PS. XL
Il ne nous reste plus que trois jours de ce mois do grâces, et nous aurions encore tant de beaux sujets à méditer, tant de titres et tant de vertus 1 Nous tâcherons de resserrer tellement, dans ce petit Triduum, la matière d'une quatrième et dernière neuvaine, que, sans donner plus d'étendue aux exercices de chaque jour, le pieux lecteur puisse y trouver un fonds abondant et ^ facile pour trois méditations. Nous aurons à considérer d'abord les trois abîmes des cœurs; puis les trois cultes du Cœur de Jésus, et en lin les trois Cœurs de Jésus, Marie, Joseph.
Nous cummencerons donc par le6 trois abîmes.
Le Cœur adorable de Jésus est : I. Un abîme
»6 VINGT-IiriTIfvUE JOUR,
de perfection. II. Un abîme de douleur. IN. Ur» abîme d'amour...
Le cœur de l'homme est un abîme de misères et d'ingratitude ; — mais l'abîme appelle l'abîme : nous devrions nous plonger, nous perd à jamais dans ce divin Cœur. Abyssu* abygsum mvocat.
I. Et d'abord le Cœur de Jésus est un abîme de perfection ou de sainteté infinie; sans doute, puisque c'est le Cœur d'un Dieu-Homme:. Déjà cette pensée a été touchée dans ce livre; mais elle va désormais nous apparaître dans toute sa lumière, si nous n'avons pas été initiés en vain à ces études saintes.'. Il est évident que le Cœur d'un Dieu-Homme doit renfermer tout ce qu'il peut jamais y avoir de bon, de tendre, de noble, de généreux, de dévoué dans un cœur d'homme ; mais il n'est pas moins certain que toutes ces qualités et ces vertus doivent être dans ce Cœur, ennoblies, agrandies de toutes les perfections de la divinité même. Le cœur de l'homine, c'est tout l'homme; mais le Cœur d'un Dieu, c'est la sainteté et la vertu de Dieu.
Ahl qui pourra sonder la profondeur, la largeur , l'immensité de cet abîme ? C'est le temple le plus auguste, le Sanctuaire le plus
sa'nt, le plus sacré de la divinité, c'est le tabernacle de l'amour 1 C'est le ciel des cieux, le trône ineffable de l'éternelle sagesse, la source inépuisable de tontes grâces, le centre adorable de tout bien, l'océan insondable de toutes les perfections. 0 altitudo divitiarum ! s'écrie le grand Apôtre, ô trésor infini des richesses et des gloires d'un Dieu ! Quel cœur eut jamais des pensées plus sublimes, des sentiments plus élevés, des dévouements plus parfaits, des sacrifices plus entiers que le Cœur de Jésus, le Cœur d'un Dieu! 0 altitudo!... Qui pourrait voir cet abîme de bonté, de sainteté, de perfections, et ne pas s'y plonger aussitôt?... Qui pourrait ne pas aimer ce Dieu et le Cœur de ce Dieu?...
II. Abîme de douleur. — Le Cœur de Jésus a tant souffert, qu'il est impossible de compter ses plaies et ses larmes. Le saint Prophète compare à une mer immense les souffrances de notre Sauveur; et si vous voulez seulement parcourir l'histoire de sa vie et de sa mort, vous verrez qu'il n'y a jamais eu de douleurs semblables à ses douleurs. Trois grands fleuves y coulaient sans cesse, et versaient leurs flots amers dans cet océan sans fond... C'est la figure des peines
diverses qui sont devenues le triste héritage de la vie : peines du cœur, peines de l'esprit, et souffrances du corps. — Voyez ce qu'il a souffert dès son enfance, et dans l'exil, — ce qu'il a souffert de ses ennemis, de son peuple ingrat, — ce qu'il a souffert même de ses amis, qui l'ont abandonné, renié, trahi. O altitudol
Pour avoir comme un résumé de tant de douleurs, vous pouvez dans cette méditation nonseulement vous aider du livre de la Passion, mais abréger encore ce récit, en mettant sous vos yeux, en touchant, pour ainsi dire, de vos mains et en baisant avec respect tous les instruments de ses supplices : ils vous rappelleront les principales souffrances de notre Sauveur. Ainsi, la croix, la couronne d'épines, les clous, les verges, les deniers, la tunique sainte, le manteau d'écarlate, le roseau, la colonne, la lance, le tombeau. .. Puis, vous vous rappellerez les noms seulement de tous ceux qui le firent souffrir : Anne, Caïphe, Pilate, Hérode , Barrabas , Pierre , Judas ; ou bien, les lieux témoins de ses plus grandes douleurs : le jardin des Oliviers, le prétoire, la prison, le Calvaire ; ou bien encore la nature de ces peines si variées, si nombreuses et si cruelles : l'ennui, la peur, la tristesse, l'agonie, les délaissements, les calomnies, les perfidies, les trahi-
^qns, les faux témoignages et la sentence de mort. En un mot, il a connu toutes les peines ; il ii [tassé par toutes 1rs épreuves ; c'est l'homme de ■ louleurs : mais c'est dans son Cœur que se sont précipités à torrents tous ces flots d'amertume : Magna velut mare contritio tua. (Thren. n, 13.) 0 altitudol 'Et qui pourrait ne pas être attiré, entraîné au fond de cet abîme? Qui pourrait résister encore et ne pas s'y plonger, c'est-à-dire, qui pourrait ne pas aimer ce Cœur d'un Dieu?
III. Abîme d'amour. — Ce Cœur infiniment aimable nous a aimés infiniment; In fincm dilexit. Nous avons vu comment il nous a révélé ses tendresses : quels regards et quelles larmes! quels soupirs et quels transports!... sous quels traits il nous a peint les sentiments de son âme, et surtout par quels sacrifices il nous a prouvé son amour! Il ne faut plus revenir sur ces grands témoignages d'une bonté sans bornes. Mais arrêtez vous à contempler le symbole même de son divin Cœur, et tâchez de mieux comprendre ce que signifient les flammes qui 1 environnent et qui le consument. Ce feu sacré ne peut être autre que celui qu'il est venu jeter sur la terre et qu'il désire voir prendre partout. Ignem vent mittere in terram, et quid volo nisi ut accendatur?
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(Luc. xii, 49.) Jamais il n'a cessé de briller luimême de ce feu d'amour. Il a aimé les sien-, i) a aimé son peuple ; il a aimé ses ennemis jusqu'à la fin, tous, ses juges, ses bourreaux, et même le perfide Judas. Il a demandé leur pardon; il a prié, il a souffert, il est mort pour eux. 0 altitude*! ô abîme I...
Mais le plus grand excès de cette divine charité, le prodige par excellence de l'amour, c'est le mystère de la Gène, le divin sacrement de l'Eucharistie. Là est le vrai triomphe de l'amour même sur le Cœur de notre Dieu ; et, tout Dieu qu'il est, il ne pouvait en faire davantage, puisqu'il se donne lui-même tout à nous, sans partage et sans retour... Il ne s'était réservé qu'un seul et dernier moyen, et l'amour l'a porté à le prendre, mais c'est la dernière ressource pour se faire aimer; c'était de nous donner son Cœur même, et il l'a fait : Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes... O altitudo! ô mystère! ô prodige de charité! Encore une fois qui pourrait voir, contempler cet abîme sans se sentir attiré, sans vouloir se jeter, se plonger dans cet océan de flammes , pour y être à jamais consumé d'amour? Abyssus abyssum invocat. Oui, nous devrions aimer le Seigneur notre Dieu, et son fils Jésus, le Sauveur du monde.
Comme il y a dans les cieux une loi sublime et universelle, la loi des attractions pour régir ces grands corps lumineux qui marchent avec tant de régularité dans les espaces; ainsi, pour lésâmes et le cœur des hommes, il y a une loi divine et invariable qui devrait diriger leurs mouvements. Voici cette loi dans sa plus simple expression : l'amour attire l'amour; or l'amour, c'est Dieu, Deus charitas est... Tous les cœurs devraient tendre vers ce centre, se laisser entraîner par cette force et se plonger dans cet abîme. Vous comprenez ; c'est comme si j'avais dit que tous devraient aimer, -adorer le divin Cœur de Jésus. Mais, hélas ! combien cette loi glorieuse est méconnue 1 et si, après avoir jeté un regard sur les abîmes de ce Cœur sacré, nous venons à contempler l'abîme du cœur humain, nous serons effravés: car c'est un abîme de misères et d'ingratitude. Que cette vue nous humilie d'abord, et puis, sans nous laisser abattre, nous nous adresserons à notre Dieu , qui seul peut nous sauver, par la miséricorde de son Cœur adorable .
1° Et d'abord, le cœur de l'homme est un abîme de misères. Il y a Là une source impure de tous les vices et des pins tristes passions. Dès les premiers jours de la vie, on en voit le prin-
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ripe et, le germe au oœur des petite i nfants. On
peut dire en ce sens qu'ils sont néfl tous enfants de colèrô ... Et puis bientôt, dans la jeune
le niai déborde avec la rapidité d'un torrent qui détruit et ravage tout. Oh ! qui n'a vu ses orages, qui n'a déploré ses heures de tempête?? .. Après avoir gémi de ce premier délirt a Des emportements de cet âge sans expérience, on verra la vie entière de l'homme passer comme un nuage sombre, et finir dans une sorte de nuit fatale pour tout ce qui tient à Tordre des idées célestes et éternelles... Le cœur de l'homme, donné à la terre, n'aimant plus que la terre, devient de la terre, et n'a pas même conservé un souvenir de sa patrie, ni une aspiration d'en haut, ni un désir d'une meilleure vie, ni une espérance de bonheur ou d'amour éternel. — O altitudo /. . . ô abîme !
Il y aurait pourtant une ressource encore et un remède à ce malheur. Cet abîme de misères pourrait être comblé en un instant... O hommes pécheurs ou indifférents, qui que vous soyez, Redite^ prœvaricatores , ad Cor (Isa!, xlvi, 8), revenez tous au Cœur de votre Dieu. L'abîme de la miséricorde appelle et va remplir l'abîme de la misère... venez. C'est là que le Seigneur est grand, c'est là que coulent les fleuves pro-
fonds, immenses et abondants de tontes grAr» s. Sohimmodo ibi magnifiais est Dominas noster : locus fluviorum, rivi latissimi et patentes. (Isa!, xxxin, 21.) Jetez-vous dans son Cœur!...
2° Le cœur de l'homme est surtout un abîme d'ingratitude. Prévenu par la tendresse d'un Dieu si bon, et qui a pris les titres les plus doux de père, de frère, d'ami, de mère, comblé de tant de grâces, racheté par le plus pur sang de cet aimable Rédempteur, et si souvent nourri de sa chair sacrée, l'homme n'a pas d'amour pour Jésus; il oublie, il méprise ses bienfaits; il lui refuse son cœur. Non-seulem'em il résiste a sa loi d'amour; mais il va jusqu'à L'outrager dans les mystères mêmes de son infinie charité. . .
Les ingrats ! dit Jésus, se plaignant à son Père, et à nous-mêmes, si nous voulons l'écouter ; ils m'ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour mon amour : Posuerunt adversum me malapro bonis, et odiunipro dilectionemea. (Ps. cvm,4.) Il est né pour nous dans une étable ; il est mort sur une croix; il devient notre nourriture danson mystère; il nous a donné son Cœur : Sic nasci, sic mori voluit qui voluit arnari! Ainsi a voulu naître et mourir un Dieu qui voulait être aimé... VX on ne l'aime pas; son Cœur est abreuvé d'ingratitudes par la plupart des nom-
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mes... 0 ah/hidol... ô abîme, abîme de désolation et d'abominations !...
Il n'y a plus qu'un seul moyen de salut, ô pauvres pécheurs! Redite, prœvarica tores, ad Cor, revenez au Cœur de votre Dieu, allez voua cacher dans cet asile de miséricorde. Repondez donc, abîme: à l'abîme par un cri d'amour et d'espérance. Répondez par un cri de larmes* Consacrez-vous à ce divin Cœur, et priez-le d'avoir pitié de vous et de tous les pécheurs du monde. Abyssus abyssum invocat. . . que l'abîme infini des miséricordes célestes absorbe l'abîme des misères profondes de la terre. Priez pour ceux qui ne prient pas , aimez pour ceux qui n'aiment pas!
C'est aujourd'hui surtout qu'il faudra terminer votre méditation par la prière fervente de l'amende honorable, et la consécration au Sacré Cœur de Jésus.
VINT.T-NEUVIÊME JOUR.
Prœhe, fili mi, Cor tuum mihi.
Mon fils, donne-moi ton Cœur.
(Prov. xxih, 26.)
Si Dieu nous a donné son Cœur, ce n'est que pour avoir le nôtre; Jésus ne nous a tant aimés que pour être aimé de nous. Aimer, c'est donc le dernier mot de la dévotion au Cœur Sacré de Jésus. Il l'a dit lui-même, toutes les fois qu'il daignait parler à sa fidèle épouse, à la Bienheureuse Marguerite-Marie^ Nous n'avons pas eu d'autre pensée, d'autre dessein dans ce petit /ivre : faire connaître ce divin Cœur, pour le faire aimer : Ut sciant/
v Représentez-vous en ce moment, et^pour tout le temps de cette méditation? votre aimable Rédempteur; il est devant vous, tel qu'il se montra à cette âme pure et ardente; il vous regarde avec bonté, et il vous adresse cette parole à vous-
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même : Voilà mon Cœur qui a tant aimé... mais (]oiine-moi le tienAmon fils, »!oune... Prtfbe, fili mi, cor tuum mihi. Et répondez-lui aussitôt : Prenez-le, Seigneur, et tout ce que j'ai, ma liberté, mon intelligence, tout : Suscipe Douane... c'est l'acte sublime de charité, c'est tout ce qu'il demande, d'être aime.
Ce sentiment d'amour doit avoir trois effets ou conditions: en d'autres termes, la dévotion au Sacré Cœur de Jésus renferme essentiellement trois sortes de cultes : I. Un culte d'affection ou d'amour. II. Un culte de réparation ou de larmes. III. Un culte d'imitation:- Vous le voyez, ce serait facilement aussi le sujet de trois exercices; mais nous allons resserrer toutes ces vérités en une seule méditation, que vous regarderez comme une des plus importantes et des plus pratiques de ce mois.
I. Un culte d'amour; si vous avez lu attentivement, si vous avez compris et retenu ce qui a été dit dans les exercices précédents, il vous suffira de quelques mots pour entrer dans cette pensée. Aimer, c'est la fin de cette belle dévotion ; et que dit à notre âme le symbole même de l'amour que Jésus-Christ nous a révélé, ce Cœur enflammé qu'il nous donne, si ce n'est d'aimer?
De quoi se plaint-il, si ce n'est de n'être pas nimé? C'est le précepte nouveau, Mandatumnovum, c'était déjà toute la loi ancienne : Diliges!
Mais comment pourrons-nous lui témoigner notre amour? Et que demande-t-il de ceux qui l'ai ment? Il l'a dit, il l'a révélé directement à sa fidèle épouse, et nous devons résumer ici, en quelques mots, l'expression touchante de sa volonté. L'amour est dans les actes, il se prouve par les dévouements, les sacrifices; mais Jésus est si peu exigeant, il se contente de si peu ! . . . Voyez : il ne demande qu'une pensée, un souvenir, un jour de fêtel — Il y a une foule d'ingrats qui ne pensent pas à lui; il veut qu'on y pense. La plupart oublient ses bienfaits, ses souffrances et sa mort; il désire qu'on s'en souvienne. On le delaisse, on l'abandonne; il demande qu'on vienne le voir quelquefois, le visiter de temps en temps. — On refuse, on rejette ses plus douces invitations; on déserte sa table sainte; il presse, il ordonne, pour qu'on vienne s'y asseoir et manger son pasn sacré. — Ou l'outrage même dans ce divin sacrement; il y a bien des cœurs froids et tièdes, il yen a de perfides et de sacrilèges, il y a des Judas ; il désire, il demande des cœurs purs, des cœurs fidèles, généreux, et qui l'aiment.
Votre culte d'amour, pour être tiic