LA VEILLE DU !•' MARS
Protector est omnium sperantium in se.
Il est le protecteur de tous ceux qui espèrent en lui. (Ps. xvn, 31.
Comme les Entants de Marie aiment à célébrer les fêtes de leur mère, et le beau mois qui lui est consacré, ainsi les fidèles serviteurs de saint Joseph s'empressent de lui témoigner leur profonde et respectueuse tendresse, et de recourir à sa puissante protection, non-seulement dans ses principales solennités, dû 19 mars et du Patronage, mais encore pendant un mois entier, dont tous les jours deviennent ainsi pour eux des jours de lèle et de grâces.
Nous viendrons donc tous les soirs au pied de ses autels, pour étudier ses vertus, méditer
sur la gloire de ses privilèges, et nous apprendrons à le prier avec plus de confiance, en lisant le récit dos prodiges ohlcnus par tous ceux qui ont imploré son secours.
Si vous ne pouvez faire tous les jours cette ' lecture, et les prières qui doivent l'accompagner, d.ms un sanctuaire spécialement consacré à saint Joseph, je vous conseille d'avoir un petit oratoire, ou du moins une statue, une image de ce bon saint, que vous regarderez de temps en temps; el je vous promets qu'il y aura, dans ce iv. ni pieux, une grâce singulière et pleine de douceur pour vous.
Nous commencerons aujourd hui par une considération générale sur la protection de saint Joseph. Le hut de cette première méditation est de nous portera une confiance sans bornes, car il ne peut laisser sans secours ceux qui espèrent en lui... Protector est omnium sperantiiim in se.
J avertis une fois pour toujours que ce texte, ainsi que la plupart de ceux qui seront cités dans la suite, ne doivent s'entendre directement que de Dieu, seul tout-puissant, en qui seul nous devons mettre toutes nos espérances; mais rien n'em pèche que nous ne les appliquions, soit à Marie mère de Dieu, soit à saint Joseph, qui ont tant de crédit auprès du Seigneur.
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Voici maintenant toute la pensée du premier exercice : Pour mériter notre confiance, il faut qu'un protecteur ait ces deux qualités essentielles, la puissance et la bonté ; sans cela notre espérance serait vaine, et nous ne pourrions rien attendre de lui. Supposez, en effet, à up homme aulant de puissance que vous pouvez l'imaginer, donnez-lui tous les trésors, tous les titres possibles, c'est en vain que vous aurez recours h lui, s'il manque de bonté, de bienveillance pour vous ; il méprisera votre prière et vous laissera dans l'abandon. Donnez-lui, au contraire, toute la bonté que vous voudrez, supposez qu'il vous porte le plus tendre intérêt ; il sera profondément touché de vos larmes, il vous plaindra sincèrement; mais s'il n'a pas de puissance, s'il manque de crédit, sa pitié sera toujours vaine et stérile et sa bonne volonté absolument inefficace. Il faut donc ces deux conditions encore une fois : puissance et bonté.
Aussi, voyez comme l'Église môme, dans presque toutes ses prières, se plaît à nous rappeler ces deux attributs de Dieu, ou de sa glorieuse Mère, pour exciter la confiance dans notre cœur. La plupart de ses oraisons commencent par ces mots : Omnipotens et miserïcors Deus!... Dieu tout-puissant et plein de miséri-
corde, écoutez-nous, ayez pitié de nous... et dans les belles litanies de Lorette : Virgo potens, virgo démens. Vierge puissante, vierge pleine de bonté, priez pour nous.
Eh bien, nous allons prouver que saint Joseph possède éminemment ces deux qualités d'un protecteur sûr et vraiment utile : 1# la puissance, et 2° la bonté.
I. La Puissance d'abord. Mais Dieu seul est puissant, direz-vous ! Sans doute : c'est le nom de Dieu même, parce que c'est le premier et le plus essentiel de ses attributs de gloire : omnipotens ! le Tout-Puissant. Mais le Seigneur ne peut-il pas communiquer une partie de ce pouvoir suprême, une portion de ce souverain domaine des cieux, comme les rois de la terre, qui abandonnent et laissent à ceux qu'ils veulent honorer, une partie de leur autorité".' Ainsi les ministres dans l'État, les généraux dans l'armée, les préfets dans la province peuvent ordonner, commander et gouverner même sous leurs ordres. Ne les voit-on pas tous les jours distribuer des grâces et des laveurs, sous le regard et sous la dépendance du prince ?
. Cela est juste, et nous disons aussi avec raison que la Mère de Dieu, la sainte et imma-
culée Vierge Marie est. puissante, toute-puissante même dans le ciel : omnipotentia supplex, mai? toute-puissante par sa prière, à laquelle Dieu ne peut rien refuser. Voyez la différence : Dieu est tout-puissant par sa \olontè, son empire, il commande en maître; Marie est toutepuissanfe par sa prière, sa tendresse, son amour, elle demande en mère. Tout ce que Dieu veut* se fait, tout ce que Marie désire lui est accordé : omnipotentia supplex. — Un saint docteur n'a pas craint même de dire que Dieu avait en ce sens partagé son empire avec elle ; il a gardé le haut domaine, la force, la justice, mais il lui a cédé la grâce, les miséricordes, et dans cette partie du royaume, Marie a la toute-puissance ; elle peut tout.
Eh bien, après cette Vierge très-pure, c'est saint Joseph qui d'abord a le plus de droits à cette autorité ; et qui, de fait, a obtenu le plus de faveurs auprès de Dieu. C'est lui qui a le plus de crédit et de puissance. Pourquoi ? Parce que tous les autres peuvent être les serviteurs fidèles, les amis du Roi des cieux, mais seul il a été, il est le gardien, le père nourricier de Jésus; seul il a été le protecteur môme de son Dieu, alors que ce Dieu était sur la terre ; et il est impossible aue ce Dieu l'oublie dans le
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ciel. Autrefois Joseph parlait avec une autorité réelle, et Dieu lui obéissait : erat snbditus. Aujourd'hui il parle encore, il exprime un désir, il prie, et ce même Dieu s'empresse d'accorder tout ce que son Père lui demande.
Cette vérité est iecon testa We. Mais il y a dans l'exercice de ce pouvoir extraordinaire de saint •Joseph au ciel, il y a, dis-je, une remarque particulière et des plus intéressantes à faire pour ses fidèles serviteurs ; et j'ai haie de le dire au premier jour de nos exercices : Il est certain que l'on peut partout et en tout temps recourir à sa protection, mais c'est surtout aux jours de ses fêles qu'il semble vouloir être invoqué, et qu'il aime à faire éclater les merveilles de sa puissance. On dirait qu'en ces jours de grâce, le Seigneur Jésus lui rend tous les droits qu'il avait autrefois sur la terre, et qu'il le constitue de nouveau non-seulement son trésorier, mais le maître de tous ses biens et de toutes ses richesses : omni.s possemonis suas. C'est principalement dans ses pieuses solennités que Jésus semble nous dire d'aller à Joseph : ite ad Joseph... 11 vous donnera tout ce que vous demanderez ; faites seulement ce qu'il vous dira-.
Nous avons deux preuves certaines de ce fait
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0!î plutôt de celte importante observation : l'autorité des Saints, et le témoignage même de l'expérience. Nous nous bornerons à rappeler ce que sainte Thérèse affirme. Jamais elle n'a invoqué ce puissant protecteur sànj oblenir ce qu'elle avait demandé. C'est même sur les paroles de celle grande sainte que l'on a composé la prière dite le Memorare de saint Joseph, comme on s'est servi des paroles de saint Bernard, pour Faire la prière des miracles, le Mémorare de la sainte Vierge. Toujours efficace, celte prière a saint Joseph a surtout une puissance merveilleuse, aux jours de fêtes de notre bon protecteur.
Combien d'âmes pieuses, après avoir fait avec dévotion le mois de saint Joseph, après s'être préparées par une simple neuuiine à célébrer sa fête, le 19 mars, ou le jour de son Patronage, le troisième dimanche après Pâques, ont éprouvé les effets les plus touchants de ce pouvoir extraordinaire! Nous aurons l'occasion d'en citer bien des traits, dont nous avons pu nousmême constater l'authenticité, dans les Ànmles de l'Association de la Bonne Mort, établie dans notre église du Jésus, à Paris. 11 n'y a pas d'années que le directeur de cette pieuse confrérie ne reçoive une foule de lettres qui rap-
portent ces merveilles, à l'occasion de la neuvaine solennelle qui se fait dans cette chapelle. Déjà le P. Patrignani, dans un ouvrage célèbre sur la dévotion à saint Joseph, avait raconté de semblables prodiges, et prouvé cette puissance merveilleuse de saint Joseph, aux jours des ses fêles ; et chose remarquable, tous ces miracles, comme ceux de Jésus lui-même, comme ceux de Marie, sont toujours des grâces, des bienfaits singuliers; en un mot, il ne montre son pouvoir que pour faire du bien, sa puissance ne se révèle que par des actes de bonté : c'est ce que nous allons méditer dans la seconde partie de cet exercice.
II. Bonté de saint Joseph. — Il semble que ce soit le caractère même de ce grand saint et de ses œuvres. Aussi partout maintenant on ne l'appelle plus que le bon saint Joseph !... Gloire incomparable et qui n'est partagée que par la mainte Vierge Marie, sa glorieuse épouse. Comme dans notre belle et sainte langue française, je dis sainte, parce que venue après la foi, et formée par le christianisme, elle en a les inspirations, les lumières et les sentiments, comme nous disons le bon Dieu, en parlant de Jésus- Christ Notre-Seifineur, sans jamais séparer ce
touchant attribut de sa divinité; comme nous disons la bonne mère, en parlant de la Vierge toute-puissante et immaculée, ainsi dans un langage simple et familier, sans doute, mais aussi sublime que touchant, nous disons : lebon saint Josep h ! Il faut demander cela au bon saint Joseph !
Aussi bien, tous ses miracles, disions-nous, comme ceux de Jésus et de Marie, sont des actes de compassion et des traits dune bonté admirable. Quiconque a lu l'Évangile avec attention aura été singulièrement frappé de ce caractère des œuvres de Jésus-Christ et de tous ses prodiges. Il ne peut rien refuser de ce qu'on lui demande. Il suffit de pleurer devant lui, démontrer une souffrance, son cœur est îouché. Il fait des miracles à chaque pas, mais on dirait qu'il ne fait ces miracles que par amour, plutôt même que pour prouver sa divinité.
Tel est aussi le caractère des prodiges opérés parla sainte Vierge, et c'est ce que ne peuvent ignorer ceux qui ont lu les annales de ses plus beaux sanctuaires, et considéré avec attention les ex-voto qui couvrent les murailles de ses temples, ou que l'on voit suspendus au-dessus de ses autels. On n'a d'ailleurs, pour s'en convaincre, qu'à se rappeler les noms bénis que la
reconnaissance lui a donnés partout dans ses. pèlerinages célèbres; ils indiquent assez la nature des grâces qu'on lui demande, et que l'on y obtient cbaque jour. C'est Notre-Dame de Paix, de Consolation, de Délivrance, de la Garde, de Bon -Secours... Elle est puissante sans doute, mais surtout elle est bonne, douce et clémente, c'est la bonne Mère.
Eli bien , tel aime à se montrer notre glorieux protecteur et père, saint Joseph. Il ne peut résister à la prière des âmes qui sou firent ; son cœur est sensiblement touché à la vue de nos peines, et les prodiges se multiplient à ses saints autels.
Déjà, pour augmenter la foi et la confiance dans l'àme du pieux lecteur, nous avons indiqué la raison générale et les preuves de ce double caractère de puissance et de bonté dans notre saint patron. Ce sont les titres qu'il a reçus du ciel, et ses relations intimes avec Dieu, ses mérites personnels enfin, et ses vertus incomparable .
11 ne s'agit donc plus pour nous que de nous attacher désormais à montrer les caractères particuliers et les traits les plus frappants de cette •iiun; en un mol, et comme on parle maintenant, les spécialités dvs grâces que nous pou-
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vons demander à saint Joseph, et que nous devons espérer dans ce mois béni et le jour de sa fête.
Or, nous dirons dès aujourd'hui, avec plusieurs auteurs qui ont parlé de ce sujet» que le trait le plus singulier de la dévotion à saint Joseph, c'est qu'il n'y a personne qui ne puisse recourir à lui, et qu'il n'y a pas de grâces qu'on ne puisse lui demander, parce que sa puissance ne saurait avoir de bornes, et qu'il est bon pour tous ceux qui l'invoquent avec confiance. Tandis que le Seigneur semble n'avoir accordé à ses plus grands saints qu'une faible partie de ses dons célestes, il a laissé la garde et la distribution même de tous ses trésors à saint Joseph, et il ne peut rien lui refuser!
Et cependant, nous dirons aussi qu'il y a des âges, des positions auxquelles il semble que saint Joseph s'intéresse encore avec plus de bonté. Nous parlerons de certaines conditions qu'ils paraît accueillir et en quoique soi le favoriser avec plus d'empressement ; nous prouverons qu'il y a des grâces que l'on est en quelque sorte encore plus sûr d'obtenir de lui, et nous chercherons ainsi à augmenter la confiance dans tous les coeurs, et la ferveur de la prière. Nous nous proposons de traiter tous ces sujets et de
donner ces preuves dans une série destructions particulières sur la fin du mois, dans la aeuvaine des patronages.
Donc, aujourd'hui même, mon cher lecteur, qui que vous soyez, et quels que soient les besoins de votre âme, priez avec amour, et ne doutez pas que saint Joseph ne puisse et ne veuille vous exaucer. Il est puissant au ciel, il est bon envers tous ceux qui espèrent en lui : protector est omnium speranîium in se.
Vour terminerez cet exercice par la récitation du Souvenez-vous à saint Joseph.