‹ Mois du Sacre-CœurChapitre 10 sur 108 · HÉBR. XII, S · texte numérisé non relu

HÉBR. XII, S

Désormais en contemplant le Cœur de Jésus, ce symbole touchant de son amour , et tel qu'il nous Ta donné , nous méditerons sur tous les attributs qui l'accompagnent; car tous renferment une pensée divine, et pour nous un grave enseignement, une leçon des plus importantes pour la vie.

Ce qui frappe d'abord dans cette image sainte, c'est la croix qui surmonte ce Cœur sacré. La croix, la croix du Cœur doit nous apprendre des choies infiniment précieuses pour le salut et

pour la perfection : ce que c'est que le péché et ce que c'est qu'une àme. Ces deux pensées vont faire le sujet de deux exercices bien utiles, si nous les méditons avec les lumières de la foi.

Nous verrons donc aujourd'hui ce que cette croix du Cœur nous apprend par rapport au péché. — Eh bien, elle nous apprend I. à l'éviter, et II. aie réparer. Nous ne parlons ici que du péché mortel... les épines qui déchirent le Cœur de Jésus-Christ nous apprendront bientôt à éviter, même les fautes vénielles.

I. Mais comment la croix nous fera-t-elle d'abord éviter le péché? — Ne le voyez-vous donc pas encore?... Elle vous dit que le péché est le seul mal, le mal suprême du Cœur de Dieu et du cœur de l'homme.

1° Oui, le mal du Cœur de Dieu.. . Nous lisons dans les Écritures saintes que le péché l'étonné, l'afflige, le blesse et l'irrite. Ce Cœur divin, qui avait tant aimé les hommes et qui les avait comblés de bienfaits, ne peut croire en quelque sorte à cette ingratitude.... Est-il possible? s'écrie le Seigneur avec une douloureuse surprise. Ah! j'irai voir Descendant et videbo... (Gen.

xvin, 21.)

Il a vu, et voilà que, pénétré de douleur au

fond du Cœur, il s'afflige au point de se repentir d'avoir créé des êtres aussi profondément ingrats : Tactus dolore cordis intrinsecus. . .pœnitet me fecisse eos. (G en. vi, 6.) Il était vraiment impossible de s'exprimer avec plus de force, et de nous révéler les sentiments de ce divin Cœur avec plus d'énergie.:. De quelle douleur immense, de quelle amertume faut-il qu'il ait été rempli pour exhaler ce regret, Pœnitet enim me fecisse eos !

Mais, de la tristesse profonde, il passe bientôt à l'indignation , à la plus juste colère. S'il ne peut voir et comprendre l'ingratitude du pécheur, il ne doit pas souffrir cet outrage et supporter un pareil mépris : Je les exterminerai, dit-il... il n'en restera pas un sur la face de la terre, Delebo hominem a facie terras (Gen. vi, 7) ; et il va d'abord ouvrir les cataractes des cieux, et purifier le monde dans les abîmes des eaux... Tous y périront, une seule famille exceptée... Plus tard, c'est par des torrents de feux vengeurs qu'il détruira cinq villes criminelles.

Je vous le demande, Dieu pouvait-il nous révéler par des paroles plus fortes , par des faits plus imposants, que le péché blesse et irrite son Cœur?... Ah! nous avons cependant au livre des éternelles vérités quelque chose de bien plus

étonnant encore, et c'est l'apôtre saint, Paul qui va nous apprendre ce mystère de douleur et de mort. Le péché va jusqu'à renouveler dans nos cœurle supplice d'un Dieu; jusqu'à le faire mourir de nouveau sur la croix : Rursum crucifig entes semetipsis filium Del (Ucbr. xi, 6). Les ingrats I ditil, ils ont crucifié de nouveau le fils de Dieu dans leur cœur. C'est la consommation d'un déicide ennous, Rursum crucifigentes. Eh bien ! commencez-vous à comprendre? il vous donne son Cœur, son Cœur avec la croix, Ut sciant, ofin que vous appreniez ce que c'est que le péché, le péché, cause de la mort d'un Dieu sur cette même croix, v/ Ah! malheureux que vous êtes, mettez donc la main sur votre cœur , et , vous rappelant ici le péché le plus grand de votre vie, voyez la croix mystérieuse sur laquelle vous avez fait mourir Jésus!... Écoutez ce Dieu Sauveur, il parle comme sur la croix du calvaire : Mon Père, pardonnez-lui , car il ne savait pas ce qu'il faisait.... Et vous lui demanderez pardon avec larmes ; vous lui promettrez de ne plus l'offenser jamais, de ne plus lui donner la mort dans votre cœur.

Voilà les grandes vérités rappelées par la croix que nous voyons plantée dans le Cœur de Jésus ; et le souvenir de cette croix ne suffira-t-il pas

pour nous empêcher de succomber à la tentation , pour nous faire toujours éviter le mal du péché?. . . Plutôt tout souffrir, ô mon Dieu, que de renouveler vos souffrances ! plutôt mourir que de renouveler votre mort dans mon cœur !

2° A ce premier motif, il faut en ajouter un autre , bien puissant aussi sur un esprit sérieux et sur une âme réfléchie : c'est que le péché, qui est le mal, le seul mal du Cœur de Dieu, est aussi le mal souverain du cœur de l'homme , qu'il trouble et bouleverse par les remords de honte et de douleur, qu'il aveugle, qu'il enchaîne et asservit, qu'il détruit même et qu'il tue. Mysterium dico... ce sont là des mystères sans doute mais aussi de grandes et éternelles vérités. Le Saint-Esprit nous a révélé tous ces ravages que le péché fait dans notre âme. La raison, l'expérience démontrent et confirment la réalité de tous ces malheurs !

Oui, Dieu a des flèches, des flèches aiguës; il les jette dans le cœur ingrat et coupable; il a un glaive, un glaive étincelant; il le plongi clans l'âme criminelle ; c'est le remords de honte et de douleur qui frappe, aussitôt que ?ous avez commis le péché. Rappelez-vous donc cette blessure : Plaça pessima et insanabilis.

Oui, la lumière de l'âme s'éteint, l'ai du cœur

s'obscurcit dans le mal; je ne dis pas seulement

la lumièredu ciel, ou do la foi, mais celle môme de l'esprit, la flamme de l'intelligence, MysU rium dico, les païens l'ont reconnu eux-mêmes, ils l'ont dit . les passions du cœur éteignent Les

belles pensées et tous les nobles sentiments.

Oui, la liberté même de l'âme humaine se perd dans le mal; la liberté! ce don supérieur et comme essentiel, que Dieu respecte dans l'homme; car il nous demande notre cœur, il ne le prend pas.... il frappe à la porte , il ne la brise pas... Eh bien! cette liberté, elle va être perdue! l'âme se laisse asservir par le péché, elle se laisse enchaîner, dominer par la passion ; celui qui commet le péché devient esclave de ce péché : Qui facit peccatum servus est peccati (Joan. vin, I; 34). Augustin a fait longtemps de vains efforts pour briser sa chaîne de fer : Ferrea voluntate constringor ! Il a fallu un miracle de la divine miséricorde pour le délivrer. . . Reconnaissez, avouez, pauvre pécheur, que cela est bien vrai. Vous êtes esclave... vous l'avez dit souvent : vous ne pouvez pas ! c'est plus fort que

vous;

Oui, le péché va jusqu'à perdre, détruire, tuer et anéantir même le cœur. Il y a une foule d'hommes qui n'en ont plus. Mysterivm dico...

C'est le plus grand mystère et la plus triste; vérité. Ces âmes ravagées ne sentent plus, n'aiment plus rien.... Tout est éteint en elles. On a vu des enfants qui n'aimaient plus leur mère.... des mères qui n'avaient plus d'amour pour leurs enfants ! "^Combien de fois on nous Ta dit avec larmes ! Et nous avons des preuves, par écrit, de ces ravages effrayants. Il y a, dit l'Esprit-Saint, des hommes dont le cœur est devenu de la cendre, une poussière immonde : Cinis est cor ejus* (Sap. xv, 10.) Il y en a dont le cœur est devenu sans pitié, insensible, un vrai cœur de bête : Cor ferœ detur ei. (Dan. îv, 13.) Et il y en a d'autres enfin, qui n'en ont plus du tout ; il a été détruit, enlevé par les passions V^deux passions surtout ont cette force de destruction : c'est le vice impur et l'intempérance : Fomicatio et vinum auferunt cor. (Osée, iv, 11.) V Or, la croix du Cœur de Jésus nous rappellera ces grandes et terribles vérités, avec d'autant plus de lumière que, dans ses desseins de miséricorde, le Seigneur met aussi une croix dans le cœur coupable de ses enfants. 11 en a

» sauvé beaucoup par les douleurs de la vie, et il ramène ces prodigues à son amour par une voie de larmes^ 0 vous donc qui souffrez, voyez si la première cause de tant de peines n'est pas le

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péché, si ce n'est pus la source même nV vos malheur?; et hâtez-vous de revenir au Sîigneur, il aura pitié da vous. Il n'a pas cessé de rouf aimer, lorsque vous L'offensiez; que ne fera-t-il pas lorsqu'il vous verra revenir à son Cœur?

II. Ce n'est pas assez que la croix nous apprenne à éviter le péché , et qu'elle nous fasse sortir du péché ; elle nous apprendra encore comment nous pouvons et devons le réparer: Mais je ne dirai qu'un mot sur cette grave question, afin de ne pas dépasser les limites que doivent avoir nos exercices La lecture de chaque jour ne doit pas nous prendre plus d'un quart d'heure .ordinairement, une petite demi-heure, pour ceux qui en font un sujet de méditation, j La croix du Cœur de Jésus révèle à l'homme pécheur un double mystère, — un mystère de justice — et un mystère de miséricorde. La croix nous apprend comment on peut apaiser l'une et mériter l'autre/Voilà toute notre pensée pour le second point de cette grave considération, et il serait peut-être nécessaire de la développer, comme nous l'avons fait, dans le premier. Mais, outre que ce serait trop long, il nous semble que ces réflexions seront plus faciles au pieux lecteur, et qu'il trouvera en lu-

mière dans la contemplation de cette croix. E comprendra de suite que, si la justice divine et la divine miséricorde se sont rencontrées et embrassées au calvaire, au pied de la croix, c'est que là il y avait une victime, qui a tout réparé par ses souffrances, et qui a effacé nos crimes dans les larmes et dans le sang.

Or, c'est là précisément la condition des pardons de Dieu yies larmes d'abord, c'est-à-dire la douleur, ou le repentir, et puis le sang, c'està-dire la pénitence, ou les sacrifices. Mais, pour entrer dans cette voie avec courage et confiance, il nous suffira de jeter un regard sur la croix du Cœur de Jésus, ce doux agneau, qui a porté les péchés du monde , et qui a été immolé pour nous; et nous unirons nos souffrances à ses souffrances, nos larmes à son sang et notre mort à sa mort.

Oui, courage et confiance, pauvres pécheurs ; si vous souffrez, songez que c'est une preuve de sa divine bonté, de sa miséricorde : Redite, praevaricatores, ad Cor (Isaï, xlvi, 8) ; allez au Cœur de Jésus, et souvenez-vous, qu'à son exemple, vous pouvez expier et mériter; expier, vous qui êtes coupables, toute une vie d'ingratitudes, et mériter, par la miséricorde divine, non-seulement le pardon de toutes vos fautes, mais encore

un poids immense de gloire éternelle. Voua terminerez cet exercice par une prière à la eroil du Cœur de Jésus. Vous adorerez cette croix, la vraie croix par excellence... et vous tâcherez de consoler ce divin Maître. Vous ferez donc un actp de contrition inspiré par l'amour le plus tendre. Justes, si vous souffrez, que ce soit comme Jésus, avec le sentiment de l'amour et du zèle, pour réparer et expier le péché, pour obtenir le pardon aux pauvres pécheurs. Aimez et embrassez votre croix; elle est belle, elle est bonne ; elles sont toutes d'or, disait l'aimable saint François de Sales, oui toutes, mais surtout celles

du cœur. \/

Et vous, pauvres pécheurs, lorsque vous souffrirez; et, si Dieu vous aime encore, il ne manquera pas de vous envoyer quelques peines; il frappera à la porte de votre cœur avec une croix. Eh bien! ayez confiance, et loin de murmurer, de vous plaindre, acceptez ces épreuves avec reconnaissance, souffrez avec amour, et non-seulement vous obtiendrez votre pardon, mais vous serez consolés dans l'espérance et fortifiés par la victoire.

0 cmx, ave, spes unica,

Piis adauge gratiam

Reisque dele crimina.

NCM1ER ATTRIBUT (suite).

Proposito sibi gaudio sustùiuit Crucem . . .

11 prit la Croix et la préféra h.

tout bonheur.

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