L'AGONIE DU TABERNACLE
Que ferons-nous donc pour le consoler? Non-, viendrons prier et pleurer avec lui, et surtout à l'heure des sacrifices ; nous offrirons le sang et les larmes de cette grande victime pour les pauvres pécheurs. La voix des crimes s'élève et demande vengeance; mais le sang de l'agneau parle bien plus haut, et criera miséricorde. La voilà cette hostie vivante qui tombe frappée à mort sur l'autel du Très -Ha ut : Vidi agnum tanquam occisum. (Apec, v, 6.) Venite, adoremus, ploremus coram Domino : Venez, adorer et pleurez au pied de son tabernacle.
IV. \J agonie, au saint autel, est, comme au jardin des Oliviers, la plus cruelle des quatre souffrances du Cœur de Jésus. Il ne peut y avoir rien de plus amer dans le calice mystérieux de la douleur, que la pensée, la vue de l'inutilité de tout ce que l'on va souffrir pour ceux que l'on aime. On veut bien souffrir, puisque l'amour le demande, mais on veut que ce sacrifice soit utile à ceux pour lesquels on s'immole; on mourrait avec joie si on pouvait l'espérer. Mais souffrir, mourir pour des ingrats; penser et savoir que tant de dévouement ne servira de rien , c'est un tourment plus grand que celui de la mort; c'est le vé-
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rital^e supplice de l'agonie prolongée sans fin. Or Jésus, au tabernacle, voit l'inutilité de i
souffrances et de cette mort mystique; il -ait que l'effusion de tout son sang ne pourra jamais sauver ni purifier une foule d'âmes qui refuseront de venir s'y laver. Il appelle, il invite à sa table sacrée, il prie, il menace; il a fait une loi, et avec une sanction terrible, puisque c'est la peine de mort éternelle portée contre tous ceux qui ne voudront pas se rendre à son invitation, et qui n'auront pas mangé le pain de la vie. Et malgré les douces promesses qu'il nous a faites, malgré toutes les peines dont il uous a menacés, il voit la plupart des hommes qui s'obstinent à s'éloigner de lui, et des ingrats qui s'excommunient jusqu'à la mort. Et à cette vue, son Cœur brisé de douleur ne cesse de se plaindre au ciel... Qute utilitas in sanguine meo? Il répète la triste prière de Gethsémani : 0 mon Père ! éloignez de moi ce calice; et celle du Calvaire : 0 mon Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.
EL bienl oui, voilà ce que fait Jésus-Christ sur nos autels, il prie, et, pendant ces longs siècles d'agonie au tabernacle, il n'a cessé de prier, car les souffrances de son Cœur sacré ont commencé au jour même où il a institué ce grand
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sacrement et ce mystère d'amour, et elles ne finiront qu'avec le monde, puisqu'il doit y rester jusqu'à la consommation des temps; il fait ce qu il faisait dans son agonie au jardin des Oliviers, où nous l'avons vu prier et pleurer, pendant trois heures mortelles. Il prie sans cesse dans la solitude; il y priera toujours avec larmes pour les pécheurs : Semper vivens ad interpellandum pro nobis. (Hebr. vu, 2o.) Il prie de tout son Cœur, pour me servir de l'expression admirable de saint Anselme, interprétant ce texte de l'apôtre: car c'est, dit-il, à l'heure de sa Passion qu'il offrit sa prière à Dieu, mais quelle prière 1 la plus humble et la plus pressante, une prière inspirée par toute la tendresse et l'amour de son Cœur : c'est dans l'agonie qu'il priait avec plus d'instance et avec larmes. Instante jam Passione obtulit supplicationes ; id est humillimas et instantissimas orationes, cum summa devotione Cor dis et affectione, quando factus in agonia prolixius or abat.,, et etiam cum lacrymis. . . L'apôtre ajoute que cette prière du Fils de Dieu mérita d'être exaucée, que son Père l'entendit... Et exauditus est. Nos cœurs pourraient-ils ne pas en être touchés? Car, s'il prie pour nous, il s'adresse aussi à ses disciples, à ses amis.
Il nous demande d'avoir pitié de ses douleurs, de son isolement, de le soutenir dai ter-
reurs, de le consoler dans ses souffrances. I'
nous demande de répondre à ses plaintes, à désirs, et de nous efforcer, par des visites fréquentes , par des communions ferventes , de réparer tant d'outrages et tant d'ingratitudes qui ne cessent de blesser son divin Cœur.
Deus consolabitur in nobis. (II Marc, vu, 6.) Oui, Dieu sera consolé par tous ceux qui viendront à ces heures saintes pleurer avec lui ; et, comme il a récompensé au jour de sa Passion ceux qui lui ont rendu quelque service, et qui ont pris part à ses douleurs, il ne manquera pas de vous réserver ses plus douces bénédictions, si vous compatissez aux douleurs encore plus cruelles de son agonie au tabernacle. V
"Héritez encore aujourd'hui la prière au Cœur agonisant de Jésus-Christ.
VINGT -SIXIÈME JOUK.