‹ Mois de saint JosephChapitre 10 sur 71 · HUMILITÉ. - PURETÉ · texte numérisé non relu

HUMILITÉ. - PURETÉ

Jitstm aulem meus ex fide vivit.

Mon juste vit de la foi.

(Hebr. x, 08.)

Toute la seconde Neuvaine de ce mois béni de saint Joseph sera consacrée à l'élude de ses principales vertus. Nous les contemplerons dans son cœur, et nous nous efforcerons de les imiter, puisque c'est la meilleure manière de lui prouver notre amour, et d'attirer sur nous les effets de sa puissante protection. Joseph a possédé le trésor de (outes les vertus : en cor séquence même de son élection divine et de svs relations incessantes avec Jésus et Marie, il a été prévenu, comblé de toutes les grâces du ciel, et, par sa fidèle correspondance à tant de faveurs, il a dû s'élever à la plus haufe perfection.

Nous suivrons l'ordre le plus simple et le plus naturel dans ces pieux exercices : trois jou^

seront consacrés aux vertus théologales, quatre aux vertus cardinales, et les deux derniers aux deux brlles vertus d'humilité et de pureté, que nous appellerons fondamentales ou essentielles.

Commençons par la foi. Elle est en effet la base et le principe de toute sainteté : sans elle on ne peut pas même espérer de plaire au Seigneur : Sine fuie impossibile est placere Deo (Ilebr. xi, 6). Or toute la vie de saint Joseph a été un acte sublime de foi. Le juste de Dieu vit de la foi : Jnstus... mens ex fuie vaut; ne devonsnous pas en conclure que Joseph, le juste de Dieu par excellence , dut toujours vivre de cette vertu?... Ouvrez l'Évangile : Joseph autem vir ejus, cum esset justus (Matth. i, 19), comme Joseph, époux de Marie, était juste..., c'est pour cela qu'il a été choisi et mis à la tète de la Sainte Fa mi Me, parce qu il était juste, et par conséquent animé de la vie de la foi.

Ce qu'il y a de plus admirable dans la foi de Joseph , c'est qu'elle n'a jamais cessé décroître dans son cœur, malgré le danger même de sa position ; car les âmes s'habituent facilement aux choses les plus saintes et les plus divines. La familiarité diminue ordinairement le respect : mais la foi de Joseph gran-

dissait de jour en jour auprès de Jésus , ce Dieu anéanti , et qui lui obéissait en toutes choses. Aussi bien est-ce pour cela, cor^me nous le dirons plus tard, qu'on l'invoque souvent, et que les prêtres surtout ont recours à lui, afin d'obtenir l'esprit intérieur et la vie spirituelle de la foi.

Tous les exercices de cette neuvaine seront partagés en deux points. I. Une question dogmatique, où l'exposé simple de la doctrine sur la vertu que nous de\ons étudier. II. Une question pratique, c'est-à-dire un examen et une leçon pour apprendre et acquérir celte vertu.

I. La foi est un don du ciel, une lumière, une touche secrète, un mouvement de l'Esprit- Samt, qui nous porte à croire tout ce quf.'Dieu a dit et révélé à son Église. C'est une vertu céleste, et on l'appelle théologale parce qu'elle unit l'âme fidèle à Dieu, comme les deux autres, l'espérance et l'amour.

Pour bien concevoir la nature de cette vertu, \ous n'avez qu'à méditer attentivement votre acte de foi Mon Dieu, je crois fermement, etc. Vous remarquerez aussitôt Y objet de "otre croyance, c'est tout ce que Dieu a dit; et le

motif ou la raison de votre foi, c'est la vérité même et l'autorité de ce grand Dion. Vous Comprenez immédiatement la nécessité de cet acte religieux, et pourquoi lApôlre a dit que c'était le premier pas à faire pour aller au Seigneur : Credere oportet accedentem ad Deum (Hebr. xi, G). Comment en effet un homme pourrait-il s'entretenir, s'entendre avec son Dieu, s'il était assez téméraire pour refuser de le croire, assez orgueilleux pour rejeter sa parole sainte? Mais, si au contraire l'âme, éclairée des splendeurs de la vérité éternelle, adore en silence, et croit fermement et avec amour, ce Dieu la remplit des plus ineffables consolations et s'unit à elle dans l'acte sublime de la foi : Sponsabo te mihi in fuie (Osée, u, 20;, dit-il, par un prophète,

Nous ferons sur cet acte religieux deux remarques bien importantes; et d'abord, prouvons qu'il ne peut rien y avoir de plus glorieux à Dieu que la foi. C'est le sacrifice, l'holocauste parfait de l'homme tout entier. Par la soumission à une parole nécessairement p'eme de mystères, non- immolons à Dieu noire Miielligence, et par la soumission à une parole toujours pleine de devoirs, nous immolons à Dieu notre cc^ur; c'est donc mourir pour lui, mourir

à nous-mêmes que vivre de la foi et de l'esprit de cille foi.

Mais aussi , voyez comme dans tous ces mystères et dans ces sacrifices commandés par la foi, voyez comme l'amour vient aider à l'intelligence et au cœur de l'homme, jusqu'à lui rendre la parole de Dieu trop facile à croire, et le jo»g même de ses lois trop suave et trop léger : testimonia tua credibilia fada sunt n'unis (Ps. xcn, 5).

11 nous sera extrêmement doux de méditer un instant celle pensée féconde, en parcourant les plus grandes vérités de la révélation : l'incarnation, la rédemption, l'eucharistie... Quels mystères! est-il possible?... Pouvez-vousycomprendie un mol? pouvez-vous croire cela? Mais on vous dit que c'est par amour pour vous que ce Dieu est né dans une étable !... par amour qu'il a voulu mourir sur une croix ! par amour qu'il veut se donner à votre âme!... Ah! vous commencez à comprendre, el bientôt vous le croirez sans peine. L'amour explique tout, et vient en aide à la foi; il n'y a plus de mystères pour vot é cœur. 0 mon Dieu, votre parole devient trop facile à croire : Testimonia tua credibilia facta sunt nimis.

De ces notions saintes et de toute celle doc-

Irine sur le principe et les motifs de la loi divine vous pouvez encore tirer des conséquences déjà très-utiles pour la pratique, vous voyez quelles qualités doit avoir celte vertu religieuse. 11 faut qu'elle soit humble et constante, active et généreuse. — Constante d'abord, car ce grand Dieu qui a parlé, ne changera pas : ego Dominus et non mutor (Malach. m, 6); et sa parole sainte est comme son trône, immuable et éternelle : verbum Domini manet in mternum.

(I î'etr. ii, 25). — Active et généreuse; car si L'esprit même de la foi, si cette vie n'animait pas vos pensées, vos sentiments et vos œuvres, votre foi serait vaine et stérile : vana est fuies vêtira (l Cor., xv, 17). Que dis-je? elle serait morte : et fides sine operibus mortua est (Jac, u, 26), et votre condition deviendrait plus triste que celle des païens : et est infuleli deterior (I Tim., v, 8), car ils n'ont pas vu la lumière, ces malheureux, ils n'ont pas connu la vérité, et vous, après 1 avoir vue, vous auriez fermé les yeux, et résisté à l'Esprit-Saint.

II. Nous n'avons plus qu'à examiner si nous avons la vie de la foi, qui est le commencement de La justice devant Dieu. C'est elle, avons-nous dit, c'est son esprit qui devrait animer nos pen-

sées, inspirer les sentiments de notre cœur, diriger nos paroles et régler nos actions. Voyez donc si vous êtes riche de celte vie supérieure et divine-, divltes in fuie (Jac, n, v) ; si vous aimez et cherchez les choses d'en haut, les choses du ciel et de Dieu; si surtout, avec cette arme de la foi, qui seule peut vaincre le monde, vous savez combattre et résister !

N'est-ce pas plutôt le monde avec son esprit d'orgueil et de voluplé qui est entré dans votre âme, et qui devient comme la règle de votre vie, dominant tout, la pensée, le sentiment, et donnant l'impulsion et le mouvement à votre cœur? De quoi parlez-vous? et quel est le fond de vos désirs, de vos espérances? quelle est la fin, le but premier de toutes vos entreprises, de vos actions les plus ordinaires? 0 mon Dieu ! si vous descendiez aujourd'hui sur la terre, et si vous veniez chercher la foi dans les plus belles cités du monde, que vous en trouveriez peu!... Et qu'ils sont rares, les vrais chrétiens, ceux qui croient fermement à ce que vous avez dit et révélé i

Oui, je l'affirme, il y en a peu qui croient, même aux vérités purement spéculatives, aux mystères de la révélation, à la sainte Trinité, à la rédemption, à la divine eucharistie... Car, si

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on y croyait, on aimi rait, on adorerait, et dans les églises où ce Dieu habite, on auraii plus de rc pecl, on ne serait pas si indifférent; on viendrait demander et manger le pain de la vie éternelle... Oh' que nous croyons donc peu, même à ces grands mystères!

Mais on croit encore m< ius aux sainles et fondamentales vérités du symbole: à la mort, au jugement, à l'enfer, à l'éternité; car ou vit à peu près comme si on n'y croyait pas du tout. Vous-même, mon cher lecteur, avouez que vous n'auriez pas beaucoup à changer à votre vie, si vous pensiez ne pas devoir mourir, et s il n'y avait ni ciel, ni enter, ni éternité pour vous! avouez que, sous ce rapport, ta foi pour vous est vaine et stérile ; qu'elle e-t bien près de mourir, si elle n'est pas moite ; en un mot, qu'elle est sans influence, sntis action, snns force, et que vous êtes parfaitement indifférent à ces choses de l'autre monde.

Puis, il y a encore d'autres paroles évangéliques essentiellement pratiques aussi, des vérités saintes qui, bien comprises et gardées dans un cœur docile, ne manqueraient pas do nous désillusionner des vanités de la terre et de nous conduire bientôt à la perfection même et a la sainteté; mais qu'ils sont rares les chrétiens

qui croient encore à ces divins oracles! Par exemple, vse mundo, vse divitibus!... malheur au monde, malheur aux riches! Et on aime le monde, on ne travaille que pour devenir riche, et rendre ainsi son salut plus difficile... Quœ~ rite frimum regnum Bel... Beati vauperes !... Cherchez avant tout le royaume de Dieu... Heureux les pauvres! Qui donc croit encore ces choses? et surtout, qui pense à se conduire dans la vie, d'après ces principes de la foi?

Mais vous, mon cher lecteur, examinez donc où vous en êtes ; descendez sérieusement au fond de votre cœur, et vous constaterez d'abord le fait : vous avez bien perdu, vous n'avez plus autant de foi ; puis, quand vous l'aurez reconnu, cherchez la cause de la diminution de ces vérités éternelles dans votre âme : diminulx sunt veritates a filiis homimim (Ps. xi, 2). Si vous ne pouvez pas trouver le principe du mal; je vous le dirai, moi, avec saint Jean Chrysostome, et soyez sûr que ce grand docteur n'a pu se tromper: c'est que votre cœur a perdu son innocence et sa pureté. Voilà la raison, la cause de toute incrédulité : Impossibile est, si vilam impurani habeas, in fide non vacillare : 11 est impossible de ne pas être ébranlé dans la foi, si l'on se laisse aller aux vices impurs. Des nuages s'élèvent des

cœurs corrompus, et bientôt ils obscurcissent la lumière céleste des intelligences;, et c'est toujours dans la boue que s'éteint le flambeau de la foi. Dites-moi si vous avez vu jamais le lis de l'innocence dans la main d'un incrédule0 Non, jamais! !...

Vous terminerez cet exercice par un colloque fervent avec saint Joseph, pour lui demander la grâce de la foi. Priez-le de rallumer ce divin flamb.au dans votre àme : adjura ïncredaïitatem meam... (Marc, ix, 25). 0 Joseph, venez en aide à la faiblesse de ma croyance. Adawje nobis fidem (Luc, xvn, 5) : Augmentez la foi dans mon cœur.

Suavis est Lonvius : beatus vir qui sperat in eo.

Le Seigneur est bon : heureux L'homme qui met en lui son espérance. (Ps. xxxiii, 9.)

Le juste vit de la foi, et l'homme vit d'espérance ; aussi l'ennemi de Dieu et l'ennemi de l'homme cherche-t-ii avant tout à nous ravir ce bien suprême qui nous rattache au ciel par l'ardeur des plus saints désirs, et qui nous unit à Dieu par la foi et la charilé môme, car cette vertu d'espérance tient à ses deux sœurs par des liens éternels; la foi n'étant après tout que la subslance de ce que nous devons espérer et posséder dans les siècles des siècles : fuies est sperandarum substantiel rerum (IJebr. xi, 1).

Nous pouvons assurer que l'espérance a été une des vertus caractéristiques de saint Joseph, et l'on pourrait faire un beau panégyrique de ce grand saint, en développant seulement cette

proposition : Dieu a mis sa confiance en Joseph, et Joseph a mis tou'e sa confiance en Dieu ; et parcourant les principaux mystères de la vie inorlelle de Notre-Seigneur Jésus-ChT/st, et les relations de Joseph son père nourricier avec ce Dieu homme jusqu'à sa mort, on ferait admirer les prodiges que celte vertu a opérés en lui. Mais, pour ne rappeler ici qu'un seul mystère, lisez le récit de la fuite de la Sainte Famille en Egypte, et vous verrez s'il est possible à un homme de porler plus loin L'espérance..; C'est la perfection même de la confiance et de l'abandon.

Nous suivrons le plan ordinaire. I. Nous dirons ce que c'est que l'espérance. IF. Nous verrons si nous en avons encore.

I. L'espérance est un désir, une aspiration du cœur vers un bien qu'on croit pouvoir atteindre, et posséder un jour ; un désir plein de confiance : ou pourrait même définir l'espéranc en général ■ la foi du désir. L'es pérance chrétienne, la seule dont nous voulons parler ici csl une vertu qui nous fait désirer, demander et attendre avec confiance le ciel, et aces pour y arriver.

Mais ici encore, pour bien comprendre la

nature de cette vertu, nous niions en méditer l'acte ou la formule telle que l'Église l'apprend à ses enfants : Mon Dieu fesjière avec une ferme confiance que vous me donnerez, etc. où nous voyons : 1° Y objet ^\e terme du désir, ou ce qu'on espère , c'est la grâce de Dieu aujourd'hui, et demain, Dieu même au ciel ; 2° le motif ou la raison, c'est encore Dieu, Dieu seul; ses attributs de puissance et de bonté ; 3° les conditions de notre part, pour arriver à la possession de ce bien infini; c'est la fidélité à la loi, aux commandements du Seigneur. — Voilà donc l'espérance chrétienne, la vraie vertu d espérance, Elle exclut, d'une part, la présomption qui anéantirait les conditions des divines promesses;. ■ d'autre part, elle bannit les craintes, les défiance les découragements, les désespoirs ; sentiments plus coupables encore qui vont jusqu'à détruire les motifs de notre confiance, et outragent par conséquent les plus beau x. a t tin buts du Seigneur, sa puissance el sa bonté infinies.

Or, si les actes de cette vertu glorifient Dieu, ils sont bien nécessaires à la vie le l'homme. Le chrétien peut triompher de tout par la force et la douceur de la sainte espérance. Dans l'ordre naturel môme et le gouvernement du monde, l'espérance a une force vive à laquelle rien ne

saurait résister; et tant qu'on espère, on peut tout : le malade peut guérir, le soldat peut vaincre. C'est la lumière et la vie du cœur, c'est la fleur des ruines, l'espérance !

Mais où est-elle, si ce n'est en Dieu seul? Tu es, Domine, spes mea (Ps. xc, 9). — Jésus-Christ seul l'adonnée au monde; toutes les autres religions n'en ont pas même 1 ombre, et c'est pour cela que celle de Jésus-Christ seule est divine, car par celte vertu, elle prévient le mal suprême de celte vie et le malheur éternel de l'autre : le désespoir dans le mal et dans Ja haine. « Oui, elle est divine, ô mon fils, la religion qui a fait de l'espérance une vertu.' » Cette parole, inspirée par le Génie du christianisme, a retenti dans tous les cœurs et les a consolés.

Rien, absolument rien ne saurait ébranler l'espérance chrétienne ni diminuer la confiance de< enfants du ciel, par « e qu'elle repose en Dieu seul, p'i sur ses premiers el plus essentiels attributs, comme nous le dirons tout à l'heure, dans l'examen pratique de celte vertu. Nos faiblesses et nos péchés ne doivent pas altérer en nous le sentiuieui d'espérance, puisque même, dans ce cas, Dieu peut encore et veut toujours nous sauver. Tant qu'il n'aura pas été dépouillé de

sa puissance et de sa miséricorde, nous pouvons, nous devons espérer en lui, et tant que nous espérerons, il ne pourra nous laisser périr ; il nous donnera le pardon, il nous donnera ie ciel. Méditez plutôt ces paroles étonnantes de la sainte vérité... La miséricorde prévient celui qui espère en Dieu : Qui sperat in Domino, misericordia prœveniet eum... La miséricorde le suivra : subsequetur... la miséricorde l'environnera de toutes parts : circumdabit... la miséricorde enfin reposera encore sur sa tête comme une couronne! Qui coronat te in misericordia... et elle ne s'écartera pas un instant, de peur qu'il ne puisse échapper et périr... et non recedet... (Ps. xxn, xxxi, lviii, lxxxv),... etc. Peut-il donc y avoir dans la vie du chrétien un jour où il cesse d'espérer, quand il est sûr de sauver son âme et d'aller au ciel, tant qu'il espère! Mais, hélas! c'est précisément à cause des avantages immenses de cette vertu, que l'ennemi de notre salut s'efforce de nous la ravir, et il le fait avec tant de perfidie, qu'il y en a bien peu qui résistent et qui sachent garder l'espérance dans leur cœur. Nous en serons convaincus si nous voulons examiner notre âme avec attention , dans la seconde partie de cet exercice.

liO ONZIÈME JOUR.

Il . Vbi est spes tua? (Tob. m, 2) : Où en est donc votre espérance? qu'est -elle devenue? — Ah! si je pouvais sauver quelques âmes et les empêcher d'être pi s dans l'abîme du désespoir, en leur montrant comment leur ennemi s'efforce de les entraîner! queje serais heureux ! c'est la grâce que je demande en ce moment au bon saint Joseph pour tous ceux qui, un jour, liront cette page. Mais imaginezvous que le démon perfide a quelquefois ravi aux enfants de Dieu ce précieux trésor de l'espérance, avant même qu'ils se soient aperçus de ses attaques. Ce n'est presque jamais directement que ce cruel parvient à ce but horrible, mais par la ruse et le mensonge. Il ne nous arrache pas l'espérance du cœur; mais, si je puis me servir de cette expression, il la soutire et l'enlève ; on ne s'en aperçoit que quand on n'en a vraiment plus!... Le perfide réussit presque toujours à jeter, même les élus, dans une sort" d'hérésie pratique sur ce point, et dans la plus fatale des erreurs. Il finit par leur faire croire qu'ils ont commis trop de péchés pour être jamais sauvés.

Or voici comme il procède ordinairement. Il commence par la tristesse, qui seule a suffi pour tuer bien des âmes : multos octidit tristi-

tia (Ecel.xxx, 27). Puis il abat, il décourage par de vahris prétextes et des craintes exagérées de la justice céleste, et, de là au désespoir même, il n'y a qu'un pasf II nous persuade bientôt que Dieu ne nous aime plus, parce que nous l'avons offensé. Mais c'est évidemment un mensonge de l'enfer, et, si vous vous obstinez à le croire, si vous le répétez sans cesse, je vous assure que c'est une hérésie véritable.

Ah! si vous disiez que Dieu n'aime pas le péché, à la bonne heure ! Non, certes, il ne l'aime pas, il le liait souverainement, il doit le haïr toujours; mais le pécheur, le pauvre pécheur, son enfant, il l'aime, il ne peut s'empêcher de l'aimer, il ne veut pas sa mort! C'est comme une mère, elle n'aime pas la boue dans laquelle son enfant est tombé, non, mais elle aime bien son enfant qui est tombé dans la boue, et, -i ce pauvre enfant crie et pleine en tombant, fut-ce même par sa faule, est-ce qu'elle viendra pour l'écraser et le tuer? Non, mille fois non! elle accouif tout inquiète d'amour, elle le relève, elle essuie ses larmes et le sang qui coule, elle le presse rjir son cœur, elle parait l'aimer encore plus, parce qu'il pleure et qu'il souffre! Ei je vous dis que plus un pécheur est coupable, plus le Seigneur aura pitié de luil Plus cet enfant

est malheureux, plus il est aimé; et s'il espère, il est sauvé.

-\ est-ce pas ce qu'il a voulu nous révéler par ses belles paraboles — du Bon Pasteur, qui court après sa brebis, et qui, triomphant d'amour, la rapparie au bercail? — et de l'Enfant prodigue, à qui son père pardonne aussitôt, et qu'il presse sur sou cœur? N'est-ce pas ce que le roi David a voulu exprimer par un des plus beaux textes de ses prières sublimes : 0 mon Dieu, vous aurez pilié de moi, vous me pardonnerez, car j'ai beaucoup péché... Propitiaberis peccato meo, multum est enim (Ps. xxiv, 11); comme s'il disait qu'il est plus digne de la miséricorde, parce qu'il est plus coupable, et qu'il espère, parce qu'il a été plus ingrat.

Voilà pourtant la vérité, la parole de la foi. Mais le malheur, je le répète, c'est que l'enfer nous attaque avec tant de perfidie, qu'on ne s'aperçoil presque pas des ravages qu'il l'ait dans les âmes. Il va peu de chrétiens qui combattent pour conserver leur espérance ; c'est à peine s'il y en a qui s'accusent de l'avoir perdue!

Et vous qui lisez ces pages, rentrez ici en vous-même, et voyez donc si vous en avez encore un peu. Croyez-vous que Dieu vous a pardonné le passé d'abord, tout le passé? Et pourquoi

donc ces retours continuels, ces défiances et ces craintes? Vous voulez avoir plus de mémoire que Dieu, qui a oublié tout cela ! — Aujourd'hui même comptez-vous sur la grâce du ciel, grâce qui vous est nécessaire dans l'épreuve? Et pourquoi donc ce trouble et ces vaines inquiétudes? — Et pour demain, espérez vous vraiment d'aller au ciel? avez-vous celte confiance? et pourquoi donc alors ces tristesses de cœur et ces découragements continuels?

Je connais des chrétiens, de bons chrétiens pourlant, mais hélas! trop souvent abattus et trompés par le démon de la défiance, qui disent comme le malheureux Luther : Beau ciel ! je ne te verrai pas!... je ne te verrai jamais ! — Et il y a cependant une belle place pour eux au ciel ; ils iront certainement, car le bon Dieu ne permettra pas qu'ils soient trompés jusqu'à la fin par l'ennemi de sa gloire et de leur bonheur. Ils retrouveront de l'espérance un jour et leur pardon. Mais qu'ils se hâtent de prier, qu'ils ne cessent d'implorer la miséricorde qu ils ont indignement blessée par ces sentiments de désespoir; qu'ils invoquent avec ferveur le secours de Marie immaculée, mère de la sainte espérance, et la protection de saint Joseph, le plus touchant modèle de cette douce vertu, et qu'ils

espèrent enfin contre toute esp'rance • contra spem, in spem (Rom., iv, 18).

Terminons par nue prière de toute confiance à Jt''>us, Marie Joseph. Ejo autan semper sperabo (Ps. lxx, 1 i) -. Oui, Seigneur, j'espérerai toujours et j'espérerai tout de voire miséricorde; je veux espérer jusqu'à L'abandon, cl je ne serai pas confondu : lu te, Domine , speraoi^ nàn con> fundar in xternum (l's. xxx, 2).

Fides, rpes, Charitas, tria hme, major aulem homm e^l Chnriias.

Foi, Espérance, Charité, ce sont trois belles veitus, mais la plu.

belle c'est la Charité.

(I Cor., xiii, 13.)

11 est donc de foi révélée que la plus belle, la plus grande des trois vertus théologales, et par conséquent la plus sainte de toutes les vertus, la plus parfaite, c'est la charité. La charité, l'amour, c'est la fin, la consommation delà loiT la règle, la seule mesure du mérite et de 11 gloire.

Nous ne craindrons pas de dire aussi que c'est la plus grande vertu de saint Joseph. Il a été saint par sa foi, saint par son espérance, mawbien plus saint par son amour. On conçoit de suife qu'après la Vierge Marie, sa glorieuse épouse, et mère de Dieu, il a dû aimer plus que tous les autres. Il suffit de savoir les titres qu'il porte, et les rela-

tior.s qu'il a eues avec Jésus, qui lui donnait le doux nom de père. Et qui donc aurait pu mieux que lui remplir la loi sacrée d'amour : Diliges.

Mais aussi, qui pourra jamais dire les tendresses de son cœur pour Jésus, les dévouements de son âme pour celui qu'il pouvait appeler son enfant.' Qui pourrait concevoir ou rendre les communications ineffables, les doux entretiens de Jésus avec Joseph, quand celui-ci portait L'Enfant dans ses bras, et le pressait sur son cœur, en le regardant avec transport!... Et lorsque ensemble, à Nazareth, ils travaillaient des journées entières, ou qu'ils prenaient leur repas en famille !... L'âme se perd dans ces saintes contemplations, il se fait dans le cœur un grand silence. « On croit voir et entendre Jésus, Marie,. Joseph! Oh! qu'ils s'aimaient!

Nous allons suivre le plan ordinaire : I. Une élude dogmatique sur la Charité ; 11. Cn examen pratique.

I. OmeM-ce que la charité, l'amour? — U n'est pas facile, mais heureusement il n'est pas nécessaire de définir ce sentiment affectueux de désir, ce transport de tendresse dans la possession. Aimer, c'est aimer. La charité Qst la plus excellente des vertus théologales,

parce qu'elle unit plus directement, plus par failemcnt ..l'homme à Dieu par la vie du cœur; elle l'atteint immédiatement, comme dit l'école, et elle va jusqu'à nous transformer en lui; car, dit avec raison saint Augustin : Si vous aimez la terre, vous êtes de la terre : Terrain amas, terra es; mais si vous aimez Dieu, eh! bien quoi'.' Si vous aimez Dieu, vous êtes Dieu ! Deum amas, quid dicam? Deus es...!

Pour bien comprendre l'essence de la charité, méditons notre acle d'amour, celte belle prière : Mon Dieu, je vous aime..., et nous y trouverons la notion la plus vraie de celte vertu ; i° le terme ou Y objet de notre amour : c'est Dieu; 2° le motif ou la raison : ce sont ses perfections infinies ; 5' la mesure, par-dessus toutes choses, de toutes nos forces; car, dit saint Bernard, il ne peut pas y avoir de mesure dans l'amour d'un Liei^ •• Mo dus aniaiidi Deum est amure sine modo.

Or, cette vertu est si nécessaire que, sans elle, on n'est rien, on ne peut rien : Nilnl sum, nihil mihi prodiSt (I Cor. xm, 25), et d'autre part, les effets de la charité sont si grands, qu'elle suffi! dans l'ordre de la grâce et de la justice'. Un seul acte de charilé parfaite répare toul, purifie tout. Elle justifie le plus coupable des

pécheurs.; elle élève, elle embrase, elle tram tonne rame fidèle. G'esl la sainteté, la pei N feclion sur la terre; elle sera le bonheur,] ■ gloire dans les cieux.

Mais aussi, qui pourra dire les transports < les sacrifices de l'amour divin? 11 faudra aimer, aimer beaucoup pour en pailer, aime aussi pour comprendre : c'est ce que demanda saint Augustin : Da mihi amantem, et senti quod dico.

lluppclez'vous au moins, mon cher lecteu quelques paroles des sainls, qui ont brûlé de o amour, et vous verrez la force incomparable les douceurs ineffables qu'il répand dans li cœurs. — Saint Paul s'écrie : Qui pourra me s parer de la charité de Jésus-Christ? Et il déf le ciel, la terre, la mort et l'enfer de lui arrachi cet amour : Qui nos separabit a charilate Chru (Rom. vin, 55)? — Sainte Thérèse, dans si exclamations, vous dira les délices, les la gucurs, les larmes et les transports de son an brûlée par le fer enflammé de la lance. L, mour, qui est sa vie, l'amour la fait souffrir mourir, souffrir toujours, mourir sans cesse.

Vous apprendrez aussi la nature même i l'essence de la charité vraie, qui se donne i s'immole, qui ne vit que de sacrifices et c

LA CHARITÉ. lt»

larmes. Car c'est un doux lyran, l'amour : Dulcis tyrannus amor .'... (saint Àmbroise).Ce feu sacré ne s'entrelient qu'avec le bois de la croix. 11 faut tout donner, sans réserve, sans partage, sans retour; il faut aimer comme Jésus-Christ a aimé, se donner comme il s'est donné, s'immoler enfin : Da milii amantem, et sentiet quod dico.

Mais hélas! ne devons-nous pas dire avec saint Augustin : Amor non amatur?... Non, l'al'amour n'est pas aimé. Nous voici arrivés au temps annoncé par le saint apôlre , temps malheureux, où la charité doit se refroidir sur la terre et dans le cœur d'un grand nombre: Refrigescet charitas multornm (Mallh. xxiv, 12). Nous vivons dans le siècle d'indifférence... Examinons donc si nous avons encore un peu d'amour pour notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ. Cherchons le moyen de rallumer ce feu sacré dans notre cœur.

II. "Représentez-vous votre Dieu Sauveur; il vous regarde avec tendresse et vous demande, comme à saint Pierre, m'aimez-vous: Amas me? et, avant de répondre, réfléchissez un instant, rappelez-vous deux principes aussi simples qu'incontestables, c'est que les cœurs qui s'ai-

ment ont nécessairement une môme et double action, sympathique et antipathique. C'est la loi même du mouvement des cœurs; c est-à-dire simplement", qu'on a les mêmes sentiments, les mêmes goûts, les mômes aversions, les mêmes répugnances; en un mot, on aime et l'on n'aime pas les mêmes choses, principe certain, loi générale, encore une fois, de l'amour.

Or donc, si vous aimez le Sauveur Jésus, vous devez avoir les mômes sympathies et les mêmes antipathies; vous aimerez ce qu'il aime, vous aurez horreur de tout ce qui lui déplaît... Maintenant, répondez 1 — D'abord, avez-vous horreur du péché, du péché mortel surtout qui loi déplaît infiniment, qui l'ouirage et lui donne la mort?... Avez-vous horreur du péché véniel qui le coni liste toujours, et qui a pour effet direct de diminuer son amour dans les cœurs? Ah ! vous n'oseriez pas dire que vous aimez Dieu, vous qui le crucifiez si souvent dans votre àme, pécheurs, ingrats pécheurs 1... Ni vous non plus, serviteurs infidèles, amis inconstants, qui ne cessez par vos fautes, que vous appelez vénielles, de percer son divin Cœur avec la couronne d'épines cruelles!

Non, vous ne l'aimez pas, puisque vous ne craignez pas de le blesser, et que vous tut

cessez de faire ce qui lui déplaît infiniment.

Et maintenant, armez-vous ce qu'il aime? Trouve- t-il quelque sympathie en vous : la conformité de pensées, de sentiments, de langage?... Y a-t-il quelque rapport ou ressemblance enlre les caractères, entre votre vie enfin et celle de votre Dieu? Répondez-donc, et jugez vous-même.

La sympa 1 lue d'esprit ou la conformité des mêmes pensées fait comme la base de la vie intime des âmes, parce qu'on aime à se dire, à se communiquer ses idées et ses plus grands secrets... Ayez-vous celle union avec Jésus? Mais ce serait la prière; aimez-vous la prière?... Aimez-vous à vous entretenir avec votre Dieu? Allez-vous quelquefois le voir, le visiter?

Sympathie de cœur ou de scnlimenls, principe de l'amitié sincère, source des intelligences de deux âmes, qui goûtent ensemble les joies ou les douleurs!... Avez-vous cette vie commune avec Jésus? Ce serait évidemment le goût des choses célestes, de la parole divine, de sa grâce et des sacrements qui nous la communiquent... Aimez-vous les choses pieuses? la divine Eucharistie surtout? Tous voit-on souvent au pied des autels, à la table sainte?

Enfin sympathie et conformité de langage. L?

bouche parle de l'abondance du cœur ; si votre cœur est plein comme celui de Jésus-Christ, il doit parler comme ce divin Cœur. Mais hélas! n'y a-t-il pas opposition plutôt et contradiction entre vos paroles et celles de ce bon maître! Assurément le monde ne parle pas comme l'Évangile. Vous aimez le monde ; vous parlez comme le monde, et Jésus-Christ ne l'aime pas, il le condamne, il le maudit... Déjà vous n'oseriez plus dire que vous aimez Dieu !...

Mais il y a encore un moyen plus sûr et plus facile de décider la question ; il suffit d'interroger les œuvres de la vie : ce sont les œuvres surtout qui sont la vraie preuve et la régie infaillible de l'amour ; et l'œuvre par excellence de l'amour, c'est le sacrifice; c'est là sa vie, son bonheur môme : souffrir pour celui qu'on aime, c'est le sort le plus digne d'envie. Aussi Jésus qui nous a aimés infiniment, a-t-il voulu souffrir, mourir pour nous, et mourir sur la croix ; il y est mort avec joie, dit l'Apôtre : Proposito sibi gaudio, sustinuit erucem (Ilebr. xii, 2). Dïlexït me, et tradidit semetipsum pro me (Galat. u, 20).

Ah! sinousl'aimions, nous le lui prouverions bien, nous travaillerions pour lui : Omnia veslra in charitate fiant (I Cor. xvi, 14), toutes nos

actions seraient animées de cet esprit de cha« rite ; mais surtout nous sonffririons pour Notre* Seigneur, pour sa gloire et pour son amour. Les plus grands sacrifices mêmes ne pourraient plus nous coûter; ainsi que saint Augustin l'a dit et éprouvé, dès que son cœur fut dominé par ce doux tyran d'amour, Dulcis tyrannies amor, et entraîné par ce poids mystérieux, Amor meus, pondus meum! Car, c'est dans le transport même de la joie du sacrifice, qu'il a écrit celte sentence qu'on ne peut jamais trop répéter, ni jamais assez méditer : Ubi amatur non laboratur, aut si laboratur, labor amatur : Quand on aime on ne souffre pas, ou si l'on souffre, on aime à souffrir. L'auteur de Y Imitation a exprimé la même pensée, peut-être avec moins de bonheur, mais avec autant de force et de précision. Amor non sentit onus ; amans currit, volât et lœtalur... L'amour ne sent pas la peine; quand on aime, on court, on vole, on est heureux! Eh Lien! maintenant, répondez à Jésus-Christ. Il vous demande si vous l'aimez : Amas me?

Vous terminerez cet exercice en vous humiliant devant Dieu, et vous demanderez, par l'intercession de saint Joseph, la grâce, fruit de notre méditation, un tendre amour pour Notre- Seigneur Jésus-Christ. Je vous conseille de ré-

peler souvent, pendant le cours de celle journée, voire acte de charité; mais lentement et de manière à bien goûter chaque parole... Mon Dieu, je roux aime de tout mon cœur, etc. — Ou, si vous le préférer, vous pourrez dire celui de saint Ignace, comme il se trouve au livre des exercices et à la fin de la contemplation de l'amour de Dieu, sujet admirable de méditation, d'où nous avons tiré la plupart des pensées que vous venez de lire.

Voici cet acte d'amour :

Recevez, ô Seigneur, l'offrande de loin mon être. Accep:ez ma mémoire, mou entendement, ma volonté, 'tout ce que j'ai, tout ce que je possède, c'est vous qui me l'avez donné; c'cr-t à vous que je le rends < n entier . tout est à voire disposition, à votre bon plaisir.

Voire amour, votre grâce, «Ionnez- moi c ta seulement, 1 1 je suis a-s. z riche, 1 1 je ne demande rien de plus.

Ainsi ioit-iL

Su-cipe, Domine, universain uieam l.!>. rîatem.

Ac ij»e memoriiim, intellectum,aique voiuntatem omuem. Uuidqu.d habeo, vel possideo, rnihi largitus es : id tibi lotura restiluo, ac luœ prorsus volunlali Ir.tdo gu einanduin. Ainoran mi solum cum gratlà tua niihi doues, et Unes sura satis, necaliud quidquam ukr?

po.^eo. Amen.

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