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LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. 137 Ah! dira- 1- on, vous oubliez l'histoire de la chute! D'abord le mot chute est une invention Talniudique et chrétienne; la Bible n'a jamais prononcé ce mot. Et, en effet, cette fable légendaire de l'Écriture, loin d'être une chute, est la glorification de l'homme et surtout de la femme. Adam et Eve se Irouvaient dans un soi-disant paradis. On leur dit de ne pas manger de l'arbre de la reconnaissance , qui égalait l'homme à Dieu. Adam se soumet et n'y touche pas. Mais Eve, curieuse, comme ou dit, désireuse d'apprendre, étend la main vers cette précieuse pomme, y mord et y fait mordre son mari.
Voilà déjà l'influence de la lémme constatée pour les affaires intellectuelles. Grâce à Ève, l'homme connaîtra le bien et le mal. Plus encore,, il sera libre de choisir. Fable ou non, il me semble qu'Eve n'a nullement à se repentir de sa téméraire action. Et que lui impose Dieu eu échange de ces hardiesses? Des devoirs d'amour '!...
u J'augmenterai, » dit-il, » tes grossesses et tes douleurs; avec douleur tu enfanteras, tes désirs
i. Genèse, cliap. ni, v. 10.
seront après ton mari et lui dominera en toi'. »
Je traduis textuellement :
Voilà donc les suites de cette fameuse chute. Ève aimera son mari, aura beaucoup d'enfants, et c'est par l'amour que son mari la dominera. Beaux malheurs !
Quant à Adam, naguère un vrai fainéant, il sera condamné à travailler, à cultiver la terre, souvent ingrate, à la défricher, à en faire le vrai paradis. Adam travaillera, mais à Eve la mission d'écraser la tête du serpent. Où donc, je vous le demande, se trouve-t-il là la moindre trace d'une chute? Dieu destine l'homme et la femme au travail, non pas pour eux, mais pour autrui. A l'homme le travail rude de la terre, à la femme l'amour, c'est-à-dire, le dévouement pour son mari et ses enfants, comme la Bible le dit en propres termes. Mais c'est tout simplement la quintessence de la philosophie; car, eu effet, rien ici bas n'existe que parla substance auto-
1. -p SlCC Nim -npimn -y&H Vl Dana le Talmuil un rabbin s'écrie ; « Il a maudit la femme et tout le monde court après elle. Il a maudit la terre et tout te monde se nourrit d'elle ! » (Voir le Talmud, deuxième partie).
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. 1.19 nome et divine, et nul n'existe pour soi, pas même Dieu ! Tout être vit et travaille pour autrui. C'est là, en effet, le but et la grandeur de la création; c'est là que l'homme reconnaît la loi de Dieu et sa propre loi : le travail, non comme moyen, mais commet; le travail, non pour soi, mais pour autrui! C'est là, enfin, le secret de la solidarité de tous les êtres, de toutes les existences, depuis le grain de sable jusqu'à l'astre des cieux.
Il faut, de gaieté de cœur, aveugler sa raison et la soumettre à un dogme tyrannique, anti-rationnel, pour voir dans cette légende la chute de l'homme et surtout de la femme. Si on devait la prendre à la lettre, la femme, dans la personne d'Eve, n'aurait qu'à s'en glorifier ! Aux observations d'un Adam quelconque, lui reprochant l'histoire de la pomme, elle pourrait répondre : « Je m'en vante. Sans moi, tu vivrais peut-être un peu plus longtemps, mais tu ne serais qu'un crétin ! «
Dans toutes les histoires de famille antésinaïques, outre l'intérêt national qui s'y rattache, l'auteur de la Bible, quel qu'il soit, (ce n'est pas
Moïse) poursuit un double but r Prêcher la monogamie pur îles exemples de bénédictions et flétrir la polygamie, en énumérant les malheurs domestiques dont elle fut la cause. Déjà le déluge est le résultat de la corruption de la chair et des filles de Dieu. Noé et ses fils sont monogames : chacun d'eux entre dans l'arche avec sa femme, même les animaux entrant dans l'arche sont monogames. Abraham, le plus grand des patriarches et le plus grand homme de son siècle, est monogame. Il ne se remarie qu'après la mort de Sarah 1 . Voltaire accuse Abraham de dureté de cœur pour avoir renvoyé Agar avec son fils Ismaël. Maïs Agar était l'esclave de Sarah qui, eu tout et pour tout, savait très-bien maintenir son droit. Sarah n'était ni une Ranaanite ni une Grecque! Juive, elle était l'égale de sou mari. Quand elle n'espéra plus avoir d'enfants, elle donna son esclave Agar à Abraham , afin de prendre l'enfant qui lui appartenait de droit. Dès qu'elle eut un fils, elle renvoya et l'esclave et son fils, en leur donnant la liberté à tous deux.
i. Genèse, chap. xw, y, \ .
LOI FONDAMENTALE DE «OISE. 141 Abraham aurait en beau protester, si tant est qu'il l'ont voulu, Sarah, d'après le caractère que nous lui connaissons, eût, certes, passé outre, en réclamant son esclave et son enfant dont elle pouvait disposer comme bon lui semblait.
Quand Ëliézer, le fidèle serviteur d'Abraham, se présente devant les parents et les frères de Rébecca pour la demander en mariage , au nom d'Isaae, ceux-ci demandent à la jeune fille si elle veut bien suivre cet homme pour devenir l'épouse du fils d'Abraham. « J'irai, » réponditelle brièvement'. 11 résulte de cette demande et de cette réponse que même la jeune fille juive était libre et qu'on ne la mariait pas contre son gré. Isaac est monogame. Voici les paroles à la fois tendres et profondes que dit la Bible à l'occasion de ce mariage '. « Et Isaac se consola par Rébecca de la mort de sa mère. » En effet, quel fils, aimant tendrement sa mère, voudrait se marier s'il était sur de lui survivre ! Voltaire encore, reproche à Rébecca d'avoir favorisé .iacob aux dépens d'Esaii, grand chasseur, grand bretteur,
^. Genèse, chap. xxiv, v. S8. "fm man'.