‹ Mois de saint JosephChapitre 7 sur 71 · PREMIER MYSTÈRE · texte numérisé non relu

PREMIER MYSTÈRE

EL ecctf angélus Loihin; upparuil m tomnis Joseph, dicens : Surge et accipe puerum et matrem ejus, et fuge tu JSgyptum.

Et voilà qu'un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère, et fuyez en Egypte. (Matin, n, 15.)

Après avoir médité sur les Irois plus beaux titres de saint Joseph, nous allons entrer dans l'étude de sa vie, et afin de mettre, autant que possible, de l'unité dans le plan de cette première neuvaine, nous ne prendrons que trois mystères et trois vertus, mais des mystères qui nous prouveront la vérité, la réalité de ces litres glorieux ; et des vertus qui nous montreront combien il a été fidèle à sa haute mission, et digne de celte gloire. Ce sont les mystères de la vie cachée de Jésus, de sa vie de famille,

et les petites vertus qui en font le charme et le mériîo.

Nous commençons par la fuile en Egypte, Rappelez:vous d'abord le sujet de la méditation, ou le fait évangéhque. Jésus venait de naître dans l'étable de Bethléem ; Joseph a vu les bergers de la monlagne, qui sont venus adorer ce petit enfant, sur la parole des anges; puis, les rois accourus du pays de l'aurore avaient brûlé de l'encens autour de son berceau, et déposé à ses pieds le tribut mystérieux de l'or et de la myrrhe...

Mais voilà que la scène change soudain; un roi cruel et jaloux, Hérode, a résolu de (uer cet enfant dont on vient de lui parler, et il donne des ordres si bien inspirés par la passion, qu'il semble impossible que la victime puisse échapper à sa fureur. Voyez plutôt et méditez : On lui a dit que le nouveau roi est né à Bethléem; pour ne pas le manquer, il ordonne de massacrer tous les enfants de celte ville et des environs : il ne doit y avoir encore que quelques jours, il ordonne de les tuer tous jusqu à l'âge de deux ans. il était donc bien sûr, et il s'applaudissait de ses mesures et de ses calculs si sages.

Mais que peuvent donc les pensées, la prudence et la politique des hommes contre Dieu?

Et ecce...En ce moment, comme l'ordre était donné, et que les soldats d'Hérode, ou plutôt ses bourreaux allaient partir : et ecce angélus Domini... l'ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit : Vite prenez l'Enfant et saMère, et fuyez en Egypte, et n'en partez pas que je ne vous le dise... Et Joseph se leva, et prenant l'Enfant et sa Mère, il partit cette nuit même. 0 Mystère admirable ! simplicité sublime de l'Évangile! caractère divin de l'éternelle vérité î malheur à celui qui ne comprendrait pas, et ne goûterait pas de semblables paroles!... Nous allons les méditer, nous, avec bonheur, et réfléchir sur ce mystère touchant, mais en nous arrêtant de préférence sur la part que le ciel semble y réserver à Joseph, notre saint protecteur.

I. Admirons d'abord la vérité des titres glorieux que nous avons reconnus en lui. Custos Domini, — virum Marias... il est le gardien de Jésus, l'époux de Marie, en un mot le chef de la famille sainte, et c'est en cette qualité qu'il reçoit l'envoyé du Seigneur. Ce n'est qu a lui que les ordres sont donnés, parce que tout dépend de lui, il n'aura qu'à parler et faire exécuter... Et, en effet, se levant, il prend la Mère et l'En-

tant, et cette nuit même ils partent. Marie, au premier signe de la volonté de son époux, obéit en silence : virum Marias, et pour l'Enfant, on ne le réveilla même pas ; sa mère le prit entre ses bras; mais elle sentit le cœur de Jésus palpiter sur son cœur. Il obéissait aussi à Tordre de Joseph, dont la parfaite soumission à la voix de l'ange allait l'arracher à la mort.

Vous contemplerez ce tableau ravissant de la fuite en Egypte, tel que la tradition s'est plue à nous le représenter... La Vierge mère est modestement assise sur un âne; elle porte l'Enfant, qui dort entre ses bras... et Joseph en silence dirige la marche. De temps en temps il écoute, il regarde ; mais, plein de confiance, il lève les yeux au ciel dont il exécute les ordres sacrés. Les anges qui protègent la pieuse caravane dans le désert, les anges apportent la nourriture à la Sainte Famille, et s'empressent de les servir.

C'est donc lui, c'est saint Joseph qui est le maître, lui qui règle tout, et les heures du départ et les heures de repos ; seul il dirige la marche ; c'est son droit, comme c'est son devoir. Cuslus Domnii... virum Marias; la Vierge mère, i'Eiifaiil-Dieu n'avaient qu'à obéir et suivre sa direction.

II. Mais surtout admirez la fidélité avec laquelle ce saint patriarche accomplit sa mission. Toutes les vertus de son cœur brillent du plus doux éclat dans ce mystère. Quelle foi n'a-t-il pas fallu pour reconnaître son Dieu dans un enfant persécuté et obligé de se cacher, obligé de fuir pour éviter la mort! Quel dévouement, quelle prudence et quel courage n'a-t-il pas montrés dans ce jour, mais surtout quelle soumission ! quelle obéissance!... Déjà, pour reconnaître un Dieu dans l'Enfant de la cruche, il fallait tant de vertu ! mais enfin le ciel avait parlé, les anges avaient envoyé des adorateurs a celte élable ; Joseph avait vu des rois prosternés aux pieds de ce petit orphelin confié à ses soins; et maintenant il faut fuir! Quelle épreuve!... et quelle fidélité!...

Pour juger de la perfection de son obéissance dans ce mystère, mettez-vous un instant 5 la place de Joseph... Il dormait tranquille et heureux de posséder un Dieu et sa mère ; et ecce angélus... quand un ange lui apparaît et lui ordonne de parlir sur-le-champ, avec la Mère et l'Enfant, et d'aller en Egypte pour y rester jusqu'à nouvel ordre. Méditez toutes ces circonstances, et voyez que de raisons, que de prétextes au moins durent s élever dans l'esprit

02 QUATRIÈME JOUIt.

de Joseph , et le détourner ide ce projet.

Ne pouvait-il pas d'abord douter de la réalité même de la vision? Était-ce bien un ange qui venait de lui apparaître, un ange du ciel? ne pouvait-il pas être le jouet d'une imagination vaine, d'un songe ordinaire, et assez facile à expliquer dans les circonstances où il se trouvait? Puis, quel est cet ordre étrange, sans qu'on lui en donne la moindre raison : partir, et partir sur-le-champ, au milieu de la nuit? et pour aller où? en Egypte, dont il ignore la langue... en Egypte, cette terre la plus idolâtre du monde! Mais enfin, pour combien de temps?... Usque dum dicam tibil jusqu'à nouvel ordre! On le laisse ainsi dans le vague et l'incertitude... C'est un exil qui peut durer bien des années, peut-être toute la vie.

Et Joseph, sans plainte, sans murmure, sans demander la moindre explication à cet ange, sans songer aux moyens d'existence qui pouvaient lui manquer, sans délibérer avec sa sainte épouse, à l'instant môme, au milieu de la nuit, prend la mère et l'enfant, et s'enfuit en Egypte : atcepit puerum et mat rem ejus et fugit in JEgyptum... (Malth. u, 14.) Peut-on rien imaginer de plus beau que celte foi, rien déplus sublime que cette obéissance? Si cette simplicité de l'É*

vangile ne parlait pas à votre cœur, c'est que vous n'en auriez pas! Humiliez-vous devant Dieu, et il aura pitié de vous ; priez saint Joseph, il intercédera pour vous.

III. Maintenant, pour vous animer à la pratique de ces mêmes vertus, pensez un instant, et demandez-vous ce qui serait arrivé si Joseph n'avait pas été fidèle à la voix de l'ange, s'il avait voulu délibérer, prendre conseil, et attendre seulement jusqu'au lendemain. Ce qui serait arrivé?... C'est que l' Entant Jésus aurait été égorgé sur le sein de sa mère, comme tous les autres entants de son âge, à Bethléem... Pauvres petits innocents, premiers martyrs de Dieu, immolés pour son amour, priez pour nous... Ah ! qu'ils sont heureux, malgré les larmes et les cris de leurs mères I... Jésus leur envoyait des couronnes par la main de ses anges, et leur ouvrait la porte des cieux, où ils ne cesseront de le bénir, en se jouant dans la gloire avec leurs palmes brillantes : palma et coronis luditis !

Une autre réflexion se présentera encore à votre esprit et vous éclairera sur ce mystère. Je ne veux pas parler de la nécessité de vaincre toutes les passions de notre cœur, quoique certainement cette pensée dût nous paraître bien

naturelle en voyant Hérode emporté si loin par son ambition et sa jalousie cruelle; je ne veux pas non plus m'arrèter à une autre considération qui se rattache également à notre sujet, je veux dire l'inutilité de tous les vains efforts des hommes, l'impuissance de leur haine contre Dieu et contre son Christ... Le ciel se rira de leurs complots perfides, quelque bien concertés qu'ils paraissent, et il se rira de leur fureur, quoiqu'elle semble inspirée par toute la prudence de l'enfer. Hérode s'applaudissait, il croyait avoir immolé cet Enfant qui lui portait ombrage, et Jésus reposait doucement sur le sein de sa mère; et, en mettant le pied sur la terre d'fgypte, il renversait les idoles de celte contrée infidèle et imposait silence à ses oracles imposteurs.

Après le grand exemple des vertus de Joseph dans ce mystère, il y a une pensée qui me parait dominer toutes les autres, et elle ne pourra manquer de frapper un esprit sérieux, une âme attentive. C'est le bonheur de ces petits enfants.

Quand on voit tomber ces tendres victimes sous le fer des bourreaux, quand on entend leurs cris et les gémissements de leurs mères, on ne peut s'empêcher sans doute d'être touché. Plusieurs des bourreaux d'Hérode ont dû mêler

des larmes aux larmes et au sang qui coulaient de toutes parts; vous pleurerez aussi vous-même avecRachel; mais, quoiqu'elle ne veuille pas se consoler, voub pourrez cependant essayer d'arrèler le cours de ses pleurs, en lui parlant du bonheur qui est assuré à ces enfants chéris, et de la gloire qu'ils sont sûrs de trouver dans les cieux. Fleurs des martyrs, moissonnées, brisées par le premier orage de la persécution, anges de la terre, petits Innocents, rappelés si tôt auprès de Dieu, et frappés pour lui, que vous êtes heureux dans la patrie !... Priez pour l'enfance exposée de nos jours à tant de dangers et de persécutions de la part d'un monde jaloux et cruel. Ah-! c'est sur la mort de ces pauvres victimes que l'Église noire mère verse des pleurs, et rien ne peut la consoler de la perte de ses enfants, qu'elle voit tous les jours tomber dans les passions et la mort.

Quelle différence, en effet, et quelle destinée! Dites-moi, que seraient donc devenus les enfants immolés par Hérodc, s'ils avaient vécu? Tous, peut-être, des ennemis, des bourreaux de Jésus-Christ, comme la plupart de leurs contemporains. Et ils sont maintenant si heureux d'avoir trouvé la couronne du martyre, et moissonné des palmes glorieuses!

0 parents chrétiens, on ne peut pas vous défendre de pleurer, quand la mort vient vous prendre un petit ange, un enfant chéri, un fils unique; la religion elle-même ne condamne pas voire douleur; mais ne pleurez pas comme ceux qui n'ont pas la foi et l'espérance... Songez que ces enfants vous devront un bonheur éternel; ils vont au ciel : et souvent, quand Dieu les appelle et les prend ainsi au berceau, à l'âge d'innocence, c'est qu'il a prévu qu ils seraient bien exposés à se perdre dans le monde, qu'ils deviendraient peut-êlre des ennemis du Christ, des bourreaux de Jésus, et qu'ils se perdraient dans la mort éternelle... Consolez-vous par ces paroles.

Vous demanderez, par lintercession de saint Joseph, la grâce de mourir, plutôt que d'offenser Dieu, et d'imiter les vertus de ce saint patriarche, et vous finirez par un colloque avec la Sainte Famille, et une prière aux Suints Innote nts.

— DECXIÈÎJE MYSTÈRE —

Fili, quid fensti nobis sic? Ecce pater tuus et ego dolentes quserebamus le.

Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous? Voilà que nous vous cherchions tout affligés, votre père et moi. (Luc. n, -48.)

Nous méditerons aujourd'hui sur un des mystères les plus étonnants de la vie de Jésus- Christ Notre-Seigneur. Il n'est pas surprenant que des esprits superbes et ignorants se soient révoltés, scandalisés en quelque sorte, et qu'ils aient été jusqu'à blasphémer ce qu'ils ne pouvaient comprendre, puisque des âmes simples et fidèles ont eu quelquefois de la peine, en lisant dans le texte sacré la demande de Marie à Jésus : Fili, quid fecisti nobis sic? Mon fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi avec nous? et la réponse de Jésus-Christ à sa mère : Quid est

quod mequœrebatis*! Nesciebatisquia in his, quse Patris mei suni, oportet me esse? Pourquoi me cherehiez-Yous? Ne saviez-vous pas que je dois être tout aux choses qui regardent mon Père? — Mais pourtant, si on voulait pensera la manière dont ces paroles ont été dites, au sourire plein de douceur et de respect, qui sans doute les accompagna, au ton de la voix même si calme et si pénétrante, au regard enfin si tendre et si caressant de la mère et du fils, non-seulement on ne trouverait plus de difficulté pour comprendre, mais on n'aurait plus même besoin d'interprétation, tant les choses sembleraient naturelles; et les cœurs docil-es trouveraient dans ce fait évangélique, une source abondante de lumières célestes et des plus sublimes enseignements.

Commençons par la traduction de quelques versets qui précèdent le récit mystérieux. Sainl Matthieu raconte en quelques mots toute l'histoire du retour de la Sainte Famille à Nazareth: mais il y en a un si simple et si beau, que je ne puis m'enjpècher de le fa:re remarquer : « Hérode étant mort, voilà que l'ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil et lui dit : Levez-vous, prenez l'Enfant et sa Mère, et allez dans la terre d'Israël, car ils

sont morts ceux qui en voulaient à sa vie. Il revint donc au pays d'Israël, et se fixa dans une petite ville appelée Nazareth. »

Defuncti sunt! ils sont morts. C'est ce mot que j'aime bien. Oui, ils sont morts les ennemis de Jésus, ou ils vont mourir; c'est là leur sort : et lui, Jésus-Christ, il vit et il vivra ! Chris tus ho die et in ssecuîa. Il les verra tous mourir... sur leur tombe on mettra sa croix... et si on ne l'y met pas, qu'importe! Defuncti sunt! Parlez donc, impies, criez tant que vous voulez, écrivez, blasphémez... Le Dieu vivant attendra quelques jours, quelques années, et vous mourrez à votre tour, et on le priera pour vous... Votre mère , une pauvre servante peut-être , demanderont votre pardon à ce Dieu, et elles s'efforceront de l'obtenir par bien des larmes f

Il paraît que Joseph resta en Egypte six ou sept ans, et, pendant ce temps d'exil, sans doute que, malgré le travail continuel de son chef, la Sainte Famille eut à souffrir bien des privations. Mais aussitôt après la mort d'IIérode, sur l'avis de Tange, elle s'en revint à Nazareth, et y fixa pour toujours sa demeure. Remarquez encore ici en passant que c'est toujours Joseph qui agit seul et le premier, en vertu du pouvoir qu'il a commr chef de maison : custos Domini... virum

Mariœ. Il est le maître, il parle, les autres n'ont qu'à obéir.

Mais venons vite au sujet de la méditation. Tous les ans, la Sainte Famille allait à Jérusalem- pour la fêle de Pâques. Vers l'âge de douze ans, Jésus s'y rendit avec Joseph et Marie. Les jours de la fêle passés, ils s'en revinrent, mais l'Enfant demeura à Jérusalem, sans qu'ils y prissent garde, pensant qu'il était avec ceux de leurs parenls qui avaient été à la ville comme eux, et ils marchèrent toute la journée. Arrivés à Nazareth, sans avoir pu le trouver, ils retournèrent aussitôt le chercher. Mais ce ne fut qu'au bout de trois jours qu'ils le virent dans le temple, au milieu des docteurs... et c'est alors que sa mère lui dit : « Mon fils, pourquoi avez- vous agi ainsi envers nous? Voilà que nous vous cherchions tout affligé?, votre père et moi. » Et Jésus lui répondit : a Pourquoi me cherchiez-vous?... etc. »

11 est difficile de trouver, même dans l'Évangile, une page aussi belle. Vous commencerez votre exercice par entrer dans le cœur de Marie et de Joseph, pour comprendre leur douleur, quand ;ls crurent que Jésus était perdu. ° Joseph: ô Marie! quel malheur! et qû'avezvous fait?... Il est vraiment impossible de

se figurer leur inquiétude et leur chagrin...

Suivez-les sur la roule de Jérusalem : ils interrogent avec anxiété toutes les personnes qu'ils rencontrent, et demandent si on n'a pas vu ce divin enfant, dont ils font le portrait le plus vrai, et par conséquent le plus ravissant. — Non, il n'y a rien de plus poétique à la fois et de plus touchant que cette situation, et si on médite sur l'amour infini que devaient avoir de tels parents pour un tel enfant, on verra qu'il ne put jamais y avoir de douleur comparable à leur douleur. Ces angoisses mortelles durèrent trois jours, après lesquels ils retrouvèrent l'Enfant, dans le temple du Seigneur, où il interrogeait les Docteurs de la loi, et répondait à leurs questions avec une sagesse divine.

Dans la plainte si tendre de Marie, vous verrez quelle a été sa douleur : dans la réponse de Jésus vous reconnaîtrez sans doute le Dieu qui se révèle ; mais ces paroles ont été dites avec tant de douceur, que l'Enfant n'a pas pu même contrister sa mère. Tous les trois revinrent immédiatement à Nazareth, et nous verrons dans la prochaine lecture ce qu'ils y faisaient.

Aujourd'hui nous nous bornerons à quelques réflexions sur le mystère , et nous verrons l. Comment on peut perdre Jésus. II. Corn-

ment il faut le chercher, et UI. Où l'on peut espérer de le retrouver.

I. Comment pouvons-nous perdre Jésus ? — Hélas! il n'est que trop vrai que bien des âmes ont ce malheur, et au lieu de pleurer et de le chercher à l'imitation de Marie et de Joseph, il y en a un grand nombre qui restent dans l'indifférence et s'habituent à vivre sans ce Dieu. On peut perdre Jésus de deux manières: ou hien en effet on s'éloigne de lui, on s'en sépare, ou bien c'est lui-même qui s'en va, ou du moins qui fait semblant de se retirer, de s'enfuir : et dans ce dernier cas c'est un châtiment ou une épreuve.

La plus fatale manière de perdre Dieu, c'est par le péché, qui va jusqu'à lui donner la mort dans noire àme. Il est vraiment perdu pour ces cœurs coupables et ingrats, dans lesquels il est

crucifié, dit le saint apùlre. Interrogez-les

Dieu n'est plus dans leur intelligence'; la lumière des cieux y est éteinte ; leur esprit s'est plongé dans la nuit et se nourrit de mensonge. Sondez leur cœur, Dieu n'y est plus dans l'amour, et ils n'ont plus d'autre nourriture que la boue des passions honteuses. Voilà poulies pécheurs, ils ont perdu Jésus.

Quant aux justes, ils peuvent le perdre aussi, en obligeant ce Dieu à s'en aller, à fuir, et c'est bien leur faute, car c'est la suite de leurs infidélités et d'une coupable négligence. Il y en a souvent qui résistent au Saint-Esprit, et qui lui refusent tous les petits sacrifices d'amour qu'il demande, et cet Esprit, centriste par tant d'ingratitudes, se retire et les abandonne, parce qu'il a été abandonné le premier : Non deserit nisi prius ipse déseratur (S. Aug.). On peut dire que pour ces âmes infidèles, Jésus est vraiment perdu ; il n'est pas mort, comme pour les pécheurs, mais il s'est en allé, on l'a mis en fuite, et c'est un malheur et un châtiment.

Il y a une autre sorte de personnes qui peuvent perdre aussi Jésus, sans qu'il y ait réellement de leur faute. Je veux parler ici des âmes ardentes et même généreuses... Quelquefois le Sauveur Jésus semble les abandonner; il est comme perdu.Onnele voit plus, et c'est en vain qu'on le cherche ; on ne l'entend plus, i: n'y a même personne qui puisse donner à cet(e âme des nouvelles de celui qu'elle aime, et dans cet état elle se plaint, elle gémit, elle languit et meurt d'amour...

Heureusement cette épreuve ne durera pas longtemps. Le bien-aimé n'est pas loin, il a fait

semblant de s'en aller : finjcit longius ire... (Luc. xxiv, 28) pour augmenter encore l'ardeur de ses désirs et sa vive reconnaissance. Alors même qu'on le croyait si loin et perdu pour toujours, il était à la porte du cœur; il voyait les larmes, il comptait les soupirs, et il se disposait à revenir avec plus de lumière et de grâces Ces mystérieux secrets de l'amour divin ont été admirablement révélés au Cantique des cantiques, et l'épouse inconsolable nous apprend comment elle a cherché et retrouvé son céleste époux, qu'elle ne perdra plus... Tenui eum, nec dnnittam; dilectus meus mihi (Cant.). 11 est à moi, dit-elle avec transport, mon bien-aimé, je l'ai trouvé, je le tiens et je ne le laisserai plus partir, je le retiendrai toujours avec moi,

II. Comment faut-il chercher Jésus, quand on Ta perdu? — L'Évangile nous l'apprend par un mot admirable: dolentes; Marie et Joseph allaient partout, cherchant avec larmes ce cher Enfant qu'ils avaient perdu : dolentes. Il faut le chercher avec douleur, comme eux. C'est un si grand malheur de perdre un Dieu ! c'e>t le malheur suprême des abîmes éternels, et comme il n'y aura plus d'espérance de pouvoir jamais le retrouver dans L'enfer, ce sera un mal infini.

Mais nous qui vivons, nous pourrons encore le retrouver ce grand Dieu, si nous le cherchons avec repentir.,. Tous, même les pécheurs, le retrouveront; car il ne veut pas leur mort, ii est toujours prêt à revenir et à leur rendre la vie.

Quant aux âmes tièdes et languissantes, qui ont aussi perdu Dieu par leur faute, elles ne pourront également le retrouver qu'à cette même condition -.dolentes, la douleur; et peutêtre que Jésus ne reviendra pas sitôt, pour les punir d'abord, et parce qu'il a moins d'attraits pour elles. On dirait qu'il doute, et veut s'assurer de la vérité de leur conversion. Mais s'il voit une douleur sincère, un désir véritable, un commencement d'amour, il reviendra certainement ; il remplira le cœur de sa grâce sensible, signe et ga^e précieux de sa divine présence.

Pour les aines ferventes, que le Seigneur a voulu seulement éprouver en se dérobant à leurs recherches, en se cachant pour ainsi dire à elles, comment doivent-elles le chercher? toujours : dolentes, avec larmes, oui, sans doute, comme Joseph et Marie, mais sans trop d'empressement naturel, et surtout avec confiance et amour, bien sûres qu'il ne pourra pas refuser longtemps de revenir. Je l'ai dit, Jésus

plein de honte so montrera toujours à ces âmes qu'il aime, et dont il veut être aimé encore plus ardemment.

III. Maintenant, où pouvons-nous espérer de retrouver noire Dieu, quand il a été perdu? C'est dans le temple saint, comme Joseph et Marie, car tout est dans l'Evangile que nous méditons. Ils ne l'ont pas trouvé dans le chemin, dans la foule, ni dans les rues de Jérusalem : In templo. Or il y a deux temples, où Dieu se trouve et peut même parfois se cacher : ses églises d abord, ses autels; et puis aussi le tabernacle de notre cœur. C'est là qu'il faut aller le chercher.

Que les pécheurs, comme le juste éprouvé, aillent donc se prosterner dans le sanctuaire ; qu'ils aillent pleurer au pied des saints autels, où Jésus-Christ demeure; qu'ils cherchent, qu'ils frappent; Jésus-Christ répondra, il ouvrira, et ils le retrouveront bien certainement.

Que si ce bon maître paraissait vouloir encore se taire et se cacher, qu'ils rentrent en euxmêmes, et ils le reverront soudain dans leur cœur; il y est encore, il y est toujours. Médius vestmm stetit, quem vos nescitis (Joan. i, 2ô). et il dira, surtout à rame troublée, découragée peut-être : Modicœ fideï, quare dubitasti?

(Mat th. xiv, 51). Pourquoi doutiez-vous de ma miséricorde et de mon amour? Et il la remplira de l'abondance de sa grâce et de célestes consolations.

Ames en peine, cœurs souffrants et délaissés, pauvres pécheurs, âmes tièdes et languissantes ; cœurs purs et brûlants d'amour, tous, vous cherchez Dieu... appelez Jésus à vous, il viendra, vous le trouverez... il est bien près de vous, je vous l'assure, Domimis prope est! Son royaume est au milieu de vous... ou du moins il n'est pas loin... Appropinquavit in vos regnum Dei. (Marc i, 15.)

0 mon cher lecteur, qui que vous soyez, ayez donc confiance; niais cherchez Jésus comme Marie et Joseph, avec Marie et Joseph, et quand vous l'aurez retrouvé, ne le perdez plus ; diteslui avec l'épouse tidèle : ïenui eum, nec dimittam. Non, je ne le laisserai plus partir, maintenant que je le tiens, et qu'il est à moi, et que je suis à lui. Dilectus meus mihi} et ego ïlli... (Gant, u, 1G).

TlOISIÈME MYSTÈRE

Et venit Nazareth : et erai snbditui tl!is.

Et Jésus s'en revint avec eux i Nazareth, et il leur était soumis.

(Luc. ii, 51.)

Joseph et Marie ayant retrouve l'Enfant, comme nous l'avons vu dans la méditation précédente, s'en revinrent aussitôt chez eux, à Nazareth, et là, pendant bien des années encore Jésus demeura dans leur maison, et il y travaillait sous leurs ordres, obéissant fidèlement en toutes choses.

J'ai le dessein de faire aujourd'hui une petite contemplation. Venez, pieux lecteur, venez avec moi à Nazareth: tenez-vous humblement à genoux à la porte de cette petite maison et irdei : ce sera le Ier point de cet exercice. Pour le IIe point, nous tâcherons d'entendre et de garder dans notre cœur quelques paroles,

précieux souvenir de notre visite à la famille sainte. Voir et entendre, c'est le sujet et la division de la contemplation de Nazareth.

I. Voir, regarder, examiner ; pesez la valeur de ces trois mots, et comprenez-en bien la différence. Ce n'est pas un coup d'œil superficiel, vague ou incertain, ce n'est pas un regard léger, rapide, distrait, mais un examen sérieux et attentif, une étude grave et prolongée; que rien ne vous échappe, même des plus petits détails de cette vie de Nazareth. Contemplez avec soin et su «tout avec amour; profitez de tout ce que vous allez voir, et vous ne pourrez jamais vous lasser de regarder et d'examiner encore.

Ce qui frappe tout d'abord, c'est la pauvreté de cette humble maison, et puis la propreté la plus admirable. Tout est si bien rangé et à sa place; partout un ordre parfait. Et puis tout le monde y prie ou travaille. Enfin quel silence!... Voilà, en trois mots, ce qu'on remarque au premier coup d'œil dans cet intérieur. C'est un spectacle digne de Dieu, des anges et des hommes; et en effet le Seigneur abaissait ses yeux sur cette humble demeure, il reposait ses regards de complaisance sur son fils devenu pauvre ouvrier sur la terre; et les anges

adoraient en un Dieu caché, le Verbe

divin anéanti et obéissant.

Mais vous comprenez que ce n'est là qu'un premier regard, à la surface, et, pour ainsi dire une simple construction de lieu, pour fixer immédiatement votre attention et vous attacher au sujet. Approchez donc un peu, et, sans oser eneore entrer dans la maison, regardez de plus près et considérez les trois personnes qui l'habitent... et quand vous aurez vu leur extérieur, leur travail, ce qu'elles font ; entrez dans leur cœur pour en étudier les plus secrètes et le plus intimes pensées.

Nazareth!... quoi! cest ici qu'habite le fils de David, le roi des cieux!... la fille de Juda, la Vierge immaculée, la mère d'un Dieu?... et Joseph , le descendant des rois, le juste du Seigneur et son fidèle gardien ! — Oui c'est ici... ce pauvre artisan que vous voyez travailler à la sueur de son front, c'est le maître delà maison, le charpentier Joseph ; cette pauvre femme qui travaille aussi, soit à réparer quelques vêlements, soit à préparer le repas frugal de midi, c'est Marie, l'épouse de Joseph, la mère de l'Enfant, et ce petit apprenti qui travaille de son côté, c'est Jésus, le Fils éternel de Dieu, le roi de la gloire, et dans le temps, fils de la vierge Marie.

Contemplez-les un instant en silence, nourrissez votre âme de ce spectacle, songez que cet état a duré jusqu'à l'âge de trente ans; que Jésus- Christ est resté tant d'années dans celle maison de Nazareth, à travailler ainsi, et qu'il savait bien pourtant qu'il ne devait en passer que trente-trois sur la terre !... Comprenez enfin quelle plaie l'orgueil avait faite au cœur de l'homme!... et apprenez à aimer le silence et le travail, l'oubli et les mépris : Ama nesciri et pro nihilo reput ari (Imit.).

Ici encore vous ferez une remarque bien importante pour la gloire de saint Joseph, sur la vérité de ses titres et la réalité de ses pouvoirs dans la maison de Nazareth. Joseph dirige tout; sa volonté est la seule règle, parce qu'il est le mai Ire, comme père nourricier de l'Enfant, et comme époux de la mère de ce Dieu.

Toutes les vertus sont dans cet intérieur; mais il y en a cependant une qui doit principalement fixer notre attention dans cet exercice, puisque c'est la seule dont l'Évangile ait parlé; je veux dire l'obéissance. Toute la vie de trente ans est renfermée en trois mots : Erat subditus Mis, Jésus leur obéissait.

Vous méditerez donc sur l'excellence de cette vertu, pendant la contemplation que vous ferez

awc délices, suivant tous les détails des actions ordinaires de la vie commune, et pendant le cours d'une journée entière. Ainsi cet. exercice renfermera, avec le lever, les heures de la prière, du travail, des repas et des entretiens les plus intimes de cette sainte famille. Profitez bien de tout ce que vous verrez, pour élever votre âme jusqu'à cette perfection infinie.

Mais il faut suivre notre contemplation, voir ce Dieu apprenti d'abord, puis simple artisan, qui travaille avec Joseph et sous ses ordres. Erat subditus : quis? quibus? dit saint Bernard, Deus hominibus : Disce homo obedïre, pulvis obtemperare l Deus se humiliât , et tu te exaltas!... Deus se subdit hominibus, et tu te tuo prxponis auctori!... Il obéissait, qui? et à qui? un Dieu, aux hommes! Apprends donc, ô homme, à obéir, cendre et poussière apprends à t'abaisser ! Un Dieu s'humilie, et tu voudrais t'élever!... un Dieu se soumet à la volonté des hommes, et tu voudrais préférer ta volonté à celle de ton Créateur! Méditez donc.

Quis?... C'est un Dieu qui obéit, c'est à-dire la toute -puissance môme et la sagesse éternelle... Celui qui commande au ciel et à la terre, aux anges et aux hommes, à la vie, à la mort,

au néant même, qui a répondu à sa voix...

Quibus?... Il obéit à Joseph, à Marie, et aux habitants de cette cité, aux riches fiers et dédaigneux qui lui parlaient avec hauteur... Et puis un jour, il obéira aux bourreaux qui lui ordonneront de se coucher sur la croix, qui lui demanderont sa main, pour y être clouée. -? Il obéira toujours et sans se plaindre, avec joie, avec amour, pour la gloire de son père céleste et pour le salut des hommes.

Un Dieu qui obéit, mais en quoi, et de quelle manière? Et quomodo? Ah! c'est ici que la contemplation vous découvrira une foule de ces actes, petits en apparence, et si grands, si méritoires dans la réalité. Vous ne pourrez vous empêcher d'admirer en silence ce divin Sauveur qui, au premier mot de Joseph, et sur un simple signe de la volonté de ce pauvre artisan, va, vient dans l'atelier, apporte un outil, en aiguise un autre, ramasse Jes éclats de bois et les met à l'écart, ouvre une fenêtre, ferme une porte, prépare ce qui est nécessaire puni- le travail d son maître, l'aide à tracer une ligne droite sur une planche, et à la scier ensuite. Et il fait tout avec tant de simplicité, tant de joie et d'amour, que l'on dirait un ouvrier ordinaire qui n'a jamais fait que cela, et <pi sait

bien que, pour apprendre quelque chose, il faut commencer par obéir.

Mais combien de temps devra durer cet apprentissage, et celte vie d'obéissance pour un Dieu V Quandiu? Je l'ai dit, trente ans, sur trentetrois... Ou, pour parler avec plus de vérité, jusqu'à la fin, jusqu'à la mort et la mort de la croix : foetus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis; mais à Nazareth, dans cette petite maison, jusqu'à trente ans!

Qui jamais, parmi les hommes, aurait imaginé une pareille destinée pour ce giatid Dieu, et ce moven pour sauver le monde? Obéir, toujours obéir, s'humilier et toujours s'humilier! Et pourtant il n'est vraiment rien de plus divin que ce conseil des anéantissements de notre Sauveur, et ce pi m de notre rédemption. L'homme ayant voulu s'élever au-dessus de Dieu, ayant pi< sa propre volonté à celle de son créateur, c'est par la soumission, par l'obéissance que J 'sus devait réparer L'outrage de nos révoltes, et qu'il pouvait guérir la plaie de notre orgueil : Disce hotrw sulul'i ; pu/vis, obtemperare /N'apprendronsnous pas a obéira son i x< mple? Cendre et poussici e, ne saurons-nous pas enfin nous humilier!

Vous ferez encore ici les plus simples réflexions sur le prix et le mérite des actions, que

l'on est convenu d'appeler petites et ordinaires, et qui font comme l'essence de la vie de tous les hommes. La sainteté consiste surtout dans la perfection des œuvres communes. Pour apprendre à les sanctifier, vous entrerez dans îe cœur de Jésus, de Marie, de Joseph. Quelles pensées, quels sentiments les animaientpendant ces heures consacrées au travail ! Ces deux mots : gloire et amour à vous, ô mon père, paix et miséricorde à la terre, résument toutes les intentions les plus sublimes de ce divin Cœur... Et vous savez, par la théologie, qu'il aurait suffi d'un seul de ces petits actes d'obéissance du Dieu-homme, pour réparer tous les péchés du monde et sauver l'univers entier.

O fatale illusion d'une foule de chrétiens ignorants, qui négligent le travail de leur sanctification, par le mépris des petites choses, et qui prétendent bien un jour faire quelque chose de grand pour Dieu! Mais vraiment, quand tous les hommes se réuniraient à la surface de cette petite terre, que pourraient- ils jamais faire de si grand et de si merveilleux?... On ne se doute môme pas de leur existence dans la planète qui est la plus près de nous, et dans les hauteurs des cieux, la terre est comme si elle n'éiait pas.

8t> MX1EML JOliK.

Ce que Dieu regarde, c'est le cœur; ce qui le glorifie, ce qu'il récompensera éternellement, c esl l'amour d'une àme fidèle à ses lois, et qui, dans l'humilité et dans Fobéi^sance, aura sanctifié ses ouïs, en imitant Jésus-Clirit son fils et notre maître. Et, comme ce grand Dieu, du haut de son trône éternel, n'avait de regards de complaisance que pour Nazareth, ainsi ivabaisse-t-il eue iv aujourd'hui ses yeux que sur les petits et les humbles, méprisant les sages et les conquérants du monde, dédaignant les esprits orgueilleux et les pauvres superbes delà terre.

II. Entendre. Je ne puis plus qu'indiquer, en peu de mot*, les réflexions que renfermerait la seconde partie de cet exercice. Tous commencerez par écouter..., c'est-à-dire admirer le silence, qui régne dans cette petite maison de Nazareth. Vous en goûterez les charmes avec déliée-, toujours les yeux fixés sur la Sainte faini: le. Ouel le paix dans cette solitude!... Quand Jésus, .Marie, Jo-cph parlaient, avec quelle douce et quelle modeste gravité!... Si le peuple était comme ravi, en écoutant les paroles pleines de grâce qui sortaient de la bouche de Jésus : mirabantur m verbts yratix quae procedebant de ore ipsius (Luc, iv, 22), combien plus doux et

gracieux devaient être ses entretiens avec sa mère, et les intimes communications de leurs âmes! Une parole révélée pourra seule vous en donner une idée : leur conversation était dans le ciel : conversatio ih cœlis.

Ici, vous ne vous contenterez pas d'entendre le son de leur voix, mais vous tâcherez de saroir quels devaient être plus ordinairement les lujefs d'entretien de la Sainte famille, et vous apprendrez en un instant tout ce que vous devez vous efforcer d'éviter d'abord, et d'imiter ensuite, pour devenir semblable à Jésus-Christ; car c'est là la fin de nos études, la règle de toute sainteté et la condition môme de notre salut.

Il y a tant de chrétiens dont la parole est vaine et frivole, arrière et mordante, quelquefois môme légère et licencieuse. On ne parle presque jamais dans le monde, du royaume de Dieu, ni des choses du ciel. On ne traite que des intérêts matériels, de la politique des empires, on se déchire dans des discours pleins de médisance et de calomnies. La parole la moins coupable est celle que l'Evangile condamne comme inutile, et dont on doit rendre compte un jour, au tribunal de Dieu. Allez donc à Nazareth, et vous n'entendrez pas un seul discours de celte nature, mais tout est charité :

la bouche y parle de l'abondance des cœurs, et les cœurs sont pleins de l'amour do Dieu.

D'après le conseil de saint Ignace de Loyola, cel exercice doit se terminer par trois colloques à Jésus, Marie, Joseph, pour demander la grâce de comprendre ces mystérieux enseignements, et d'imiter les exemples de cet intérieur.

Que je serais ingrat si j'oubliais jamais les lumières que j'ai vues, les grâces que j'ai reçues, les paroles que j'ai entendues dans la petite maison de Nazareth !... Qu'il est doux d'habiter dans cette solitude avec Jésus, Marie, Joseph 1 c'est le ciel même sur la terre. Que ne puis-je y demeurer jusqu'à la tin de la vie, caché avec Jésus, Marie, Joseph !

Je connais des prêtre-, des religieux, des hommes même du monde qui, une lois introduits dans ce pieux asile, n'ont plus voulu en sortir... Depuis dix, douze, quinze ans, ils r< lent là, en qualité de petits serviteurs deia Sainte famille; ils vivent de celte vie divine 1 ils prient, ils travaillent toujours en compagnie de Jésus, Marie, Joseph, et comme sous leurs ordres Demandez cette permission à Joseph, ô mon cher lecteur, et vous aubsi, vous serez heureux à Nazareth !

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