IES PAROLES DE JÉSUS A LA BIENHEUREUSE MARGUERITE- MARIE
Ex abundantia Cordis os loquitur.
La bcuche parle de l'abondance du Cœur.
(Matth. xii, 34.)
Eructavit Cor meum verbum ybonum.
Mon cœur proféra une parole pleine de bonté.
(Ps. xliv, 2.)
Toutes les paroles que nous avons méditées jusqu'à ce jour étaient tirées des saintes Ecritures, et la plupart, du saint Evangile. Ces preuves de l'amour divin appartenaient à tous les temps, à tous tes hcsames ; mais c<; n'était pas encore le dernier mot du Cœur de Jésus. Ce bon Maître ne faisait, pour ainsi dire, que nous le montrer. Il est temps de raconter comment il nous l'a donné, et comment par les paroles qui sont tombées de son Cœur même, et dans
ces derniers siècles, il a comblé la mesuro d'un amour infini. C'est alors seulement que Notre- Seigneur Jésus-Christ a vraiment révélé tous les secrets de son Cœur adorable.
Nous ne pourrons dans le sujet de cette méditation rappeler en détail le fait merveilleux et touchant de l'apparition de Jésus à la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation, à Paray-le-Monial; Il en a été dit quelques mots dans l'introduction de ce livre. Nous dirons simplement que les paroles de Jésus-Christ à cette sainte âme, indépendamment même de l'autorité qu'elles ont acquise par les décrets de béatification, et par l'examen juridique de ses écrits, ont un tel caractère de vérité supérieure et de céleste authenticité, qu'il est impossible à une âme chrétienne de ne pas le reconnaître immédiatement. En un mot, jamais il n'eût été possible à un esprit humain, à une imagination, quelque exaltée qu'on la suppose, d'inventer ces choses cachées, et de dire ces paroles de mystère ; Arcana verba.
Nous allons choisir les principales et les méditer simplement selon notre coutume ; et, afin de mettre de l'ordre, nous verrons dans ces effusions du Cœur de Jésus à sa fidèle épouse la révélation positive des plus grands secrets de cette
belle dévotion, puisqu'il lui a confié les sentiments intimes de ses douleurs, de ses désirs, en même temps qu'il lui faisait les plus magnifiques promesses de son amour. Ce sera le sujet de no= méditations pour les trois derniers jours de cette neuvaine.
Voyons d'abord le secret des souffrances du Cœur de Jésus, que nous devons nous efforcer de consoler. Il a commencé par dire la cause de ces douleurs; c'est l'ingratitude des hommes; la peine de n'être pas aimé; et cette peine est infinie, parce que son amour pour nous n'a pas de bornes, In jinem dilexit. Mais taisons-nous, laissons parler ce divin Sauveur , et tâchons d'entendre et de goûter ces paroles: c'est ici qu'il donne vraiment son Cœur, afin que nous comprenions. Dabo eis Cor, ut sciant !
Avant tout, il va nous déclarer combien il nous aime: • Mon divin Cœur, me dit-il, est si « passionné d'amour pour les hommes que, ne « pouvant plus contenir en lui-même les flam- « mes de son ardente charité, il faut qu'il les a répande, et qu'il se manifeste à eux pour les a enrichir de ses précieux trésors (1). »
(1) Toutes les citations que nous ferons dans ces trois exersont tirées du livre dont il a été parlé dans la prêt. Vie et (JLuv/es de la B. Marguerite- Mat ie, mais surtout de s.i vie écrite par elle-même, et bous ne nous permettroni Rimais de changer un seul mot nu texte.
Un jour, le saint Sacrement étant exposé, elle reçut une grâce encore plus merveilleuse qu'elle
raconte en ces termes: « Jésus-Christ, mon bon « Maître, se présenta à moi tout éclatant de « gloire, avec ses cinq plaies brillantes, contre me autant de soleils. De son humanité sainte « sortaient des flammes, de toutes parts, sura tout de son adorable poitrine qui ressemblait « à une fournaise. L'ayant ouverte, il me dé- « couvrit son divin Cœur, vive source de i « flammes. Ce fut alors qu'il me découvrit les « merveilles inexplicables de son pur amour, « et jusqu'à quel excès il l'avait porté à aimer c les hommes dont il ne recevait que de l'in- « gratitude: Ce qui m' est plus sensible, ma dit- « il, que tout ce que j ai souffert dans ma pasa sion... S'ils rendaient quelque retour à mon ce amour, j'estimerais peu ce que j'ai fait pour « eux, et je voudrais, fil se pouvait, en souf- « frir davantage. Mais ils n'ont que des froia deurs et des rebuts pour tous mes empressece ments à leur faire du bien... Toi, du moins, a donne-moi ce plaisir de suppléer à leur incc gratitude, autant que tu peux en être ca-
« pable. »
Yous voyez dans cette révélation, avec l'amour de Jésus, le désir extrême qu'il a d'être aimé des
hommes, et la peine qu'il éprouve de n'être pas aimé. Maintenant, que fera-t-il pour conquérir leurs cœurs, pour en être aimé? Il va le dire à son épouse; il va nous donner son cœur; lisez, méditez : Dabo eis Cor, ut sciant!.».
« Un jour de saint Jean l'Evangéliste, après ce avoir reçu de mon divin Sauveur une grâce à c< peu près semblable à celle que reçut, le soir « de la Gène, le disciple bien-aimé, le Cœur « divin me fut représenté comme sur un trône u de feu et de flammes, rayonnant de tous côtés, « plus brillant que le soleil et transparent comme « un cristal. La plaie qu'il reçut sur la croix y « paraissait visiblement; il y avait une couronne « d'épines autour de ce divin Cœur, et une croix u au dessus. Mon divin Maître me fit entendre « que ces instruments de sa passion signifiaient « que l'amour immense, qu'il a eu pour les « hommes , avait été la source de toutes ses seuf- « frances; que, dès le premier moment de son < incarnation, tous ses tourments lui avaient été « présents ; et que ce fut dès ce premier moment (( que la croix fut, pour ainsi dire, plantée dans
1« son Cœur, et qu'il accepta dès lors toutes les a douleurs et humiliations que sa sainte numa- « nité devait souffrir pendant le cours de sa vie a mortelle, et même les outrages auxquels «on
170 SFIZIKMK JOUR.
• amour pour les hommes feipostif jusqu'à la
fin dei siècles, dans le saint Sacrement.
« 11 me fit ensuite connaître que Le plus grand « désir qu'il avait d'être parfaitement aimé défi « hommes lui avait fait former le dessein de « leur manifester son Cœur, et de leur donner « dans ces derniers siècles cette dernière preuve « de son amour. »
Ces pieux récits, toutes ces paroles saintes de la révélation ne sont qu'un prélude encore à la grâce plus mystérieuse, qui devait couronner tant de faveurs, et que nous allons bientôt rapporter. Qu'il nous suffise de faire une seule remarque dès ce moment, bien qu'elle doive s'appliquer à tout ce sujet; c'est que les souffrances de Jésus-Christ n'ont jamais eu, et n'ont encore aujourd'hui d'autre cause que son amour. Il a souffert, il est mort, parce qu'il nous aimait, et dans sa vie mystique, son Cœur ne souffre que parce qu'il aime; il souffre de n'être pas aimé. C'est ce que les saints ont si bien compris, ce qu'ils ont si bien exprimé, surtout saint Augustin, sainte Thérèse, et plus particulièrement encore cette douce et aimable sœur Marguerite- Marie, à qui Jésus a révélé les secrets les plus profonds de son amour et de ses douleurs.
Il est donc bien essentiel de demander à Notre-
Seigneur la grâce d'aimer, si nous ne pouvons pas encore bien comprendre le langage de ces âmes pures et brûlantes. Saint Augustin le disait : * Il faut aimer, sans cela on ne saurai! parvenir à goûter ces choses : » Da mihi amantem et sentiet quod dico. Combien de fois, depuis que nous avons commencé à écrire, nous avons demandé à Dieu cette grâce pour le pieux lecteur et pour nous-même aussi! Mais c'est surtout au moment où nous allons entrer dans la partie la plus sublime et la plus mystérieuse de ces belles révélations, que nous éprouvons le besoin de répéter cette prière.
Nous ne devons citer ici que les premières paroles, celles qui nous font connaître l'amour et la douleur du Cœur de Jésus, réservant pour un autre jour celles qui nous déclareront ses désirs les plus intimes et ses promesses.
« Étant, dit cette sainte âme, devant letrès- « saint Sacrement, un jour de son Octave, je « reçus de mon Dieu des grâces excessives de « son amour. Et me sentant touchée du désir de « quelque-retour, et de lui rendre amour pour « amour, il me dit : Tu ne peux m'en rendre un «plus grand qu'en faisant ce que je t'ai déjà u tant de fois demandé, et me découvrant son a divin Cœur : Voilà ce Cœur qui a tant aimé
« les hommes qu'il n'a rien épargné, jusqu'à <( s'épuiser et se consumer pour leur témoigne) « son amour; et pour reconnaissance , je ne (( reçois de ta plupart que des ingratitudes, par « les mépris , irrévérences , sacrilèges et frai- « deurs qu'ils ont pour moi dans ce sacrement a d'amour. . . c'est pour cela que je te demande, « etc.. »
Ce sont les paroles sacramentelles dans le sujet, s'il est permis de s'exprimer ainsi... celles que nous ne pourrons répéter trop souvent dans ce livre, et que nous ne pourrons jamais assez méditer; mais, pour les bien comprendre et les interpréter, il faudrait avoir vu, comme cette sainte, Jésus et son Cœur! il faudrait l'avoir entendu, comme elle.
Voilà pourquoi il est vraiment impossible même aux artistes les plus religieux, de représenter Jésus adressant cette parole à son épouse bien-aimée : elle seule pourrait nous dire comment la douleur et l'amour se peignaient dans tous ses traits, dans ses regards surtout et dans le son de sa voix. Il faut mettre de la fhmme dans ses yeux, il y faut aussi des /armes; il aime, il souffre, c'est tout le secret et le sentiment de ce divin Cœur. Mais qui pourrait comprendre ces mystères, ces excès d'arnour? Qui
surtout pourrait lès traduire en aucune langue, ou les rendre sur la toile fidèle?
Lorsque le grand Paul descendait des Cieux, il semble qu'il aurait pu parler des merveilles qu'il y avait vues, et révéler au moins quelques paroles qu'il y avait entendues... Non, c'était impossible. Dans la langue de la terre, il n'y avait pas d'expressions pour dire ce bonheur, pour en donner même la plus légère idée; il ne pouvait parler; il n'aurait pu être compris. Eh bien ! il en est de même pour les sentiments de l'amour infini de Jésus, et les douleurs immenses de son âme. Celle à qui ce Dieu a parlé, à qui il a montré son Cœur et révélé ses secrets, la Sainte a bien essayé de nous dire quelques mots de ce profond mystère, mais il faudrait aimer comme elle, pour entendre ce langage divin et goûter ces choses ineffables : Arcana verba.
Nous ne nous arrêterons donc pas à commenter ces paroles sacrées; mais nrnis ^prierons le lecteur de les relire et de les méditer. Seulement Vdous désirons attirer se» attention sur les derniers mots de la révélation : ils ne pourront manquer de frapper tout esprit sérieux, qui voudrait entrer dans le sentiment vrai de ta dévotion au Sacré Cœur. .. Je ne reçois, dit Jésus, de la plupart des hommes que des ingratitudes par
les mépris, irrévérences, sacrilérjes et froideurs. N'est-il pas étonnant, en eifet, que ce Dieu ait suivi cette gradation singulière? Car enfin, nous ne pouvons croire que ces mots aient été placés au hasard sur les lèvres de Jésus-Christ, ni sous la plume inspirée de la Bienheureuse.
Jésus parlait de l'abondance de son Cœur, et son épouse bien-aimée n'a pas oublié cet ordre admirable dans ses plaintes, et l'expression de ses douleurs : m mépris, irrévérences, sacrilèges, froideurs »; comprenez-vous, encore une fois? Il ne donne son Cœur, il ne parle que pour nous révéler ces grands mystères de douleurs, Ut sciant!... Eh bien! ce qui fait le plus souffrir Jésus, ce qui blesse plus cruellement son Cœur, ce ne sont pas les mépris des étrangers, qui ne le connaissent pas, ni les irrévérences des impies qui l'outragent, ni les sacrilèges des pécheurs qui le livrent à la mort dans un cœur impur, ce sont les froideurs des âmes qu'il a comblées des marques de 6a tendresse, et qu'il appelait à son amour : la froideur, la tiédeur de ses amis, de ses disciples, de ses prêtres, de ses épouses.
Ah! voilà ce qui le fait souffrir, ce dont il se plaint plus amèrement, car il ajoute : Mais ce qui m'est encore plus sensible, c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent
ainsi. Et quoi de plus juste, et môme de plus naturel? Vous aussi, vous seriez plus affligé d'un manque de délicatesse, d'un simple oubli, d'une marque d'indifférence de la part d'un ami ou d'un frère, que des outrages même les plus grands que vous auriez reçus d'un étranger ou d'un ennemi.
Vous ferez aujourd'hui l'amende honorable, avec cette intention toute spéciale de consoler le Cœur de Jésus de la douleur qu'il a éprouvée de la part de ceux qui devaient l'ai mer.
DÏX-BEPTIÈME .101 R.