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LE LANGAGE PARLÉ ET LE PHÉNICIEN

I . Une autre objection va nous mettre en face d'une autre explication, ou plutôt d'un autre fait de la plus haute importance. C'est l'objection que nous avons déjà signalée, et qui consiste à dire : dans les tablettes de Palestine, on rencontre un certain nombre de mots cananéens, et voilà l'hébreu, le vieil hébreu, qui était la langue du pays et avait atteint un développement considérable, avant qu'Abraham vînt en Canaan, etc.

Tel est le sentiment du philologue dans son cabinet, Mais tout autre est le sentiment du savant, qui vit

avec les vivants, les regarde et les écoute, et qui constate qu'en tous les pays, même de notre temps, la langue écrite diffère souvent beaucoup de la langue parlée. Pour lui une langue écrite laisse toujours transparaître quelque chose de la langue parlée dans la localité, où elle est employée. Une lettre d'affaire, un acte notarié, rédigé, aura un certain nombre de mots du terroir, différents selon que le document sera écrit en Belgique, ou à Genève ou à Marseille. A plus forte raison en était-il ainsi autrefois, alors que la langue était avant tout, et presque uniquement la langue parlée. Et M. Ed. Naville une fois de plus voit un argument pour dans ce qui est produit comme un argument contre. « Ces lettres, dit-il à propos des tablettes trouvées à Tel-el-Amarna, font bien connaître la vraie langue écrite du pays. Elles sont remplies de mots et de tournures appartenant au langage parlé. »

Dans la Genèse, les premiers cliapitres (i-xi) contiennent des mots babyloniens ; cela prouve que les tablettes originales furent écrites en Babylonie. — Les autres chapitres, n'ayant pas été écrits en Babylonie, mais en Palestine, portent la trace de la langue du pays, celle du Midi de Canaan. — Tout cela est fort logique, et ne déroute que les conceptions et les raisonnements universitaires ou académiques, en contradiction avec la réalité vivante.

Et nous voilà non plus en face d'une langue unique parlée et écrite, selon la Haute-Critique, mais, selon M. Ed. Naville, en face de deux langues, l'une écrite : le babylonien cunéiforme, l'autre parlée : le dialecte

cananéen. — Cette dualité a l'air d'être complètement ignorée par la Haute-Critique. Or elle est de la plus haute importance.

Redoublons d'attention.

2. Et d'abord que signifie le mot Cananéen? — L'archéologie préhistorique , et l'anthropologie ont précisément renversé l'idée qu'on se faisait autrefois, et que continue à se faire la Haute-Critique, des nations de l'ancien Orient. — Elles n'avaient pas d'unité politique. Les Cananéens n'étaientpas un peuple, mais une série de peuples (ou tribus), indépendants les uns des autres, avec des chefs, qui tantôt se faisaient la guerre, et tantôt se coalisaient. Ainsi en Mésopotamie ; ainsi en Palestine. Ici, une des tribus les plus puissantes était celle des Amarra. — Du temps de Josué, il est question du roi de Jéricho, du roi de Lisna, du roi de Makkéda, et de bien d'autres, car le chapitre xii en cite trente. — Doncs^parler des Cananéens, dans le sens spécial que la Haute-Critique donne à ce mot, c'est créer de toutes pièces une nation qui n'a pas existé.

3. Et qu'est-ce que le prétendu vieil héhrea ? — On a pu dire qu'à cette époque, il n'y avait pas de langues ; il n'y avait que des gens qui parlaient. Une langue portait le nom du peuple qui la parlait, quelle que fût cette langue. — L'inscription sur la croix du Christ n'était pas, comme on traduit quelquefois, « en hébreu, en grec et en latin », mais : « dans la langue des Hébreux, des Grecs et des Romains ». — Or la langue des

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Hébreux, c'est ce que nous appelons l'araméen, qui, connu déjà du temps d'Ezechias, s'était beaucoup répandu, et était parlé par Notre Seigneur. C'est en araméen que Notre Seigneur sur la croix a fait entendre le i^"^ verset du psaume xxii. Golgotha et d'autres noms cités par les Evangiles sont de l'araméen. Notre (( bébreu », doit être cherché dans le dialecte de Jada, de Jérusalem, le Jéhoudith de Néhémie, xm, 23-7/iS qu'on parlait encore à l'époque de l'ère chrétienne. Et faire du Juif, du Jéhoudith de l'époque d'Esaïe, la langue de Canaan, c'est une affirmation sans base.

[\. L'ancienne philologie, — à laquelle est restée fidèle la Haute-Critique, — commence l'étude des langues parla langue écrite, littéraire. Or il faut commencer par l'étude des langues parlées, ce qu'on appelle aujourd'hui le dialecte, le patois, et qui peu à peu est dominé par la langue écrite, laquelle n'est pas toujours née dans le pays même.

La langue n'est plus avant tout un texte écrit, c'est le parler d'hommes vivants, qui varie suivant les temps et les localités. — La langue parlée existe, bien avant d'être fixée par l'écriture. — Puis, quand l'écriture est venue, cette écriture ne se substitue pas à la parole primitive, elle n'implique ni l'abolition du langage parlé, ni même son changement (sauf chez les peuples modernes de haute culture).

I. « A cette même époque je vis des Juifs qui avaient pris des femmes asdodiennes, ammonites, moabites. La moitié de leurs fils parlaient l'asdodien et ne savaient pas parler le juif. »

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Ainsi l'allemand, langue écrite sous la forme actuelle, est généralement attribué à Luther, un habitant de la Saxe. Il s'étend de Riga jusqu'à Fribourg en Suisse. Sous la domination de cette langue unique, combien y a-t-il de dialectes divers .^^ Combien y en a-t-il, rien qu'en Suisse, encore aujourd'hui, malgré l'école et la caserne ? Et alors que devait-il en être chez les peuples primitifs ?

Conformément à ce qui se voit dans tous les pays, l'anthropologie enseigne que, en Palestine, au moment de l'établissement des Israélites, les villes, les clans, les tribus devaient avoir leurs dialectes particuliers. Néhémie, xiii, 23, 2 A, le dit formellement.

Il n'y avait ni hébreu, ni cananéen, au sens oii la Haute-Critique entend ces mots. Il y avait, à côté de la langue écrite, les dialectes parlés, populaires. — De nos jours, dans les Abruzzes, il se trouve des poètes de village, dont les œuvres dites ou chantées, composées dans le dialecte de l'endroit, ne sont jamais écrites.

5. De cette littérature orale, si l'on peut ainsi parler, dans les tribus d'Israël, il nous reste un morceau, le cantique de Débora, l'hymne de victoire, qui a surgi, par une inspiration soudaine, du cœur de la prophétesse. Et il est bien probable que l'hymne de Débora se sera transmis oralement pendant longtemps.

Ce cantique de Débora ne prouve rien quant à l'existence d'une langue hébraïque écrite. — Le 1 2 décembre 1 602 , Genève fut sauvée d'une attaque du duc de Savoie. Un liyrnne en 68 couplets fut composé,

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on ne sait par qui ; il est devenu le chant national des Genevois. Il fut composé dans le dialecte populaire, non écrit, de l'époque, et aujourd'hui, encore on ne sait comment il faut l'écrire, l'orthographier : Cé qué Ven haut, ou cé qué Vaino, ou cé qué Vaino. — Et cela se passait après que Calvin avait vécu, parlé et écrit, au moment oh Bèze prêchait et écrivait I Le cantique de Débora, c'était le Cé qué Vaino.

6. Mais enfin la langue parlée finit par avoir son alphabet. Quand parut l'alphabet cananéen ou vieil hébreu ?

Selon le père de l'archéologie égéenne, sir Arthur Evans, — et son opinion émise récemment a déjà rencontré de nombreux partisans, — l'alphabet cananéen n'est d'origine ni sémitique, ni égyptienne ; il est d'origine minoenne, crétoise.

S'il en est ainsi, c'est une troisième découverte à ajouter à celles qui ont complètement bouleversé toutes les opinions reçues par la Haute-Critique ; les deux autres découvertes sont celle (dont nous avons parlé) de Tel el Amarna et celle (dont nous allons parler plus loin) d'Eléphantis. Ce sont les hardis navigateurs minoens qui ont apporté cette écriture à Chypre d'abord, puis sur la côte de Syrie et d'Asie- Mineure ; et ainsi l'alphabet dit « cananéen ou vieil hébreu » est d'origine phénicienne.

On peut supposer que ce phénicien commença à être introduit sous Salomon, qui eut tant de rapports avec les ouvriers phéniciens pour la construction de son temple. Cette œuvre énorme nécessitait

une écriture, et une écriture facile, pour tenir les comptes. Et comme les ouvriers phéniciens dirigeaient les travaux, ils se servirent de leur écriture. Toutefois il n'y a aucun document d'aucun genre datant de cette époque. — Et c'est cent ans plus tard que l'influence phénicienne s'introduisit vraiment en Palestine, mais à la cour phénicienne d'Israël.

7. Et alors sur quels documents s'appuye-t-on pour prouver qu'il existe des livres religieux juifs en cette écriture ? Sur les quatre documents que voici.

a) Les Ostraca {pa tessons) de Samarie. — Si jamais il y a eu une cour phénicienne en Palestine, c'est bien la cour d'Omii, et de son fils Achab. La femme d' Achab, lézabel, était la fille du roi de Sidon. Elle fit tous ses efforts pour développer le culte du Dieu phénicien Baal, le Dieu introduit sans doute par son beau-père Omri. — Il y a peu d'années, M. Reisner, fouillant le palais d'Omri etd'Achabà Samarie, y trouva 75 tessons, avec les caractères de Mésa, et de l'inscription de Siloé. Ces tessons proviennent de jarres d'huile ou de vin, dont les propriétaires sont indiqués. On ne peut douter que, ayant été trouvés dans la cave du roi, ces tessons n'aient été écrits par des Phéniciens, qui, nous le savons par Hérodote, faisaient le commerce du vin. Quelle conclusion peut-on en tirer relativement aux livres sacrés des Hébreux ? Va-t-on juger de ce qu'étaient les livres des Hébreux d'après des étiquettes de marchands de vin étrangers.^

b) Le calendrier agricole de Guézer. — Il indique le

mois dans lequel chaque produit doit être récolté. Or Guézer, ville cananéenne, quipassapar diverses dominations, ne fut jamais proprement une ville juive. Dans les ruines, on a trouvé les restes d'un temple païen. Enfin elle était au bord de la plaine des Philistins, si bien que ses ouvriers agriculteurs pouvaient être des Philistins et non des Juifs. Même les contrats de propriété étaient écrits en cunéiforme ; on en a trouvé trois. — Et de nouveau qu'est-ce que ce calendrier peut nous enseigner sur les livres sacrés des Hébreux ?

c) Inscription de Siloé, vers 700 avant J.-C. (découverte en 1880). — Celle-là est à Jérusalem. Mais c'est encore une inscription d'ouvriers, cette foisci hydrauliques. L'aqueduc qui relie la source de Gihon à la piscine de Siloé, traverse le rocher, a plus de 5oo mètres de long, et fait un coude. Il était donc dilïicile à creuser. Or nous savons que les Hébreux, toutes les fois qu'ils avaient un travail de maçon, plus ou moins difficile à exécuter, — • pour le temple de Salomon, pour le temple de Néhémie, — appelaient des ouvriers phéniciens. Les Phéniciens étaient tout particulièrement experts pour ce qui touche à l'hydraulique. Quand les ouvriers, qui avaient commencé le percement de l'aqueduc des deux côtés, se rencontrèrent au milieu, ils gravèrent sur le rocher, selon la coutume qui existe encore , une inscription de six lignes . Qu'est-ce que cela prouve pour les livres^ sacrés des Hébreux? Que prouverait pour la littérature génevoise, une inscription italienne, gravée par les ouvriers italiens ayant percé le Simplon ?

d) Enfin la stèle de Mésa, la plus vieille inscription en caractère phénicien, vers 800 avant J.-C. (découverte en 1869 par Glermont-Ganneau : elle est au Louvre). — Elle n'est ni à Jérusalem, ni en Palestine, mais dans le pays de Moab, près de Dibon, la capitale, oii l'on parlait un dialecte qui n'était pas le Jehoudith, le Juif. Le pays de Mésa avait été conquis par Omri et Achab, et opprimé pendant l\o ans, par les deux rois judéo-phéniciens. Mésa raconte son triomphe sur eux, et n'ayant point d'alphabet moabite, il se sert de celui des conquérants, qu'ils avaient importé dans le pays. Donc toujours l'influence phénicienne. Et encore une fois qu'est-ce qu'elle peut bien prouver pour les livres sacrés des Hébreux? — L'on peut même se demander si cet alphabet de Mésa, de Siloé, a jamais été employé pour écrire des livres quelconques ?

Tels sont les quatre documents qu'invoque la Haute-Critique. Où est un document, un seul, vraiment juif, prouvant que la loi et les prophètes ont été écrits en Cananéen ?

8. Alors invoquerait-on le Pentateuque samaritain, celui des dix tribus P Mais, ne sait-on pas le peu de sympathie qu'il y avait entre les Juifs et les Samaritains Les Samaritains, pour bien affirmer précisément cette antipathie, cette séparation, furent obligés d'avoir leur Pentateuque, et ils l'écrivirent avec les caractères de la domination, de l'influence phénicienne, celle de la cour d'Omri et d' Achab à Samarie. Et M. Ed. Naville a cru pouvoir dire : « Le fait que le Pentateuque samaritain était écrit ainsi, me paraît la

preuve que ce n'était pas l'écriture du Pentateuque de Jérusalem. »

On n'a aucun texte, aucun document de ce vieil hébreu chez les Hébreux. Peut-on dire que les documents ont existé, mais ont disparu ? Cependant le Pentateuque samaritain n'a pas disparu. Est-ce que les Juifs auraient été moins soigneux de leur livre que les Samaritains ?

9. Ainsi nous nous trouvons en présence de deux sortes d'écritures, et de deux sortes de langages.

Au moins jusqu'à l'époque d'Esaïe, il semble bien qu'il y ait eu une écriture considérée comme ayant été à l'origine l'œuvre de Dieu, gravée par son doigt. C'était tout spécialement l'écriture cunéiforme. — La pierre de Rosette nous apprend que les hiéroglyphes étaient appelés « l'écriture des paroles divines ». Et quand il est parlé « d'écriture des paroles divines, qui sont le livre de Thoth », ou d'une inscription gravée en bleu (( par le dieu lui-même », cela signifie clairement des hiéroglyphes, que Thoth était supposé avoir enseignés à l'humanité. L'expression est tout à fait analogue a celle de l'Exode (xxxi, i8) : tables de pierre (( écrites du doigt de Dieu » . Les cunéiformes pour les Hébreux sont analogues aux hiéroglyphes pour les Egyptiens. C'est l'écriture sacrée. — L'autre écriture était appelée écriture d'homme, parce qu'elle était emjDloyée dans la vie de tous les jours. Les tessons en vieil hébreu, trouvés àSamarie, qui sont les comptes de la cave du roi, montrent clairement pour quel usage cet alphabet fut inventé. Peut-on supposer que

cette écriture fut employée pour la parole de Dieu ? Et du reste le fait qu'il est recommandé à Esaie (viii, i) de se servir « d'un burin d'homme », (c'està-dire d'écrire avec des « caractères ordinaires ») paraît bien indiquer qu'il ne les employait pas d'habitude pour écrire la parole de Dieu. Ainsi d'un côté l'écriture (( du doigt de Dieu », l'écriture sacrée; et de l'autre côté, l'écriture du (( burin d'homme », l'écriture vulgaire, qui devait être l'écriture araméenne.

10. Quant aux deux langages, l'un écrit par les lettrés, l'autre parlé par le peuple, ils nous sont attestés par les faits suivants :

a) Le siège de Jérusalem sous Ezechias (708 avant J.-C.) — Les officiers du roi prient l'envoyé de Sennachérib, Rabschaké (qui par un message à la fois insultant et séduisant — nous dirions aujourd'hui défaitiste, — voulait amollir le courage du peuple et le décider à la paix) de ne pas parler en (( judaïque », la langue que comprend le peuple, mais en (( araméen », la langue qu'ils comprennent eux \ et peu ou pas le peuple. Naturellement Rabschaké se moque de cette demande ^

1. Il en est ici comme du français et du patois dans un village de Savoie il y a cinquante ans, ou de l'allemand et du dialecte de Berne ou de Zurich. Comme le français et l'allemand, l'araméen se répandit de plus en plus, et finit par être parlé généralement en Palestine, sans faire disparaître les dialectes locaux, tels que le judaïque ou le galiléen.

2. Eliakim, fils de Hilkiah, Schebna et Joach dirent à Rabshaké : « Parle à tes serviteurs en araméen, car nous le comprenons, et ne nous parle pas en langue judaïque, aux oreilles du peuple qui est sur la muraille. Rabschathé leur répondit : Est-ce à ton maître et à toi que mon maitre m'envoie dire ces paroles ? n'est-ce pas à ces hommes assis sur

b) La découverte delà loi sous Josias.

Le chapitre lxiv du Livre des morts égyptien a pour titre : (( Le chapitre de la sortie du jour dans le monde inférieur. » Dans les papyrus les plus anciens, après le chapitre, on lit : (( Ce chapitre fut trouvé à Khmoun (Hermopolis), sur une brique d'albâtre, sous les pieds de la Majesté de ce dieu vénérable (Thoth), de l'écriture du Dieu lui-même, au temps de la Majesté du roi de la Haute et de la Basse-Egypte, Mycerinus ^ . Le fils royal Hordudef le trouva quand il voyageait pour inspecter les temples de l'Egypte. » Viennent quelques mots obscurs, qui semblent dire que quelqu'un était avec lui, et le lui lut en l'expliquant, ou le lui fit comprendre. Et le texte reprend : (( Il (le fils royal) l'apporta au roi comme une merveille, lorsqu'il vit que c'était quelque chose de très mystérieux, que personne n'avait vu, ou n'avait eu devant les yeux. »

Un autre papyrus, après le chapitre lxiv (qui est intitulé : (( le chapitre de connaître les chapitres de la sortie du jour en un seul chapitre », (c'est-à-dire (( résumé des chapitres de la sortie du jour en un seul chapitre »), porte l'annotation suivante : « Ce chapitre

la muraille pour manger leurs excréments et pour boire leur urine avec vous? Alors Rabschaké, s'étant avancé, cria à haute voix en langue judaïque et dit... » II Rois, xviii, 26-28 ; même texte Esaïe, xxxvi,

TI-l3.

I. Roi de la iv® dynastie. Les dates de ces premières dynasties sont loin d'être exactement déterminées, et varient beaucoup suivant que les auteurs adoptent la chronologie longue ou courte. La chronologie longue de Brugsch, Maspéro et d'autres, placent l'avènement do la vie dynastie vers 3700 av. J.-G. ; la chronologie courte, celle de Berlin, le place en 28/io. — Les textes du Livre des morts sont de toutes les époques, depuis la xii^ dynastie.

fat trouvé dans les fondations d'Ami Hounnou, par le chef des constructeurs d'un mur au temps du roi Ousaphaïs ; c'étaient des figures mystérieuses que personne n'avait vues ou considérées. »

Ami Hounnou est sans doute un des sanctuaires d'Héliopolis ; et Ousaphaïs était le cinquième roi de la i'^^ dynastie ^

D'après ces anciens témoignages égyptiens, et d'autres encore, c'était donc une coutume de placer des documents écrits dans les temples, soit au-dessous des statues des dieux, soit dans les fondations. Ces documents, briques ou autres, ont été plusieurs fois découverts au moment de la réparation des temples, et ceux qui les découvrent ainsi ne les comprennent pas ; car ils sont écrits en caractères qu'on ne connaît pas.

Et maintenant lisons le récit de la découverte de la loi en Palestine, sous Josias, d'après II Rois, xxii, 3, etc.

Le roi envoya dans la maison de Yahveh Schaphan, le secrétaire, en disant : monte vers Hilkiah, le grandprêtre, qu'il amasse l'argent qui a été apporté dans la maison de Yahveh... pour les achats de bois et de pierre de taille nécessaires aux réparations de la maison... Hilkiah trouva le livre de la loi de Yahveh donnée par Moïse [l'hébreu dit (( de la main de Moïse ^ ))]. Hilkiah dit à Schaphan, le secrétaire :

1. Vers 4266 av. J.-C, ou 33oo suivant le système chronologique adopté, voir p. 67, n. i.

2. Une inscription du temple de Denderah dit dans une circonstance apxalogue : « de l'écriture des suivants d'Horus ».

<( J'ai trouvé le livre de la loi dans la maison de Yahveh, et Schaplian le lut. Puis Schaphan le secrétaire alla rendre compte au roi. »

Ainsi les circonstances sont étonnamment identiques : dépôt d'un document dans les fondements, ou sous le pavé du temple ; découverte du document à propos de réparations : étonnement de ceux qui découvrent le document et ne peuvent le lire, car il est ancien, écrit en une écriture ancienne : « de la main de Moïse », (de l'écriture des suivants d'Horus).

Hilkiah ne peut pas lire. La preuve, c'est qu'il fait lire par Schaphan l'écriture qu'il ne connaît pas : preuve que c'était l'écriture ancienne, le cunéiforme. Il fait lire par Schaphan, le secrétaire royal, dont la fonction était de traduire les documents, venant d'Assyrie. Il pouvait donc lire facilement le cunéiforme.

Cependant Hilkiah a dit : c'est le livre de la loi, parce qu'il l'a trouvé dans le temple, et que, d'après la tradition, la constitution du temple et le texte de la loi vont ensemble. Cela désignait ceci.

Il y a donc lieu de conclure, s'appuyant sur les textes égyptiens, et sur l'usage en vigueur en Assyrie, que le Deutéronome a été déposé dans les fondations du temple, et que par conséquent il ne peut pas être postérieur à Salomon. — Le Deutéronome, le tout, ou la partie principale, est le résumé de la législation mosaïque, de même que le chapitre lxiv du Livre des morts, déposé dans un mur, se nomme (( les chapitres de la sortie du jour en un seul chapitre », et pourrait s'appeler « les livres de la loi en un seul livre » — un résumé.

La Haute-Critique estime que le document a été non pas trouvé, mais composé à peu près à cette époque, qu'il s'agit non d'une trouvaille fortuite, mais d'une combinaison préméditée.

La Haute-Critique nous dit que ce livre (( avait été rédigé (très probablement sous Manassé) dans l'espoir que des jours viendraient où la société des hommes de Juda pourrait accepter un tel mode de vie )). La Haute-Critique nous dit : (( La petite élite des réformateurs devait vaincre ou mourir. Josias était bien disposé. L'occasion était mûre. On impose au roi la réforme, à l'ombre du nom vénéré de Moïse. » Le problème de psychologie morale devient gênant. Et l'un des plus distingués représentants de la Haute- Critique le confesse en ces termes. D'un côté un livre (( si religieux, si hautement moral » ; de l'autre, ce livre est une (( falsification » , une (( fraude pieuse » . Est-ce que vraiment « l'effort réformateur du loyal Josias a pour point de départ une supercherie .^^ » Il faut (( reconnaître franchement ce que cette situation a de pénible et d'angoissant ».

(( Mais il y a lieu de nous dépouiller de nos idées, de nos jugements modernes. Et alors si, d'après ces idées et ces jugements, nous sommes obligés de faire des réserves sur ces procédés, pour lesquels la fin justifie les moyens, cependant nous ne suspecterons pas la sincérité de Fauteur \ »

I. Parmi les raisons internes que l'on donne pour nier l'historicité, du récit biblique, le fait qu'il contient une défense contre les femmes étrangères est loin d'être décisif ; et beaucoup plus importantes sont les raisons pour: il n'est pas question du temple, ni de l'Assyrie, tandis qu'il est fort question de l'Egypte.

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c) Enfin plus tard encore après la captivité av. J.-C.) nouvelle scène, célèbre aussi : les Lévites lisent la loi, transcrite parEsdras du babylonien cunéiforme en araméen.

(( Les Lévites expliqaaientlsiloi au peuple, et chacun restait à sa place. Ils lisaient distinctement, dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens ipour faire comprendre ce qu'ils avaient lu » (Néhémie, VIII, 7-8).

Il faut bien noter. Les Lévites ne se contentent pas de lire distinctement, car cela ne suffirait pas pour qu'on les comprenne. Ils « donnent le sens ». Or les mots étaient très clairs en eux-mêmes. Mais évidemment le peuple ne comprenait pas facilement la langue dans laquelle le texte était écrit, c'est-à-dire l'araméen. Et les Lévites traduisaient, expliquaient dans la langue parlée, ce qui se trouvait dans la langue écrite.

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