‹ Mois de saint JosephChapitre 6 sur 71 · DEUXIEME TITRE · texte numérisé non relu

DEUXIEME TITRE

Joseph virum Mariée, de qua naiut tst Je sus.

Joseph époux de Marie mère de Jésus. (MatLh.,i, 16.)

Après le titre incomparable de gardien et père nourricier de Jésus : custos Domini, il ne pouvait y en avoir de plus glorieux que celui-ci : virum Mariœ, époux de la vierge Marie et protecteur de la Mère de Jésus. Le premier titre nous prouve que Joseph était l'homme le plus saint, le plus juste du monde; le second, qu'il était l'homme le plus pur, le plus parfait de la terre. Un Dieu n'a pu être déterminé à ce choix que par les vertus mêmes de Joseph ; un Dieu a dû combler de grâces celui qu'il prédestinait à cette divine mission.

Qu'il est doux à l'âme fidèle de contempler ce tableau ravissant de la Sainte famille ! A toute heure du jour, quelles que soient les occupations

qui les fixent et les attachent, les trois personnes qui composent la petite maison de Nazareth ne peuvent être séparées; vous les verrez toujours ensemble, unies de cœur et d'âme dans la prière, comme dans le travail. C'est Joseph qui préside et commande, il a seul toute l'autorité. Non-seulement il est parfaitement à sa place entre Jésus et Marie, mais encore il est le chef de cette sainte famille, en qualité d'époux de la Mère de l'Enfant-Dieu.

I. Nous méditerons d'ahord sur la vérité de ce titre : virum Marias. II. Puis, à celte occasion, nous ferons quelques réflexions surles mariages d'aujourd'hui, et dans les familles môme qui se disent chrétiennes.

I. Il est certain et de foi divine que Joseph a été l'époux de la vierge Marie. L'Évangile et toute la tradition constante de l'Église ne peuvent laisser le moindre doute à ce sujet. Ce n'élait pas un vain titre, comme le prouvent les î^xtes sacrés de saint Luc et de saint Matthieu : Mi s sus es t Angélus Gabriel a Deo... advirginem desponsatam vivo eut nomen erat Joseph. L'ange Gahriel fut envoyé par le Seigneur à une jeune vierg.' mariée à un homme appelé Joseph. Si la généalogie de l'un et de l'autre se trouve éga-

lement dans ces deux auteurs sacrés, c'est pour donner une raison légale de leur sainte union.

Le ciel aussi reconnaît à Joseph 3a qualité d'époux légitime et de chef de famille : c'est à lui seul que les anges portent les ordres du Seigneur; après la naissance du Sauveur, el même avant l'accomplissement de ce mystère, un autre envoyé céleste lui avait dit : Noli tïmere accipere Mariam conjugem tuam: Ne craignez pas, Joseph , de garder Marie votre épouse , quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est. (Mallh.i, 20.)

Enfin la sainle Vierge elle-même le reconnaît encore d'une manière plus éclatante, non-seulement en suivant Joseph, comme une lemme fidèle et soumise, mais en lui donnant le nom de père auprès de son divin Fils : ego et pater tuus dolentes quxrebamus te (Luc, u, 48) : Votre père et moi nous vous cherchions, Lien tristes et dans les larmes.

La tradition la plus respectable et la plus antique atteste également le mariage de Joseph avec la vierge îMarie. Non-seulement la tradition écrite, comme nous la trouvons dans les saints Docteurs et Pères, nos maîtres dans la foi, et qui ont interprété dans leurs touchantes ho-

mélies les paroles sacrées des textes cités plus haut, mais encore la tradition monumentale, l'histoire écrite sur la pierre des temples et sur les murs sacrés des catacombes...

Vous y lirez avec admiration le récit même du miracle des fleurs, par lequel le ciel déclara que, parmi tous les jeunes prétendants de la tribu de Juda à la main de Marie, Joseph seul était digne de ce bonheur... Tout le monde sait que le souvenir de ce miracle célèbre a donné à Raphaël le sujet d'un de ses plus magnifiques chefs-d'œuvre. On voit, dans cette page sublime de l'art chrétien, Marie et Joseph en présence du prêtre qui les unit devant Dieu.... Joseph tient à la main le rameau fleuri miraculeusement dans l'arche sainte, tandis que la foule des autres jeunes gens de sa tribu envie sa gloire et son bonheur, et que l'un d'eux, dans son désespoir, brise sur ses genoux la tige aride qui vient de lui être rendue.

Les fleurs mystérieuses que saint Joseph porte à la main, dans toutes ces images antiques et vénérées des premiers siècles de l'Église, ne rappellent pas seulement ce prodige, elles révèlent aussi la pensée universelle de ces temps de foi, où l'on a toujours cru que Joseph ^vait épousé,vierge, la vierge Marie, et qu'il avait,

comme elle, toujours conservé la belle fleur de cette verlu angélique*.

Joseph et Marie, au pied des autels du Seigneur, se prêtèrent donc un serment mutuel d'amour; les liens de celle alliance sacrée et indissoluble furent bénis par Jéhovah, dont les conseils, éternellement médilés dans les cieux, allaient enfin s'accomplir sur la terre, et demeurer quelque lemps cachés sous le voile de ce mariage. Le pontiié saint qui présidait à la cérémonie de celte union en ignora lui-même tout le mystère. Les anges seuls eurent la révélation du secret de ces deux cœurs les plus purs, et contemplèrent avec ravissement ce glorieux sacrifice.

Dès ce jour, et jusqu'à son dernier soupir,

1 Pourquoi faut-il que de nos jours on semble ignorer ce privilège glorieux du céleste époux de la Vierge imma culée?.,. Sur la parole au moins téméraire de quelques auleurs sans croyances religieuses, on a osé répéter que Joseph n'a épousé Marie qu'en secondes noces, et après avoir eu plusieurs enfants d'un premier mariage. De pareilles assenions étonnent, scandalisent la piété des enfants de .Marie et des fidèles servileurs de saint Joseph; elles sent contraires à l'enseignement universel de l'Eglise. Il est triste surtout de les voir reproduites dans des livres qui sembleraient destinés à être mis dans les mains de tout le monde, et jusque dans des recueils de cantiques, heureusement fort peu connus.

38 DEUXIÈME JOtffi.

Joseph ne quitta plus la sainte Vierge. Ils vécurent ensemble dans la plus douce et la plus parfaite union. Comme deux lis dont les tiges éclatantes de blancheur s'élèvent, et, mêlant leurs parfums, embaument les airs; comme deux astres dont les rayons venant à se rencontrer dans les cieux, répandraient une plus douce clarté, ainsi Joseph et la Vierge très-pure dans l'ardeur de la prière, unissaient leurs vœux et leurs plus saints désirs pour la rédemption d'Israël. Ils appelaient la rosée des cieux; ils conjuraient la terre d'enfanter son Sauveur... ils priaient, et le Seigneur touché de leurs soupirs, y répondit après quelques mois seulement de ce mariage céleste.

Dieu envoya l'ange Gabriel à la jeune Vierge qui avait épousé ce saint patriarche : Missus est angélus Gabriel a Deo... et l'ange la salna pleine de grâce, et elle conçut du Saint-Esprit, et le Verbe s'est fait chair, et il habita parni nous : Et Verbam caro facttim est, et habh tavit in nobis (Joan. i, 14). Gloire à la Mère de Dieu, gloire à Joseph époux de cette Vierge féconde,-et père nourricier de Jésus! — C'est à lui que le Seigneur a confié la Mère et l'Enfant; il était digne de ce choix; il a rempli sa mission avec fidélité.

Mais nous ne pouvons douter qu'il n'ait gardé, même dans le ciel, une partie de 1 autorité qu'il avait ici-bas sur Jésus et Marie. Jésus et Marie ne peuvent rien refuser dans le ciel à celui dont ils ont toujours respecté les ordres sur la terre.

IL II y aurait une foule de réflexions à faire sur ce titre sacré d'époux de la Vierge : virum Marix; et nous pourrions insister sur la gloire et la puissance qui découlent nécessairement de cette élection divine. Mais il nous paraît plus utile encore de nous arrêter quelques instants à méditer, avec le pieux lecteur, sur la manière dont on devrait se préparer dans les familles chrétiennes, à la réception de ce grand sacrement du mariage.

Nous disons avec vérité, dans un langage éminemment chrétien, que les beaux mariages, c'est-à-dire les mariages saints et heureux sont écrits là-haut, au ciel... Mais qu'il est rare dans le monde que l'on cherche à y lire, et qu'il y a peu de parents et d'enfants qui pensent à consulter les anges !... Aussi voit-on bien peu de ces unions saintes et vraiment heureuses ! Il n'y a presque plus rien de sacré dans les conseils dont on s'environne, avant de fixer

son choix : à peine si l'on prie môme le jour où l'avenir de la vie se décide! Le mariage est devenu pour beaucoup d'hommes une affaire, une spéculation, et on y trompe^ on y est trompé, comme dans les autres induslries.

Où se traitent en effet ces affaires-là, où se décident ces grandes questions?... la plupart du lemps, c'est dans le monde, c'est-à-dire dans les bals. Et qui en règle les bases définitives9 les notaires, comme pour l'achat ou la location d'une maison, et la mise à prix d'une ferme. Voilà pour les préludes; et tous les articles préliminaires se réduisent, le plus souvent, à l'âge, la fortune, la santé. Puis on s'occupera du caractère, et des principes religieux ensuite. Je sais qu'il y a des exceptions, et des familles pour lesquelles ce dernier point paraît capital ; aussi ces familles peuvent-elles espérer d'être visitées et bénies par les anges de Dieu.

Pour le jour même de la célébration du mariage, quelle différence encore! Ces familles s'y préparent avec ferveur par la prière, par la fréquentation des sacrements : on voit les jeunes fiancés communier, la veille, à l'autel de Notre- Dame des Victoires ou dans quelque autre sanctuaire privilégié. Les parents, les amis invités les accompagnent avec bonheur et espérance. Tan-

dis que le plus grand nombre des autres mariages se font dans les vaines préoccupations de la toilette, la dissipation des spectacles profanes, et quelquefois l'intempérance même des banquets prolongés bien avant dans la nuit.

Enfin, à l'heure même du sacrifice, au moment solennel du sacrement qui va unir pour toujours ces deux âmes, fixer pour elles l'avenir de cette vie, et décider probablement le sort de leur éternité; d'un côté il y aura des prières et des larmes d'espérance et d'amour, et de l'autre, c'est le sentiment qui dominait au contrat de la veille, et la pensée fixe d'une affaire conclue.

Mais, après cette belle cérémonie, il y aura bien sans doute aussi quelque différence. Oui, certainement, les déceptions, les désespoirs ne tarderont pas à venir pour les uns ; et, si pour les autres il y a quelques peines réelles, car la vie de tout le monde est semée d'épines, au moins on ne manquera jamais de force, de résignation, de patience, et d'espérance surtout. En un mot, la religion peut seule rendre plus douces les joies du mariage, en les sanctifiant ; seule, elle peut ôter l'amertume des peines de cet état, en donnant la grâce et en gardant l'espérance dans les cœurs. Voilà ce que l'expérience de tous les jours devrait apprendre aux

hommes, mois ils ne veulent pas comprendre, ils vivent dans l'illusion d'abord, et meurent dans le désespoir.

S us conclurons ces réflexions, en invitant le pieux lecteur à prier toutes les fois que, pour lui ou pour ceux qu'il aime, il serait question de vocation, ou de mariage. Oui, priez la Sainte Famille, mais surtout saint Joseph, qui est le protecleur des chrétiens dans ces graves circonstances de la vie. Nous en parlerons nécessairement plus tard, lorsque nous serons dans la neuvaine des patronages, mais nous ne pouvons manquer de saisir aussi cette occasion ; nous ne pouvons jamais trop répéter ce conseil d'où dépend le bonheur et le salut même de beaucoup d'âmes.

Par l'intercession de ce grand saint, on évitera les dangers auxquels sont exposée* de nos jours les familles même les plus chrétiennes^ dangers d'être cruellement trompées, et sur les points les plus essentiels. Souvent saint Joseph a préparé et béni les plus saintes et les plus heureuses alliances ; plus souvent encore il a brisé des unions désirées, et qui allaient être contractées pour le malheur d'un enfant chéri, comme on l'a bientôt reconnu ; et la reconnaissance était bien plus grande que n'avait

été la peine d'un premier désenchantement. Priez donc, priez avec ferveur, priez pouf vous et vos entants ; vous surtout, mères chré tiennes, priez pour tout ce que vous aimez priez saint Joseph, le glorieux époux de la Vierge Marie, priez-le avec encore plus de ferveur, quand vous assistez à une messe de mariage.

rfOSEPH ENFANT DE PROGRÈS

— TROISIÈME IITR* —

Fihus accrescens Joseph , ftlius «#-

cres.ce s.

Joseph, mon fils, c'est un enfant de progrès, il grandira toujours.

(Gen. xlix, 22.)

Le patriarche Jacob, à l'heure de la mort, fit venir ses enfants et petits-enfants, et levant la main sur leur tête, il les bénit tous avec les tribus de leur nom. Chaque paroïé était, dans la bouche du saint vieillard, une prière touchante, et ensemble une prophétie solennelle. Lorsque ce fut le tour de Joseph, car il les appela tous parleur nom, il s'arrêta un instant, et d'une voix émue il prononça ces mois : « Pour Joseph mon fils bien-aimé. ce sera un enfant de progrès, il ne cessera de grandir : Filins accrescens Joseph, fdius accrescens et decorns aspectu ; sa gloire, sa beauté doivent toujours s'élever et

briller d'un éclat plus doux et plus grand aux yeux du monde.

Ces paroles inspirées rappelaient toute l'histoire du patriarche Joseph, son fils, premier ministre de Pharaon, roi d'Egypte, et renfermaient l'éloge prophétique de Joseph l'époux de Marie, le père nourricier de Jésus, Notre Sauveur. L'un par sa haute sagesse n'avait cessé de grandir en puissance et de s'élever dans la gloire, aux yeux du roi et de son peuple, qu'il avait sauvé de la mort et des horreurs de la famine , l'autre par sa fidélité, sa justice, et la perfection de toutes ses vertus, a mérité non-seulement de grandir en sainteté devant Dieu, mais aussi de voir la gloire de son culte croître et s'élever dans tous les siècles, et son amour dans tous les cœurs : filius accrescens Joseph!... Cette interprétation ne peut paraître étrange ni arbitraire ; les saints Docteurs ont appliqué dans ce sens les textes sacrés de la Genèse à saint Joseph, et l'Église même, dans l'office de sa fête, en nous rappelant l'histoire de ce saint patriarche, nous indique assez clairement qu'elle le regarde comme la figure du chaste époux de la Vierge immaculée.

Il y aura deux points dans celte méditation. I. Saint Joseph n'a pas cessé un instant de s'é-

lever à la perfection. IL La gloire extérieure de son culte n'a pas cessé de grandir jusqu'à nos jours.

I. Et d'abord progrès de saint Joseph dans la sainteté. Commençons par rappeler ici deux principes de la théologie dogmatique et morale: le premier, c'est que la grâce croît dans un cœur en proportion de la fidélité avec laquelle on y répond. Le second, non moins incontestable, c'est que Dieu donne toujours sa grâce proportionnée à la vocation ou à la destinée des âmes, c'est-à-dire en rapport avec les obligations qu'il leur impose, et avec le mi- Ristèie auquel il les appelle; en un mot, il y a des grâces d'état , et ces dons de Dieu sont plus ou moins abondants , selon que les devoirs sont ou deviennent plus ou moins difficiles et importants.

Ces principes bien compris, je dis d'abord que saint Joseph, appelé à celte dignité incomparable de Père nourricier de Jésus et d'Époux de la sainte Vierge, a dû recevoir du ciel des grâces extraordinaires, des dons nécessairement supérieurs à tout ce que nous pouvons concevoir, si nous exceptons toujours la Vierge fidèle, sa glorieuse épouse, dont les titres sont encore

bien plus élevés, puisqu'elle est réellement la Mère de Dieu.

J'ajoute que, par sa fidélité à tant de faveurs, saint Joseph a grandi sans cesse, et qu'il a fait monter son cœur, par tous ces degrés de sainteté, à la perfection même de la justice... Ascensiones in corde suo disposait (Ps. lxxxiu, 6). Pour juger plus facilement de ces progrès immenses, le pieux lecteur pourra partager la vie de saint Joseph en trois époques principales : avant son mariage, depuis ce jour jusqu'à la naissance de Jésus-Christ, et enfin sa vie de Nazareth jusqu'à sa mort bienheureuse.

Avant son mariage avec la sainte Vierge, un mot de l'Evangile suffit : Il était juste, et par ses vertus, il a mérité d'être choisi : cum esset justus (Matth. i, 19). C'est la raison même du choix de Dieu et de cette glorieuse élection. Le ciel ne pouvait prendre qu'un homme digne de cette mission, le plus digne même, c'est-à-dire le plus saint.

A dater de ce jour, dès que saint Joseph devenu l'époux de iMarie commença à vivre avec elle, à prier avec elle, qui pourra comprendre les merveilles de la grâce dans ce cœur fidèle? Témoin des vertus de la reine des Anges, el «naque jour éclairé, nourri de sa parole sainte.

quels progrès il dut faire dans la perfection! L'Évangile n'en dit aussi qu'un seul mot, mais il suffit encore pour révéler ces prodiges de la çrâce aux âmes réfléchies. Joseph alors, quand un doute terrible vint un instant troubler son esprit, mérita par sa prudence et son humilité, d'apprendre les secrets de Dieu môme, de la bouche des anges.

Mais c'est surtout depuis la naissance de Jésus à Bethléem, que saint Joseph a grandi, et qu'il est devenu saint. Toutes les vertus de foi, d'espérance, d'amour, la justice, la prudence, la force; les dons les plus parfaits de l'Esprit- Saint et les fruits les plus doux de grâces pour la vie éternelle, tous les biens du ciel, en un mot. vinrent à Nazareth avec l'Enfant-Dieu. Joseph en fut comblé, ainsi que la vierge Marie, et sous les yeux du Seigneur qu'il pouvait appeler aussi son enfant, il s'élevait à la plus haute sainteté. Tous les jours il approchait davantage de cette perfection infinie qu'il pouvait contempler tous les jours.

Ouvrez les saints Évangiles et vous pourrez, pour ainsi dire, suivre ces progrès admirables dans la série des mystères delà sainte enfance de Jésus, et jusqu'à la mort de ce bienheureux patriarche. Quelle naissance, à la fuite en

Egypte! quel amour, quel dévouement, quelle tendresse, quand avec la Vierge mère, il revient à Jérusalem chercher l'Enfant qu'il croyait perdu ! Pendant les années de sa vie cachée à Nazareth, quelle ardeur pour le travail, quelle pureté d'intention dans toutes les actions ordinaires de chaque jour ! Et quand vint pour ce juste du Seigneur l'heure de mourir, quelle résignation, quelle confiance et quel saint abandon !

Mais ce qu'il importe essentiellement de remarquer ici, c'est qu'il a fallu à Joseph une fidélité d'autant plus grande que sa verlu a nécessairement rencontré plus d'obstacles , jusque dans la nature même de ses relations incessantes avec le Dieu Sauveur. Pour ne parler que du danger de se familiariser avec tette position si exceptionnelle, qui ne sait qut.; par suite de l'habitude, un fatal esprit de routine se glisse trop souvent dans les cœurs qui sont plus près de Dieu? Les saints mystères, les plus touchantes merveilles de la grâce cessent de frapper ceux qui vivent toujours environnés de ces faveurs : Assiduitate vilescunt... dit saint Augustin. L'habitude où l'on est de voir ces grandes choses finit par diminuer l'admiration, le respect : c'est comme pour le spectacle de la nature auquel on est ac-

coutume dès l'enfance; la beauté de l'aurore, l'éclat du soleil en son midi, les fleurs qu'il jette sur la terre, en se levant ou en se couchant, louî cela ne nous touche plus, ni la douce clarté de l'astre des nuits, ni ces milliers d'étoiles suspendues à la voûte des cieux; nous restons indifférents à la vue de toutes ces merveilles, qui n'ont plus rien de nouveau pour nous.

Eh bien, c'était un danger pour saint Joseph. Sans une grâce toute spéciale, et sans une grande fidélité à celte grâce, il pouvait s'habituer aussi à voir un Dieu si près de lui, un Dieu si caché, si anéanti. Quelle vertu il fallait pour le reconnaître et l'adorer dans ce pauvre enfant qu'il avait sauvé aux premiers jours de sa vie, dans ce petit apprenti auquel il apprenait à travailler, ou dans cet ouvrier qu'il voyait manger et dormir, comme les autres enfants des hommes!... Mais bien loin d'avoir laissé cette foi diminuer dans son âme, et l'amour s'éleindre dans son cœur, il n'a cessé, je le répète, de faire des progrès dans toutes ces belles vertus, jusqu'à la mort.

C'est pour cela, et nous aurons souvent l'occasion de le dire, que l'on invoque dans l'Église saint Joseph comme le protecteur spécial

JOSEPH ENFANT DE PROGRÈS. 5i

de la vie intérieure et des ûmes qui vivent dans la pratique habituelle des vertus chrétiennes, et plus particulièrement encore comme le patron des prêtres de Jésus-Christ; car leur vie, toute consacrée aux choses divines, pourrait aussi les exposer à traiter trop familièrement les mystères sacrés : or l'expérience a depuis longtemps appris qu'il n'y a rien de plus opposé à la vraie piété et à la ferveur que cet esprit de routine. Saint Joseph en préservera tous ceux qui recourent à lui, et surtout les prêtres qui l'invoquent avec confiance.

II. Mais disons maintenant un mot de la prophétie renfermée dans le texte divin : Filius nccrescens Joseph, filins accrcscens. Nous l'entendons ici du progrès singulier de la gloire de saint Joseph et de son culte extérieur au sein ào l'Église. Pour tous ceux qui ont étudié les ai maies des siècles ecclésiastiques, cette interprétation ne pourra manquer de paraître aussi juste que simple et naturelle.

C'est un fait inn instable que, pendant les premiers âges de la foi, et par un dessein mystérieux du Seigneur, à peine si nous pouvons trouver quelques souvenirs de ce culte des peuples pour notre saint patriarche, et quelque

trace de la dévotion des fidèles. Les SS. Pères même et les premiers docteurs semblent avoir voulu garder sur le père nourricier de Jésus un silence relatif qui nous étonne, et qu'il nous est impossible de ne pas regretter. Quant aux monuments de la tradition, il n'y a rien de plus que ce que l'Évangile même rapporte ; on voit Joseph dans l'étable, on le voit dans la fuite en Egypte et dans la petite maison de Nazareth... Voilà tout pour les premiers âges. Ce n'est que bien plus tard qu'on a fait le tableau de la mort de saint Joseph, qui depuis a été mille et mille fois reproduit.

Quelques auteurs pieux, comme le P. Lallemant et Patrignani, ont voulu donner une raison de ce divin conseil. Les motifs qu'ils ont trouvés pour justifier en quelque sorte la Providence de Dieu dans ce fait, ne paraissent pas dénués de fondement, et peuvent édifier la piété, en nous portant à la reconnaissance, nous qui sommes témoins de l'exaltation progressive de la gloire de notre grand saint. Ils disent donc d'abord, et Bossuet paraît approuver aussi cette explication, que les esprits des nouveaux convertis à la foi n'étaient pas encore capables de comprendre une parole aussi sainte ; qu'ils auraient été portés à confondre la gloire de Joseph

avec celle de l'incomparable Vierge mère de Dieu, et qu'on aurait craint de les exposer à croire que Joseph était réellement le père de Jésus.

Ils ajoutent que, dans ses divins conseils sur le gouvernement de son Église, le Seigneur a voulu réserver certaines grâces de choix et plus en rapport avec les besoins des époques diverses qu'elle devait traverser; et, comme il a donné au siècle d'indifférence la révélation des trésors cachés dans son Cœur adorable, ainsi, dans un temps où les liens de la famille semblent se relâcher, dans un temps où l'autorité paternelle est moins respectée, il a voulu que nous puissions trouver, avec la dévotion à saint Joseph et dans l'étude de ses vertus, un secours qui préserverait ses enfants de ce danger, et un exemple qui pourrait les sauver de ce malheur.

Toujours est-il que nous avons le privilège de cette grâce réservée ; et le culte de saint Joseph» qui avait déjà bien grandi du temps de sainte Thérèse, comme le prouve la tendre dévotion de cette sainte, n'a pas cessé de faire des progrès dans les cœurs. La lumière cachée pendant bien des siècles a soudain éclaté sur nous, et elle brille de l'éclat le plus doux. Il est évident qu'un courant de grâces extraordinaires

64 TROISIÈME JOIR.

entraine les cœurs vers les autels de ce grand saint ; et tous les jours le ciel se plaît à manifester sa puissance par des bienfaits nouveaux. Il approuve donc par des miracles nombreux el éclatants la dévotion des peuples envers le chaste époux de la Vierge fidèle , et partout désormais où l'on consacrera un autel à Marie, on s'empressera d'en élever un au bon saint Joseph.

Tous les enfants de l'Église catholique se réjouissent de pouvoir assister à ce triomphe glorieux, et de voir la progression miraculeusement rapide du culte de ce grand saint. Ils sont deux fois certains de ne pas se tromper dans ce sentiment qui entraine les âmes fidèles; car Dieu seul a pu donner aux cœurs ce mouvement universel de confiance el d'amour; et, s'il y avait là une erreur, c'est Dieu même qui en serait l'auteur, puisqu'il semblerait l'avoir autorisée par tant de prodiges obtenus chaque jour à l'autel de Joseph.

Mais, si à celte voix imposante du ciel, et au témoignage sûr et incontestable des miracles, nous ajoutons la parole du Pontife suprême qui gouverne l'Église de Jésus-Christ, quel doute pourrait-il encore rester dans l'esprit? Or, du haut de la chaire sacrée, non-seule-

ment le sainl-père i'immorlel Pie IX a vu, constaté ce progrès de la dévotion à saint Joseph, mais il Ta encouragé de tout son pouvoir, il la approuvé en comblant de grâces et de privilèges nombreux les associations érigées en son honneur et les autels consacrés à sa gloire.

0 mon Dieu, que je serais heureux si, par ce petit livre, je pouvais aussi contribuer à faire connaître, aimer et glorifier ce bon saint Joseph î si je pouvais augmenter son amour dans les cœurs et porter quelques âmes fidèles à imiter ses vertus ! C'est la seule grâce que j'aie demandée à Jésus, à Marie, à Joseph !

Pour vous, mon cher lecteur, vous ferez, en terminant cet exercice une réflexion et une prière. Cette rélîexion de V Imitation vous humiliera peut-être ; mais il faut la méditer devant Dieu : ne pas avancer dans la voie de la perfection, dans la route du ciel, c'est reculer, et s'exposer à se perdre. Courage donc et confiance! saint Joseph sera votre guide et votre protecteur.

La prière. Vous lui demanderez son secours, en récitant avec dévotion ou Y Ave Joseph, ou l'oraison môme de sa fête :

Sanctissimx Genitricis tux sponsi , qusesumus Domine, meritis adjavemur ; nt, quod possibilitas

5f TROISIEME JOUR.

nostra non obtinet, ejus nobis intercessione do» netur.

Seigneur, je vous en prie, venez à mon aide, par les mérites et l'intercession du chaste époux de votre très-sainte Mère, et accordeznous de faire ce que, sans celle grâce, nous ne pourrions jamais espérer.

Ainsi soit-ii.

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