LES TEXTES
Le Talmud (Gémara) n'est pas comme la loi de Moïse un système logique, conséquent, égal dans toutes ses parties; il n'est pas non plus la parole d'un rabbin, ni l'exposé d'une doctrine philosophique d'un penseur ou d'une époque :
c'est un commentaire collectif, c'est un corps de débats spirituels, non-seulement sur toute la loi de Moïse, mais sur tout le code entier de l'humanité passée, présente et future. Théologie, philosophie, jurisprudence, médecine, morale, vie pratique, présente et future, le Talmud aborde tout, discute tout et émet sur tout une série d'opinions et d'avis contradictoires. Il traite
avec autant de sérieux le détail d'une prière, d'une défense de manger certains mets, de faire un nœud à son habit, que la substance de Dieu, la foi à la résurrection, la naissance, la mort el la destinée de l'homme.
Rien de divin ni d'humain ne lui échappe. Et tout est traité par lui fortuitement, incidentellement. C'est une causerie perpétuelle, irrégulière, déclamatoire, disputatoire, procédant par sauts et par bonds, commençant par ta nature de ,Iéhovah el finissant parfois par la coquetterie de la femme, si tant est qu'il finisse, car jamais le Taltnud ne conclut. La Mischna qui est antérieure au Talmud de quelques siècles, a bien l'intention, de formuler une espèce de code explicatif el supplémentaire des lois de Moïse, mais le Talmud qui a fleuri depuis la chute du second temple jusqu'au cinquième siècle chrétien, remet les lois même de la Mischna en question. Ce n'est pas un cours de droit, de philosophie, de médecine, d'astronomie, d'astrologie, d'esthétique et de inorale ; si célèbres que fussent les rabbins a Jérusalem, à Pumbedîtha, à Naharda, à Sura, à Lud et à Alexandrie, leur parole n'a pas dans
LE TALMUD, (91 le Talmud plus de valeur que celle du jeune écolier qui répond et qui très-souvent dit le con> Lraire de ce qu'a dit le maître. Le Talmud est un livre unique dans l'histoire de l'esprit humain. Il y représente la démocratie la plus radicale, voire la plus anarchique. C'est une navette continuelle marchant toujours et ne s'arrètant jamais. C'est une liberté illimitée de la parole. C'est le pour et le contre, le blanc et le noir, le oui et le non de chaque chose et sur chaque chose. C'est, en un mot, le résumé désordonné, espèce de sténographie des débats religieux, judiciaires, théologiques et théosophiques , des écoles juives de Jérusalem, de Babel, de tous les endroits où s'assemblaient les rabbins, docteurs de la loi de Moïse. Delà vient que dans le Talmud même on trouve sur chaque question, légère ou sérieuse, différentes opinions qui d'ailleurs n'ont pas une grande influence sur la vie pratique. Celle-ci est toujours restée dans la tradition transmise de père en fils, sur les grandes questions de la destinée, de la grâce, de la prière, de l'enfer, du paradis, de la résurrection des morts, sur le pardon des péchés, aussi bien que sur la
question de la femme, de l'amour, du diner, du coucher, etc., etc. Les opinions conlraires se heurtent parfois sur la même page et se neutralisent les unes les autres. Les rabbins eux-mêmes, 01 dirait dans u» accès d'orgueil scientifique, s'élancent au-devant de ces contradictions, pour essayer leur esprit et leur dialectique à les accorder, en citant d'autres lois, d'autres passages de l'Ecriture, mais qui, en vérité, ne font qu'obscurcir encore les débats pour les rendre tout à fait inintelligibles.
Ce n'est pas qu'à travers toutes ces contradictions individuelles, il ne serpente, comme nous l'avons dit, une doctrine qui a sa logique, ses buts et ses fins, autour de laquelle les rabbins ont élevé une triple haie, c'est là leur mot, pour qu'elle ne fût jamais entamée, niais cette doctrine loin d'être la toi de Moïse, est une tradition et de plus une tradition étrangère. La lâche du Talniud, tâche surhumaine, sous laquelle il a succombé, c'est d'accorder cette doctrine avec la Thorah, avec la loi de Moïse et les prophètes. Autant accorder l'eau avec le feu, réunir le jour et la nuit. L'une est l'extrême opposé de l'autre.
LE TALMUD. 193 Cette doctrine, venue de la Perse et des Indes porte la trace des principes d'idolâtrie, d'inégalité, d'esclavage, de tyrannie et de fatalité. De là vient que chaque fois qu'un rabbin se bat les flancs, se tord et se tortionne pour trouver la doctrine pharisienne écrite déjà dans la Bible, il a l'air d'un fou ou d'un railleur se moquant de son public.
Nous en citerons quelques exemples, mais il faudrait citer tout îe Talmud. Il a pourtant ses treize méthodes d'argumentation qu'il appelle Midoth, ou modes d'argumenter.
Hillel n'eu avait que sept , les voici 1 ; mais presque toutes sont entachées, soit d'aberralion scolastique, soit d'un parti pris ostensible. Parfois même un rabbin tire les conclusions les plus sérieuses d'un calembour, ou bien, en changeant les voyelles d'un mot. « Ne lis pas Hp'ruth, mais Haruth, « l'un veut dire libre, l'autre gravé. « Ne lis pas Machollol, mais Machid-lo, » l'un dit profane, l'autre pardonné.
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C'est comme qui dirait : « Ne lis pas C haleine. mais la laine. » Un troisième vient et dit : « Non, c'est Calène. « II est dans le Talmud plus de cinq cents preuves de ce genre. Nous verrons plus tard les Gesereh Schavah et les Kal. Va~ chômer, c'est-à-dire, les parallèles entre deux mots qui se ressemblent et les arguments dits à fortiori. La doctrine talmudique est devenue la religion du juif pharisien , comme le dogme chrétien est devenu la règle de conduite du chrétien. Mais les vrais juifs ne l'ont jamais admise. Les juifs n'ont jamais admis de dogmes, pas même ceux que Maimonide s'est donné la peine de rédiger et de résumer sur les lois du Talmud. N'eût été la barbarie du moyen âge, les juifs auraient bien vite secoué le joug rabbinique. Ce qui a maintenu le Talmud, c'est le dogme chrétien. Peu importe qu'il lui soit antérieur ou postérieur.
Les textes que je vais citer, tout contradic-
loires qu'ils sont, convaincront le lecteur le plus crédule. La doctrine du Talmud au fond est la doctrine des dogmatique s chrétiens, sauf Jéhovah à la place de Jésus et de la Trinité. L'anthropomorphisme même est talmudique. Le Jéliovah du Talmud est un homme ; il prie , il pleure, il se console, il se repent, il met même tous les matins des Tphiliu (des pliilactères).
On lit' : a Trois veillées sont dans la nuit. A chaque veillée le Saint, béni soit-il , s'asseoit, rugit comme un lion et s'écrie : « Malheur à moi « qui ai détruit ma maison, brûlé mon temple et « dispersé mes fds parmi les peuples! » Rabin José dit : « Une lois en voyageant je suis allé voir une ruine de Jérusalem pour prier. Est venu le prophète Élie, attendant à la porte que j'aie fini ma prière et me disant : a Salem à toi.» Je répondis : « Salem, maitre et seigneur. » « Mon fils, me dit -il, pourquoi es-tu entré dans celte ruine? — Pour prier. — Mais tu pouvais prier en chemin. — J'avais peur d'être interrompu par
i. Traité Berachnlh, livret". rV7>4rt m mDW Ttwhvi ' hk "iHiHi nus ïttiuri'nipîi swn imitai icoa hs Syi .'•ai 'n'a ru* iminnm
des voyageurs. — Tu pouvais faire une courte prière; qu'as-tu entendu? — J'ai entendu la voix divine gémissant comme une colombe et disant : a Malheur à moi qui ai détruit ma mai- « son, » etc., etc. Il me répondit 1 : « Sur ta vie et sur la (été, elle ne dit pas cela seulemenl dans cette heure, mais trois fois par jour. Nonseulement ici, mais chaque fois qu'Israël entre dans les svnagogues el les maisons d'étude. Dieu alors secoue la tête et dit : « Heureux le Roi « dont on chante la gloire dans sa propre maii< son ! Malheur au père qui a mis en exil ses « enfants! Malheur aux enfants expulsés de la a table de leur père' ! » Même livre on lit : a H est écrit' : Pieu dit à .Moïse : « J'ôterai mes « pieds, tu verras mon dos el tu ne verras pas o ma face. » De là est prouvé que Dieu a montré à Moïse le nœud de Tphilin qu'il por-
1 . b=a i= toi» uSa m njn» t6 -jusn »m -)«n .-p IBIS D'CÏB ffiStt? oin av
a. La même idée d'auto -a dorai ion se trouve dans l'Évangile quand Jésus qui, d'après le dogme, est Dieu luimême, s'écrie : ■ Mon Dieo, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »