‹ Moïse et la GenèseChapitre 18 sur 34 · I. Journal de Genève, 8 juillet · texte numérisé non relu

I. Journal de Genève, 8 juillet

Moïse n'eut qu'à réécrire ces tablettes, avec les mêmes caractères.

3. Ici se place en effet la grande découverte (faite en 1887) à Tel-El-Amarna, dans la Moyenne-Egypte. Il s'agit d'une série de tablettes, de briques, couvertes d'écriture cunéiforme. Ces tablettes révélèrent un fait absolument étonnant, et totalement inconnu, à savoir que, au xv^ siècle avant notre ère, entre Abraham et Moïse, le babylonien cunéiforme était la langue écrite, en usa2:e en Palestine.

En effet les fameuses tablettes ne sont pas autre chose que les lettres écrites au Pharaon d'Egypte par les gouverneurs delà Palestine, de cette époque, gouverneurs et préfets de Jérusalem, de Tyr, de Sidon, d'Ascalon, de Gaza, etc. Le Pharaon ne comprenait pas le babylonien cunéiforme, puisque avec ses lettres tel ou tel gouverneur envoyait un targumanu, un drogman, pour la traduire. Pourquoi donc ces gouverneurs et préfets écrivaient-ils dans cette langue — , sinon parce que c'était leur langue écrite à eux, et celle de leurs administrés* ^ — Evidemment.

Or à la découverte de Tel-El-Amarna est venue s'ajouter (en 1906) celle de Boghaz Keni. C'était la ^ capitale des Hettites, en Asie-Mineure, pendant que les Israélites étaient en Egypte. Tous les documents de Bogkaz-Keni sont en cunéiforme. Il y a des séries de lettres concernant les Amoréens. H y a en particulier

I. Et pas la langue diplomatique. Car si c'eût été la langue diplomatique le Pharaon et son administration l'auraient facilement comprise.

le traité de Ramsès II, qui fut le premier persécuteur des Israélites. Ces documents sont donc contemporains de Moïse.

Enfin on a encore découvert des contrats de 65o, 647, encore en cunéiforme.

Après ces découvertes, un éminent directeur de fouilles, le D'Sellin, a écrit «que de i5ooà 1 3 5o l'écriture babylonienne était seule employée à la cour des princes de Palestine » ; que « dans les fouilles déjà nombreuses pratiquées en Palestine, aucun document n'a jamais été trouvé, qui ne fût pas d'écriture babylonienne » ; et M. Ed. Naville conclut : « De l'époque précédant la conquête de Canaan jusqu'au VII*' siècle, nous trouvons en Palestine des documents cunéiformes, en langue assyrienne et babylonienne, qui était la langue littéraire, celle des lois et de la religion, et qui différait, jusqu'à un certain point, de la parole, de l'idiome du peuple. ))

4. Moïse écrivait donc dans l'écriture de son temps, — que du reste il avait pu apprendre (s'il ne l'avait pas sue autrement), à la cour de Pharaon, « dans toute la sagesse de laquelle il avait été élevé », auprès des scribes, des (( drogmans », qui y fonctionnaient.

Le cunéiforme était l'écriture des lois. Et Moïse n'ignorait sans doute pas les textes d'Hammurabi, auxquels il a peut-être fait certains emprunts * .

Que Moïse ait réécrit les tablettes en cunéiforme, qui lui venaient d'Abraham, c'est ce que semble indi-

I. Il est possible que Moïse sût qui était Hammurabi, et que ce fût à ses yeux le législateur par excellence.

lik LA THÉORIE LINGUISTIQUE DE M. ED. NAVILLE

quer certains détails du début, qui trahissent l'auteur vivant en Egypte. — Et c'était bien à peu près l'opinion d'Eichhorn, le « père de la Haute-Critique », qui disait, en parlant de V Exode, du Lévitique et des Nombres. (( Les apparences conduisent à l'idée que ces livres, ou une partie, consistent en des essais détachés, contemporains de l'exode des Hébreux dans le désert. » Si au lieu d'essai, mot moderne, on met tablette, mot antique, l'opinion de M. Ed. Naville est très conforme à celle d'Eichhorn.

Du reste cette opinion que Moïse a écrit en cunéiforme a déjà été émise par le colonel anglais Conder ; Et le professeur français Philippe Berger a soutenu que le Décalogue a été écrit en cunéiforme ; et le D' allemand Jeremias pense que le prophète Esaïe a encore écrit, occasionnellement, en cunéiforme.

4. Indiquons quelques objections. Deutéronome, xxvii, 2-8, raconte : (( Lorsque vous aurez passé le Jourdain, pour entrer dans le pays que l'Eternel, ton Dieu, te donne... vous dresserez sur le mont Ebal ces pierres... et tu les enduiras de chaux... Tu écriras sur ces pierres toutes les paroles de cette loi en les gravant bien nettement. » Cette prétendue objection est une confirmation. Il y a là tout simplement une pratique égyptienne... On trouve dans plusieurs tombeaux des rois une épaisse couche de plâtre sur les murs. Mais ce n'est point du tout pour y peindre des hiéroglyphes ; c'est pour y graver en creux ces caractères. — Et voilà ce qui s'est exactement passé pour les pierres du mont Ebal. On les

enduit de chaux pour y graver des caractères cunéiformes. Les pierres telles quelles, sans enduit, auraient présenté des surfaces qui n'étaient propres qu'à la peinture.

Un autre texte, Deut., vi, 9, dit : « Tu les (les commandements) lieras comme un signe sur tes mains, et ils seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison, et sur les portes. » — Or l'on sait que les maisons sont bâties en briques rudes, recouvertes de plâtre ou de boue. — Mais il y a lieu de répondre d'abord que ces textes nous sont conservés dans la translation récente, vers l'époque chrétienne, en hébreu carré (voir un peu plus loin), donc à une époque, oii depuis longtemps on n'employait plus ni argile molle, ni caractères cunéiformes. Etde plus, Deut., vi, doit être rapproché de Deut., xi, 18, qui l'explique : « Mettez dans votre cœur et dans votre âme ces paroles que je vous dis ; vous les lierez comme un signe sur vos mains, et elles seront comme des fronteaux entre vos yeux. » Il n'est évidemment pas possible de mettre des briques sur les mains et entre les yeux. Est-il davantage possible d'y mettre des papyrus ? Ce sont évidemment des figures. Les Septantes traduisent : (( Vous les attacherez comme un signe qui sera immobile devant vos yeux ; — et dans les Proverbes, m, 3, il est dit : (( que la bonté et la fidélité ne t'abandonnent pas ; lie-les à ton cou ; écris-les sur la table de ton cœur. »

5. Conclusion. Au temps d'Abraham, au temps de Moïse et plus tard, les Sémites de l'Asie occidentale

n'avaient d'autre langue écrite que celle que nous appelons babylonien cunéiforme, laquelle langue pouvait varier légèrement suivant l'époque et la localité, où elle était employée, depuis Suse jusqu'à Bogbaz-keni, en passant par la Palestine, même encore au vii^ siècle. Par conséquent Moïse n'a pu écrire que des tablettes en babylonien cunéiforme. A ceux qui ne voient dans cette conclusion qu'une conjecture, à ceux qui ne sont aucunement impressionnés par cette magnifique moisson de textes babyloniens cunéiformes, — il ne reste plus qu'à demander une chose : qu'ils produisent un texte, un seul, prouvant que les plus anciens livres de l'Ancien Testament ont été écrits en hébreu, en caractères cananéens.

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