VINGT-QUATRIÈME JOUR
"«wjiOfVèw
Cinquième moyen de soulager les Ames du Purgatoire :
La Souffrance.
l» Souffrance volontaire.
2» Souffrance involontaire.
i^^^^REMiER point. — (( Soula- ^hd^geons les Ames du Purgatoire, dit saint Jean Chrysostôme ; soulageons-les par tout ce qui nous peine ; car Dieu a soin d'appliquer aux morts les mérites des vivants. » La souffrance ! c'est
la grande satisfaction que le Seigneur demande à leur amour débiteur de sa justice ; donc, souffrons pour eux, afin qu'ils souffrent moins. Oh ! si nous avions une foi plus vive, une charité plus ardente, quelles mortifications ne nous imposerions-nous pas pour soulager et délivrer des parents, des amis qui nous ont tant aimés, trop aimés, et qui souffrent maintenant d'une manière si horrible ? La pénitence, le jeûne, les austérités, seraient nos exercices ordinaires. Mais, au moins ayons le courage d'accomplir quelques légers sacrifices :
sacrifice d'un plaisir, sacrifice d'une afî'ection dangereuse, sacri-
fice d'une lecture mauvaise, sacrifice d'une habitude caupable, sacrifice d'un objet de luxe et de pure vanité, a Choisissez la meilleure victime, dit le Père Félix ; choisissez-la surtout au fond de votre cœur. Pour ceux que vous aimez le plus, sacrifiez ce que vous avez de plus cher ; sacrifiezvous vous-même, et que le prix du sacrifice personnel devienne le rachat de la soufïrance paternelle. »
Ah ! je les vois, ces Ames bienheureuses ; je les vois s'élever vers le Ciel sur les ailes de nos sacrifices, de nos austérités, de nos soufTrances. Elles s'envolent triomphantes, et elles nous re-
mercient de notre générosité, et, quand elles seront dans la gloire elles nous rendront surabondamment ce que nous aurons fait pour elles. Quel sujet de consolation et d'espérance ! 0 mon Dieu ! 0 Jésus crucifié ! faitesnous comprendre le prix de la souffrance.
Deuxième point. — Mais si la souffrance volontaire déconcerte notre courage, laProvidencenous impose des souffrances plus méritoires pour nous et pour nos défunts, parce qu'elles ne sont pas de notre choix. Ce sont les afflictions, les peines de Fesprit, du cœur et du corps, inévitables en ce monde. Hélas ! nous le sa-
vons, on en trouve partout, dans tous les états, dans toutesles conditions. Notre vie sur la terre est un combat de tous les jours, un long et pénible martyre. Devonsnous nous en plaindre ? Non, puisque toutes nos peines peuvent devenir un moyen de salut pour nous et pour les autres ; puisque nous pouvons nous en servir pour soulager la plus cruelle de toutes les douleurs, celle que subissent les saintes Ames du Purgatoire. Oui, avec cette croix que la Providence jette sur nos épaules, avec cette épine qui ensanglante notre cœur, avec une larme, avec un soupir, avec un acte de résignation, nous pouvons
soulager ces grandes misères d'outre-tombe et sécher les pleurs de nos parents chéris.
Courage donc, Ame chrétienne, endurons un peu de froid, nous rafraichirons des victimes qui brûlent au milieu du feu de la colère de Dieu. Souffrons un peu de chaleur, nous changerons les ardeurs de ce feu en une douce rosée. Supportons une incommodité, nous arracherons des Ames au plus profond des abîmes. Acceptons une fatigue, une lassitude, nous les porterons sur des trônes de gloire dans le Ciel. Pour nous, un moment de peine ; pour elles, une éternité de bonheur !
EXEMPLE
ir^N malade, rapporte saint Antonin, (J^était en proie aux plus excessives souffrances et demandait à Dieu, avec larmes, la délivrance de ses maux. Un Ange lui apparut et lui dit : « Le Seigneur m'envoie vers vous, pour vous donner le choix d'une année de souffrance sur la terre, ou un seul jour dans le Purgatoire. » Le malade n'hésita pas. Un jour dans le Purgatoire !
dit-il, je verrai du moins un terme à mes douleurs. Il expira aussitôt, et son âme fut précipitée dans l'abîme de l'expiation . Alors l'Ange compatissant vint s'offrir à lui pour le consoler. A cette vue, le malheureux pousse une clameur déchirante, semblable au rugissement de l'enfer, et s'écrie : « Ange séducteur, vous m'avez trompé ; vous m'avez assuré que je ne serais qu'un
jour dans le Purgatoire, et voilà déjà vingt ans que je suis livré aux plus affreux supplices. » — « Ame infortunée, répliqua l'Ange, vous êtes dans Terreur ; la rigueur de vos tourments vous entait exagérer la durée, et regarder comme un siècle ce qui n'est en effet qu'un instant. Détrompez-vous ; à peine quelques minutes sont écoulées depuis votre trépas, et votre cadavre n'est pas encore froid sur votre lit de mort. — Alors, obtenez que je retourne sur la terre pour y souffrir, pendant un an, tout ce qu'il plaira à Dieu. » — Sa demande lui ayant été accordée, le malade excitait tous ceux qui venaient le voir à accepter de bon cœur toutes les peines de ce monde, plutôt que de s'exposer aux tourments de l'autre. « La patience dans les peines, disait-il souvent, est la clé d'or du Paradis. » Profitons donc pour nous-mêmes et pour les Ames du Pur-
gatoire des souffrances que la Providence jugera à propos de nous envoyer.
PRIÈRE
Soyez béni, ô mon Dieu, qui avez bien voulu que les souffrances, que les peines incessantes dont ma vie est semée, deviennent pour moi une source abondante de mériles, et un moyen de satisfaire à votre justice pour les Ames qui me sont chères. Ah ! désormais, loin de me plamdre de la pesanteur de mes croix, je les porterai avec patience et résignation, et vous abaisserez isur moi et sur mes parents défunts un regard de miséricorde. 0 Jésus, soyez-leur propice ! appelez près de vous vos enfants et vos frères, et qu'ils reposent en paix I
Requiescant inpace!
VINGT-CINQUIÈWIE JOUR
Sixième moyen de soulager les Ames du Purgatoire :
Le Chemin de la Croix.
1» C'est le chemin du ciel pour
les vivants.
2^ C'est le chemin du ciel pour
LES morts.
REMIER POINT. — CoiîSidé-
rez que cettte touchante dévotion, si vénérable par la sainteté de son origine, si grande par les souvenirs qu'elle
réveille, si précieuse par les avantages qu'elle procure, est le moyen le plus efficace pour remporter la victoire sur nos passions, et la route la plus sûre pour arriver promptement au sommet de la perfection. L^horreur du péché, qui a causé à Jésus-Christ tant de douleurs ; la crainte de le commettre pour ne pas renouveler les souffrances de sa Passion ; Fesprit d'immolation et de pénitence pour lui devenir semblables ; le zèle du salut des âmes qui lui ont coûté si cher, l'amour de l'humilité et de l'abjection, le pardon des injures, le mépris du monde, la patience dans les épreuves de la vie, le re-
noncement à tout, dont il nous donne lui-même l'exemple : voilà ce que nous trouvons à chaque pas de la voie douloureuse. Est-il rien de plus instructif, de plus, consolant et de plus édifiant?
(( Si vous voulez, dit saint Bonaventure, croître de vertu en vertu, attirer à vous grâce sur grâce, et devenir semblables, non seulement aux anges, mais à Dieu même, livrez-vous souvent à ce saint exercice. )) 0 Chemin précieux de la croix, vous ferez toujours mes plus chères délices^ et vous deviendrez pour moi le chemin royal qui conduit au Paradis !
Et vous, Ame chrétienne, vou-
lez-vous, selon la recommandation de lapôtre, vous justifier de plus en plus et vous sanctifier davantage? Je n'ai pas à vous indiquer de méthode plus courte et plus sûre pour avancer dans la vertu, et pour vous rendre conforme à rimag3 du Fils de Dieu^ que d'étudier aussi ce divin exemplaire qui nous est montré dans la voie du calvaire. Oui, faites souvent le saint exercice du Chemin de la croix, à l'exemple de la sainte Vierge, des premiers disciples du Sauveur et d'une multitude de saints personnages, et je vous l'assure, chaque fois vous vous sentirez meilleure , plus chrétienne, plus rapprochée du Ciel.
Deuxième point. — Le Chemin de la croix est aussi une pratique très salutaire à nos chers défunts. En suivant le divin Crucifié dans la voie douloureuse, jusqu'au sommet du Calvaire, nous recueillons chacune des gouttes de son précieux sang, chacun des mérites de son douloureux martyre et nous les offrons à la justice de Dieu pour éteindre la dette des Ames captives. Aussi, à chaque station, il nous semble entendre un soupir d'outre-tombe ; c'est un soupir de joie, de soulagement. Ce saint exercice est surtout salutaire aux morts, à cause des précieuses indulgences qui y sont attachées
et qui sont toutes applicables aux défunts. Elles sont si étendues et si nombreuses, que nous ne pouvons les préciser, ainsi que renseigne Benoît XIV, et il suffit pour les gagner d'être en état de grâce, sans qu'il soit besoin de se confesser ni de communier. On peut accomplir ce pieux exercice plusieurs fois dans la même journée.
Si donc vous désirez soulager et délivrer beaucoup d'Ames du Purgatoire, pratiquez pour elles une dévotion que tant de titres recommandent. Vous trouverez sur cette voie douloureuse^ consacrée par les soufî*rances et la la mort de Jésus-Christ, la conso-
lation dont votre cœur a besoin pour supporter la perte des personnes que vous pleurez encore et le moyen de leur ouvrir le ciel. Quel trésor pour vous et pour vos chers absents ! Prenez donc aujourd'hui la résolution de faire le Chemin de la croix chaque semaine, le vendredi^ jour mémorable, qui parle si bien à notre reconnaissance.
EXEMPLE
^^ES exercices d'une mission étaient -fedonnés dans une petite paroisse ; les fidèl s venaient en foule entendre la parole de Dieu et solliciter leur pardon. Trois hommes seulement refusaient avec obstination d'en profiter. Ils
s'étaient promis mutuellement , ils avaient juré de ne pas mettre les pieds à l'église, et surtout de ne pas se confesser. La femme de l'un d'eux vint un jour trouver le missionnaire et lui confier son chagrin. — Avez-vous des enfants ? lui demanda l'homme de Dieu.
— J'en ai deux, jeunes encore. — Eh bien, amenez-les à l'église, faites dévotement avec eux le Chemin de la croix pour les Ames les plus délaissées du Purgatoire ; demandez, par l'entremise de ces saintes Ames que vous aurez soulagées, la conversion de votre époux, et je vous assure que vous l'obtiendrez, car, l'expérience m'a appris deux choses : Que l'exercice du Chemin de la croix est le moyen le plus efàcace pour soulager nos défunts, et pour obtenir par leur intercession les secours dont nous avons besoin. — Chaque jour donc, à Theure de midi, alors que Téghse était le plus solitaire, la ver-
tueuse épouse venait s'agenouiller au pied du Tabernacle avec ses deux jeu-^ nés enfants, et faisait avec eux le saint exercice du Chemin de la croix A chaque station, la pauvre mère pleurait, et les enfants disaient du fond du cœur, en tendant les mains vers l'image du divin Crucifié : « O Jésus ! donnez le repos aux morts et convertissez mon p>.re ! » Quel touchant spectacle, digne de l'admiration du Ciel et de la terre ! Oh ! sans doute, les Anges du Paradis recueillaient les prières et larmes de la mère et des enfants, et les portaient au pied du trône de la miséricorde.
Aussi, la veille de la clôture de la mission, le pécheur attendri s'agenouillait aux pieds du prêtre, et le lendemain, il receviit joyeux, à la Table sainte, à côté de ^on épouse, le Sauveur Eucharistique. Après la messe, il pressait sur son cœur et bénissait ses deux enfants. 0 Chemin précieux de la croix !
utile à tous, mais surtout aux pauvres pécheurs et aux Ames souffrantes du Purgatoire* !
PRIÈRE
0 Marie, Mère de douleurs ! vous qui avez si souvent médité le mystère de la Passion de votre divin Fils, vous qui parcourûtes la première les lieux consacrés par ses douleurs, enseignez-nous à méditer et à pratiquer comme vous cette sainte et salutaire dévotion. Faites que nous y trouvions des grâces de conversion pour les pécheurs, de persévérance pour les justes, de consolation pour les Ames du Purgatoire. Doux Jésus ! donnez à ces Ames bénies le repos éternel !
Requiescant in pace !
VINGT-SIXIÈIKIE JOUR
Septième moyen de soulager les Ames du Purgatoire :
Les Indulgences.
i^ Combien elles sont précieuses.
2^ Comment il faut les gagner.
"^^^^^remier point. — Nos péchés sont si nombreux ^^ et si graves, nos satisfactions si légères, que nous acquitterions difficilement en ce monde
la peine temporelle due à nos iniquités, si FEglise ne suppléait à notre faiblesse en ouvrant le trésor des Indulgences. Trésor immense, inépuisable, quise compose des mérites surabondants de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la bienheureuse Vierge et des Saints. La clef en est confiée au souverain Pontife. Après la sainte messe et la sainte communion, il n'y a rien de plus admirable, de plus riche , soit pour les vivants, soit pour les morts. C'est, si Ton peut ainsi parler, le dernier effort de la miséricorde divine pour le salut des Ames. Par les Indulgences qui sont nombreuses, faciles à gagner, à la portée
de tout le monde, nous avons le moyen de contenter la justice divine^ de racheter des Ames qui nous sont chères et qni expient dans les flammes les fautes et les torts de leur vie passée. Nous pouvons considérer cette multitude d'Indulgences que l'Eglise nous prodigue avec tant de libéralitéj comme une pluie merveilleuse qui devient le rafraîchissement de ceux qui sont altérés, la consolation de ceux qui pleurent, le bonheur béatifique de ceux qui sont en captivité.
Quelle admirable et paternelle invention ! Quel trésor !
Empressons-nous donc, Ame chrétienne , d'acquérir ces ri-
chesses spirituelles , plus précieuses que l'or, plus abondantes, plus multipliées que jamais. Gagnons-en beaucoup, gagnons-en souvent. Quel encouragement dans cette pensée. : C'est pour mes parents chéris ! C'est pour elle ! C'est pour lui ! C'est pour l'Ame la plus délaissée ! C'est pour TAme qui souffre le plus !
Ah ! ils seront secourus ceux que j'aime et que je pleure !
Deuxième point. — Trois conditions sont requises pour gagner les Indulgences. Premièrement, il faut être en état de grâces. Dieu veut qu'avant de secourir les autres, nous fermions d'abord l'enfer sous nos pas. D'ailleurs,
toutes les œuvres faites en état de péché mortel sont des œuvres mortes et dépourvues de mérites.
Secondement, il faut avoir l'intention, au moins générale, de gagner l'Indulgence. Il est donc à propos de renouveler chaque jour, à la prière du matin, le désir de gagner les Indulgences attachées aux pratiques de piété que l'on peut faire dans la journée. — Troisièmement, enfin, il faut accomplir intégralement les œuvres prescrites. Ce sont ordinairement des actes très faciles à accomplir, qui durent peu et qui sont à la portée de tous les fidèles : une courte prière, une légère aumône, une mortification, une communion
De grâce, Ame chrétienne, ne négligez pas de procurer aux fidèles trépassés des trésors si faciles à gagner. Votre insouciance serait-elle excusable, aujourd'hui surtout que les Indulgences qui leur sont applicables sont si multipliées, et à la portée de tous? Oui, il dépend de vous de venir en aide à vos frères souffrants, et il vous en coûte peu. Si vous gagnez pour eux une Indulgence partielle, vous abrégez le temps de leur expiation. Si vous êtes assez heureuse pour en gagner une plénière, l'Ame à laquelle vous l'appliquez est probablement libérée de toute sa dette, le Ciel s'ouvre pour elle.
s'y envole radieuse, emportant au pied du Seigneur la reconnaissance qu'elle voue éternellement à son bienfaiteur, ce Mon fils, disait saint Louis, à la fin de son testament, pour dernière recommandation, mon fils, souvenezvous de gagner les Indulgences de l'Eglise . »
EXEMPLE
T^N prédicateur de l'ordre de saint ^5^ François venait de faire un éloquent sermon sur l'aumône, et il avait accordé à ses auditeurs dix jours d'Indulgences, selon le pouvoir qu'il avait reçu du Souverain Pontife, lorsqu'une dame de condition, qui n'avait conservé de son ancien rangquela crainte
d'avouer sa misère présente, vint la lai exposer secrètement. Le bon père lui fît la même réponse qu'autrefois saint Pierre au boiteux de Jérusalem : Je n'ai ni argent^ ni or ; ynais ce que faij je vous le donne. Je vous renouvelle l'assurance que vous avez gagné dix jours d'Indulgences en assistant à ma prédication ce matin. Allez donc chez tel banquier, lequel n'a guère eu souci jusqu'à présent des trésors spirituels, et offrez-lui, en retour de l'aumône qu'il vous fera, de lui céder votre mérite, afin que les peines qui Tattendent en Purgatoire en soient diminuées J'ai tout lieu de croire qu'il vous donnera quelques secours. :^ — La pauvre femme s'y rendit en toute simplicité et avec beaucoup de foi.
Dieu permit que cet homme l'accueillît avec bonté. Il lui demanda combien elle prétendait recevoir en échange de
ses dix jours d'Indulgences. « Autanl, répondit-elle , qu'ils pèsent dans la balance! — Eh bien, reprit le banquier, voici des balances : écrivez sur un papier vos dix jours et mettez-le dans l'un des plateaux; je pose sur l'autre un réal (1). — Prodige! le premier plateau ne s'élève pas, mais au contraire enlève celui de l'argent. Etonné, le banquier ajoute un réal, qui ne change rien à ce poids. Il en met cinq, dix^ trente^ cent, autant qu'il en fallait à la suppliante dans sa nécessité actuelle ; alors seulement les deux plateaux s'équilibrent. Ce fut une leçon précieuse pour le banquier ; il sentit enfin la valeur des intérêts célestes.
Mais les pauves Ames la comprennent bien mieux encore : pour la plus légère Indulgence, elles donneraient tout l'or
(1) Petite monnaie espagnole valant environ 27 centimes.
du monde. A nous de leur en procurer le plus possible.
PRIERE
Vous connaissez mon indigence, ô mon Jésus ! et dans l'excès de votre miséricorde vous avez voulu que je trouvasse dans le trésor de vos mérites et de vos satisfactions le moyen de suppléer à tout ce qui me manque Chaque jour je viendrai puiser, dans ce trésor toujours ouvert, de précieuses Indulgences qui acquitteront la dette de mes frères trépassés. 0 Jésus, soyezleur propice ! Qu'ils reposent en paix!
Requiescant in pace !
VINGT-SEPTIÈWIE JOUR
Huitième moyen de soulager les Ames du Purgatoire :
L'acte héroïque de Charité.
lo Sa nature.
2o Ses avantages.
^^■^remier point.
— L'acte e) héroïque de charité, en faè^ veur des Ames du Purgatoire, est un don volontaire de ce qui est satisfactoire dans nos œuvres, pendant notre vie, et des suffrages qui nous seront appli-
qués après notre mort. Nous les déposons entre les mains de Marie, afm que cette tendre mère les dispense à son gré, aux Ames qu'elle veut délivrer de leurs peines. En vertu de cet acte généreux, fait une fois pour toujours, pour le temps et pour l'éternité, nous nous dépouillons seulement de nos œuvres satisfactoires^ qui ont pour objet d'acquitter devant Dieu les peines dont nous lui sommes redevables pour nos péchés, et des suffrages que la piété des vivaats nous offrira après notre mort. Mais il nous reste toujours le mérite de nos actions et leur fruit impétratoire, qui nous rend Dieu favorable. C'est pour-
quoi, cette donation n'empêche pas les prêtres d'offrir le saint Sacrifice pour ceux qui le leur demandent, ni les fidèles de prier pour eux et pour leurs parents.
Ce vœu, si on le fait n'oblige point sous peine de péché, et l'on peut changer d'intention dès qu'on le désire. On l'appelle Fœu /^^roique^ parce que celui qui le fait de bon cœur accomplit un acte prodigieux d'abnégation : il semble s'oublier lui-même et se sacrifier pour secourir ceux qu'il aime jusqu'à l'héroïsme.
Aucune formule n'est prescrite; il suffit de faire cette offrande de cœur, ou de l'exprimer en ces termes : 0 Marie ! consolatrice des
affligés, je vous offre et vous cède toutes les satisfactions attachées à mes bonnes œuvres, tous les suffrages qui m'accompagneront au delà du tombeau ; distribuezles à vos enfants infortunés du Purgatoire, particulièrement aux Ames de mes parents, de mes amis, de mes bienfaiteurs. Ainsi soit-iL
Deuxième point. — Premièrement, cette pratique est très utile aux saintes Ames du Purgatoire .
Quels secours ne reçoivent-elles pas tous les jours, à chaque instant du jour, de toutes nos œuvres satisfactoires, et surtout de celles qui nous seront appliquées durant notre vie, à notre mort, et
après notre passage à réternité ?
C'est une douce et continuelle rosée de suffrages et d'indulgences qui tombe sans interruption sur les Ames brûlantes du lieu de Texpiation et éteint le feu qui les dévore.
Secondement, cette donation héroïque n'est pas moins avantageuse pour nous . Dieu, qui est si bon, si libéral, ne nous rendrat-il pas au centuple tout ce que nous faisons pour ses enfants malheureux ? (( Donnez, dit-il, et on vous donnera, et vous recevrez une mesure bonne, pressée et abondante. » La Trèssainte Vierge, à qui nous aurons confié tous nos trésors spirituels
pour soulager ses frères et les nôtres, ne viendra-t-elle pas à notre secours ? Cet abandon filial ne nous donne-t-il pas droit aux largesses de sa miséricorde ? Enfin ne pouvons-nous pas compter sur la reconnaissance des Ames que nous aurons soulagées ?
Aussi croit-on généralement que celui qui a fait le Vœu héroïque^ n'a pas beaucoup à craindre le Purgatoire ; Dieu lui fournira le moyen de l'éviter^, ou du moins, il ne le laissera pas souffrir longtemps dans ses flammes.
Je vous conseille, Ame chrétienne, de faire aujourd'hui même le Vœu de charité héroïque, si vous ne l'avez déjà fait. Suivez
Texemple d'un nombre très considérable de personnages illustres en dignité, en science, en sainteté. Suivez les conseils du vénéré Pie IX, qui recommandait souvent le Vœu héroïque et qui Ta enrichi d'indulgences.
EXEMPLE
eus lisons dans la vie de sainte Gertrude que, dès ses plus tendres années, elle avait appris à offrir toutes ses prières et toutes ses bonnes œuvres à l'intention des Ames du Purgatoire, par le Vœu héroïque de charitp. Cette pratique était si agréable à Dieu, que souvent le divin Sauveur se complut à lui désigner les Ames les plus nécessiteuses, et celles-ci, délivrées par sa pieuse charité, se montraient en-
suite à elle au milieu de la gloire, et la remerciaient avec effusioa, lui promettant de ne pas l'oublier dans le Ciel. — Gertrude avait passé sa vie dans ce saint exercice^ et, pleine de confiance, elle voyait avec calme la mort s'approcher, quand l'inferaal ennemi vint à lui représenter qu'elle s'était dépouillée de tout le mérite satisfactoire de ses bonnes oeuvres, et qu'elle allait tomber en Purgatoire , pour y expier toutes ses fautes, dans dans de longues souffrances. Ce tourment d'esprit l'avait jetée dans unetelle désolation, que son céleste époux, Notre-Seigneur, daigna venir la consoler.
(( Pourquoi, lui dit-il, ô Gertrudv3, es-tu si triste, toi qui, n'aguère, jouissais de la sérénité la plus parfaite ? — Ah ! Seigneur, répondit-elle, dans quelle déplorable situation je me trouve ! Voilà que la mort approche, et je suis privée
de la satisfaction de mes bonnes œuvres que j'ai appliquées aux Ames du Purgatoire : comment pourrai-je maintenant payer les dettes que j'ai contractées moi-même envers votre jus^ tice f » Le Sauveur reprit alors avec tendresse : « Ne erains pas, ô ma bienaimée, car tu as au contraire, par ta charité envers les morts, augmenté la somme de tes mérites satisfactoires, et non seulement tu en possèdes assez pour expier tes légères tautes, mais tu as acquis un très haut degré de gloire dans la béatitude éternelle. C'est ainsi que ma clémence reconnaîtra, par une généreuse récompense, ton dévouement pour les morts ; et tu viendras bientôt dans le Paradis recevoir le centuple de tout ce que tu as fait pour eux. »
Combien sont encourageantes ces paroles du divin Maître !
PRIERE
Je vous prie, ô mon Dieu ! d'agréer et de confirmer ce Vœu que j'offre pour votre gloire et le salut de mon âme. Je l'offre encore pour acquitter toutes les dettes des Ames du Purgatoire que la sainte Vierge veut délivrer. Je prends à témoins de mon engagement tous les élus de l'Eglise militante sur la terre et souffrante au Purgatoire, En cette considération, soyez propice, Seigneur, à ceux qui souffrent dans le lieu de l'épreuve. Qu'ils reposent en paix !
Requiescant in pace !
VINGT-HUITIÈIVIE JOUR
Coxnment nous pouvons éviter le Pu gatoire.
1^ En pensant souvent au purgatoire.
2^ En priant souvent pour les ames du purgatoire.
jremier point. — Considérez que la pensée du Purgatoire ramène tout naturellement à notre esprit celle de la mort et du jugement, et par là même elle ne peut que nous ins-
pirer de salutaires réflexions.
c( Pensez à vos fins dernières, dit le Saint-Esprit, et vous ne pécherez pas. )) — Le souvenir du Purgatoire a pour second avantage d'inspirer l'esprit de pénitence et de mortification. A la vue de ce cachot si ténébreux, de ces chaînes si pesantes, de ces flammes si vives et si pénétrantes, de ces angoisses si cruelles et si longues ; à la vue de ces innombrables victimes qui exhalent des cris si plaintifs, Tàme rentre en elle-même et s'écrie : Je veux enfin régler des comptes ouverts depuis longtemps avec Dieu ; je veux profiter des jours que me laisse sa miséricorde pour satis-
faire à sa justice ; je veux acquitter des dettes qu'il m'est si facile de solder avec un peu de générosité et d'amour. Oui, je veux à tout prix éviter les tourments du Purgatoire. Je le puis, je le dois, et je réussirai avec ma bonne volonté et la grâce d'en haut.
Plût à Dieu, Ame chrétienne, que nous eussions toujours cette vérité devant les yeux ! il est impossible que nous ne devinssions pas des saints et de grands saints.
Le souvenir habituel du Purgatoire retrancherait de notre vie une multitude de fautes légères, nous inspirerait la pratique des plus sublimes vertus, et, à notre
heure dernière^ notre âme, purifiée par la péDitence, ornée de mérites , s'envolerait vers les demeures éternelles , sans toucher aux flammes du Purgatoire.
Oh ! l'heureux trépas ! Oh ! le beau triomphe ! 0 Purgatoire !
Purgatoire ! quelles sublimes leçons tu nous donnes !
Deuxième point. — Les Pères et les docteurs pensent que ceux qui s'intéressent vivement aux Ames du Purgatoire échapperont à ses flammes ou n'y séjourneront pas longtemps . Car, disent-ils^ la marque la plus infaillible de prédestination est de sauver des âmes, puisque Dieu a promis de (( nous faire le même bien que
nous ferions aux autres. — (( Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtendront eux-mêmes miséricorde. » Et puis, que ne pouvons-nous pas espérer de la reconnaissance des Ames que nous aurons délivrées? Pourraient-elles se montrer moins sensibles et moins charitables que nous ? A l'heure de notre mort et de notre jugement, elles accourront et seront là comme des protecteurs, des témoins à décharge pour faire pencher la balance du côté de la miséricorde. Elles déjoueront les pièges de l'esprit infernal, calmeront parleurs instantes supplications la colère de notre iuoe et nous obtiendront la
plus précieuse des grâces, celle d'une sainte mort, a Je ne me souviens pas, dit saint Augustin, d'avoir jamais lu que celui qui prie volontiers pour les trépassés ait fait une mort mauvaise et même douteuse. »
Quel moyen presque assuré, Ame chrétienne , d'éviter les rigueurs du Purgatoire ! Suivons donc le Conseil de l'Evangile :
(( Faisons-nous des amis, afin qu'au moment de notre mort, ceux que nous aurons soulagés nous introduisent dans les tabernacles éternels. » Nos frères les morts sont maintenant dans le besoin, mais pour peu que nous les aidions, ils monteront au Ciel et nous en ouvriront bientôt la
porte à nous-mêmes. Oui, délivrons-les de Tabime du Purgatoire, et ils nous empêcheront d'y tomber. 11 est rapporté de sainte Catherine de Cortone, qu'à sa mort, toutes les âmes qu'elle avait délivrées vinrent la recevoir en triomphe.
EXEMPLE
^N raconte qu'une personne particulièrement dévouée aux Ames du Purgatoire et qui avait consacré sa vie à les soulager, étant arrivée à l'heure de la mort, fut assaillie avec fureur par le démon qui la voyait sur le point de lui échapper. Il semblait que l'abîme tout entier conjuré contre elle l'entourât de ses infernales cohortes. La mourante luttait depuis quelque temps au milieu des plus pénibles efforts,
lorsque tout à coup elle vit entrer dans son appartement une foule de personnages inconnus, mais resplendissants de beauté, qui mirent en fuite le démon, et s'approchant de son lit, lui adressèrent des encouragements et des consolations toutes célestes. Poussant alors un profond soupir et transportée de joie : « Qui êtes-vous, s'écrie la malade, qui êtes-vous de grâce, vous qui me faites tant de bien? — Nous sommes, répondent les visiteurs bienfaisants, des habitants du Ciel, que vos suffrages ont conduits à la béatitude, et nous venons à notre tour et par reconnaissance, vous aider à franchir le le seuil de l'éternité, vous tirer de ce lieu d'angoisses, et vous introduire dans les joies de la sainte Cité. » — A ces paroles, un sourire éclaire le visage de la mourante, ses yeux se ferment et elle s'endort dans la paix du Seigneur. Son âme, blanche et pure comme une
colombe, en se présentant au souverain Juge, trouva autant de protecteurs et d'avocats qu'elle avait délivré d'âmes, et, reconnue digne de la gloire, elle y entra comme en triomphe, au milieu des applaudissements et des bénédictions de tous ceux qu'elle avait tirés du Purgatoire. Puissions-nous avoir un jour le même bonheur !
PRIÈRE
Ne permettez pas, ô mon Dieu ! que j'éloigne de mon esprit, par une fausse sensibilité, la pensée si salutaire du Purgatoire. Gravez-la profondément dans mon cœur, comme un puissant moyen de me préserver moi-même du Purgatoire et de venir en aide aux pauvres Ames qui y sont retenues captives. Heureux si je puis mettre un terme à leur exil et leur ouvrir la porte du Ciel.
Requiescant in pacel