L'AGONIE DU TABERNACLE
Jésus dans ce mystère est exposé aux quatre peines affreuses qui affligèrent son cœur à Gethsémani : l'ennui, la peur, la tristesse et l'agonie.
I. L'ennui d'abord. Dans combien de tabernacles ce divin Sauveur ne doit-il pas s'ennuyer!... Je ne puis écrire cette parole sans en être profondément surpris et affligé ;( le lecteur pieux ne pourra la lire, j'espère, sans en être bien touché i mais elle est aussi vraie qu'elle est triste. A peine Jésus est descendu sur nos saints autels, à peine on Ta renfermé dans ces petites prisons d'amour que nous appelons des tabernacles, qu'il doit commencer à s'ennuyer. Il va bientôt y rester seul ; et si souvent il sera délaissé, abandonné, oublié î II y amême beaucoup d'églises où l'on néglige d'entretenir la petite lampe du sanctuaire, cette flamme sacrée, qui devrait brûler toujours, et protester contre l'indifférence des hommes.
Vous direz peut-être qu'il y a des Anges qui l'adorent ; sans doute, et ces Anges de la paix doivent pleurer dans la solitude de nos temples et gémir sur nos ingratitudes. Mais vous save* bien que ce n'est pas pour h s Anges que notre Dieu habite sur la terre. 11 se révèle à eux dans la gloire du ciel, où les plus sublimes Séraphins
l'adorent en tremblant. C'est pour nous, pour nous seulement, qu'ii a voulu demeurer dans nos églises : le tabernacle, c'est sa maison et la nôtre 2 Tabernaculum Dei cum hominibns. . . et on le délaisse; et il y a des milliers de sanctuaires où il reste seul, seul pendant des jours et des nuits, pendant des semaines entières. Gomment voulez-vous qu'il ne s'ennuie pas?
Son Cœur se réjouit parfois et espère, quand il voit entrer dans son temple un des enfants de la terre ; c'est sans doute un ami qui vient pour le visiter... Mais, hélas! le plus souvent, ce ne sont que des âmes languissantes et sans amour; elles ne peuvent pas plus le consoler que les apôtres, qui s'endormaient auprès de lui, à l'heure de son agonie : on ne l'aime pas, on ne l'entend pas; on lui parle à peine et il continue sa prière de douleur : 0 mon Père, si ce calice ne peut s'éloigner, sans que je le boive, que votre volonté se fasse! Prolixius orabat. .. eumdem sermonem dicens : Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibamillum, fiât voluntas tuai (Matth. xxvi.)
Ah! souvenez-vous de ce pauvre solitaire du
tabernacle; allez le visiter de temps en temps
(dans ses églises les plus abandonnées) et soyez
sûr qu'il sera touché de ce que vous ave/ pensé
à lui, et qu'il vous comblera de ses grâces les
L'AGONIE DU TABEHNACLB. W
plus abondantes. Plus vous le trouverez seul et délaissé, plus il sera sensible et reconnaissant. Les saints nous ont appris ce secret de la vie spirituelle et intérieure. Ils aimaient à prier dans ces églises pauvres et désertes.
II. L&peur. — Vous comprenez déjà parfaitement cette seconde peine, et votre esprit a saisi aussitôt cette nouvelle analogie entre les douleurs de Gethsémani et les souffrances du tabernacle. Cœpit pavere. S'il y a des églises où Jésus demeure avec joie, parce qu'il est sûr d'y trouver des âmes pures et fidèles, qui viendront l'adorer et s'entretenir avec lui ; il y en a beaucoup aussi où il ne peut descendre qu'en tremblant. Il prévoit qu'il y sera bientôt délaissé, abandonné... Il sait qu'il y verra, tous les jours, des indifférents, des impies même et des incrédules. Combien de cœurs froids et languissants! que d'irrévérences et de scandales, de profanations et de sacrilèges! Et des Judas ne craindront pas de s'asseoir à la table du Seigneur, et de lui donner la mort, dans une Ame souillée par le crime... Il a peur. Cœpit pavere.
Voulez-vous le rassurer et le défendre? Qu'il trouve dans votre cœur l'amour sincère, la foi vive et la générosité des sacrifices : il sera bien
consolé; et il vous bénira, il pliera pour VOUA dans le silence du tabernacle; car c'est dans c< moments de crainte qu'il attend, qu'il appelle et qu'il cherche, selon l'expression du prophète, un ami pour pleurer avec lui : Sustinui qui simul contristaretur. (Psal. lxviii, 21.)
III La tristesse du Cœur de Jésus au tabernacle va jusqu'à la mort, comme au jardin des Oliviers, Tristis est anima mea usque ad mortem. Il a, dans bien des circonstances, révélé la cause de ce chagrin amer; et c'est toujours la même qu'à Gethsémani : je veux dire le poids de nos péchés qui pèse sur son Cœur divin, et qui le brise... Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi... Yoici l'agneau de Dieu, voici l'agneau qui porte les péchés du monde... et il succombe écrasé sous le poids de toutes les iniquités de la terre. Il porte les péchés de ses Prêtres et de son peuple ; et il ne cesse de demander pardon, et d'implorer la miséricorde, par la vertu même de son sang précieux, qui coule incessamment sur la pierre sacrée des autels. Semper vivens ad interpellandum pro nobis. (Hebr. vu, 25.) Sa prière est toute de larmes, et son Cœur victime d'amour répandra pour nous ce sang précieux jusqu'à la fin des siècles.