que certaines précautions à prendre, précautions sages auxquelles on ne pense qu'après et lorsqu'il n'est plus temps ; et l'on se désole en vain.
Ce qui csl sûr, c'est qu'aussitôt que Marie et Joseph s'aperçurent que Jésus n'était pas revenu avec leurs parents, comme ils l'avaient pensé, ils furent profondément attristés; qu'ils retournèrent sur leurs pas, interrogeant tout le monde avec inquiétude et douleur, et qu'ils ne cessèrent de le chercher ainsi pendant trois jours, jusqu'à ce que, rentrant dans le temple du Seigneur, ils l'y trouvèrent enfin. Et il s'en revint avec eux à Nazareth, pour y travailler sous leurs ordres. Si la douleur d'avoir perdu Jésus fut grande, grande aussi fut la joie de le retrouver.
2° Quelle douce surprise pour Marie et Joseph, lorsqu'entr'ouvrantla porte du temple, ils virent Jésus et dirent ensemble : Le voilà ! Il est vraiment impossible de se figurer un pareil bonheur. Il faudrait aimer comme eux ! et ils aimaient infiniment cet Enfant : Marie plus que toutes les mères, et Joseph plus que tous les pères ne pourront jamais aimer ; car cet Enfant était un Dieu ! leur Dieu à eux, leur trésor, leur gloire, leur bonheur, leur vie; Jésus leur Dieu et leur enfant !... C'est ici qu'il faut méditer et tâcher, je ne dis pas de comprendre, mais de sentir et de partager tour à tour la douleur et la sainte allégresse de Joseph, notre bon et glorieux protecteur.
Et puis, nous lui demanderons la grâce de ne jamais perdre Jésus par notre faule ; et, si nous avions un jour ce malheur, de le perdre par le péché, nous demanderons la grâce de le chercher avec larmes, et de le retrouver bientôt avec notre pardon, pour ne plus nous exposer à le perdre de nouveau. Enfin nous prierons avec confiance saint Joseph par le souvenir de cette grande douleur et de cette joie si douce, de nous obtenir la grâce de trouver Jésus à la mort, sur le seuil de ce temple de l'éternité., où l'on ne pourra plus le perdre jamais ; c'est la grâce d'une bonne et sainte mort, la grâce dv salut et du bonheur éternel.
TKENTIEME JOUR
(troisième jour du triduom).
Pretiosa in conspectu Ihmini m#r$ sancionm ejus.
La mort des saints est précieuse aux yeux du Seigneur. (Ps. cxt, 15.)
La mort du juste est le soir d'un beau jour; la mort des saints est l'aurore de la vie, de la véritable vie... Ln mort de tous les justes» la moi't de tous les saints, est précieuse aux yeux du Seigneur, mais surtout celle de son juste, justus meus ;elce\ le surtout de ses saints, sanctomm ejus y car si l'un vit de la foi, les autres ont vécu de son amour: Justus meus ex fide vivit; Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus. Or, qui jamais a pu se dire, et qui a jamais été plus réellement le juste de Dieu que sain! Joseph? qui a jamais été plus positivement le saint de Dieu, que celui qui a toute sa vie appartenu à Dieu, et à qui ce Dieu même a vraiment appartenu, tant qu'il est resté sur la terre? Qui
154 TRENTIEME JOUR.
jamais a pu dire comme Joseph : Mon Dieu et mon Fils? Et à qui Dieu a-t-il jamais dit : Mon Père? Entre tous les enfants des hommes, seul Joseph a eu cetle gloire!
Pretiosa plane, oui, précieuse est la mort des justes et des saints, tanquom finis labonm, dit saint Bernard, tanquam victoriœ consnmmatio, tanquam vitœ janua ; car c'est peur eux la fin des épreuves, la consommation de la victoire, la porledelavie; paroles qui, appliquées à saint Joseph, semblent renfermer une vérité frappante et aussi une sorte de contradiction, puisque la mort qui donne la vie, le ciel et Dieu même aux autres saints, devait le priver lui, de son Dieu et du ciel qu'il possédait sur la terre. Mais en même temps, quelle douce paix et quelle espérance! quel bonheur et quel triomphe!
Nous reviendrons nécessairement sur ces deux pensées, pendant le cours de cet exercice : car 'elles disent tout au cœur fidèle.
Notre méditation renfermera deux parties- I. Rien de plus beau, de plus doux, de plus glorieux que la mort de saint Joseph. II. Rien de plus doux aussi qu^ la mort de ses fidèles serviteurs et de ses enfants.