I. Deutéronomt!, chaji. xxxi, v
comme Moïse les droits naturels de l'esclave même? Moïse reconnaît partout l'influence de la femme sur l'éducation et la religion; il ne craint rien tant pour sou peuple que la corruption des femmes idolâtres. Il ne veut pas qu'on les ménage plus que les hommes, en cas de guerre d ' ex lermi nation, et déjà l'histoire de Balak et de ses Médianites prouve que cette crainte n'était pas vaine.
Moïse n'a pas défendu les mariages consanguins par raison religieuse. Ces défenses ont toutes été instituées dans un but de pureté et de sûreté sociale. Ainsi Moïse a défendu au neveu d'épouser sa tante, et il a permis à l'oncle d'épouser sa nièce. C'est que le neveu voyait souvent sa tante auprès de sa mère ou de son père, taudis que l'oncle ne pénétrait pas dans la maison de sa sœur mariée et ne voyait pas si souvent sa nièce, surtout en Orient et du temps de Moïse.
L'histoire des Grecs, des Romains et même des Juifs prouve le danger de la permission des mariages consanguins; témoin le crime d'Amnan et de Thamar, tous deux enfants de David, mais de deux mères. S'il était permis d'épouser sa tante.
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE 137 su belle-sueur ou son beau-frère, plus d'un crime serait prémédité et exécuté dans l'intérieur des Tamilles. Moïse a fait exception pour le beau-frère en cas de mort du mari sans enfant.
Ija femme juive se maintient à sa hauteur pendant le règne de la démocratie; elle ne s'avilit que lorsque les Juifs sont gouvernés par une monarchie absolue. Bientôt après, la femme disparaît comme figure politique et sociale, et il n'est plus question d'elle que dans les livres des prophètes, des poètes et pendant les grandes calamités nationales. La femme prend partout pour elle la plus grande somme de douleur.
Récapitulons!
■le crois avoir prouvé, soit en citant les textes, soit en indiquant les chapitres :
Que Moïse lui-même nie toute révélation céleste ou miraculeuse ;
Que sa doctrine religieuse, sociale et politique repose uniquement sur la Raison, eu rapport direct avec le créateur et émanant de lui;
158 l-ES LIVRES DR DIEU.
Que le peuple juif n'a été élu ni pour sa vertu, ni pour sa noblesse, ni pour sa force, mais uniquement pour servir :
Premièrement : de peuple justicier contre les peuples idolâtres, impies el barbares.
Secondement : de peuple modèle à l'humanité tout entière, à condition qu'il' suivra les lois de Dieu basées sur hi liberté et le devoir.
Que si ce peuple manquait à ses devoirs, si élu qu'il fût, il perdrait tousses droits. Le Dieu de Moïse n'est pas un être fortuit, plus fort que d'autres dieux, gouvernant le monde d'après ses caprices el sa volonté arbitraire, condamnant aujourd'hui el pardonnant demain , donnant à celui-ci, santé, fortune, pouvoir et l'ôtant à celuilà, parce que tel est son bon plaisir, mais l'Être qui est ce qu'il est, ce qu'il fut, ce qu'il sera; Jéhovah, en un mot. [,a loi, la logique qui jamais ne change, qui n'a égard, ni au riche, ni au pauvre, ni au fort, ni au faible.
Dieu, c'est la justice incorruptible, immuable. Par son essence, par sa loi le bien produit toujours le bien , et le mal engendre toujours le mal.
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. 159 Celte justice ne laisse rien impuni, mais rien non plus sans récompense.
L'homme est libre, complètement libre, grâce à sa raison et à son instinct du juste et de l'injuste.
11 tient son bonheur et son malheur dans sa main.
Cet instinct d'ailleurs est facile à sentir.
Il faut faire à son prochain ce que l'on désire qu'il vous fasse. H y a plus. Il faul ne pas permettre qu'une injustice soit faite, ni à un homme, ni à une bête, ni a la plante, ni à la terre.
Moïse proclame la solidarité des êtres, car il présenta l'homme des devoirs envers l'animal, la plante et la terre. Tout son système repose sur le devoih que le fort doit accomplir envers le faible, le riche envers le pauvre, l'homme sain envers l'invalide, etc., etc. Si les hommes observaient ces lois et faisaient leurs devoirs, tous seraient heureux. Plus d'animal malfaisant, plus de peste, plus de guerre, plus de famine! Que l'homme, d'après Moïse, remplisse ses devoirs envers le prochain, envers l'animal, la plante et la terre; l'animal, la plante, la terre, ne seront
loi) LES LIVRES DE DIEU,
que des éléments de bénédiction et de prospérité. Que l'homme libre manque à ses devoirs, les animaux , l:i terre même deviendront un snjel d'affliction et de châtiment.
L'animai s'ensauvagera, deviendra mal fais:) lit.
La terre non cultivée, exhalera des pestes et des famines, « le ciel, dit-il, deviendra d'airain, et la terre de cuivre. »
Cette solidarité des êtres n'a été aperçue par aucun philosophe, ni ancien, ni moderne, depuis Moïse, jusqu'à Spinoza. Seule la Kabbale en a eu un pressentiment.
Moïse n'a l'ail que l'indiquer.
Spinoza l'a prise pour la pierre angulaire de sa doctrine. Depuis, elle fait corps avec la philosophie : la science de Dieu.
Moïse nie la grâce et la prédestination .
L'homme n'a rien à reprocher à Dieu. Ses malheurs viennent tous de ses propres manquements au devoir, ou bien des prévarications des aïeux continuées par les fils et les petits-fils. Dieu ne se détourne que de ceux qui se détournent de lui, c'est-à-dire, qui ne font leurs devoirs, ni envers le prochain, ni envers eux-mêmes.
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. 161 Le système social de Moïse : c'est la démocratie basée sur le devoir.
Montesquieu eût dit la vertu.
Moïse n'énonce pas le droit. Le droit de l'un jaillit toujours du devoir accompli de l'autre. Seulement le manque à ce devoir ne reste jamais impuni. A défaut de justicier direct, Dieu, c'est-à-dire, la force des clioses, la logique de la loi, suscitera des vengeurs pour le confondre.
La cause ne se dissout que dans l'effet qui le dévore, comme la torclie est dévorée par l'incendie. Toute la morale de Moïse est darVs ce devoir. L'homme, la créature, doit imiter le Créateur, doit aspirer à l'égaler par la justice et la pureté. S'il n'y aspire pas, s'il écoute la voix du droit égoïste plutôt que celle du devoir ; du devoir qu'il doit accomplir envers le faible, envers le pauvre et l'inférieur, envers l'animal et la plante, la justice le mettra tôt ou lard à la place de ce faible, de ce malheureux, de cet animal, // lui sera absolument {ait comme il. a fait.
Moïse n'a jamais songé une minute à créer un état théocratique dans le sens qu'y attachent les chrétiens. Son pontife n'a aucun pouvoir ni poli-
tique, ni judiciaire. Pour un seul cas, — une femme accusée d'infidélité par son mari jaloux, — le grand prêtre a une influence directe. 11 n'a rien à pardonner, et il ne peut rien pardonner.
Le sacrifice est une amende pécuniaire pour le pécheur et ce pécheur ne peut le présenter qu'après réparation complète du tort fait au prochain .
L'autel ne protège aucun criminel. « Tu le prendras sur l'autel même ', » dit Moïse, et le pontife même était comme le dernier des Israélites, soumis à la loi universelle. Moïse proclame t égalité complète de la loi, pour l'étranger aussi bien que pour le citoyen. Il accorde à la femme tous les droits humains. De même à l'enfant.
Il oie a la tribu de Lévi toute propriété, afin qu'elle puisse se vouer à l'instruction du peuple sans distinction d'âge et de sexe. Le premier devoir de l'homme, d'après Moïse, c'est d'instruire son frère, de l'initier à la loi de Dieu.
La tribu de Lévi ne doit avoir nul souci de la vie matérielle; elle vivra des sacrifices, et elle
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LOI FOND A M K N T A L F. l)B MOÏSE. 163 logera aux frais de l'État . Mais elle n'a rien à dire pour lu justice , ni pour l'administration. Juges et fonctionnaires, de même les officiers en temps de guerre, seront élus par le peuple.
Un juge suprême élu par le peuple entier, tiendra les rênes de l'Etat.
Chose curieuse. Les prophètes qui, dans le judaïsme de l'antiquité, avant l'invention de l'imprimerie, représentaient la presse moderne, sont tous sortis du peuple 1 , sauf Isaïe né et élevé sur les marches du trône absolument comme Moïse. « Plût à Dieu , dit Moïse, que tout le peuple fût prophète. ».
Loin de craindre l'instruction et l'inspiration, tout le système de Moïse esi basé sur l'étude de la loi de Dieu, que l'on doit toujours méditer.
Moïse abolit l'esclavage en principe, et ne l'admet que temporairement. Il crée le Sabath pour donner à l'esclave même étranger, et à l'animal un jour de repos forcé.
i . Cela ressort de Samuel, 1 chap. x, v. 13, où il est dit à propos des prophètes : ■ Un homme répondit : et qui donc sont leurs pères?. orpiH 'Dl
Il ne permet même pas pour ce jour de Taire allumer du feu.
Tout esclave fugitif étranger est libre en louchant le sol juif.
11 ne fait jamais une guerre offensive. 11 propose un traité de paix à tous les peuples aux frontières de la Palestine , leur promettant de paver tout comptant.
La guerre pour lui n'est qu'une défense légitime. Il n'excepte de cette règle que les sept peuplades occupant le cœur de la Palestine, adonnées à toutes les abominations, et qui, en veriu de la loi de Dieu, doivent être exterminées jusqu'au dernier homme, jusqu'il la dernière femme, sauf la vierge et l'enfant.
La femme pour lui est l'égale de l'homme pour la récompense comme pour la peine ; il craint même plus la femme idolâtre pour son peuple que l'homme.
Il assure tous les droits naturels aux animaux ; de même il reconnaît à la terre des droits jaillis des devoirs accomplis de l'homme envers elle.
LOI FOND A MENT A LE DE MOÏSE. itiS
PARAPHRASE
Depuis ma première jeunesse , dès que j'ai commencé à étudier la Pentateuque, chaque fois que j'ai lu un livre chrétien parlant de Moïse, je je nie suis demandé d'où vient que pas un chrétien, — Mïchaclis excepté, — n'a pu ou n'a voulu comprendre Moïse? d'où vient que tous l'ont calomnié?
Plus tard, j'appris que pendant des siècles tout chrétien qui eût dit la vérité sur Moïse eût été brûlé par l'inquisition, du moins dénoncé comme un dangereux révolutionnaire.
Plus tard encore, j'ai vu que le Talmud luimême est l'adversaire le plus violent de Moïse. 11 défigure la moitié de ses lois, et quant à l'autre moitié, il met à sa place ses propres erreurs. L'homme le plus injuste envers Moïse, est Voltaire. 11 a cru que le christianisme sortait du Mosaisme. Hélas non. Le christianisme est frère du Talmud. Le dogme chrétien, sauf la Trinité qui est platonique, sort tout entier avec tous
ses détails du Talmud. Ce que nous allons prouver, textes à l'appui.
La loi de Moïse n'a été abordée et étudiée que du temps de la Renaissance au quinzième et au seizième siècle.
Les Juifs eux-mêmes livrés par l'autorité chrétienne à l'autorité rabbinique, n'osaient pas approfondir la doctrine de Moïse, et l'opposer au Talmud.
Aben-Esra a hasardé quelques vérités, mais dans nn langage obscur.
Quelques juifs pourtant en Italie et en Allemagne ont initié des savants chrétiens dans les secrets de la langue hébraïque. De là est sortie la Réforme, non sans de nombreuses victimes a van tcourrières de Luther et de Calvin.
Enfin Spinoza le premier, poursuivi par ses propres coreligionnaires, a osé regarder en face le texte du Pentateuque.
Sa philosophie est un pur retour vers la doctrine de Moïse, avec la seule différence qu'à la place de Jéhovah , Spinoza met : /' intelligence suprême, et en cela. Moïse, certes, est plus près de la loi de Dieu que Spinoza.
LOI FONDAMENTALE DE MOÏSE. 167 Depuis ce temps, plusieurs savants chrétiens ont étudié l'hébreu avec succès, mais pas un d'eux n'a pénétré le génie philosophique de Moïse. Les philosophes d'ordinaire ne savent pas l'hébreu, et les hébraïsants ne sont guère philosophes.
Mais que dans l'histoire des humains on ait expliqué ou non la loi de Moïse; il est un fait patent, palpable, irréfragable, qui parle plus haut que tous les commentaires.
Ce fait, le voici :
Depuis que les mots : Justice, Liberté, Égalité, retentissent dans l'histoire, nul homme n'a pu articuler un de ces mots sans logiquement s'appuyer sur la loi fondamentale de Moïse, qu'il l'ait connue ou ignorée.
Où donc a-t-on vu un homme, depuis Savonarole jusqu'à Robespierre , attaquer la tyrannie et proclamer la liberté au nom de Platon ou de Plutarque ?
Mais la Bible, mais l'Évangile, là où il s'accorde avec la loi. fie Moïse, a toujours servi de charte imprescriptible, soit aux théologiens, soit aux grands hommes politiques progressistes.
Ou peul même hardiment prétendre que les révolutions théologiques seules ont abouti et que toute agitation purement politique a toujours versé de l'oruière de l'anarchie dans l'ornière du despotisme.
C'est que, seule, la loi de Moïse est basée
SUR LE DEVOIR. SaNS LE DEVOUA PRÉALABLE, SEULE ORIGINE DU DROIT, PAS DE JUSTICE, PAS DE LI- BERTÉ, pas d'égalité possible!
Ce fut là, et c'est encore l'erreur des révolutionnaires modernes. Tous leurs travaux sont stériles, tous leurs efforts convulsionna ires.
En hàtissant sur le droit absolu, ils bâtissent sur le sable, sur le droit du plus fort.
Du devoir accompli seul jaillit tout droit.
C'est là l'idée mère de Moïse, et c'est pourquoi la loi de Moïse est et restera la charte de l'humanité, le principe fondamental de toute justice, de toute liberté, de toute égalité, de toute solidarité.
Les détails locaux ont vieilli, les falsifications ont blanchi, mats le principe philosophique de Moïse restera éternellement jeune, car il restera éternellement vrai. Nul ne fondera jamais un
LOI FONDA M E Pi TALE DE MOÏSE. 169 édifice solide à moins de bâtir sur ce so!
divin.
Celui qui a dit à la fin du Pentateuque :
.< Et jamais il ne s'éleva plus un Nabi comme Moïse, » a dit une grande vérité. Là sont les assises de l'humanité!
Dieu lui-même descendrait en personne sur la terre pour fonder une société , on pourrait lui dire : pour réussir il faudrait créer non des hommes, mais des anges, des demi-dieux. Mais Moïse a découvert la loi faite pour les humains. Nul Dieu ne l'abolira, à moins d abolir l'humanité.