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aurions maintenant à passer en revue les nombreux auteurs dont il invoque le témoignage, à rechercher le degré d'authenticité des citations et à juger du crédit quMl leur faut accorder'. Mais notre but est beaucoup plus modeste, et, ne désirant aborder qu'un sujet tout à fait spécial et bien limité, nous n'avons pas besoin de mentionner ici d'autres sources que celles dont Moïse s^est servi pour exposer les généalogies patriarcales.
C'est en premier lieu la Bible, que Moïse cite d'après la version arménienne, faite, pour les livres qui vont nous occuper, sur un texte grec des Septante ayant les plus grands rapports avec la recension dite alexandrine.
En second lieu vient la Chronique d^Eusèbe, traduite en arménien selon toute vraisemblance par Moïse de Khoren lui-même \ Bien qu'il ne la
1. Ce travail a été fait de main de maitre, bien qu'un peu sommairement, par A. von Gutschmid dans un mémoire intitulé : Ueber die Glaubwûrdigkeit der Armenischen Geschichte des Moses von Khoren (Berichte û. die Verhandl. der kœn. saechs. Gesellschaft der Wissenschaften zM Leipzig. Phil. hist. Classe. B. xviii, 1876, p. 1-43). — U Etude sur les sources de V histoire d'Arménie de Moïse de Khoren, par Victor Langlois [Bulletin de VAcad» imp. des Se, de Saint-Pétersbourg, t. III, p. 53i-583, et Mélanges asiatiques, t. IV, p. 293-368) est tout à fait insuffisante. — Il 7 a sur le même sujet beaucoup d'observations neuves et intéressantes dans l'article de M. A. Baumgartner : Ueber das Buch « die Chrie» (ZDMG, B. xl, 457-515).
2. Cf. Baumgartner, /. c, p. 5o3 sv. — La découverte de cette version arménienne à la fin du siècle dernier, nous a
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cite jamais et se contente de renvoyer directement aux auteurs dont Eusèbe lui fournit des fragments, c^est là la source capitale où il a puisé, le livre dont il s'est le plus inspiré. Il n^est guère permis de douter en effet que ce ne soit en étudiant la C/rronique d'Eusëbe que Moïse conçut le projet de faire remonter jusqu^aux premiers âges l'histoire d'Arménie, et de mettre ainsi sa patrie sur un^pied d*égalité avec les antiques empires de FEgypte, de la Chaldée et de l'Assyrie. Rien n'était facile, en suivant un aussi bon guide, comme de placer en regard des noms plus ou moins fabuleux des rois assyriens ' d'autres noms, tout aussi imaginaires, de chefs et de rois arméniens. On arrivait ainsi à Ninus, contemporain d'Abraham, et ce synchronisme une fois établi, la Bible était là qui donnait
donné pour la première fois un texte complet de la Chronique d'Eusèbe. A la suite de dissentiments regrettables dans la congrégation des Mekhitaristes, il en parut dans la môme année 1818 trois éditions; une en latin seulement par les soins de Zohrab et d*Angelo Mai (Milan, i vol. in-4*), deux avec le texte arménien en regard de la traduction latine et de nombreuses notes, par le P. J.-B. Aucher (Venise, 2 vol. in-4«, puis en i vol. in-fol.]. La valeur de ces éditions a été bien amoindrie par celle de A. Schœne, qui contient une nouvelle traduction du texte arménien par Petermann [Eusebi Chronicorum libri duo, Edidit A. Schœne. Berolini, t. I, 1875 ; t. II, 1866). Nous citerons Téd. de Schœne avec l'édition in-folio d' Aucher.
I. Moïse de Khoren remplace toujours le mot « assy riens » par « chaldéens n.
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une généalogie non interrompue depuis Âdatn jusqu'^au père des Hébreux.
Si Moise passe sous silence la Chronique d^Eusèbe et le parti qu'il en a tiré, en revanche il fait grand état d^une troisième source sur la découverte de laquelle il s^étend longuement. Nous abrégeons son récit : Un savant syrien, Mar Abas Katina, envoyé par Yalarsace, premier roi arsacide d'Arménie (vers i5o av. J.-C), trouva dans les archives de Ninive un écrit qui commençait par ces mots : Ce livre, traduit du chaldéen en grec par ordre d^Alexandre^ contient l'histoire vraie des ancêtres. Mar Abbas tira de ce document tout ce qui concernait Tancienne histoire d'Arménie, et porta son extrait « écrit en caractères grecs et syriens » à Yalarsace, dans sa résidence de Medzbin (nom arménien de Nisibe). La satisfaction du roi fut si grande qu^après avoir ordonné de garder soigneusement dans son palais le travail de Mar Abas, il en fit graver une partie a sur une colonne ».
Telle est l'autorité invoquée comme indiscutable par Moise de Khoren pour toute la partie de son histoire qui va de Hayk, le héros éponyme de l'Arménie', jusqu'au règne d'Arsace, successeur
I. Les Arméniens se nomment eux-mômes Hayq^ plur. de Hay \ ils regardent éomme d'origine étrangère les noms
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d'Arménie d'après l'ordre du roi Tiridaie, après les avoir relevées dans les archives royales, etc. Suit un récit qui offre une parenté évidente avec celui du Mar Abas de Moïse de Khoren, bien que celui-ci soit plus étendu. La ressemblance va parfois jusqu'à Tidentité des termes; et il n'y a pas jusqu'aux contradictions elles-mêmes ', où se trahissent la même pensée et la recherche du même but, qui ne viennent attester la communauté d'origine des deux documents.
Nous ne pouvons malheureusement procéder ici que par voie d'affirmations, et il serait trop long d'exposer en détail les raisons qui nous portent à considérer les récits de Mar Abas Katina comme appartenant au domaine de la fiction. D'autres, du reste, s'en sont chargés avant nous, et il n'y a pas beaucoup à ajouter aux arguments déjà publiés, pour ne parler que des contemporains, par Gutschmid, Patkanian * et Karakachian \
1. Par exemple, la divergence des deux textes sur Tori* gine de la famille des Bagratides et sur le degré de parenté entre Valarsace et Ârsace le Grand.
2. Les inscriptions de Van et leur valeur pour Vhistoire de l'Asie antérieure (en russe). Saint-Pétersbourg, 1881.
3. Histoire critique de V Arménie (en arménien). Constantinople, 1880, t. I (temps anciens). Il est bien regrettable que les circonstances politiques ne permettent pas, dit-on^ à Tauteur de publier la continuation de cet excellent travail qui mériterait d'être traduit dans une langue européenne.
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Mais s'il en est ainsi et si nous devons reconnaître que nous sommes en présence d'une véritable supercherie littéraire, fort excusable du reste à cette époque, Fauteur ne peut guère être que Moïse de Khoren lui-même, et l'étude critique des récits mis sous le nom de Mar Abas confirme en tout point cette hypothèse. Nous en verrons bientôt un exemple. Le fait n'est pas unique dans les annales de la littérature : au douzième siècle Gaufrei de Monmouth eut recours au même procédé pour raconter aux Normands , conquérants de l'Angleterre, l'histoire des anciens rois bretons ' . Que devient alors le Mar Abas de Medzbin, avec le fragment erratique maladroitement joint à VHistoire d'Héraclius de Sébèos ? Le document est moins complet, moins bien ordonné que l'ouvrage attribué à Mar Abas Katina, mais il est difficile de n^ pas reconnaître la main du même auteur. Bien qu^il s^exprime avec une grande réserve, Gutschmid ' nous semble avoir vu juste en considérant ce fragment comme un premier travail de Moïse de Khoren, un canevas, une ébauche quMl eut à développer dans son Histoire et qu'il rattacha tant bien que mal, plutôt mal que bien,
1, G, Paris, La littérature française au moyen dge. Paris, 1H88, p, 88 tv.
aux généalogies patriarcales dont nous allons nous occuper.
.Ajoutons, pour terminer ce trop rapide exposé, que Moïse consulta aussi directement, outre la Bible, Eusèbe et Mar Abas, la Chrono graphie de Jules TAfricain ', écrivain chrétien qui vivait au commencement du troisième siècle à la cour du roi d'Edesse Abgar VIII. Gutschmid et Gelzer estiment, il est vrai, qu^il ne connut cet ouvrage que par les citations d^Eusèbe, mais M. Baumgartner nous semble avoir mis hors de doute qu'il lui a fait des emprunts sans intermédiaire \ Nous n^avons aucun témoignage portant que la Chronographie de l'Africain ait jamais été traduite en arménien, mais Moïse, traducteur d^Eusèbe et vraisemblablement de plusieurs autres écrits, pouvait facilement consulter les livres grecs dans leur texte original.
Voyons maintenant comment notre auteur mit en œuvre ces divers moyens d'information lorsqu'il s'appliqua, au début de son Histoire^ à rattacher les origines de sa nation aux premiers temps bibliques.
1. H. Gelzer, Sextus Julius Africanus und die by:(antinische Chronographie, Leipzig, t. I (1880), t. II, i (i885]i Consulter le môme ouvrage sur la Chronique d^Eusèbe [II, p. 23-107).