LES TROIS CŒURS - JÉSUS. - MARIE. — JOSEPH
Invenisti Cor ejus fidèle.
Vous avez trouvé son Cœur fidèle.
(II Esdr. ix, 8.)
Nous nous proposons de terminer tons nos exercices par une méditation bien simple sur les sympathies merveilleuses des Cœurs de Jésus, de Marie et de saint Joseph. Ce sujet nous donnera l'occasion de résumer en peu de mots quelques pensées vraiment utiles sur ces trois Cœurs,- et ce n'est pas sans peine que nous aurions terminé ce livre, sans y avoir parlé de Marie et de son glorieux époux. Il nous semble même que, si nous pouvons parvenir à montrer sur quoi reposent ces sympathies admirables, ce sera ud des moyens les plus efficaces poi faire encore mieux connaître et aimer le Cœur de Jésus.
Nous allons donc voir comment ces trois
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Cœurs ont été fidèles dans Les m Dtimente mutuels des plus douces et des plus vives affections de famille. Tout est dans ce mot; et personne n'ignore que les relations de cette nature ne demandent réellement que l'union parfaite des cœurs, et que de cette union dépend le bonheur de tous les membres qui la composent. Or quelle famille a jamais pu être comparée à la famille sainte ? Où trouver une vie plus parfaite et plus douce qu'à Nazareth?
I. Commençons par quelques mots seulement sur le divin enfant qui faisait le charme de cette sainte maison. Que devait-il être pour Marie sa mère, et pour Joseph, son père nourricier? Quelle tendresse ! quelle reconnaissance ! quel Cœur ! pour me servir de ce mot simple et familier, mais qui convient si bien à notre sujet. — Lorsque la Vierge mère portait Jésus dans ses bras,-lorsqu'elle le nourrissait de son lait virginal* le Cœur de l'Enfant-Dieu était si près du Cœur de sa mère 1 oh ! comme ils devaient se comprendre et palpiter d'un môme sentiment ! — Et lorsque Joseph, à son tour, prenait cet enfant et le berçait doucement, pour l'endormir sur sa poitrine, comme ces deux Cœurs battaient à l'unisson 1 et comme tous les deux, Marie et
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Joseph, pouvaient répéter à cet enfant qu'il était leur seul et véritable trésor, le Dieu de leur cœur ! Deus cor dis meiî
Voilà pour la plus tendre enfance, et avant même que ce Dieu fait homme eût commencé à manifester autrement les sentiments de son Cœur. Que dire maintenant de son premier sourire, de sa première parole, et de ces regards aussi tendres que pénétrants, qui révélèrent à Marie et à Joseph sa tendresse et son amour? Et plus tard, que dire de ces entretiens intimes et des épanchements si doux de l'Enfant avec sa mère, ou du petit apprenti de Nazareth avec celui qui était vraiment son maître, son patron, et son père nourricier? Ils s'aimaient tous les trois si parfaitement, ili étaient si unis de cœur, que la pensée seule et la crainte de pouvoir être séparés, étaient pour Marie et pour Joseph la cause d'une immense douleur; comme ils le dirent et le prouvèrent si bien par leurs larmes, le jour où, Jésus étant resté à Jérusalem, ils purent un instant croire qu'ils avaient perdu le Dieu de leur cœur : Deus cor dis met.
Le Cœur de Jésus a été fidèle dans ses affections envers Marie et Joseph, jusqu'à la fin. — Pour Joseph, à l'heure même de sa mort : Jésus et Marie l'assistaient, le cous- laient; Marie par
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sa prière et par ses larmes, Jésus par les «oinn les plus tendres, et par l'espérance des cieui qui devaient bientôt s'ouvrir à ses regards. — Et pour Marie, du haut même de sa croix, Jésus lui donnait un dernier regard, un dernier adieu, une dernier*; parole, qui est un véritable testament d'amour. Qu'il nous suffise de répéter ces trois mots : il était le Dieu de leur Cœur, Deus cordis met, et jamais il n'y a eu dans un cœur d'enfant autant d'amour et de tendresse que dans le Cœur de ce Dieu. — Seuls Marie et Joseph ont pu dire à la lettre ce que les âmes ferventes aiment à répéter :
Je possède en tout temps et j'emporte en tout lieu Et le Dieu de mon cœur, et le Cœur de mon Dieu.
IL Hâtons-nous de parler du Cœur de Marie, de ce Cœur fidèle qui a toujours fait le charme et les délices du Cœur de Jésus. Le Cœur de Marie, c'est le temple sacré, le sanctuaire ineffable et le tabernacle de la divinité même; c'est le berceau d'amour où un Dieu-Enfant reposait et la source pure et féconde où il puisa la vie.
Mais, afin de mettre un peu d'ordre dans ce' sujet, tout en nous efforçant de l'abréger, nous ; considérerons seulement les deux grandes passons du cœur, la joie et la douleur, et nous ver-
rons que le Cœur très-pur et immaculé de Marie, dans ces deux sentiments, a toujours été nonsnilement fidèle et sympathique, niais intimement uni au Cœur de Jésus, son fils.
1° Et d'abord, dans la joie de l'espérance, comme dans le bonheur de la possession même, de quels transports le Cœur de Marie ne fut-il pas pénétré ? Avant le mystère de l'Incarnation, elle ne cessait de faire les prières les plus ardentes, pour appeler la rosée des cieux. Si Abraham et les autres Patriarches avaient tressailli dans l'attente de ce beau jour, si Daniel par ses désirs a pu abréger les temps, avancer les semaines et presser les heures, que dirons-nous de la Vierge qui devait enfanter ce Dieu d'amour?
Mais, quand le grand mystère s'est accompli, lorsque le Verbe fait chair reposait sur le Cœur immaculé de sa mère, comme dans un berceau ; et lorsque, dans la grotte de Bethléem, elle vit de ses yeux l'Enfant qui venait de naître, le Dieu, son fils, qu'elle portait et nourrissait sur ce même Cœur); il n'y a pas de langue au ciel ni sur la terre qui puisse exprimer de quels sentiments il était animé, transporté. Les mères sont si heureuses auprès du berceau d'un premier-né ; et ici c'est la mère d'un Dieu 1
Et pendant, les trente années de la vie cachée
et tout intime de Nazareth, si vous entrez bien dans cette méditation, quelles scènes plus touchantes les unes que les autres ne verrez-vous pasl Et quelles sympathies ne trouverez-vous pas dans les Cœurs de Jésus et de Marie, soit qu'ils s'unissent pour prier ensemble, soit qu'ils s'entretiennent doucement des myslères les plus secrets du royaume de Dieul
Puis, dans le cours de la vie publique de Jésus, ce furent encore de nouveaux sujets de joie plus profonde pour le Cœur de sa mère... soit qu'elle entendît ses discours célestes, qui faisaient dire à une femme d'Israël, jalouse sans doute d'une si grande gloire : « Heureuse celle qui vous a nourri ! » soit qu'elle fût témoin des miracles qu'il faisait à chaque pas, pour prouver sa tendresse et sa miséricorde! Sans doute même que ce fut souvent à la prière de sa mère» euérie que Jésus opérait ces merveilles, comme à Cana de Galilée... Dans toutes cescirconstances, il est comme impossible de concevoir les allégresses de son Cœur maternel et les sympathies de ses sentiments avec le Cœur sacré de son fils.
2° Mais il vous sera encore plus doux et plus facile de méditer sur les douleurs de cette tendre
mère. C'est en effet dans ces cruelles épreuves de la vie que le Cœur de Marie, toujours fidèle, aura montré une plus vive et plus parfaite conformité aux pensées du Cœur adorable de son divin fils.
Même avant la Passion de Jésus, comme elle «avait par la lecture des Prophètes tout ce qu'il devait souffrir pour le salut des hommes, elle commençait à porter le glaive de douleurs, et ce glaive ne cessa de lui transpercer l'âme. Elle en fut blessée au Cœur, le jour de la naissance de Jésus dans la pauvreté d'une étable : puis, aussitôt après, ce furent les inquiétudes de la fuite en Egypte et de ce long exil; et, plus tard, la perte de cet enfant, à Jérusalem : tous ces mystères étaient déjà pour Marie , pour son Cœur si tendre et si sensible, une source de bien grandes douleurs.
Mais ce n'était que le prélude d'autres souffrances plus cruelles encore. C'est donc à l'heure de la Passion que le Cœur de Marie est vraiment entré dans toutes les tristesses du Cœur de Jésus. . Elle l'a vu, ce fils bien-aïmé, dans les horribles supplices de la flagellation et du couronnement d'épines... Elle l'a vu marcher au Calvaire et tomber sous le poids de sa croix ; elle l'a vu clouer sur cette croix; elle a entendu ses
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derniers adieux, ses derniers cris... Elle l'a vu mou ri p ! Yidit suum dulcem notum morimdo desolatum... Et, quand il était mort, elle l'a reçu dans ses bras ; elle Ta pressé sur son cœur; ellemême elle l'a déposé dans sa tombe, et elle y a répandu ses dernières larmes... Comme ses douleurs en ce moment durent égaler son amour, il est impossible de concevoir ce qu'elle a souffert; car jamais une intelligence humaine ne pourra dire ou comprendre comme elle aimait ce Dieu, qui était son fils. La fidélité de son Cœur en ce moment consistait à s'unir au sacrifice de Jésus, dont elle partageait les souffrances et l'amour, Magna velut mare contritio tua. (Thren. a, 13.) Vous n'aurez qu'à contempler en silence la mère de douleur debout au pied de la croix. Stabat mater do for osa.
Et, puisque ces deux mots nous mettent encore sur la trace d'autres sympathies admirables, nous ne pouvons résister au désir de les indiquer au moins. C'est la sympathie des titres, qui seuls suffiraient pour constater la ressemblance parfaite des caractères et par conséquent des Cœurs. Le lecteur pourra les étudier et les rappeler en plus grand nombre ; qu'il nous suffise de dire les principaux. «V* Jésus est donc l'homme de douleurs, et Marie la mère de douleurs; Jésus
notre avocat, et Marie le refuge, l'avocate des pécheurs ; Jésus-Christ le père des miséricordes, Marie la mèiv .1rs miséricordes; Jésus le bon pasteur, Marie la divine bergère, J.sus prince de la Paix, Marie la reine de la paix; Jésus le père des pauvres, Marie la mère des orphelins... etc., etc. C'est assez : mais je conjure le lecteur de continuer ces rapprochements, il y trouvera une véritable consolation et une lumière.
Il n'y a pas jusqu'aux ressemblances parfaites de ce touchant symbole des Cœurs de Jésus et de Marie, qui ne soient pour nous un gage des sympathies qui régnent entre eux. Considérezles; comme ils se ressemblent!... Tous les deux sont dans les flammes d'amour; tous les deux ont une plaie, et tous les deux aussi portent une couronne ; à Jésus la couronne d'épines, à Marie une couronne de roses; mais combien d'épines ces fleurs ne cachent-elles pas? Gloire donc, gloire au Cœur de Jésus, notre aimable Rédempteur et Maître ! Amour au Cœu r très-pur et immaculé de Marie notre mère, et la reine des Anges!
III. Nous ne dirons plus qu'un seul mot du Cœur de saint Joseph, pour ne pas prolonger cet exercice. Mais il sera bien facile au pieux Ur-
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,ietH^de suppléer à notre silence. Il n'y a qu'à suivre le môme plan, et l'on verra combien ce Cœur a été fidèle à Jésus et à Marie : Invenisti cor cjas fidèle. Jésus, pendant les premières années de son enfance, était presque toujours dam les bras, c'est-à-dire sur le Cœur de Joseph, comme son plus doux trésor : Ubi est thésaurus vester, ibiet corvestrumerit. (Luc. xn, 24.) On peut, ce nous semble, appliquer cette parole dans ce sens; et pour Marie, quelle confiance sans bornes elle avait su inspirer à son fidèle et chaste époux ! Confiait in ea cor viri sui. (Prov. xxxu, il.) Ces trois Cœurs de la famille sainte avaient absolument les mêmes pensées et les mêmes sentiments ; les mêmes goûts, les mêmes inspirations du ciel : ils s'exprimaient de la même manière, soit dans la prière à Dieu, soit dans les doux entretiens de Nazareth.
Mais il est impossible de ne pas dire un mot, un seul mot, des sympathies touchantes qui durent surtout se manifester dans ces trois Cœurs à la mort de saint Joseph. Contemplez cette image, et entrez dans l'âme de Jésus, de Marie et de Joseph, à cette heure de la séparation et des adieux suprêmes, et vous verrez comme ils g'aiment... Marie est à genoux auprès de lui ; ses regards pleins de larmes expriment sa douleui,
sa tendresse, sa reconnaissance ; Jésus soutient doucement la tête de Joseph, et la repose sur sa poitrine, sur son Cœur, dont il lui révèle les vives émotions et les regrets; mais, de l'autre main, il lui montre Je ciel où il sera bientôt couronné. Joseph, en silence, porte ses regards tantôt sur Marie, cette fidèle épouse, et tantôt sur Jésus, son iils et son Dieu... Mais avec quels sentiments de soumission parfaite , de paix et d'amour, qui tempèrent l'amertume de la séparation et de l'agonie !
Appliquez encore ici la règle que nous avons donnée. Pour connaître un cœur," il faut qu'il parle; et les cœurs ont, pour s'exprimer, le langage des regards, des larmes, des soupirs, des transports, des dévouements et des sacrifices; et vous verrez, en suivant ces principes, que les Cœurs de Jésus, de Marie et de Joseph se sont toujours bien compris et tendrement aimés, à la vie et à la mort. Vous verrez que jamais il n'y eut, qu'il ne pourra jamais v avoir entre trois cœurs une intelligence aussi parfaite, une sympathie plus profonde, une ressemblance aussi absolue.
Ne les séparons donc jamais dans notre amour, \ et-terminons par une prière fervente aux Cœurs de Jésus, Marie et Joseph :
Jésus doux et humble de cœur, — ayez pitié ienous;
Cœur Immaculé de Marie, Cœur semblable m cœur de Jésus, — Priez pour nous ;
Cœur de Joseph, toujours fidèle à Jésus et à Marie, — intercédez pour nous.