‹ Moïse, le talmud et l'évangileChapitre 24 sur 29 · LES TEXTES · texte numérisé non relu

LES TEXTES

Le Talmud (Guémarah) n'est pas comme la lo i de Moïse un système logique, conséquent, égal dans toutes ses parties ; il n'est pas non plus la parole d'un rabbin, ni l'exposé d'une doctrine philosophique d'un penseur ou d'une époque :

c*est un commentaire collectif, c'est un corps de débats spirituels, non-seulement sur toute la loi de Moïse, mais sur le code entier de l'humanité passée, présente et future. Théologie, philosophie, jurisprudence, médecine, morale, vie pratique, présente et future, le Talmud aborde tout, discute tout et émet surtout une série d'opinions et d'avis contradictoires.il traite avec autant de sérieux le détail d'une prière, d'une défense de manger certains mets, de faire un nœud à son habit, que la substance de Dieu, la foi à la résurrection, la naissance, la mort et la destinée de l'homme.

Rien de divin ni d'humain ne lui est étranger. Et tout est traité par lui fortuitement, incidentellement. C'est une causerie perpétuelle, irrégulière, déclamatoire, disputatoire, procédant par sauts et par bonds, commençant par la nature de Jéhovah et finissant parfois par la coquetterie de la femme, si tant est qu'il finisse, car jamais le Talmud ne conclut. LaMishnah, qui

est antérieure au Talmud de quelques siècles, a bien l'intention de formuler une espèce de code explicatif et supplémentaire des lois de Moïse, mais le Talmud, qui a fleuri depuis la chute du second Temple jusqu'au cinquième siècle chrétien, remet les lois mêmes de la Mishnah en question. Ce n'est pas un cours de droit, de philosophie, de médecine, d'astronomie, d'astrologie, d'esthétique et de morale ; si célèbres que fussent les rabbins à Jérusalem, à Pumbeditah, à Naharda, à Sura, à Lud et à Alexandrie, leur parole n'a pas dans le Talmud plus de valeur que celle du jeune écolier qui répond et qui trèssouvent dit le contraire de ce qu'a dit le maître. Le Talmud est un livre unique dansThistoire de Tesprit humain. Il y représente la démocratie la plus radicale, voire la plus anarchique. C'est une navette continuelle marchant toujours et ne s'arrêtant jamais. C'est le pour et le contre, le blanc et le noir, le jui et le non de chaque chose et sur chaque chose. C'est, en un mot, le résumé désordonné, espèce de sténographie des débats religieux, judiciaires, théologiques etthéosophiques, des écoles juives de Jérusalem, de Babel, de tous les endroits où s'assemblaient les rabbins docteurs de la loi de Moïse. Delà vient que dans le Talmud même on trouve sur chaque question, légère ou sérieuse, différentes Qpinions qui d'ailleurs n'ont pas une grande influence sur la vie pratique. Celle-ci est toujours restée dans la tradition transmise de père en fils sur les grandes questions de la destinée, de la grâce, de la prière, de l'enfer, du paradis, de la résurrection des morts, sur le pardon des péchés aussi bien que sur la question de la femme, de l'amour, du dî-

ner, du coucher, etc., etc. Les opinions contraires se heurtent parfois sur la même page et se neutralisent les unes les autres. Les rabbins euxmêmes, on dirait dans un accès d'orgueil scientifique, s'élancent au-devant de ces contradictions, pour essayer leur esprit et leur dialectique à les accorder, en citant d'autres lois, d'autres passages de l'Ecriture, mais qui, en vérité, ne font qu'obscurcir encore les débats pour les rendre tout à fait inintelligibles.

Ce n'est pas qu'à travers toutes ces contradictions individuelles, il ne serpente, comme nous l'avons dit, une doctrine qui a sa logique, ses buts et ses fins, autour de laquelle les rabbins ont élevé une triple haie^ (c'est là leur mot), pour qu'elle ne fût jamais entamée, mais cette doctrine, loin d'être la loi de Moïse, est une tradition étrangère. La tâche du Talmud, tâche surhumaine, sous laquelle il a succombé, c'est d'accorder cette doctrine avec le Pentatemiue^ avec la loi de Moïse et les prophètes. Autant accorder l'eau avec le feu, réunir le jour et la nuit. L'une est l'extrême opposé de l'autre. Cette doctrine, venue de la Perse et des Indes, porte la trace des principes d'idolâtrie, d'inégalité, d'esclavage, de tyrannie et de fatalité.

Nous en citerons quelques exemples, mais il faudrait citer tout le Talmud. Il a pourtant ses treize méthodes d'argumentation qu'il appelle Midothj ou modes d'argumenter.

Hillel n'en avait que sept; mais presque toutes sont entachées, soit d'argumentation scolastique, soit d'un parti pris ostensible. Parfois même un rabbin tire les conclusions les plus sérieuses d'un calembour, ou bien, en changeant les voyel-

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les d'un mot. c NelispasHéruth, maisHaruth, » Fun veut dire libre, l'autre gravé, c Ne lis pas Macholol, mais Machollo, » l'un dit profanéj Tautre pardonné. C'est comme qui dirait : < Ne lis pas l'haleine mais la Jame. » Un troisième vient et dit : c Non, c'est l'alêne. » Il est dans le Talmud plus de cinq cents preuves de ce genre. Nous verrons plus tard les Gueséré Schavah et lesKal Vechomerj c'est-à-dire les parallèles entre deux mots qui se ressemblent et les arguments dits a fortiori. Les Évangiles dans leurs argumentations se servent presque toujours de ces deux modes talmudiques. Saint Mathieu (chap.

XII, V. 40). «Car comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre » . Cela s'appelle en langage talmudique un gueséré schavah. .

Voici maintenant le kal vehomer. Saint Luc (chap. XI, V. 15) : « Si donc tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien à plm forte raison votre père céleste donnera-t-il un bon esprit à ceux qui le lui demandent. » La doctrine talmudique est devenue la religion du juif pharisien, comme le dogme chrétien est devenu la règle de conduite du chrétien. Mais les vivais juifs ne l'ont jamais admise. Les Juifs n'ont jamais admis de dogmes, pas même ceux que Maïmonide s'est donné la peine de rédiger et de résumer sur les lois du Talmud. N'eût été la barbarie du moyen âge, les Juifs auraient bien vite secoué le joug rabbinique. Ce qui a maintenu le Talmud, c'est le dogme chrétien. Peu importe qu'il lui soit antérieur ou postérieur.

Les textes que je vais citer,, tout contradictoires qu'ils sont, convaincront le lecteur le plus crédule. La doctrine du Talmud au fond, est la doctrine des dogmatiques chrétiens de Saint Paul et des Conciles, sauf Jéhovah à la place de Jésus et de la Trinité. L'anthropomorphisme même est talmudique. Le Jéhovah du Talmud est un homme ; il prie, il pleure, il se console, il se repent, il met même tous les matins des Tphilinn (des phylactères).

On lit (Traité Berachot, livre 1er) : Trois veillées sont dans la nuit. A chaque veillée le Saint, béni soit-il, s'asseoit, rugit comme un lion et s'écrie : < Malheur à moi qui ai détruit ma » maison, brûlé mon temple et dispersé mes fils » parmi les peuples ! » Rabbi José dit : c Une fois en voyageant je suis allé voir une ruine de Jérusalem pour prier. Est venu le prophète Elie, attendant à la porte que j'aie fini ma prière et me disant : Salem à toi. » Je répondis : « Salem, maître et seigneur. » « Mon fils, me dit-il, pourquoi es-tu entré dans cette ruine ? — Pour prier. — Mais tu pouvais prier en chemin. — J'avais peur d'être interrompu par des voyageurs. — Tu pouvais faire une courte prière ; qu'as-tu entendu ? — J'ai entendu la voix de Dieu gémissant comme une colombe et disant : c Malheur à moi qui ai détruit ma maison, » etc., etc. Il me répondit : c Sur ta vie et sur ta tête, elle ne dit pas cela seulement dans cette heure, mais trois fois par jour. Non-seulement ici, mais chaque fois qu'Israël entre dans les synagogues et les maisons d'étude. Dieu alors secoue la tète

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et dit : c Heureux le Roi dont on chante la gloire » dans sa propre maison ! Malheur au père qui

> a mis en exil ses enfants ! Malheur aux en-

> fants expulsés de la table de leur père ! « Voici maintenant ce que dit Saint Paul, aux Philippiens (chap. II, v. 6) : c Lui qui ayant la nature de Dieu n'a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s'égaler à Dieu et qui s'est cependant anéanti lui-même. »

Puis, aux Hébreux (chap. VI, v. 13) ^ t Car Dieu, dans la promesse qu'il ât à Abraham, n'ayant rien de plus grand que lui par qui il pût jurer, jura par lui-même. >

C'est. absolument la même idée d'autoadoration duTalmud.

Même livi'e on lit ce qui suit : (Exode, chap. XXXIII, V. 23): Dieu dit à Moïse: c J'ôterai mes

> mains, tu verras mon dos et tu ne veiTas pas

> ma face. » De là est prouvé que Dieu a montré à Moïse le nœud de Tphilinn qu'il portait. Les Tphilinn sont des nœuds de cuir dans lesquels se trouve le rouleau du Schemah^ c'est-à-dire : * Ecoute, Israël, Jéhovah notre Dieu est Un, » etc., etc. Les Pharisiens mettent ce nœud et ces rouleaux de cuir sur le front et sur le bras gauche, prenant à la lettreles mbts de la Bible (Deutéronome, chap. VI, v. 8). c Et tu le noueras comme un sîgae sur ta main, et comme un bijou entre tes yeux. » L'hébreu dit souvent poétiquement : € nouer sur le cœur. > Moïse a répété celte formule plusieurs fois, de même que Salomon. Mais le Talmud (traité Rosch Haschanah, livre l«r) dit que tout juif qui ne met pas les Tphilinn est un parfait scélérat et ne sortira pas de l'enfer. De plus le Talmud tend à prouver que

Dieu prie, se console et met desTphilinn. On lit (Traité Berachoth, 1er livre): « D'où peut-on conclure que Dieu met des Tphilinn? Il est écrit (Isaïe, chap. LXII, v. 8): « Jéhovah jure'par sa

> droite et par la force de son bras. » c Par sa

> droite, » c'est la Thorah: » la force de son bras, € se senties Tphilinn. :>

Voici même la prière textuelle de Dieu : Qu'il < plaise à ma Volonté que ma miséricorde éteigne ma colère, et que ma pitié couvre ma justice! »

On lit encore (Berachoth, livre IXe): « Quand le Saint, béni soit-il, se ressouvient que ses fils demeurent dans la douleur parmi les peuples, deux larmes roulent de ses yeux dans la mer.

et leur voix se fait entendre d'un bout du monde à l'autre. Il frappe de ses mains, il trépigne dans le firmament, » etc.

Partout Jéhovah «st représenté comme un Être humain supérieur aux autres, mais soumis aux mêmes caprices et aux mêmes passions^ Moïse a créé le mot de Jéhovah, c'est-à-dire, l'^^rejïton^ qui ne change, ni ne saurait jamais changer. Le Talmud et les Pharisiens ont fait de Jéhovah un être humain supérieur à plusieurs volontés, qui prie, pleure, met des phylactères, se repent et ne s'occupe que de ses élus à lui semblables.

Il est même très-humble, très-modeste de sa nature. On lit (Traité Mégilah, livre IV^): « Partout où tu trouveras la force du Saint, béni soitil, tu trouveras à côté son humilité. » Il est écrit (Deutéronome) ; c Car Jéhovah est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, » et tout de suite après on lit: «Il rend justice à l'orphelin et à la veuve. s> « Il est sublime, dit Isaïe, (Isaïe, chap. LVI), élevé et saint, i> et tout après: « Il

est avec le frappé et Thumble d'esprit. :> On lit (Psaume LXVIII): < Exaltez celui qui chevauche sur des nuages, » et puis, c II est le père des oi'phelins et le juge des veuves. »

Ajoutons encore que d'après le Talmud, Jého- . vah a parlé à Moïse personnellement pour lui expliquer lui-même tous les règlements et les arguments de ses élus futurs Talmudistes. (Mégilah. livre l«r).

On lit (Traité Abodah Sarah, livre 1er) : Rabbi Hanina, fils de Papa a enseigné ceci : < A la fin, au dernier jugement le Saint, bénisoit-il, apportera le rouleau de la Thorah dans son giron et dira: Quiconque s'est occuppé d'elle, qu'il vienne et qu'il prenne sa récompense ! Alors viendront tous les peuples péle-mèle, d'abord les Romains, puis les Persans, tous dii'ont tour à tour ce qu'ils ont fait, les batailles qu'ils ontlivi'ées, les monuments qu*ils ont élevés, les colonies qu'ils ont fondées, tout cela, diront-ils, nous Tavons fait pour que les fils d'Israël aient pu méditer la Zoi. Mais Dieu leur répond (même traité): « Fous que vous êtes, vous n'avez jamais rien fait pour les autres. » Puis il leur énumère les causes égoïstes qui les ont fait agir, etc., etc., etc.

Rabbi Jéhudah dit (même traité) : c II y a douze heures danslejour. Pendant les trois premières, le Saint, béni soit-il, est assis et médite sur la Thorah; pendant les trois autres, il s'assied et juge l'univers entier. Dès qu'il le trouve coupable, il se lève du trône de la justice et se met sur le trône de la miséricorde. »

Ceci n'est poiiit encore le dogme de foi, car,

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il est dit (Traité Rosch Haschanah, livre 1^) : < Dieu ne juge les hommes que pendant les douze jours s'écoulant entre le nouvel An et le jour du Pardon. :> On y lit en effet ce qui suit : < Rabbi Jachonon a dit: Trois livres sont ouverts au jour de Rosch Haschanah, Tundes scélérats parfaits, l'autre des justes accomplis, le troisième des Entre les deux. Les justes sont inscrits et scellés immédiatement à la vie, les méchants à la mort, (Tosphoth ajoute: parfois c'est le contraire qui arrive, les justes sont condamnés à mourir et les méchants inscrits à la vie) ; les moyens restent en suspens depuis le nouvel An jusqu'au jour du Pardon. S'ils font pénitence, ils sont inscrits pour la vie, sinon à la mort. Car il est écrit (voici venir la preuve plus que curieuse) : < Moïse dit à Jéhovah : Eteins-moi de ton livre que tu as écrit » (Exode, chap. XXXII, v. 32.) » « éteins » c'est le Uvre des méchants « de ton livre i> c'est le livre des justes « qy£ tu as écrit » c'est le livre des entre deux ! »

A côté de ce Dieu fait homme, on trouve dans le Talmud des aspirations philosophiques. On lit (Berachoth, livre l^r ) : « De même que Dieu rempUt l'univers entier, de même l'âme remplit le corps entier. De même que Dieu voit et n'est pas vu, l'âme voit et n'est pas vue; de même que Dieu nourrit tous les êtres, l'âme nourrit tout le corps. Dieu est pur, l'âme de même. De même que Dieu demeure dans le réduit le plus secret du ciel, de même l'âme dans les replis du corps. »

Nous verrons bientôt que les rabbins se divisent encore pour la grande question du pardon.

Tous pourtant admettent comme l'Évangile, que la pénitence déchire le destin. Sauf pour cer-

tains crimes que nous citerons. I>' au très disent que le jour de Kipour à lui seul pardonne tout. En tout cas, Dieu pardonne d'après son bon plaisir et tout à fait arbitrairement, souvent quand il a lui-même bien prié et après avoir exaucé sa propre prière.

Ce Dieu anthropormorphisé est entouré de myriades à* anges servants.

Selon le Talmud, les espaces entre les sept cieux en sont remplis. Plusieurs de ces bons anges accompagnent Thomme pieux, quand il se rend à la maison de prière, et de là à sa propre maison. Mais Thomme en général est entouré de tant de Masikin, que, s'il les voyait, il ne pourrait pas vivre. Les Masikin sont les légions de démons de Ti^vangile, littéralement ceux qui font du mal, les méchants. Il est pourtant plusieurs fonctions que le grand Saint ne conSe à personne et dont il se charge lui-même. On lit (Traité Thanith, livre 1er) : c Rabbi Jochanan dit, trois clés sont dans la main du Saint, béni soit-il, qu*il ne remet pas à un messager : ce sont : la clé de la pluie, la clé de Tenfantement et enfin la clé de la résurrection des morts, car il est écrit (Deutéronome, chap. XXVIII, v. 12) : € Il ouvi*ira son trésor pour te donner la pluie en son temps, puis (Genèse chap. XXX, v. 22) : < Il se souvint de Rachel et ouvrit ses entrait* les, > puis (Ezéchiel, chap. XXXVII, v. 12) : € Vous saurez que je suis Jéhovah, ouvrant moimême vos tombes. 1

Le Talmud ajoute : « Unjour dé pluie est plus grand que le jour de la résurrection, car il ny a

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que les justes qui ressuciteront, (comme le répète Tj^iVangile,) mais il pleut pour les méchants comme pour les justes. »

L'ange de la mort joue un rôle particulier, de même que celui de la naissance. Dès que tout est destin, préétabli au ciel, il faut au ciel des messagers sans nombre. Il est un rabbin qui dit : « L'homme ne se fait pas une piqûre dans son doigt sans qu'on ne Tait annoncé en haut, c En tout cas, le Talmud met tout entre les mains des anges. Il dit (Traité Nidah livre Ile ) : « Rabbi Hannina, fils de Papa a dit, Tange de la naissance s'appelle Lilah (en hébreu, la nuit.) Il prend chaque goutte, la montre au Saint béni soit-il, et dit : Maître de l'univers, cette goutte que sera-t-elle? Deviendra-t-elle un héros ou un infirme, un sage ou un fou, un riche ou un pauvre ? Mais il ne demande pas sera-t-elle un juste ou un méchant? car tout est dans la main de Dieu excepté la crainte de Dieu. » Voilà donc la liberté de Thomme bornée à la crainte de Dieu. Hih bien, nous verrons bientôt que cette liberté même lui vientpar la grâce du très-Saint.

Dans le troisième livre, même traité, on lit encore : « Pendant les neufs mois de grossesse, l'enfant sait toute la Thorah, mais dès qu'il naît, un ange lui donne une tape sur la bouche pour lui faire tout oublier. »

On lit (Traité Abodah Sarah, livre 1er) : L'ange de la mort qui est tout yeux, est debout à la tête de l'homme mourant. Il tient un glaive nu à la main au bout duquel se trouve une goutte amère. Quand le malade le voit, il ouvre la bouche de frayeur et reçoit cette goutte empoisonnée dont il meurt. »

Quant à Satan, il est tout-puissant, sauf le jour de Jom Kipour (Traité Jouma. Jom Hakipourim), jour où il n'a pas de pouvoir. Le Talmud demande naïvement, pourquoi ! Où en est la preuve ? et il se fait la réponse que voici : « Rami, fils de Hami a dit : les lettres numérales de Satan (mais avec un D, car parfois on écrit Sadan), font un compte de trois cent soixantequatre^ jours. Pendant ces trois cent soixantequâtre*jours, il a son pouvoir de faire le mal, mais il ne Ta pas le trois cent soixante-cinquième, et ce jour c'est le Kipour. »

Quand une fois l'homme raisonne sur des êtres imaginaires dont il veut pénétrer la nature, il tombe forcément dans le mysticisme. Moïse a laissé les mystères à Dieu et s'est réservé les choses ouvertes, mais les Talmudistes, comme les Évangélistes, entrent hardiment dans le ciel et mesurent d'un coup d'œii les anges et les démons. Seulement ce qflino«s reste à révéler à ce sujet eg^ incompréhensible. Il dit (Traité Berachoth, livre 1er) : « Michaël est avec itn, Gabriel avec deuXy Elie avec quatre et l'ange de la mort avec huit. Il y a probablement là-dessous un mystère de lettres numéi^ales que le Talmud appelle géométries^ ear en hébreu on compte en lettres.

Même traité, Rabbi-Ismaël-ben-Elisée dit :

<4^ne fois je suis allé dans le sanctuaire intérieur pour faire brûler l'encens, et j'ai vu Akatriely Yéhovah Zébaoth assis sur son trône glorieux. Il m'a dit: Mon fils Ismaël, bénis-moi (c'est à-dire fais-moi une prière). C'est-ce que j'ai fait, et il a approuvé mes paroles. »

Nous ne nous arrêtetons pas pour expliquer le

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mot Akatriel, si c'est un ange, ou un autre nom de Jéhovah, ou un simple mot chaldéen. Quiconque veut voir des anges et des démons n'a qu'à y croire, et être privé déraison. Il yen a bien d'autres dans le So/iai' et dans le Midrasch. mais nous nous en tenons préalablement au Talmud.(l) Les opinions des Talmudistes diffèrent bien sur les qualités et les fonctions dps anges et des démons, mais nul d'entre eux n'ennie l'existence. Cette croyance, sortie des ruines du temjfle de Jérusalem, est entrée, bannière déployée, dans le christianisme.

On lit dans l'Évangile (Saint Mathieu, chap.

XII, V. 26.): < Si Satan chasse Satan, il est désuni avec soi-même. Comment donc son royaume subsistera-t-il?» Et Jésus dit à ses disciples (chap . XVIII, V. 10.): « Gardez-vous de mépriser un de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans Ibp ciel^ voient toujours la face de mon père qui est dans les deux. » On connait^'ailleurs la réponse de l'esprit immonde, qui'dit à Jésus : Je me nomme légion. C'est le mot du Talmud. « Si l'homme voyait la légion de démons qui l'entourent, il ne pourrait pas exister. »

Rabbi-Siméon-ben-Lévi dit (Traité Kiduschin, livre 1er.): « Le mauvais esprit de l'homme s'élève tous les jours au-dessus de lui pour le do-# miner et chercher à le tuer, car il est dit (Psaume XXXVIII, V. 23): Le méchant épie le juste et

(1) Le Talmud Jénisalémite dit en toutes lettres, que les Israélites ont rapporté les anges de l'exil de Babylone, et qu'ils eur étaient complètement inconnus avant cette époque.

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cherche sa mort, » et si Dieu ne venait pas-luimême au secours de V homme, V homme ne pourrait pas le vaincre (le Satan). Saint Paul, aux Philippiens (chap. II, v. 13), dit la même chose: « Car c*est Dieu, qui, par sa volonté, opère en vous le vouloir et le faire. » C'est le système de la grâce. La liberté ne suffit pas à l'homme pour choisir le bien, pour vaincre le mal, il faut le concours de Dieu, Mais, Traité Nidah, second livre, et dans quelques autres endroits encore, Rabbi Hanina (que nous avons déjà cité), dit: c Tout est dans la main de Dieu, excepté la crainte de Dieu. » C'est-à-dire, Dieu ne peut pas influencer Thomme pour se faire craindre. L'homme est libre. C'est également l'opinion de Saint Jacques, un Talmudiste de l'école de Hillel. Il dit, chap. IV: € D'où viennent les guerres et les procès entre vous? N'est-ce pas de vos passsions qui combattent dans vos membres? » Puis versets 8 et 10 : c Approchez-vous de Dieu et Dieu s'approchera de vous. :> Humiliez-vous en présence du Seigneur et il vous élèvera. • Donc la crainte de Dieu elle-même est dans le pouvoir de l'homme. La grâce ne vient qu'après l'humiliation volontaire à la disposition libre de l'homme.

Je ne cite cette contradiction que fortuitement, car nous verrons bientôt que, malgré toutes ces contradictions apparentes, le Talmud a sa doctrine sur toutes ces questions de justice, sinon théoriquement, du moins pour la pratique. Il y a dans le Talmud des rabbins avec les aspirations de justice et de liberté de la loi de Moïse, mais ce sont, pour ainsi dire, des voix perdues, de faibles protestations qui meurent sur le seuil de r Académie talmudique. Le fond, c'est le corps des

doctrines prêchées par les Pharisiens du second Temple et appliquées avec une sévérité vigoureuse, jusque dans les moindres détails de la vie, par les rabbins de tous les temps.

Ces rigueurs n*ont fait que croître et embellir avec la venue du christianisme, attendu que le christianisme dogmatique s*est approprié toutes les doctrines théologiques des Talmudistes, sauf à les appliquer à Jésus au lieu de Jéhovah, parfois en les saupoudrant d un vernis platonique.

Seulement les Juifs, tout en se soumettant aux décrets de leurs rabbins locaux, n'ont jamais accepté une codification du Talmud comme dogme.

Maïmonide lui même, qui a essayé de codifier tous les règlements du Talmud dans un ouvrage intitulé: « La main puissante, i> y a échoué. Les Juifs n'ont même pas accepté les treize articles de foi énoncés par ce maître selon la Bible et le Talmud. Si contraire à la loi de Moïse que fût la vraie pratique des Juifs, ils ont toujours sauvegardé la liberté théorique .Tous les Juifs suivaient , pour ainsi dire, la tradition pratique, mais chacun se faisait un code à part, en commentant à sa guise la loi de Dieu. Dès que la pression extérieure imposée par le pouvoir chrétien ou musulman se relâchait un peu, Tesprit juif, sautant par-dessus les rabbins, aspirait vers là liberté et réagissait à l'instant même sur le monde non juif. De là même la tendance de tous les pouvoirs despotiques, chrétiens, musulmans ou païens de maintenir les Juifs sous le dogme rabbinique; dogme qui est d'accord avec les principes fondamentaux sur lesquels reposent l'absolutisme, l'esclavage et l'orgueil national, c'est-à-dire, l'esprit de castes et de privilèges.

IGi MOTSE

Le jour du grand Pardon institué par les Pharisiens, joue un grand rôle dans le Talmud. Mais les rabbins ne sont nulle part 'd'accord sur son inQuence. Tantôt il est dit (Traité Sebuath, livre II*.) : < Tous les péchés de la Thorah, sauf trois, le jour du Kipour les remet, n'importe que l'homme ait fait pénitence ou non, ï» Rabbi Jehudah dit au contraire : c De même que le sacrifice expiatoire ne pardonne qu'aux repentis, après réparation, de même le jour de Kipour. »

Ce n'est pas la seule controverse sur le Kipour et sur le pardon. Le Talmud dit en toutes lettres (Traité Rosch Hasehana) : « Le repentir • déchire le destin. » et quand Béluria, païenne convertie, fait l'observation qu'il y a contradiction entre le Deutéronome, disant que Dieu ne pardonnait pas et les Nombres, où Moïse dans une béndiction ^it (chap. VI, v. 26.): < Dieu ^ tournera vers toi sa face, c'est-à-dire, te par-

-0 % donnera. » Le Rabbin lui répond : < Là, où il

paPdonne, il s'agit des péchés envers Dieu, mais là où il né pardonne pas, c'est quand il s'agit des péchés commis envers le prochain. »

Le voilà donc bien établi. Dieu pardonne le péché envers lui-même, mais il ne pardonne pas le tort fait à une de ses créatures à moins de réparation. Eh bien, traité Jouma, le traité de la fête de Kipour, on Ht ceci : « Le jour de Kipour remet tous les péchés sans distinctio7i, soit qu'on ait fait pénitence, soit qu'on n'en ait pas fait. » Doctrine tout opposée.

Ce sont si Ton veut, deux rabbins qui ne sont pas d'accord. Le Talmud lui-même ne conclut

LE TALMUD ET l'ÉVANGILE 165

pas, mais le peuple, sous le second Temple croyait au pardon des péchés par le pur sacrifice. L'idée du pardon absolu des péchés par le sang est enracinée dans Saint Paul. Seulement le pardon ne pouvant p'us être effectué par le sang répandu sur l'autel le jour du grand Pardon, après la disparition du temple et des sacrifices, Saiut Paul proclame le pardon universel de tous les péchés par le sang plus noble de Jésus Christ. Il dit, aiLx Colossiens (chap. II, v. 14.) : « Il a effacé la cédule de condamnation qui était contre vous, il Ta entièrement abolie en rattachant à la croix. »

Il dit, aux Hébreux ( chap. IX, v. 13.) : « Car si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de l'eau mél^e à *la cendre d'une génisse sanctifient ceux qui ont été souillés et purifient leur chair, combien plus (c'est un a fortiori) le sang de Jésus Christ, qui par l'Es^it, Saint, s*est offert lui-même comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des œuvres moi^tes ! »

Il leur dit encore (chap. XIII, v. H) : « Les corps des animaux, dont le. sang est porté par le pontife dans le sanctuaire pour l'expiation du péché sont brûlés hors du camp. C'est pourquoi Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la ville. » Les Talmudistes ne pouvaient pas accepter le sacrifice humain de Jésus. Mais le principe qu'ils admettent après la destruction du temple n'est guère moins illogique et impie que le sacrifice de Jésus prêché par leur disciple, le rabbin Saint Paul. Ils redigèrent des prières, encore récitées aujourd'hui dans toutes les synagogues, dans les-

quelles prières, après avoir pleuré sur la destruction du second Temple, quin*était qu'un immense abattoir, ils attribuent leurs malheurs nationaux à leur négligence de n'avoir pas porté assez de sacrifices à leur Jéhovah- homme avide de sang de bêtes, avec l'espoir de bien réparer ces manquements à Dieu, quand ils seront de nouveau rassemblés à Jérusalem. C'est le comble de la bêtise et de l'ignominie humaines ! C'est à douter de la supériorité de l'homme sur l'âne et le mulet !

Dans le même Traité talmudique, il est dit qu'on avait Thabitude d'attacher un fil rouge sur la grande porte intérieure du temple. Dès que le bouc émissaire chargé des péchés arrivait au désert, ce fil rouge blanchissaitj afin d'accom* plir la parole d'Isaïe (chap. I, v. 18.) : « Si tes péchés sont comme le pourpre, ils blanchii^ont comme la neige (1).

(4) Si Ton veut se eonvainere de Tignorance et du parti

S ris des traducteurs rabbiniques et chrétiens pardonnierê e la Bible, on n*a qu*à lire ce même chapitre d'Isaïe. Ds^ns ce chapitre, le prophète mosaïste et philosophe dit aux Israélites, au nom de Jéhovah : « Je ne veux pas de vos sacrifices, ils ne me foQt rien ; ni de vos fêtes, je les dédaigi^e ; ni de vos prières, je les trouve absurdes. Je n'ai que faire d^ vos cérémonies et de vos simagrées. Ce qu'il me faut, c'est, la justice, c'est la destruction de l'injustice et du crime, c'est le devoir accompli ei^veri le faible, le pauvre, l'orphelin el la veuve. »

Puis toutrà-eoup, verset 18 : a Venez, que nous discutions ensemble, dit Jéhovah ; si vos péchés sont rouges comme pourpre, ils blanchiront comme neige », (traduction uni« verseile). Puis verset 19 : « Si vous m'écoutez, vous mangerez le bien du pays, sinon le glaive vous dévorera. »

La contradiction entr« ces deux versets est flagrante, et les docteurs de toutes les uations, pour les accorder, après avoir écrit des volumes, ont jeté leur langue aux chiens. Gomment, en effet, accorder la phrase ; • Si vous faites

tE TALMUD ET L'ÉVANGILE 167

La prière seule du grand prêtre produisait ce miracle.

On verra bientôt que sous le second Temple, il y avait des miracles constants de ce genre, absolument comme à Rome et â Naples. Le Talmud en cite dix qui étaient en permanence. (En voici quelques-uns) : c Nulle femme ne s'est jamais trouvée incommodée de la mauvaise odeur de la viande à sacrifice ; jamais on ne vil une mouche dans l'abattoir sacré ; jamais la nuit de Kipour le grand prêtre n'eut un accident d'impureté ; jamais serpent ni vipère ne mordit qui que ce fût à Jérusalem, jamais la pluie n'éteignit le feu sacré, jamais personne ne disait : je me trouve à l'étroit à Jérusalem, malgré l'affluence de tout le peuple des provinces pour les grandes fêtes, etc.,etc,, etc. i

Le Talmud d'ailleurs est rempli de miracles dont quelques-uns fidèlement copiés par l'histoire chrétienne.

Il y avait aussi des contre-miracles. Dans le

le bien, vous serez heureux, sinon le glaive vous dévorera, » avec celle qui précède, disant que de lui-môme Dieu trana* formera les péchés rouges du pourpre en une blancheur de neige et de laine ? G^est un non sens. Or, non seulement Isde ne s'est pas contredit, mais la phrase même en question est une condamnation du pardon. Quiconque sait le génie de la langue hébraïque, peut s'assurer au pren^ier abord que le verset 18 est une interrogation. «Venez, dit Jéhovan, que nous discutions un peu. Si vos péehés sont rouges comme pourpre, blanchiront-ils comme neige d'euxmémef?» Nullement I Ce mot est sous-entendu, comme cela arrive souvent dans cette langue^ la plus elliptique de toutes les langues. Si vous m'écoutez, vous mangerez le bien du pays, smon, mon glaive vous mangera vous-mêmes. G'est^* h, le seul passage d'Isale sur lequel les partisans du pardon ont élevé leur temples religieux. On voit sur quelle* bases fragiles ils ont été bAtis.

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