‹ Moïse, le talmud et l'évangileChapitre 28 sur 29 · PARAPHRASE · texte numérisé non relu

PARAPHRASE

Les peuples, comme les individus, ont l'habitude d'attribuer leurs malheurs à des causes extérieures ou à des forces supérieures. Rarement scrutent-ils leurs actions, en les soumettant aux jugements de la logique, plus rarement encore cherchent-ils la cause de leurs défaites, la perte dé leurs droits dans l'oubli de leurs devoirs les plus élémentaires. Les individus comme les peu^ pies répugnent d'ailleurs d'accepter franchement la loi de la solidarité. On veut bien jouir des ^ bienfaits de ses aïeux, on aime à se mettre à l'abri sous l'ombre des arbres que des ancêtres ont plantés, sans les avoir vus grandir, mais on se roidit contre cette même loi, dès qu'il s'agit de payer une ancienne dette, et plus encore, dès que l'on doit subir le châtiment d'un mal commis par les pères, et qui n'a pu être expié par eux. — Le mal comme le bien laissant forcément un laps de temps entre la cause et l'effet. — Des soidisant penseurs ont nié cette solidarité. Ce serait, disent-ils, une injustice que de faire expier aux enfants les crimes des pères. Oui, c'en serait une, si les enfants, reconnaissant le mal, réagissaient contre lui pour en arrêter le cours, pour couper l'efTet à la racine de la cause. Mais cela se fait rarement. Les enfants acceptent presque toujours les fruits de ce mal, ignorant

226 xotSB

que ces fruits ne sont que passagers, qu'ils sont empoisonnés. Les enfants reconnaissent encore plus rarement les fautes des pères ; d'ordinaire ils y persévèrent, les continuent et les défendent par toutes sortes de mauvaises raisons ; ils s'y engravent, s'y embourbent, s'y enlisent. Le mal devient alors un crime national. Un individu re^ vient quelquefois à récipiscence . En réfléchissant, en scrutant son for intérieur, il reconnaît par^ fois son tort. Mais un peuple revient rarement sur ses crimes nationaux ; Û cherche et il trouve des arguments et des prétextes pour défendre son passé et son présent ; il lui faut des siècles d'expiation pour lui faire reconnaître ses erreurs, pour lui faire changer de voie et de système.

C'est ce qui est arrivé a la nation juive.

Voila bientôt dix-huit siècles que ce peuple est dispersé parmi toutes les nations, comme Moïse le lui a prédit, par trois fois, avec tous les détails de la misère et de l'abjection.

Depuis plus de douze cents ans (depuis le sixième siècle jusqu'à 89), ce peuple est martyrisé par toutes les nations, valant moins que lui, et traité comme un être hors la loi, que l'on peut voler, piller, détrousser^ iiyurier, assassiner à merci, impunément.

Bien des fois des penseurs de ce peuple, abreuvés de douleurs, abîmés de martyres se sont demandé : Pourquoi sur nos tètes seules tous ces malheurs? Qu'avons nous fait^pour être le bouc émissaire de toute l'humanité? N'avonsnous pas un corps et une âme comme nos bom*reaux? Ne naîssons^nous pas, ne mourons-nous pas nus comme eux? Ne sommes-nous pas intelligents, sensibles, raisonnables comme eux?

lE TALHUD ET l'ÉVANGILE 227

Dieu a-t-il posé sur nos fronts un signe d'esclavage, a-t-il gravé le sceau du malheur sur notre poitrine, sommes-nous disgraciés par la nature? Ne sommes-nous pas en tout les égaux de nos oppresseurs, partageant avec eux les qualités et les défauts de la nature humaine? Pourquoi donc sammes-noùs seuls persécutés, injuriés, vilipendés, exposés à toutes les injustices des méchants, abandonnés à tous les scélérats du fanatisme, à tous les malfaiteurs des nations barbares et demi-barbares.

À cela les chrétiens d'avant 89 ont répondu et répondent encore aujourd'hui : C'est que vous avez crucifié Notre Seigneur Dieu Jésus Christ. >

Réponse à la fois odieuse et hypocrite ? Il ne m'appartient pas de discuter la divinité de Jésus, mais de toute manière la réponse ne supporte pas cinq minutes de réflexion et de critique.

Si Jésus est Dieu, s'il s'est fait homme pour être crucifié, afin de racheter l'humanité, les Juifs qui l'ont crucifié n'étaient que ses fidèles instruments. Loin de punir leurs descendants, les chrétiens devraient leur décerner des récompenses, pour avoir obéi à la voix de Dieu, afin de conti'U)uer au rachat de l'humanité, pour laquelle il a souffert avec amour, avec passion !

Si Jésus n'est pas Dieu, le Juifs qui l'ont crucifié ont certainement commis un crime horrible, un crime de lèse-humanité, mais qui n'a nullement besoin de dix-huit siècles d'expiation. Il y a plus. Dans le cas même que ce crime eût exigé des victimes expiatoires, il eût dû s'arrêter du moment où les vaincus, à leur tour, sont devenus des vainqueurs. Or, c'est juste le contraire qui est arrivé. Non seulement les Juifs n'ont été

tiS M0Ï8B

poursuivis que du moment de l'avènement du christianisme officiel, mais encore ce même christianisme, pour devenir une religion^ a officiellement abandonné la doctrine du crucifié pour adopter celle des crucificatewrSy le dogme chrétien n'étant autre, comme nou>s l'avons prouvé, que le dogme des Talmudistes pharisiens, avec la seule différence

Îu'au lieu du Seigneur (béni soit-il) ils ont mis ésus, et en changeant l'u/nité en trinité. Les noms sont changés^ mais les principes sont les mêmes avec toutes les conséquences sociales.

La mort de Jésus n'est donc ni ne saurait être la cause de l'annihilissement du peuple juif pendant des siècles.

n faut chercher ailleurs !

Car il ne suffit pas de rechercher les causes des malheurs d'Israël durant des siècles, il faut encore approfondir celles de sa durée et de son inexterminabilUé. Tant d'autres nations ont disparu avec leurs antiques religions. Tovies ont accepté la foi du vainqueur ^ en prenant part au banquet de la vie. Seule^ la nation juive présente y/n double phéruymène historique.

Elle n'accepte nulle part la foi du vainqueur.

Elle ne peut pas mourir.

Elle aime mieux vivre misérablement j en gardant sa foi vaincue, que de vivre, glorieusement, en acceptant la religion dominatrice.

Quelques chrétiens, sentant cette objection, ont dit qu'il fallait qu'il y eût toujours des Juifs pour rendre témoignage au christianisme. Vraiment ! C'est se contenter de peu. Si le christianisme n'avait pas d'autre témoignage que l'existence des Juifs, il n*y aurait pas là de quoi s'enorgueillir.

Les rabbins, à leur tour, les modernes comme les anciens, prétendent que, possédant à eux seuls la vérité, — l'unité de Dieu, — que dépositaires de cette vérité, ils doivent rester jusqu^à ce que les peuples Taient reconnue.

Mais ces mêmes rabbins, au nom même de cette unité, professent absolument les mêmes principes que leurs persécuteurs. Destinée de Thomme, la grâce plus ou moins réconciliée avec le libre arbitre, la prescience de Dieu, le pardon du mal par l'aumône ou la prière, après repentir et confession. Il n'y a pas un zest de divergence entre un talmudiste le plus orthodoxe, et le jésuite le plus retors. Ce que l'un prêche au nom de Jêhovah (7n, l'autre le prône au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Dans les détails il y quelques nuances. L'un ordonne la circoncision, l'autre le baptême ; lun n'exige pas la confession auriculaire et U défend de manger du lièvre et de la viande de porc, mais, tous deux, sur la loi fondamentale de la religion, professent absolument les mêmes principes. Même doctrine sur Dieu, sur sa toute-puissance, sa manière de s'interrompre et de faire des miracles. Mêmes principes sur l'enfer, le paradis, le purgatoire, l'immortalité, la résurrection et le dernier jugement. Mêmes principes, absolument les mêmes, sur la récompense du bien et le châtiment du mal^ sur le juste malheureux et le méchant heureux. Les philosophes juifs depuis Job jusqu'à Spinoza exclusivement (ce dernier rompant en visère aux arguties scolastiques) traitent comme tous les penseurs chrétiens les mêmes sujets, posent les mêmes problèmes et les résolvent de même. Nul d'entre eux n'est parvenu un moment seulement

S90 moïse

à concorder la prescience avec le libre arbitre, la grâce avec la justice* la destinée avec la volonté, tous rongent Tos de Job et y ébrècbent leurs dents ; tous accordent que Dieu peut annihiler les- suites d'une action humaine par le pardon, qu'il peut faire qu'une chose faite ne le soit plus, qu'il aurait pu, par conséquent, créer l'homme autrement qu'il est, qu'il a mieux aimé le créer imparfait et pécheur, pour pouvoir lui pardonner ses péchés ; que si Dieu voulait, l'homme ne pécherait pas du tout. Tous enfin conviennent que Dieu suspend ses lois de temps à autre pour gouverner par des miracles. Et si par hasard quel qu'un, juif ou chrétien, ose relever ces contradictions, ces axiomes qui s'exluent d'eux-mêmes; il est déclaré athée, hérétique, mis au ban de la société, aussi bien par les rabbina que par les mupbtis et les évéques.

Quelle était donc la mission des Juifs après la venue du christianisme? Quelle vérité particur lière avaient-ils à conserver? Pourquoi ont-ils toujours vécu et pourquoi ne sont-ils pas morts une fois pour toutes ?

Voilà les questions très-graves que nous allons examiner et qu'on ne saurait examiner avec fruit, sans quitter toutes les ornières rebattues et bourbeuses, dans lesquelles ont roulé depuis dix-huit siècles, juifs, chrétiens et musulmans?

Les nations, dit Tacite, périssent quand leur raison d'être a disparu, quand le principe en verlu duquel elles se sont élevées n'existe plus, ou a été renié par elles.

Voyons quelle a été la raison d'être de la nation juive.

Rien de plus facile à trouver. Cette raison

LE TALHUD ET l'ÉVANGlLB 231

d'être, Moïse Ta énoncée plus de dix fois, en y ajoutant, comme Tacite, que le peuple tombera dans resclavage, disparaîtra même, dès qu'il l'oubliera, la violera ou la méconnaîtra.

Au milieu de plusieurs peuples idolâtres et par conséquent matériels, barbares et ne pratiquant que le droit du plus fort, — car les hommes agissent toujours les uns envers les autres d'après l'idée plus ou moins juste qu'ils ont de Dîeu, — Abraham, au risque d'être brûlé vif, proclama un Être suprême et juste, Tégalité des créatures devant le Créateur et l'amour du prochain. Soit qu'il eût reçu cette croyance d'un autre, soit qu'elle fût le résultat de son génie, toujours est-il que lui, le premier dans l'histoire connue et recueillie par des hommes, a fondé une tribu, reniant les idoles, reconnaissant un Dieu idéal et proclamant en son nom la justice contre le droit du plus fort. Abraham lui*^ même risque sa vie pour venir au secours de son neveu et de son ami Malkizedeck, et refuse, après la victoire, d'accepter une récompense quelconque, pas même un cordon de soulier.

(Genèse, chap.XIV, v. 23). Il était de son devoir de compromettre fortune et vie, pour empêcher une injustice faite à son prochain.

Le premier acte d'Abraham, la première conséquence de son principe fut l'abolition des sacriOces humains. Il était d'usage, chez tous les peuples de son temps, de sacrifier les enfants les plus chers, dans le but d'apaiser la colère des dieux. Naturellement. Leurs dieux étaient des forces plus ou moins supérieures, et toujours la force inférieure était sacrifiée à la force supérieure. De justice, pas une trace. La terre exis-

S32 MOlSB

tait pour la plante, la plante était dévorée par ranimai, l'homme sacrifiait l'animal; à son tour, il devait être sacrifié à une force supérieure , qui, elle aussi, subissait le bon plaisir d'un Jupiter plus fort que les forts. Abraham, proclamant un Dieu juste, ne pouvait pas admettre un usage si barbare. De là l'histoire du sacrifice d'Isaac, auquel, au nom de Dieu, il substitue un bélier. Légende ou non, c'est le premier pas de fait vers l'abdition du sacrifice humain, que Moïse plus tard, défend sous peine de mort.

Mais, comme rien n'est plus dangereux que de heurter de front, au milieu des peuples fanatiques, un usage religieux et que rien n*est plus difficile que de l'extirper, Abraham se fit ordonner ou ordonna, au nom de son Dieu, la circoncision, qui est wn sacrifice de minimum de sang humain. Aussi l'appelle-t-il un pacte avec Dieu. Il n'immola pas Isaac à TÊtre suprême, mais il le circoncit, et par ce pacte de sang, il le voua à Dieu.

Tout ce qu'on a dit sur la circoncision comme hygiène n'est que de la niaiserie scientifique. Si Dieu avait voulu que l'homme fût circoncis, il l'eût créé dans cet état de s&nté et de pureté. Ne l'ayant pas fait, il n'y a rien de plus absurde que de vouloir être plus prudent que la nature et meilleur créateur que Dieu lui-même. Les dangers qui suivent de près les jouissances du corps sont autant d'anges gardiens^ avertissant l'homme d'user de tout avec modération et tempérance. Toute douleur dit à l'homme qu'il s'est foui*voyé, qu'il est temps de s'arrêter dans la mauvaise voie. Les ^uleurs héritées sont une

conséquence de la solidarité des êtres, qui a toujours existé et qui existera toujours.

Le Dieu de Moïse, comme nous l'avons prouvé dans sa loi fondamentale, n*est pas tout à fait le Dieu d'Abraham. Entre Élohim et Jéhovah il y a tout un système philosophique. Êlohim, c'est la force suprême; Jéhovah, c'est l'Être qui n'a jamais changé ni ne changera jamais, qui fut ce qu'il sera. Dans tous les êtres créés, dit Platon, il y a un non-être latent qui va devenir. Ce que Platon explique dans plusieurs pages Moïse renonce dans un mot. ,

En vertu de ce principe. Dieu, selon Moïse, représente l'éternelle loi qui jamais ne ploie devant aucune considération. L'homme, à son tour, représente la liberté, tenant en sa main son bonheur et son malheur.

En vertu encore de ce principe , toutes les créatures jaiUies de la même loi, sont égales devant elle et solidaires les unes des autres.

En vertu de ce principe enfin, le faible n'existe plus pour être sacrifié au fort ; le fort, au contraire, existe pour faire son devoir envers le faible, car Dieu lui-même, par son essence et la création, représente le Devoir. La créature doit en tout imiter le Créateur, s'élever vers lui par la pureté, la sainteté, par le devoh' accompli envers le prochain et les existences à côté et au-dessous d'elle.

Voilà donc la raison d*être du peuple de Moïse, Tu dois, lui dit-il, servir de modèle aux autres nations, dont les lois anti- rationnelles sont basées sur la tyrannie et la force brutale. Tu dois rester un peuple de raison pure. Du jour que tu oublieras la raison, en vertu de laquelle Jéhovah

t'a élu ; du jour que tu ressenibleras aux peuples idolâtres dont les dieux, faits des mains d'homme, sont aussi injustes que les mortels, tu deviendras la proie des nations plus fortes que toi. tu tomberas dans l'esclavage , tu disparaîtras parmi elles.

Étant la nation la moins nombreuse, la moins considérable par l'antiquité et la force, tu n'existes et tu ne seras supérieure aux autres, que par la loi basée sur la raison divine. En d'autres termes, je te donne la Qualitéj l'élection, car je te donne la Vérité. Dès qu'entre tes mains cette qualité disparait par tes vices et tes crimes, tu ne seras plus qu'une seule et impercep* tible Quantité. Plus tard Jésus a répété la même chose à ses apôtres en les appelant le sel de la ten'e.

Je n'ai pas besoin d'énumérer encore les causes de la chute du premier Temple. Sous les Juges seulement, le principe vital en fut respecté. L'idolâtrie avec toutes les barbaries à la suite, envahit les deux royaumes d'Israël et de Juda. Tous deux disparurent sous la main puissante des rois babyloniens, tous deux devinrent un sujet d'abjection et de risée. Etant tombé de plus haut, Israël roula bien plus bas que d'autres peuples vaincus par la force. Il se piquait d'être toujours le peuple élu, oubliant qu'il n'était plus élu, dès qu'il n'observait plus la loi fondamentale de Moïse Cette prétention d'élection lui a valu des ennemis irréconciliables, et ajuste titre. On n'est élu que par ses vertus et ses devoirs accomplis, jamais pai* l'exigeance des droits imaginaires. Israël depuis longtemps n'avait plus que les vices de ses vainqueurs.

Dans son malheur, Israël reconnut cette vérité. Il revint sur lui-même. Il eut le temps de réfléchir et d'étudier la loi de Moïse. Babylone, ivre de sang, tomba pour ne plus jamais se relever, comme le lui avait prédit le plus grand disciple de Moïse, le grand Isaîe. Quelques véritables grands hommes surgirent de nouveau de son sein, tels que Daniel, Néhémie, Zorobabel.

Ses malheurs, Israël les a dûs, il les doit et il les devra toujours à ses princes et à ses enrichis. Son salut ne lui vient que par ses poètes et ses savants, qu'il a toujours méprisés durant le temps de sa prospérité.

Les Perses venaient d'établir leur règne sur les ruines de Babylone. Parmi eux il y avait quelques rois philosophes recherchant les penseurs juifs. Des juifs furent appelés à la cour et revêtus de dignités royales. Un roi perse permit enfin aux Israélites de relever le Temple de Jérusalem. Les Juifs enrichis restèrent en Perse, mais les savants, les pauvres et les artisans, retombèrent à Jérusalem, où après des tribulations sans nombre, ils proclamèrent de nouveau la loi de Moïse.

Mais parmi les Juifs revenus de la Perse, il y avait une secte qui, de ce pays, avait rapport^ la doctrine mazdéenne de la fatalité. Ce fut là, l'origine des Pharisiens. La fatalité, en effet, est le principe fondamental des Pharisiens. Seulement ils l'ont appelée : gi*âce ou prédestination.

La fatalité étant un principe tout à fait opposé à la doctrine fondamentale de Moïse, qui met le bonheur et le malheur dans Taction de l'homme, force fut à cette secte, dès qu'elle devint mai-

D'igitizedbyLjOOgle

SdC MOTSE

tresse du pouvoir, d'adultérer la doctrine sacrée, soit en falsifiant les textes, soit en les expliquant à sa guise, soit même en les supprimant tout à fait.

La fatalité traîne à sa suite d'autres erreurs sociales bien plus calamiteuses.

Dès que l'homme attend tout de la divinité, non par ses lois naturelles, mais par la gi'àce et la puissance de suspendre ces lois — des miracles — il cherche à la corrompre par des flatteries, par des sacrifices, par des prières sans fin.

De même que les tyrans humains n'aiment que de bas solliciteurs, de même les dévots ne demandent à leur Dieu que des biens matériels, la santé, la fortune et les dignités, le tout pour glorifier le Seigneur comme le courtisan qui, à l'entendre, ne se gorge de richesses, que pour faire resplendir la magnanimité de son maitre.

Dès lors plus de devoirs envers le prochain.

L'essentiel c'est de plaire à Dieu. Il n'y a même pas d'autre prochain pour le dévot que celui qui hurle avec lui et partage avec lui les dépouilles divines, prises sur des mortels plus faibles. Tout opposant est un athée, un rebelle qu'il faut exterminer. A défaut de le tuer, il faut, du moins, sous prétexte qu'il est damné et qu'il n'entre pas au ciel, l'exclure de tous les droits de la terre. Quant à ce ciel, ce sont les initiés, les chambellans de Dieu qui seuls en possèdent la clef. Eux seuls admettent les élus et refusent les réprouvés, la proie de l'enfer et du purgatoire. L'autre n'en sortira jamaiis. Seulement, à force de les prier, à force de soumission, on peut obtenir d'eux que ces réprouvés, après

LE TALHU0 Et L'ÉVANGILE 237

avoir beaucoup souffert, remontent et soient reçus à merci. Eux seuls, vrais serviteurs de Dieu, sont les maîtres des vivants et des morts. En vertu de quel droit ? En vertu de la grâce de Dieu et de la prédestination, en vertu du droit divin. Il se peut que le déshérité des biens de la terre, pourvu qu'il soit soumis, ou bien repentant, reçoive une compensation au ciel, mais en aucun cas il n'a le droit de se plaindre.

Il est prédestiné. Tout ici-bas est arrangé, casé par la Providence qui sait tout et fait tout. L'homme ne fait que s'agiter. Sa liberté n'est que factice. S'il fait le bien, c'est que Dieu Ta inspiré pour le bien. S'il fait le mal, c'est que Dieu s'est détourné de lui. D'aucuns admettent une espèce de Dieu inférieur pour le mal, un Satan, un diable. Le vrai Dieu, d'ailleurs, sait d'avance si l'homme le quitte pour suivre le diable. Seulement dans sa bonté, — car autrement le monde ne pourrait pas exister, -^ il pardonne à son fils égaré ou désobéissant, annihile le mal qu'il a fait, soit par un souffle, soit par un miracle, soit par sa grâce.

Par exemple, il pardonne à l'assassin, mais on ne sait pas ce que devient l'assassiné. Ce dernier n'est jamais consulté,

C'est la doctrine du Talmud, au nom de Jéhovah, et de l'Évangile au nom de Jésus.

Comme les malheureu3^, quoi que l'on fasse, protesteront toujours contre la doctrine de la prédestination et de fatalité, il ne reste aux hommes de ce système que la force et le droit du plus fort. Seulement pour prêter à ce droit une apparence de justice, ils l'exercent au nom de Dieu et pour sa grande glorificati9g^,y(^oogle

Pousséd par la logique, — - cap Teireur a sa logique comme la vérité, — ils déclareut posséder, à eux seuls, la vérité absolue. Que cette vérité soit contraire à toute raison, peu importe! Elle a été révélée telle quelle. La raison n'a rien à y voir. Elle est impuissante à maintenir riiomme dans la voie du bien, quoiqu'il n'y eût jamais d'autre voie de bien que la raison, émanation directe du Créateur. D'après leur système. Dieu aurait donné la raison à l'homme pour ne jamais s'en servir, à moins que cela ne fût pour la nier, car il faut même de la raison pour nier la raison. En vertu du même principe, les fatalistes, partisans de la grâce, nient le progrès humain, Du moment que Dieu a révélé à l'homme la vérité absolue, il ne peut y avoir jamais le moindre progrès dans cette vérité, ni dans ses conséquences politiques et sociales. S'il y a un changement dans la vie des peuples, c'est que Dieu les a ordonnés, après avoir lui-même changé de volonté, soit qu'il se fût apaisé, de courroucé qu'il était, soit qu'il éclatât de colère, après une période de bonté et de douceur. Parfois ses châtiments frappent l'innocent et ses bénédictions comblent le méchant, mais tous deux après leur mort changeront de place. La raison de l'homme, d'ailleurs, est frop courte et trop mince pour pénétrer les causes de ces catastrophes. Ces changements à vue une fois opérés, le vieux système continue et le monde est toujours gouverné, en vertu de la même vérité absolue, accordant par sa grâce tout aux élus, — les dévots, les prêtres et les privilégiés qui les soutiennent, — et l'ef usant tout aux réprouvés, — les pauvres, Jçs^^

tiques, les impies, et les étrangers. — Voilà le système des Pharisiens juifs etévangéliques.

C'est l'extrême opposé de la religion philosophiqne de Moïse , qui, — on ne saurait assez le répéter, — met le bonheur et le malheur de l'homme dans sa propre main par la liberté, tout en reconnaissant la solidarité des méchants avec les bons, n'ayant garde de payer les souffrances du pauvre par une lettre de change, th'ée sur le ciel, payable seulement après la mort.

Qu'on se figure maintenant ce système de fatalité cousu, tissé, enchevêtré de force dans les lois de Moïse. Il n'en reste pas une ligne^ pas un mot, pas une syllabe dans son sens naturel. Là où la lettre de la loi est contraire au système, on la violente, on la falsifie ; là, au contraire, où l'esprit de la loi crie contre l'applicalion, l'esprit est condamné et la lettre maintenue dans toute sa rigueur (1).

Une telle doctrine devait naturellement provoquer des dissidents et des opposants. Aussi l'histoire de la seconde monarchie juive n'estelle qu'une longue suite de crimes et des guerres civiles. Jésus vint. Jésus, pharisien lui-même

(i) Le Talmud n'a pas de parti pris pour la lettre contre l'esprit. Tantôt il maintient la lettre, tantôt il la nie et Tinterprète à sa guise. Ainsi, quand Moïse dit poétiquement : « Cette loi te servira comme souvenir entre tes yeux. » Le pharisien, maintenant la lettre et l'appliquant rigoureusement, ordonne, sous peine d'excommunication, d'enfer et d'éternelle damnation, que tout juif, pour prier mettra tous les matins un nœud de cuir de veau contenant le Schemah Israêl sur le front entre les yeux, et sur le bras nu en face du cœur, le tout enjolivé de courroies avec lesquelles le croyant fera un certain nombre de nœuds et de rouleaux cabalistiques autour le bras et les doigts. Mais quand Moïse, par>

S40 MOÏSB

comme Saint Paul qui s'en vante^ comme tous les apôtres 9 n'attaque pas ses ennemis parce qu'ils sont pharisiens, mais parce qu'ils sont %-pocrites. Il les appelle toujours : pharisiens hyr^ pocrite$ dont le faire est autre que le dire, dont l'extérieur ressemble à des sépulcres blanchis et dont rintérieur est pourri, trafiquant de la foi, faisant de longues prières avec de longs phylactères sans faire la charité aux pauvres.

Toutes les doctrines de Jésus sont pharisiennes. L'immortalité de l'àme, la résurrection des morts, le pardon des pécj^és, Tenfer, le paradis, le trésor au ciel, tout cela est pharisien. Seulement Jésus pousse tes principes logiquement à Textréme. Il pousse la charité jusqu'à Tabolition totale deia richesse et laToi jusqu'à l'abolition du prêtre. * /

Bon pour le peuple, Jésus déclare une guerre à outrance aux prêtres et aux riches de sa nation.

n fut*sacrifié par ces mêmes prêtres et ces mêmes riches, mais sa doctrine n'en resta pas moins pharisienne. Tous ses disciples sont talmudistes

À peine fut-il mort qu'ils appliquèrent à Jésus la doctrine que le Talmud appliquait à Jéhovah.

humanité, dit : a Tu ne cuiras pas l'agneau au lait de sa mère, » le Talmud, loin de prendre cela à la lettre, invente tout un volume de règlements et de défenses sur le mélange du laitage avec le viandage, qu'il appelle Tarubeth. Une goutle de lait tombant sur un morceau de viande, la viande est défendue, à moins oull n*v ait soixante parties de viande contre une partie de lait. Il y a plus de mille volumes d'imprimés sur cette seule question de Mélanges^ tous contenus, d'après le Talmud, dans les paroles de Moïse, et auxquels ce grand homme, certes, n'a jamais songé, en ordonnant de ne pas cuire l'enfant pendant qu'il tette aa mère.

LE TALltUD ET l'ÉVANGILE 241

Les miracles et la résurrection sont talmudiques.

Bientôt des rabbins convertis s'emparèrent de re nom, pour prêcher aux Gentils la doctrine talmudique. Il n'entre pas dans mon système de ^chercher les causes du triomphe de la doctrine chrétienne des premiers temps.

On connaît la vie de Constantin, on connaît ses vertus et ses vices. Les Talmudistes néochrétiens promettaient pleine rémission et pardon complet à tous ceux qui, se repentant, reconnaissaient leur pieu. Quelque temps après, le dogme des Pharisiens fut onîciellement proclamé : la grâce, la {prédestination, le pardon du mal. La-Vérité, fût de nouveau déclarée absolue et révélée *par le Sainlr Esprit, qu'elle fût contraire ou bon à la raison. Le but de l'homme était, comme toujours, de plaire h Dieu, non par des œuvres envers le prochain, par le dévouement pour le faible, le pauvre et le malheureux, mais par la foi. Inutile de m'appesantir là-dessus. Le Talmud n'avait nullement perdu en crédit. Il n'y avait de changé que quelques mots.

Les Juifs, niant la divinité de Jésus, reculèrent d'abord et serrèrent leurs rangs autour de Jéhovah. Ils protestèrent au nom de Dieu-Un, mais ils ne retournèrent nullement à la philosophie de Moïse. Ils étaient et ils restaient talmudistes, pharisiens, c'est-à-dire ennemis de. la liberté et du progrès. Ils devaient survivre

Page 1