I. Eichhorn, o. c, II, p
parlée par cinq villes d'Egypte (et Élépliantine nous a appris qu'il s'agissait de l'araméen) et l'autre, le jéhoudith qui ne peut être que le dialecte de Jérusalem. Mais pourquoi changer les caractères de l'hébreu, si l'hébreu existait, écrit en cananéen, et si. ce langage était celui des livres, et non l'araméen?
Ce changement, par contre, s'explique très bien, s'il correspond au dessein arrêté de distinguer les écrits des Hébreux de toute la littérature araméenne, dont le canon d'Esdras faisait partie. — Juda de retour à Jérusalem voulut rester Juda, et être nettement séparé des nations avoisinantes ei des gentils, c'est-à-dire de tout ce qui lui était étranger. Il y eut une poussée de nationalisme judaïque. Qu'est-ce qui pouvait le favoriser plus puissamment que la religion ? Or pour que les livres des Juifs leur appartinssent en propre, il fallait que ces livres fussent dans leur langue, le jéhoudith, le langage de la Judée et de Jérusalem. Cette langue n'était qu'un dialecte parlé. On en fit une langue écrite, en y adaptant une écriture spéciale. Après quoi il n'y avait plus qu'à mettre, qu'à traduire en jéhoudith le canon araméen. — Et cet idiome des défenseurs de Jérusalem, sous Ezéchias, du cantique de Débora, tel qu'il a été transcrit, c'était en réalité, celui qu'avaient parlé Abraham, Isaac et Jacob, et qui s'était modifié avec le temps, comme toutes les langues parlées .
Naturellement il faut comprendre que cet idiome a été ce que l'anthropologie nous montre qu'étaient les idiomes à cette époque, chez ces peuples, et non une langue telle que les philologues la construisent
dans leurs laboratoires. Immobilité incompréhensible de cette langue, s'écrie-t-on ! Il n'y a rien d'incompréhensible, car il n'y a rien d'immobile. Il y a la vie. Abraham venant d'Aram Naharaïm, oii il parlait un dialecte sémitique, s'établit à Mamré, dans ce qui fut plus tard la Judée. — Là, les habitants parlaient aussi un dialecte sémitique, comme le montrent les gloses des tablettes de Tel-el-Amarna. Et Abraham adopta sans doute ce dialecte, ou du moins ses descendants le firent certainement, puisqu'ils habitaient ce qui fut plus tard la Judée. Ainsi Isaac, Jacob et leurs fils parlaient le dialecie du pays, ce qui s'appela plus tard le jéhoudith. Avec ses ressemblances et avec ses différences, c'était toujours le vieux dialecte, qu'on pouvait bien dire, sans violente exagération celui qu'avaient parlé Isaac et Jacob.
Quant à la date précise, à laquelle apparut l'hébreu carré, les spécialistes, comme Koenig, disent : 176 av. J.-G. ; ou, comme Philippe Berger : « aux environs de l'ère chrétienne. »
Ainsi l'hébreu est le langage populaire de Jérusalem \ devenant langue écrite, aux environs de l'ère
I. « L'hébreu peut être très ancien, mais comme langue parlée, et non comme langue écrite. On ne distingue pas assez les deux langues : la langue littéraire qui peut s'étendre sur un vaste domaine, et la langue parlée qui est locale. Cela est particulièrement frappant pour l'allemand. Prenez un journal publié à Berne, il ne diffère pas sensiblement de celui qui paraît à Dresde ou à Munich, et pourtant la langue que l'on parle dans ces villes n'est nullement la même. Nous avons en Egypte un exemple de la langue parlée mise par écrit ; c'est lorsqu'on a traduit la Bible en égyptien, lorsqu'est né i'égyptioji chrétien qu'on a appelé depuis lors le copte. On a rendu la Sainte-Écriture dans le langage des habitants du pays suivant la région qu'ils habitaient. Il en résulte qu'il n'y a pas une langue copte unique, il n'y a que quatre
chrétienne, par la formation de l'hébreu carré : une modification de l'araméen, imaginée expressément pour ce but. Que cette modification n'ait pas été subite ; qu'elle soit due cependant à l'intervention de quelque scribe, ce sont là questions bien secondaires, et qui n'infirment pas la conclusion ultime : l'hébreu, langue écrite, et l'alphabet carré, lettres de cette langue, sont nés à la fois : l'hébreu de nos Bibles est le produit de ce mariage du jéhoudith avec l'alphabet carré * .
Et ce qu'il faut bien remarquer, et ce qui confirme le tout, c'est que l'hébreu carré est une écriture qui vient non du vieil hébreu, ou du phénicien, mais de l'araméen.
dialectes, et l'on en trouvera peut-être encore d'autres. Nous avons des traductions de la Bible plus ou moins complètes dans ces quatre dialectes. Pour ces traductions il a fallu adopter un alphabet nouveau, l'alphabet grec augmente de six caractères.
« Je crois qu'il s'est produit quelque chose d'analogue pour l'hébreu. On a mis par écrit le dialecte de Jérusalem, le jéhoudith et pour cela on a adopté un alphabet nouveau dérivé de l'araméen que nous appelons l'hébreu carré. « Edouard Naville.
I. Les voyelles de l'alphabet hébreu carré n'ont été ajoutées qu'au v® siècle de notre ère par les Masorètcs, une école de rabbins. Et même le système de vocalisation n'a été complet que vers le ix® siècle. Depuis son adoption par les rabbins, l'hébreu est devenu le langage distinctif des Israélites, et il a donné naissance à une littérature très riche.