LA TERRE
2<^ lOURQUOI LE PERMET-IL?
Premier point. — Un des
^ .^amis de saint Augustin^ ^^i^fe évêque d'Usale, lui posa un jour cette question : (c Que fautil penser de ce qu'on a vu plusieurs peTc^onnes apparaitre après leurmort, aller et venir dans les
maisons comme auparavant? Que fauMl penser encore de ce que, dans certains lieux où il y a des corps enterrés, on entend souvent du bruit, à une certaine heure de la nuit? » — Je suis loin de croire, répond le grand docteur, que ces sortes d'apparitions soient fréquentes et naturelles aux morts ; car, si cela dépendait d'eux, il n'y a pas de nuit où je ne dusse voir apparaître ma pieuse mère, elle qui, pendant sa vie, ne s'est jamais séparée de moi, et qui m'a suivi, par terre et par mer, jusque dans les contrées les plus lointaines Mais je suis convaincu que la toutepuissance divine peut leur per-
mettre et leur permet quelquefois d'apparaître, pour des raisons pleines de sagesse et que nous devons respecter : Per divinam potentiam vivoriim rébus inteV" sunt. Pourquoi Dieu, en effet, ne permettrait-il pas aux Ames suppliantes qui nous sont chères et qui souffrent encore, de nous parler elle-mêmes, de nous dire leurs douleurs, d'implorer notre pitié ? En fait, la sainte Ecriture, la Vie des saints, l'Histoire nous montrent d3S apparitions bien constatées, à toutes les époques, dans tous les pays, devant toutes sortes de témoins.
Sans doute, Ame chrétienne, il faut vous tenir en garde contre la
crédulité trop facile de ces personnes qui pensent à chaque iastant voir paraître et revenir les morts, et qui prennent pour une réalité les vains fantômes d'une imagination exaltée par sa douleur ou par ses souvenirs.
Mais, gardez-vous de nier la possibilité des apparitions, puisque la raison dit que Dieu peut les autoriser, et que l'expérience démontre qu'il les a en effet autorisées plus d'une fois. Elles sont rares, mais elles sont possibles.
Deuxième point. — L'Ecriture sainte nous apprend que Samuel, après sa mort, apparut à Saûl pour lui adresser de justes et sévères reproches. Pour moi, je ne
crains pas de dire hautement qu'une des raisons qui paraissent les plus fortes pour déterminer Dieu à accorder aux morts une semblable permission, c'est sans contredit Fingratitude de ceux qui les oublient sur la terre, et qui, uniquement occupés à s'enrichir de leurs dépouilles, les laissent souffrir indéfiniment dans le Purgatoire, sans penser à leur soulagement et à leur délivrance.
Aussi, ces pauvres Ames apparaissent-elles ordinairement aux vivants sous une forme et dans une attitude qui excitent la pitié et la commisération. Souvent leur visage est triste, des fiammes ardentes les environnent, elles pous-
sent de profonds soupirs, des cris plaintifs, elles exhalent des reproches. Quelquefois elles révèlent leur présence par un bruit retentissant, par des symboles extraordinaires: c'est toujours un signe matériel qui nous étonne et éveille en nous leur souvenir, en nous excitant à. prier avec plus de ferveur pour leur délivrance.
Béni soit Dieu qui se sert de tous les moyens possibles pour nous rappeler le grand devoir de la Charité et de la reconnaissance envers nos frères les morts ! Bénies soient les bonnes Ames du Purgatoire, qui franchissent les murs de leur prison, reviennent sur la terre, pour nous
dire, à nous qui les oublions tant :
Ayez donc pitié de nous ! miseremini mei !
EXEMPLE
T^N jeune homme, issu d'une famille i^honorable et chrétienne, fidèle à ses pratiques de piété, se mettait cependant peu en peine de secourir les Ames du Purgatoire. Il ne priait jamais ou presque jamais pour ses parents défuQts. Non content de ne pas pratiquer cette salutaire dévotion par lui-même, il en dissuadait les autres, sous prétexte d'une charité mieux placée. Pourquoi, disaii-il, tant s'occuper du sort des trépassés, puisqu'ils sont assurés de leur salut et qu'ils ne peuvent plus ni offenser Dieu, ni le perdre ? Il ne croyait pas non plus aux
apparitions, qu'il tournait souvent en ridicule. Pour le corriger, Dieu permit à ces Ames affligées de sortir de leur prison et d'apparaître sous des formes efl*rayantes à celui qui leur causait un si grand dommage Elles Tassiégèrent en tout lieu et à toute heure, poussant des cris déchirants, remplissant ses yeux de fantômes étranges, glaçant son âme de stupeur, ne le laissant reposer ni le jour ni la nuit. Le moyen fut efficace ; le jeune homme changea entièrement de conduite et de langage.
Il quitta le monde, entra dans Tordre de saint Dominique, et devenu prêtre, il voua aux Ames du Purgatoire un culte tout spécial. Il offrit pour elles tant de prières et tant de messes, il prêcha si souvent et si éloquemment en leur faveur, il inspira à tant de eœur le désir de les soulager, qu'on l'appelait vulgairement V avocat des Morts. II
l'était en effet. Jamais on n'entendit de raisons si fortes, si convaincantes, si nombreuses, que celles qui sortaient de sa bouche, pour prouver que la charité la plus éminente que l'on puisse exercer en ce monde, envers le prochain, est de prier pour les défunts Il mourut en odeur de sainteté et son âme sans doute s'envola au Ciel, près de celles qu'il avait lui-même délivrées par ses suffrages. Imitons un si bel exemple de charité .
PRIÈRE
Mon Dieu, je crois que vous êtes assez puissant et assez bon pour nous envoyer, quand vous le jugez à propos, des messagères extraordinaires, afin de nous rappeler le souvenir et les besoins des fidèles de l'Eglise souffrante. Vous nous prouvez ainsi com-
bien vous désirez que nous venions à leur aide. 0 Jésus, soyez-leur propice ! Seigneur, appelez vos enfants et nos frères au séjour éternel, et que la lumière qui ne s'éteint plus, luise sur eux ! Qu'ils reposent en paix !
Requiescant in pace !