CONSEILS PRATIQUES
^^^^N terminant ce Mois béni.
permettez, Ame chrétienne ^^ quelques conseils d'ami; de frère, de prêtre. Vous en saisirez sans peine Futilité et Fàpropos .
Premièrement. — En fait de reconnaissance, comptez beaucoup sur celle des morts, car les morts, dit saint François de Sales, sont toujours reconnaissants de ce qu'on a fait pour eux en cette
vie ; mais comptez peu, très-peu, sur celle des vivants, surtout s'ils ne sont pas vos propres enfants.
— Vos héritiers ! ils vous feront probablement de belles funérailles ; ils vous donneront peutêtre un caveau, un mausolée dans lesquels la vanité aura plus large part que la piété filiale et religieuse ; mais ils économiseront d'autant plus à l'Eglise qu'ils auront été plus prodigues au cimetière. — Vos héritiers ! ils seront peut-être, hélas ! plus empressés à se disputer votre succession et à en jouir qu'à exécuter vos dernières volontés et vous arracher au feu du Purgatoire.
Eh ! ne savez-vous pas que les
hommes , lorsqu'ils ont perdu quelqu'un de vue, en ont bientôt perdu le souvenir ? Loin des yeux, loin du cœur. Le poète a dit :
Sur les ailes du temps la tristesse s'envole.
Ne savez-vous pas que l'oubli des morts est presque général dans le monde et que leur mémoire finit souvent avec le son des cloches ? Ne savez-vous pas que dans l'affaire du salut, il ne faut se fier à personne qu'à soi-même?
Ah ! profitez donc de l'avertissement salutaire que vous donne l'auteur de Y Imitation. ((Ne comptez point sur vos amis, ni sur vos proches, car ils vous oublieront plus vite que vous ne le pensez ;
si maintenant vous ne vous occupez pas de vous-même, qui s'en occupera, lorsque vous aurez disparu? »
Deuxièmement. — Si vous avez à disposer de biens temporels, faites au plus tôt votre testament et ne le renvoyez pas à votre heure dernière. Et qui sait, Ame chrétienne, si vous ne serez pas surprise par une mort subite ou imprévue? L'expérience est là pour ratifier ce conseil, car elle atteste que bien des personnes ont quitté le monde sans avoir eu le temps de prendre des dispositions testamentaires , et sans avoir pu donner àleurs biens la destination qu'elles s'étaient
proposée, a Je vous en prie, vous dit saint Augustin, avant d'être accablée par la maladie, occupezvous de votre testament, réglez les affaires de votre maison ; car, si vous attendez d'être à l'extrémité, on vous fera faire par menaces ou par flatterie ce que vous ne voudrez pas. »
Troisièmement. — Il convient de laisser quelque chose de vos biens aux œuvres de charité et de religion. Surtout, n'oubliez pas de préparer et d'assurer à vous-même des rentes spirituelles après votre mort^ en fondant des aumônes, des anniversaires pour vous et pour votre famille. Celui qui se dispose à commencer un
long voyage pour aller habiter un pays lointain fait des préparatifs en conséquence ; et vous entreprendriez le long voyage du temps à l'éternité, sans emporter avec vous quelques bonnes œuvres pour vous rendre propice le souverain Juge et vous ouvrir la porte du Ciel ! Que Vargent que vous pouvez avoir et qui si souvent sert à V iniquité et à la bagatelle, devienne un ami pour votre âme dans sa détresse. C'est le conseil non seulement d'un ami, d'un frère et d'un prêtre, mais de Notre-Seigneur Jésus-Christ luimême, à qui soit toujours honneur et gloire, sur la terre où l'on combat, au Purgatoire où l'on
souffre, et au Ciel où la famille se retrouvera et se reformera dans Féternelle félicité !
Ainsi soit -il.
EXEMPLE
T^N homme avait trois amis, et deux 4?^surtout qu'il aimait d'un amour de prédilection. Un jour, il fut accusé devant la justice d'un grand crime, quoiqu'il fût innocent. — Qui de vous, ditil à ses amis, veut m'accompagner jusqu'au tribunal et prolester énergiquement en faveur de mon innocence ?
Le premier s'excusa, prétextant des occupations. Le second l'accompagna jusqu'à la porte du tribunal ; il s'y arrêta et revint bientôt chez lui tremblant, redoutant la colère du juge. Le
troisième, celui sur lequel l'accusé comptait le moins, entra, parla en sa faveur, attesta son honorabilité et son innocence avec une telle conviction, que le juge, non seulement lui rendit la liberté, mais lui accorda encore des privilèges.
En ce monde^ l'homme a trois amis.
Quand Dieu l'appelle, à l'heure de la mort pour le juger, V Argent^ son ami de prédilection, ne va pas avec lui, il l'abandonne complètement et ne lui sert plus de rien ; ses Parents et ses proches l'accompagnent jusqu'à la tombe, lui jettent un peu d'eau bénite et un dernier adieu, et retournent tranquillement chez eux. Le troisième ami, celui dont il s'est peut-être le moins préoccupé durant sa vie, ce sont ses Bonnes Œuvres. Elles seules lui restent fidèles, l'accompagnent devant son juge, le précèdent, parlent en
sa faveur et obtiennent pour lui pardon et miséricorde : opéra illorum sequuntur illos.
Ame chrétienne, faites une part aux bonnes œuvres dans votre testament, et vous aurez des amis dévoués qui fermeront pour vous la porte du Purgatoire et vous ouvriront celle du Ciel . Hoc fac et vives !