DEUXIÈME VERTU
El cuih sniijdicibus svrmocinalio eju*.
11 aime à s'entretenir avec les simples. (Prov. m, 52.)
Voilà une petite vertu charmante et qui ravira votre cœur, si vous l'étudiez avec amour dans la vie de saint Joseph, si vous la contemplez à Nazareth, et dans les trois mystères que nous avons déjà médités. La simplicité; tout le monde aime cette vertu; Dieu la chérit et ne veut jamais parler qu'aux âmes simples; les hommes aussi n'estiment que ces esprits droits et ces caractères sans feinte. Mais hélas ! qu'il y en a peu sur la terre, où tout est composé, faux, artificiel!
On peut dire que la simplicité était un des caractères distinctifs de la sainteté du chef de la Sainte famille, notre puissant protecteur. C'est comme le trait principal de celte douce et noble figure. Si une image, si une statue de saint Joseph n'avait pas ce ton de vraie simplicité, elle
ne dirait rien au cœur fidèle; on n'irait pas prier à* cet autel, et tout le monde dirait, en détournant les yeux : Ce n'est pas un saint Joseph ! Celte statue, fût-elle du marbre de Paros le plus pur et le chef-d'œuvre d'un grand artiste, ne fera jamais de miracle... Saint Joseph a éié par excellence un homme simple et droit: vir simple? et reclus (Job, i, 1). .
Deux points, comme dans l'exercice précédent. I. Apprendre à connaître et à aimer cette vertu. II. Apprendre il la pratiquer, en imitant saint Joseph,
I. Comment définir la simplicité? Il est plus facile de sentir, de goûter ce sentiment parfait dune âme pure que de l'exprimer. La simplicité, c'est la marque d'un caractère droit, qui é\ite la recherche, les déguisements et la ruse. Ces! la naïveté du cœur. Une âme simple dit ce qu'elle pense, et croit ce qu'elle dit. Voyez un entant, comme il est simple et naturel dans ses pensées, dans l'expression de ses sentiments,' dans ses actions même! Il ne dissimule, il ne cache rien, et c'est pour cela qu'on l'aime tant. Mais savez-vous pourquoi souvent on dit que les enfants sont terribles: c'est précisément parce qu'ils n'ont pas L'esprit du inonde, et qu'ils
parlent tout simplement; ils vous compromettent en répétant ce qu'ils ont entendu.
J'ai dit que Dieu lui-même ne peut s'empêcher d'aimer cette belle vertu, et voici la raison : Dieu est simple dans son essence, ainsi que l'enseigne Fécole de théologie, et comme le prouve la philosophie naturelle; il est la vérité et l'amour; aussi ne peut-il converser et s'entendre qu'avec les âmes pures et simples : Et cum simplicibus sermocinatio ejus. Jésus-Christ a nonseulement loué, exalté les œuvres des cœurs droits, mais il a montré l'action et la vertu de cette pureté d'intention sur la vie entière des hommes, qu'elle justifie pleinement à ses yeux : Si oculus tuus fuerit simplex, totum corpus tuum lucidum erit (Matth., vi, 22). Aussi n'a-t-il voulu auprès de sa personne sacrée que des âmes simp'es, Marie, Joseph; et, plus tard, ses apôtres, tous pauvres et simples dans leurs mœurs et leurs habitudes.
Si vous avez étudié la vie des saints, il est impossible que vous n'ayez pas remarqué le même caractère de simplicité, dans ceux que le ciel a comblés de ses plus grandes faveurs, comme saint François d'Assise, saint François de Sales et tant d'autres. On pourrait même dire que les grâces extraordinaires dont ils furent prévenus,
étaient en proportion de la simplicité de leur cœur, tant il est vrai que le Seigneur aime cette vertu, et qu'il seplaità s'entretenir avec ceux qui en sont doués : Et cum simplicibus sermocinatio ejus.
Mais ce qui pourrait bien autrement nous étonner, après ce qui a été dit, c'est que le monde lui-même ne peut s'empêcher d'estimer aussi et d'aimer la simplicité ; le monde, dis-je, qui est si faux et si menteur : lotus in maligno positus est (l Joan., v, 19). Il est charmé, quand, par hasard, il rencontre une àme de ce caractère, et l'image même de cette douce vertu. C'e4 comme un diamant qu'on verrait briller dans la boue, et qu'on admire avec plus de bonlit" ir. Ainsi les récits bibliques de la vie des patriarches, et la simplicité de ces mœurs antiques ravissent les esprits et charment les cœurs. La parole de Dieu, si simple au livre de l'Évangile, louche l'âme des impies eux-mêmes, quand ils savent encore lire et comprendre. Le pauvre philosophe de Genève était dans ce cas, et il avait plus de sincérité que certains incrédules de nos jours, quand il disait avec admiration : « La majesté, la simplicité de l'Evangile parle à mon cœur. Oui, Jésus-Christ est Dieu!... Ce n'est pas ainsi qu'on invente! Et celui qui aurait inventé
ce livre, serait plus grand même que le héros.» Chose étonnante! Le monde, si faux en tout : totiis in maligno positus, aime pourtant et veut la simplicité en toutes choses, dans la parole, la tenue, la mise... Il se moque de ce qui es/ affecté ou prétentieux; il méprise ce qui paraît recherché ou seulement exagéré. N'est-il pas vrai que dans les informations que l'on prend sur le caractère d'une jeune personne 5 laquelle on penserait pour un mariage, on ne manquejamais de faire celle question, à laquelle 0!i attache la plusgrande importance : Est-elle simple? et la réponse a souvent décidé tout un avenir, fixé un choix et déterminé la vie.
Elle est si aimable, cette vertu de simplicité, que, je ne crains pas de le dire, rien ne peut lui résister, et qu'elle pourrait s'emparer de tous les cœurs et régner sur la terre par l'amour. Avezvous, par exemple, rencontré dans votre vie un bon curé de campagne, une sœur de Charité, bien simples! Quelle puissance pour le bien! quel charme et quel pouvoir sur tout le monde!... C'est alors que la simplicité va jusqu'au sublime. On est ravi, on devient aussitôt la conquête de ces âmes célestes; elles n'ont qu'à parler, on est trop heureux de leur obéir, de prévenir leurs vœux et leurs désirs.
If. Maintenant, pour apprendre à pratiquer cetle vertu, nous dirons d'abord ce qu'il faut éviter, ef puis ce qu'il faut faire : Quid vifandum, quid agendum; c'est ainsi que saint Thomas, le maitre par excellence, a coutume de procéder dans son traité admirable des Vertus.
1° Quid vitandum. — Le monde est plein de malice et de mensonges. On ne peut jamais trop se mettre en garde contre ses artifices, ni trop se défier de se? impostures. Il met de la politique, c'est à-dire de la ruse et de l'hypocrisie partout, clans ses paroles, dans ses sentiments les plus beaux et dans ses actions les plus éclatantes. Que dis-je? la fraude et le mensonge entrent même dans ses vertus, ou les gâtent et les dénaturent entièrement. Ce sera de l'humilité parée, de la charité brillante, ou qui sonne de (a trompette, comme dit l'Evangile.
Défiez vous de ces vains artifices. Rappelezvous que vous vivez au milieu dune foule de gens qui veulent voustromper, et tenez-vous sur vo< gaules, pour rester toujours dans la vérité et ne pas vous laisser entraîner dans • -ur.
Qu'il me soit permis d'employer ici une comparaison, tirée des même de ce beau
mon, le dont je parle. Gomme dans certain*
jours de fête on se réunit, sur invitation, pour de grandes soirées de bals travestis, où le plaisir principal consiste à tromper les autres sur son nom, sur son âge, sur ses qualités; et comme, dans ces circonstances, chacun s'efforce de se déguiser parfaitement, ainsi dans les sociétés et dans les relations ordinaires du monde d'aujourd'hui, on ne cherche qu'à tromper, à mentir; on s'étudie à dissimuler tous ses sentiments. Il n'y a que cette différence, c'est que dans un bal de cette nature, au moins on est averti, et l'on se tient sur ses gardes... Voilà un beau masque qui vous parle sous l'habit d'un grave magistrat, mais vous savez bien qu'il pourrait être tout simplement un repris de justice... En voilà un autre qui marche fièrement sous 1 uniforme d'un général romain, russe ou autrichien, et c'est peutêtre une femme timide. Vous ne savez pas, mais enfin vous êtes prévenu d'avance ; vous vous défiez... tandis que dans les relations ordinaires de la vie, et quelquefois les plus intimes, de famille, ou d'amis, vous êtes exposé aux mêmes erreurs, parce qu'on dissimule et qu'on ment partout, sans vous avertir. Demandez plutôt à cette dame son âge, et vous verrez!... à cet homme, sa fortune, et cela
même quand il s'agit de renseignements positifs ; vous verrez'...
Mais ce a'est pas assez de vous méfier du monde et de son beau langage. Vous éviterez, vous, cet esprit de dissimulation et tous les vains artifices que le père du mensonge apprend à ses partisans. Je m'imagine que, dans l'état où en sont les choses de nos jours, ce serait encore là la meilleure et la plus sûre manière de réussir, la simplicité. La vérité serait ainsi la plus habile diplomatie et la politiq îe la plus adroite, selon la pensée d'un fameux ministre bien connu par son esprit. Comme on discutait sur les moyens d'avancer en cette carrière des ambassades, et d'y avoir le plus de succès possibles, l'un disait : Toujours mentir, et l'autre encore plus tin répondit : Non, mais dire la vérité simplement, et comme personne ne peut jamais y croire, on réussira toujours I Eh bien, moi je vous conseille ce moyen avec l'Évangile, parler avec simplicité : est, est; non, non, oui ou non; dire la vérité, comme les petits enfants. Évitez absolument le mensonge et lhypocrisie : on vous croira, on vous aimera.
2° Qnid agendum. — Et que faut il faire pour arrivera ce véritable esprit de simplicité /Avant tout , il faut prier et demander celle grâce à Dieu
à Jésus, Marie, Joseph ; et aux sninfs qui vous sembleront avoir le plus excellé dans «cite vertu, comme saint François d'Assise, sainte Geneviève; et ce pauvre pèlerin, le bienheureux Joseph Labre, et celte humble servante, Germaine Cousin. L'Église les a dernièrement placés sur nos autels, comme pour confondre par leurs exemples ce siècle orgueilleux et menteur. Je vou.n conseille aussi de recourir aux saints Innocents, ces petits enfants, premiers martyrs de Jésus-Christ.
Mais le mo\en le pins puissant et le plus efficace, c'est de s'exercer à la pratique mèmi de la simplicité. On ne parvient à une habitude que par des actes fréquents et souvent répétés. Tous ferez donc voire examen particulier sur cet le vertu si rare, et vous commencerez par déraciner le mal de voire âme, en vous punissant sévèrement, toutes les fois que vous vous surprendrez dans le plus petit mensonge. Il faut une sanction ; car sans cela vous ne vous corrigeriez jamais : soit, par exemple, une aumône faite aux pauvres, en cas de chute, ou l'obligation de vous rétracter devant les personnes que vous auriez pu tromper. La fidélité à ce point, vous conduira en peu de temps, à remporter une victoire complète sur cet esprit
de dissimulation, qui règne dan? le monde.
>lui< vois ne vous conlentercz pas de ce premier succès, et, après avoir triomphé du mal, ?0us vous attacherez à la conquête de la vertu même, tantôt par des actes intérieurs, et tantôt par des actes extérieurs. Étudiez-vous non-seulement à être, mais aussi à paraître simple en toutes choses; simple et digne dans la démarche, dans la pose, dans la tenue, dans la mise, dans la parole surtout, le sourire et le regard. Voyez, examinez bien ce qui vous déplaît dans les uns, pour l'éviter; ce qui vous plait dans les autres, pour l'imiter. C'était une des règles de perfection du B. Jean Berchmans, et en peu de temps, elle Ta porté à la plus haute sainteté.
Oh ! qu'elle serait belle la société chrétienne, où régnerait cette noble et douce simplicité des enfants de Dieu! Oh! qu'elle serait sainte et heureuse la cité dont tous les habitant* auraient ce caractère droit et sincère de la vertu, où régnerait la vérité môme! Oh! qu'elle serait sainte et heureuse la famille dont tous les membres imiteraient la simplicité de Nazareth, de la petite maison de Jésus, Marie, Joseph'
Demandez-leur donc cette vertu, dans un fervent colloque.
NEUVIÈME JOUlî
L'ODÉîSSANCE
Vir obediens loquetur victoriam.
L'homme obéissant parlera da victoires. (Prov. xxi, 28.)
Joseph étant 'e chef de la Sainte Famille, puisqu'il était l'époux de la vierge Marie et le père nourricier de l'Enfant Jésus, et plus tard son maître et son patron, il semblerait au premier aperçu que la vertu d'obéissance ne puisse lui convenir que d'une manière bien indirec(e. N'est-il pas vrai qu'à Nazareth il avait seul toute l'autorité et que les autres n'avaient qu'à faire ce qu'il ordonnait? Sans doute, et c'est là le principe de sa gloire et de sa puissance, encore aujourd'hui dans les cieux. Il n'avait d'ordres à recevoir de personne, seul il pouvait commander aux autres; à qui donc et comment a-t-il pu obéir?
Ce> réflexions sonl bien vraies; mais pourtant si an l>icu lui-même a pu se faire obéissant, s'il a voulu apprendre à obéir d;ms la douleur, comme dil saint Paul, et si, de fait, ce Dieu a obéi jusqu'à la mort, pourquoi saint Joseph ne lu po:ii rail il pas aussi V Ali ! sans nul doute il l'a fiait, el nous pouvons assurer qu'il a pratiqué ci lie vertu d- la manière la plus parfaite, surloul dans le mystère de la fuite en Éjrypte, comme nous Pavons vu au quatrième jour de celie neuvaîne, lorsqu'il se soumit à la parole de fange : Fnge in Mjyptum... et cousin g,ns sece^.sit m JEq\}\>t\ m (Malth. n, 15, 14); l'ange lui dit : Fuyez eu Egypte; et se levant au-siiùt, il partit pour l'Egypte. Peut-on concevoir une obéissance plus | rompte el plus aveugle?
Nous allons ô udier celte vertu comme les autres : 1° dans sa nature ou ses caractères les plus c s n!njls; et puis 11° dans la pratique même, ou l'exercice de ses actes.
I. Commençons par le point de doctrine, et di-ou< d'abord a nature de l'obéissance : Est libeiu abdicat'w projnix volurUatis, — pro Deo (S. Th. d'Aq.), c'est le renoncement libre et volontaire a ba propre volonté, la soumission à la >olontè d'un autie, mais en vue de
Dieu : pro Deo ; ce motif constitue l'essence de la vertu religieuse d'obéissance, bien supérieure à la vertu morale et humaine de soumission et de dépendance, qui ne laisse i a- d'être aussi bien nécessaire, pour L'ordre et le bonheur delà société en généial et de la famille en particulier; mais enfin, autre est l'obéissance de l'esclave et du soldat, au tir celle des entants de Dieu et des religieux parfaits.
Qu'elle est belle, pourtant, l'obéissance du brave soldat, à quisou capitaine djh : Marche!... et qui court à la mort! Quel malheur que, p;irmi tant de héros, il y en ait si p-'ii qui obéissent: pro Deo, pour Dieu!... Sans perdre leur croix d'honneur sur la terre, et il n'y en a pas beaucoup à qui on la donne; ils seraient sûrs d'avoir une belle couronne dans les cirux ; comme l'intrépide soldat du Christ, à qui on dil aussi : pars, va... sur cette fene étrangère qui dévore ses habitants, va porter 1 Évangileet montrer la Croix à ces peuples sauvages qui ont tué et mangé tes frères... et ii obéit, il pari dans l'espérance de mourir comme eux : pro Deo !
Il faut distinguer l'obéissance intérieure ou de volonté, de l'obéissance purement extérieure ou d'action. Celle-ci est absolument nécessaire, mais elle est moins parfaite; celle-là est supé-
rieure et bien pins sainte. Mais quand, à la soumission de volonté on ajoute l'obéissance de jugement, c'est-à-dire quand on conforme non. seulement son action et sa volonté, mais encore ses pensées et ses sentiments à la volonté et au ment de celui qui commande au nom de Dieu , c'est alors que l'obéissance est toute divine, et qu'elle devient un holocauste parfait.
Pour comprendre l'excellence et les avantages de cette vertu, vous considérerez que c'est par elle que l'homme s'immole en effet et se sacrifie généreusement à Dieu. C'est le véritable, le parfait holocauste, puisque la victime est entièrement consumée, en donnant et perdant en quelque sorle toute son âme à la gloire de Dieu : pro Deo ! en renonçant à son libre arbitre, à sa pensée, à son entendement même, pour ne plus voir, penser et vouloir enfin que par la volonté, le jugement de ses supérieurs, qui lui parlent au nom de ce?ui de qui vient toute autorité : pro Deo!
Mais, il faut bien le dire aussi, plus ce sacrifice est grand et glorieux ; ux yeux du Seigneurloutpuissant, plus il est doux à L'âme qui s'immole. Non-seulement ceglaive del'obéissance ne blesse pas les cœurs fidèles et soumis, mais il les remplit de la paix du ciel ; et la paix surpasse tous
îes autres dons de la grâce. Quelle sécurité, quel bonheur! mais aussi quelle force et quelles victoires r... vlr obediens loquetur vktoriam (Prov. xxi, 28). C'est lui, c'est cet homme obéissant qui pourra parler de ses victoires; car il triomphe de l'esprit du monde et de l'orgueil, il triomphe de l'enfer et de ses perfidies; il triomphe de lui-même et de ses propres passions ; il triomphe en quelque sorte de Dieu môme, qui ne refusera jamais sa grâce aux cœurs humbles, tandis qu'il résiste aux esprits orgueilleux et insoumis : Deus snperbis resistit, humilibtts autem dat gratiam (Jac.rv, G).
Vous ne vous étonnerez donc pas d'entendre la sainte Écriture et les Docteurs les plus célèbres, faire de celte verlu d'obéissance l'éloge le plus magnifique. Elle vaut mieux que toutes les victimes, dit Samuel, le grand prêtre de Dieu, à Saùl, roi prévaricaleur : Melior est obedientia qnam vktïmœ (I Reg. xv, 22). Et saint Grégoire assure que l'obéissance seule peut enrichir une àme de toutes les vertus et y garder ce trésor précieux : Obedientia sola est quœ virilités cœteras menti inscrit, insertasque custodit.
11 est évident que, pour nous procurer tous ces avantages, il faut que l'obéissance au bien des qualités surnaturelles ; il faut qu'elle soit
ilG NEUVIÈME JOUR.
humble* prompte, entière, aveugle même. — Humble, puisque c'est à Dieu que vous devez vous soumettre, et qu'est-ce que l'homme devanl ce Dieu, tout-puissant et éternel? — Prompte, car si vous tardez, vous préférez voire volonté à celle du Seigneur, et peut-être qu'il ne sera plus temps de faire ce qui vous a été commandé, lorsque vous voudrez enfin obéir. — Enliète, c'est-à-dire qu'il faut vous conformer absolu ment à tout ce qui vous a été prescrit, bon-seulement pour l'exécution même de la chose, mais pour les circonstances du temps, du lieu et de la manière. — Aveugle enfin, sans discuter, sans chercher à pénétrer les motifs du commandement, mais en soumettant votre volonté et vos pensées mêmes à celles de votie supérieur.
Eu un mol, il faut obéir comme Joseph, notre saint protecteur... Voyez : l'ange lui dit : partez... fuje in M'jijptum, et à l'instant mémo, sans raisonner, il se soumet à «et ordre qui devait cependant lui paraître si peu conforme au jugement de la prudence humaine.
II. Mnis venons à l'élude pratique de la vertu d'ol. . une erreur de croire que
les religieux seuls son! i d'obéir. Tous
les hommes, tous les chrétiens doivent s'efforcer d acquérir celte belle vertu. Il est vrai que la pei léciion de ce sacrifice ne se trouve guère que dans la sublime vocation à cet état incomparablement pins saint et plus heureux. Là seulement, l'homme s'immole tout entier et meuii, pro Deo, devenant , disent les règles et les constitutions de ces grands ordres, comme un cadavre entre les mains de ses supérieurs, qui en font ce qu'ils veulent : période ac vadaver, paroles sublimes, (|ue des ignorants n'ont pas su comprendre, ni traduire en bon français, mais qui expriment admirablement l'état de ces heureuses victimes d'amour : pro Deo. — Comme si le soldat n'obéissait pas aussi, et de la môme manière que les capucins et les jésuites!. . Mais, nous disions que tous les hommes doivent obéir, malgré le désir d indépendance et de liberté qui entraîne les esprits à la révolte ; et nous ajoutons que tous les eh rétiens peuvent, en obéissant fidèlement , pro Deoy mériter une récompense magnifique et une gloire immense dans les cieux. Tous n'ont* ils pas des maîtres? et des maîtres auxquels il faut bien ion jours obéir?
El à" abord, tous doivent se soumettre à Dieu, obéir à sa loi sainte et aux préceptes de l'Église,
qui a reçu de lui le pouvoir et l'autorité. Vous observerez donc les comman déments du Seigneur vo:iv Dieu, et vous suivrez fidèlement les préceptes de l'Église voire mère.
Dans le même ordre d'autorité divine, vous devez i béir au père de votre âme, à votre directeur, lé qu'il ne peut se tromper, puisqu'il vous parle au nom de Dieu même. C'est lui qui vous t'ait connaître vos devoirs d'état, lui qui fixe et approuve la règle de votre vie, qui détermine le temps que vous devez consacrer à la prière, au travail. Sans la soumission à cet ordre, vos années s'écouleraient toutes stériles et sans mérite pour l'éternité. Le chrétien fidèle mettra toujours le devoir de cetle obéissance divine au-dessus de tout, car, selon la parole de l'Apôtre, il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes : Obedire oportet Deo, magis quam hominibm (Act. v, 29).
Et maintenant, pour rendre cet exercice encore plus sérieux et plus p- a tique à tous, en oousadressant aux diverses classes de lecteurs, "nous dirons simplement, avec l'apôtre saint Paul : 0 vous, qui que vous soyez, obéissez à ceux qui ont autorité sur vous, soyez soumis à vos supérieurs! subditi estotet obedite prœposim eslris (Hebr. xm, 1 7 .
Vous qui rognez sur la terre, princes et rois qui gouvernez les nations, soyez soumis au Roi des rois, au Dieu puissant du ciel ; il est votre créa leur.
Et vous qui faites des lois, obéissez à la loi du Seigneur, il est votre maître.
Et vous, peuples, obéissez aux rois, aux empereurs qui portent la couronne, ils sont l'image de Dieu; et môme, s'ils étaient infi'lèîes, obéissez-leur toujours; obéissez tant qu'ils ne commandent rien d'opposé à la loi du Seigneur, Dieu tout-puissant et éternel , qui est leur maître, et le seul souverain de tous : obedit prsepositis vestris.
Puis, venant aux conditions particulières, et aux classes plus spéciales dont la réunion compose les sociétés humaines, nous dirons encore, avec le grand Docteur des gentils
Femmes chrétiennes, soyez soumises, obéissez à vos maris, comme à Jésus-Christ même: Matières, subditœ estvte viris (Col. m, 18).
Entants, obéissez à vos parents : Filii, obedite., parentibus vestris (Eph. vi, 1).
Et vous, serviteurs, soyez fidèles, obéis» sez avec crainte , mais aussi avec amour , et surtout obéissez dans la simplicité de votre cœur, et pour la gloire de Dieu : Obedite in sim-
phcitate cordis vestri , sicut Christo (IbitL).
El voua aussi, pauvres ouvriers, simples artisans, hommes de peine, comme on dit, mais si souvent hommes de mérite, obéissez aussi à vos mailies, à vos patrons; faites ee que l'on vous commande, et faites-le comm^ on le veut... ubtdite;\ous ferez toujours bien devant Dieu qui jugera tous les hommes, et vous sauverez \olre àme!
El vous enfui qui portez 1 épée, pour la défense et la gloire de la patrie, soldats, obéissez à vos eh fs, honorez-les, respectez-les, gardez leurs ordres et la diseipline : obedite; obéi? s'il le faut, jusqu'à la mort, et donnez votre sang, mais que ee soil pro Deo ! pour D.eu, afin que Lous vous ayez droit à la victoire et à la récompense promise.
0 gloire! ô bonheur de cette vertu! Oui, heureux, mille fois heureux, celui qui n'a quà obéir I Dans celte condition, on est plus près de Dieu; dans cet état, on peut mener une vie p.us *çmblable à celle de Jésus-Christ sur la terre; et, quelle paix, quelles consolalions à l'heure de la mort ! Quels trésors immenses de gloire dans le ciel, puisque l'o sanec seule vaut mi ux que toutes les vertus, dit saint Augustin • Una ubedienlia plus valet
quam omnes virtutes; et qu'aux yeux du Seigneur, L-.le vaul mieux que toules les victimes : Melior est obedientia quam victime (Reg.).
Vous terminerez encore cet exercice par trois colloques :
Le premier, à Jésus obéissant, non-seulement à Joseph à Nazareth, mais aux bourreaux du Calvaire, et obéissant jusqu'à la mort de la croix.
Le second, à Marie, la plus humble servante du Seigi eur et sa mûre glorieuse.
Le troisième, à sain! Joseph, notre saint protecteur qui, après avoir obéi si fidèlement aux ordres du Seigneur, a eu seul'la gloire de commander au Filts de Dieu et à la Vierge immaculée, mère de Jésus. Vous demanderez à Jésus, Marie, Joseph, la bede vertu d'obéissance.