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CHAPITRE VII

La Haute-Critique emploie une méthode essentiellement littéraire et philologique. Elle repose en très grande partie sur les mots, sur les nuances de certains mots, de certaines associations de mots. Pour que la méthode de la Haute-Critique soit exacte et sûre, il faut donc qu'elle opère sur des textes originaux, particulièrement exacts et sûrs. Et en effet la Haute- Critique estime que les textes ont été écrits pour la première fois en langage vieil hébreu, dont on a seulement changé les caractères, en se servant de l'hébreu carré*.

Or pour M. Ed. Naville, d'après les découvertes archéologiques, surtout de Tel-el-Amarna, et d'Eléphantine, les textes hébreux actuels proviennent de sources écrites en langue babylonienne cunéiforme, — transformée par Esdras en langue et en caractères araméens, — transformée par les rabbins en langue

I. Il est facile maintenant de se rendre compte de l'opposition qu'il y a entre les deux méthodes.

jéhouditli, ou juif de Juda, avec des caractères dits hébreu carré.

Ces transformations successives ne peuvent pas ne pas avoir entraîné beaucoup de changements d'expressions, de mots. Donc nous n'avons plus les textes originaux, primitifs ; la base même de la méthode littéraire et philologique, de la Haute-Critique disparaît. Il faut employer la méthode surtout historique et archéologique.

1, Passons de la théorie à la pratique, et voyons par quelques exemples comment M. Ed. Navilîe applique sa méthode.

Les premiers livres de l'Ancien Testament ont été écrits en babylonien cunéiforme, donc sur des briques en argile molle, séchées ensuite au soleil ou cuites au feu. Il en résulte que l'auteur composa des tablettes et non un livre.

Un livre, au sens que nous donnons aujourd'hui à ce mot, n'a qu'un commencement et qu'une fin. Il se divise en fragments ou chapitres, qui se suivent logiquement, chronologiquement, dépendant les uns des autres, inséparables. — Composer des tablettes, c'est tout autre chose. Chaque tablette forme un tout ; elle est à elle seule, un livre. Et une tablette n'a pas de rapports avec une autre. L'auteur grave une tablette, ensuite une autre, dont le sujet peut être antérieur, chronologiquement, ou postérieur. Il n'y a pas de lien nécessaire entre une tablette et une autre. Chaque tablette se suffit. C'est dire qu'elle porte son introduction, qu'elle rappelle les faits, peut-être racontés

dans une autre tablette. Alors elle les raconte de nouveau plus ou moins exactement, selon les besoins de l'auteur au moment où il écrit.

Vienne ensuite un compilateur, mettant les tablettes en ordre, il pourra y avoir entre les récits des hiatus, des répétitions, des différences, des espèces de contradictions, etc., etc. — Et voilà ce qui se serait passé pour les premiers chapitres de la Genèse.

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