SACRIFICE ÉTAIT UNE AMENDE DE PLUS PAYÉE AU PRÊTRE
Donc, pas de sacrifice expiatoire possible sans réparation du méfait. Le sacrifice était une aggravation de peine, car c'était le prêtre qui en prenait d'ordinaire les meilleurs morceaux. Il est même dit (Lévitique, chap. V, V. 16), que l'inculpé doit donner le quintuple au prêtre , pour le cas où il a fait du tort à des choses sacrées appartenant au clergé.
Mais, dira-t-on, le jour du grand pardon, le Jom kipour, le sacrifice des deux boucs?
Ici il faut que j'entre dans quelques détails de langue.
LE TALMUD ET l'ÉVANGILE
Le mot kipour, kipourim , et kaporeth (même racine) ne dit nullement pardon et pardonner. En voici des preuves probantes :
il est dit (Lëvitique, chap. xii, v. 8), à l'occasion d'une femme relevant de couches et offrant un sacrifice de tourtereaux {vekipour aleah hakohen, « et le prêtre la purifiera. » Si le mot kipour voulait dire pardonner, ce serait un non-sens , le prêtre n a rien à pardonner à raccouchée. Le même mot kipour est répété pour le lépreux guéri qui apporte son offrande (Lévitique , cliap. xiv, V. 2,) et le même mot est appliqué à une maison attaquée parla lèpre (Même chap., V. 53). Or, je le demande, le prêtre a-t-il quelque chose à pardonner à une maison ?
Le mot kipoK^r veut en effet dire couvrir moralement, purifier. Le substantif /^^^jomA, qiu est tant de fois répété, ne veut pas dire 'propitiatoire, mais purificatoire, littéralement couverture (1).
(1) Le mot vient de Iwûcr, rançon.. ExoJe, chap. XXI, V. 30, puis, Exode, chap. xxx, r. 12, Xipow veut donc dire, rançon, couverture. Xotwr, dont le trançais a fait : couvrir. Ily a en général une grande analogie onomatopique entre riiébrcu et le français.
M. Anaxs, président de la Société archéologique
^roiSE
Il y a plus. Moïse n'est pas le crêateiu do cette Me de Jom kipour. Jamais, de son vi-vaut, le peuple d'Israël n'a célébré ni connu cette fête, niaprôs luisons le premier temple.
Tout d'abord , il est à remarquer que Moïse qui, dans le Deutéronome, chap. xvi, répète ses commandements pour les fêtes, ne
à. Bézierg , a prononcé un discoiira sous la llestauration (on le trouve dans le premier volume de Vllistoire do France de M. de Genoude), tendant à prouver que le patois du Midi et le basque viennent tous deux de Thébreu et des juifs que les empereurs romains ont exilés par centaines de mille dans la Gaule. Les preuves sont extrêmement curieuses. Ce qui est plus curieux encore , c'est que sur vingt mots hébreux cinq ont la même signilication et la môme prononciation qu'en français. Citons-en quelques-uns au hasard. Abri vient aCaber, aigle, auspices. Europe vient ^Ercl), soir, couchant. E^sem veut dire ossement, SuetJt, guette, sueur. Enmd veut dire en hébreu enni; Vaïn hébreu se prononce comme Ve% français , ce qui ne se trouve dans aucune langue. Il vient de venir ^ locution qui ne se trouve qu'en français et qu'en hébreu, ce Isaac vient de venir. » Le mot ho même veut àimjc vais, en patois de Béziers. Mèr/le vient de re^uel ; pied, mesure. Javelle , schaJjciie, Corne l'éren. Aurore, or. Kaison, raHîb. Je n'en finirais pas. Quand on lit l'hébreu avec un peu d'attention à ce sujet, on est confondu d'ctonnement, surtout quand on sait rallcmand venant du celte. Le mot celte même est hél)reu.
r.î^ TALMUD ET L KV.vKGil.K
fait pas la moindre mention, ni du jour de Tan (Ropcliliasclianali) , ni du ^Tz^oicr, jour du pardon. Il ordonne la Pâque, la Pentecôte et la fête des Cabanes. Pour ces fête^^^ tout Israélite était tenu de se rendre à Jérusalem. Or, la fête du jour de Kipour n'est éloignée des Cabanes cpie de quatre jours. Si donc Moïse avait connu, ordonné cette fête, il n'aurait certes pas manqué de faire venir le peuple h Jérusalem quatre jours plus toi, d'autant plus que sous le second temple, le jour de Kipour est devenu la fête principale des Juifs.
Cette iè\Q, relatée dans le Lévitique, chapitre xxni, où d*ailleurs ne se trouve pa?; le mot pardon des péchés^ ostensiblement écrite d'une main pharisienno plus de mille ans après Moïse, a été, comme tant d'autres choses, créée et intercalée par les prêtres du pardon. Tout d'abord Toreille du loup perce par le mot sabatJwn^ qui s'y trou\o trois fois. Jamais, du temps de Moïse, ni même sous le premier temple, on ne se serait servi de cette terminaison on, qui est tout à fait chaldéenne ; de même l'adverbe :
aeh. L'expression heèssem liaîom Jiasêli «dans ce même jour, » y vient cinq fois, trois fois de suite coup snr coup (versets 28,
MOÏSiS
29 et 30). Moïse n'eût jamais écrit cela. C'est le style d'un rabbin. Le verset 27 dit : « le dixième jour du septième mois ; » puis le verset 32 dit «le neuvième jour dès le soir. » Au lieu de l'expression ordinaire de Moïse « cette âme sera retranchée, » l'auteur se sert du verbe perdre, Wchabadethi.
Tout ce cbaiîitre XXIII, sans ordre, sans style et sans logique, indigne du génie de Moïse, le plus grand écrivain du monde, est tout entier de l'époque pharisienne du second temple.
Mais la fraude est bien plus visible dans le sacrifice des deux boucs : c'est le chapitre XVI du Lévitique. II débute ainsi : « Et Jéhovah parla à Moïse après la mort des deux fils d'Aaron, lorsqu'ils s'approchèrent de Jehovah et moururent : Dis à Aaron qu'il ne vienne pas en tout temps dans le sanctiiaire. » Ainsi de suite jusqu'au verset 29 Pendant toute la description du sacrifice des deux boucs, il n'est pas dit un seul mot de la Me du pardon du dixième jour du septième mois. Puis, soudainement, au milieu div commandement, après tout un long chapitre, on lit : « Et il vous sera do loi éternelle, au septième mois, le dixième jour vous humilierez vos âmes, vous ne ferez
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LE TALMOD ET L'iVANGILE
nn]\e œuvre, rindigène comme rétranger.
Car en ce jour Jéhovali (Jekaper) on le tra* cluit (votùs iMT donner a) pour vous purifier de tous vos péchés. Devant Jéliovah vous serez purifiés. » Et puis tout de suite, comme s'il n'avait jamais été question d'une fête : « Et le prêtre purifiera (toujours Kipoiù7^) celui qui l'a oint (il s'agit en effet d'une inauguration d'un grand-prêtre) et qui a rempli sa main pour officier à la place de son père, et il mettra les habits de lin sacrés, et il purifiera le sacro-saint et la tente de destination, et l'autel, il le purifiera, les prêtres et le peuple, il les purifiera. Et il vous sera une loi éternelle, afin de purifier les fils d'Israël de tous leurs péchés une fois dans l'année. »
Évidemment le verset 29 et la fin (verset 34) sont des interpolations.
Laissons de côté le commentaire ingénieux, prétendant que le bouc qu'on a ponctué Assasel, veut tout simplement cire :
Isis-El (le dieu Isis), car El veut dire dieu. L'auteur de ce sacrifice, méprisant l'idole d'Egypte, lui envoie pour le narguer un bouc chargé de péchés d'Israël, pour démontrer en même temps ce qu'il pensait de ces fêtes et de ces sacrifices expiatoires, en usage
MLiCi!;
chez les peuples païens. Mais coiiimeiu tid-^ mettre que Moïse qui en tout est su concis et si clair, commence par ënumérer une cérémonie sans dire au début comme c'est son liabitudo : « Et le dixième jour du septième .mois tu observeras, » etc., efc. Pendant tout ce chapitre, il se plaît à détailler d^ibord le vêtement du pontife, puis le choix des boucs, puis l'encens, puis les moindres détails du sacrifice, puis le dévôtissement du prôlre, le bain qu'il prendra, la loneue cérémonie du bouc destiné à Assaseî, le tout pour arriver à dire : « Et il vous servira de loi pour le septième mois. » Pois, pour revenir au prêtre qui officiera à la place du père? Cela n'est pas possible. Toute cette fn du chapitre est fausse, archi-faus^:e Elle est dVailleurs intraduisible, incompréhensible. Que fait là le prêtre qui oint et qin remplit sa main po'ur VinUier à la place cho père? Q:e^ixxn non sens. Ce mot son père qwi vient là, on ne sait pourquoi, est une absurdité. Je connais bien les explications du Talmud, elles sont encore plus absurdes. Si Moïse avait ordonné cette cérémonie et cette fête, pourquoi n'en parle-t-il pas dans le Peutéronome, lui qui j répète tous ses commandements les plus' împor--
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tants? Pourquoi n'y a-t-il pas une irace dans l'histoire des juifs, excepté une diatribe cl'Isaïe? (Chap. Lv). Encore le prophète lie fulniine-t-il que contre les faux prêtres, croyant qu'un jeûne suffit pour oblenir quelque chose de Dieu. De la fête de KipotùT pas mi mot. Cette fête-là, en effet, est en tout contraire à Ja véritable doctrine de Moïse. JéhoTah ne pardonne, nine pmot j^ardown^raupécheurqu'aprèsla réparation du tort (oblita causa tollitur effecHùs). Il ne pardonne jamais un crime irréparable.
Alors à quoi bon une fête de pardon? Cela ne pouvait être inventé que du temps des rois. Si Moïse avait prêché cette doctrine, il n'eut point eu besoin de créer un ncuveau peuple et une nouvelle loi, tout cela existait chez les peuples monarchiques et idolâtres autour de lui. Il n'eût surtout pas eu besoin de menacer tous les jours son peuple de toules les malédictions terrestres en cas de violation de la loi. Quelques sacrifices eussent suffi pour détourner la colère de Dieu. Il n'aurait pas dit (l)eutéronome, chap. xxix, V. ^1) : « Et la génération qui viendra, vos fils qui A'iendront après vous, et Tétranger qui viendra d'un pays lointain voyant toutes ces plaies du pays et les calamités dont
MOÏSE
Dieu ]'<x frappé, quand tout sera soufre et sel et entièrement brûlé, où rien ne se sème m germe, où nulle herbe ne monte plus, comme les écroulements de Sodome et d'Amorah, d'Admah et de Seboim que Dieu a boulversés dans son courroux ; ces peuples diront : Pourquoi Jéhovah a-t-il ainsi fait à ce pays ? D'où vient cette grande colère? Et Ils répondront : Parce qu'ils ont abandonné le pacte de Jéhovah, le Dieu de leurs pères qu 11 a conclu avec eux en les tirant du pays d Egypte. Ils ont servi d'autres dieux se sont prosternés devant des Elohims qu'ils n ont pas connus et que Dieu ne leur a pas départis, alors le courroux de Jéhovah s'est allumé pour lancer sur eux toute la malédiction décrite dans ce livre. Jéhovah les a expulsés de leur terre dans une triple colère extraordinaire, et les a jetés dans une autre terre jusqu'à ce jour. » Et tout de suite après, pour répondre à ceux qui se consolent de l'autre monde. Moïse aioute • « Les mystères sont à Dieu seul, mais les choses ouvertes sont à nous et à nos fils pour toujours. »
-JSSSÈÊd
Cette justice divine, d'après Moïse, s'exécute dans la vie d'ici-bas, à la face de Jéliovah et du peuple. Moïse ne connaît pas d'autre justice. Certainement la loi est longanime, patiente. Entre le crime et le châtiment il y a un espace de temps, comme il y a une distance entre le levier et l'effet qu'il produit; mais, pour être lente, la justice n'en arrive pas moins sûrement, ni avec moins de sévérité. « Je ne laisserai jpas impuni le méchant, dit Jèhovah je ne resterai pas en retard pour atteindre mes ennemis, je les payerai en facel% Pour certains crimes, la justice de Dieu est plus rapide. Il dit (Exode, chap, xxii, v. 21): « Tu n'ennuieras ni la veuve, ni l'orphelin. Si tu es dur pour eux et qu'ils crient vers moi, j'écouterai leurs cris, j'éclaterai en colère, je vous ferai tuer par le glaive ; vos femmes alors deviendront veuves et vos enfants orphelins. »
On le voit , Moïse croit même à l'égalité de la douleur dans la peine. Une dit pas comme certains législateurs illuminés : « Protège la veuve et l'orphelin, sois juste envers le pauvre, afin que t%^ entres dans le royaume de Dieu après ta mort. » Au nom de la
MOlHi:
po]idarilG, il menace le criminel du mémo mal qu'il a fait à son prochain, et à son défaut, ses enfants et arriôre-petitsenfants. D'après Moïse,toute mauvaise action se veng-e.
La nature entière entre dans la justice vengeresse de Jéhovah. P\aut-il répéter les nombreuses malédictions qu'il prédit à son peuple en cas qu'il viole cette loi ? Je n'en finirais pas. Dans plus de vingt chapitres, cette idée se répète. Il est vrai que la récompense terrestre pour le bien se trouve toujours à côté du mai. Jéhovah est juste pour le bien comme pour le mal. L'homme est libre d'opter, mais la loi logique ne manque pas à son essence. Toute bonne action est récompensée. Il suffit que la masse du bien l'emporte sur la somme du mal. Les hommes ne seront jamais parfaits. Si la Société humaine est défectueuse, pleine de maux, c'est qu'elle contient toujours un grand nombre d'individus violant la loi et la justice. Mais elle prospérera toujours là où le plus grand nombre d'hommes feront leur devoir et vivront d'après la loi de Dieu, qui est celle de la nature et de la raison. Dès que la majorité penche vers le mal, la société s'affaisse et finit par se dissoudre dans le sang et dans l'abjection.
LE TALMUL) ET l'kVANGILK
En un mot, Moïse n'admet pas qu'un Dieu qui n*est pas juste dans ce monde-ci, puis;:e l'être dans un autre monde.
D'après Moïse, Jéhovali n'a point élu le peuple d'Israël pour ses propres vertus, mais dans le but de s'en servir comme peuple justicier pour venger des iniquités commises parles sept nalions de -la Palestine. Si ce peuple suit la loi de Dieu, il jouira de sa victoire, sinon il subira le mémo sort et un sort pire encore.
Il dit (Deutéronome, chap. ix, v. 1.) :
« Écoute Israël, tu vas passer le Jourdain pour chasser des peuples plus grands et plus puissants que toi, ayant de grandes villes fortifiées jusqu'au ciel; un peuple de géants. Tu as entendu dire : qui pourra résister aux fils de géants? Sache que c'est Jéhovah ^ui-môme ^ qui passe devant toi comme lïn feu dévorant. Il les exterminera et les liumiliera devanttoi. Tu les chasseras et les vaincras rapidement, comme il te Ta dit. No flis pas dans ton cœur, quand Jéhovali ton Dieu le> précipite devant toi: « Cesi par ma
oo MOÏSE
verHù qtœ Jeliovah m'a amend ici 2^otfy hériter de ce patjs. Non ! c' est pm^ la méchanceté de ces peuples que Lieu les chasse detmnt toi; ce n'est pas par ta vertit^ ni par la droiture de ton cœur qite tu viens hériter de leicr pays, c'est uniquement à cause de la scélératesse de ces pétqdes que Jéhovah les pousse devant toi. » Les prêtres ont ajouté : et afin qu'il garde sa parole qu'il a donnée à Abraham, Isaac et Jacob : « Tu sauras, continue Moïse, que Dieu ne te donne p)as ce beau pays pour ta justice, car ^ tu es un peiqjle à la nuque dure, »
Il dit encore (Deutéronome, chap. vu, v. 6) : « Car tu dois être un peuple saint à Jéhovali ton Dieu. C'est pourquoi Dieu t'a élu pour lui être un peuple Segoulah (princeps) de tous les peuples de la terre. Il ne t'a pas choisi parce que vous êtes les plus nombreux des peuples, vous êtes au contraire la moins l^opuleuse de toutes les nations, » Israël n'était donc ni vertueux ni nombreux. Il était le justicier de Jéhovah contre les peuples idolâtres, violateurs de toutes les lois divines et humaines. Les plus grands griefs que Moïse articule contre eux ce sont : les sacrifices humains, les devins, les augures et les faiseurs de miracles. Il dit (Lévitique,
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LE TALMUD K'T l'ÉV^ANGILE
chap. xviïî, V. 24) : « Ne vous souillez pas comme ces peuples se sont souillés. Observez mes lois, car tous ces peuples chassés devant vous ont commis ces abominations.
Ils ont avili le pays. Et le pays ne vous vomira pas comme il a vomi toutes ces nations souillées da crimes et d'abominations. »
Jéhovah chassera les criminels devant eux, mais pour hériter de leur pays il ne suffit pas de vaincre, il faudra avant tout être juste et faire son devoir que commande la loi de Dieu et de la raison. N'est-ce pas là en deux mots l'histoire de toutes les histoires. Les vainqueurs sont généralement les Vengeurs des peuples vaincus, qui, eux sou- ^'cnt, payent les dettes de leurs pères ; dettes ^lu'ils ont acceptées et augmentées. Puis, à leur tour, ces vainqueurs imitant les mêmes crimes, tombent sous la même loi. Le véritable progrès, hélas! ne se manifeste que par <iuelques justes obscurs, loin des bruits et des plaisirs du pouvoir, faisant le bien au profit de leurs semblables, ou méditant d'éternelles vérités sur le règne de Jr ' 'berté et ^lô la justice de l'avenir.
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On a roprcclié à Moïse de n'avoir pas édicté comme loi l'immortalité de l'âme. C'est là au contraire un des plus grands titres de gloire de Moïse. Mais avant d'aborder cette ([uestion, il nous faudra expliquer la large Ijase sur laquelle Moïse a élevé son monument de justice divine et humaine, et qui n'est autre que la liberté.
Moïse qui déclare l'homme à l'image de Dieu en proclame la liberté pleine et entière, sans la moindre intervention de Dieu sur la volonté de l'homme. Le mot(Genèse, chap. ni, V. 5) : « Et vous serez comme Elohim, sachant le 1jien et le mal, » est bien dans la doctrine de Moïse. L'homme tient dans sa main non seulement le bien et le mal, mais encore et surtout le bonheur et le malheur. Il ne tient qu'à lui de vivre d'après la loi de Dieu pour être heureux au suprême degré. « La terre (Deutéronome, XI, V. 15; Lévitique, xxv, V. 19), la nature elle-même obéira à la loi de Dieu pour rendre à l'homme au centuple les fruits de ses devoirs accomplis. Il est vrai que Moïse définit môme les devoirs moraux de l'homme envers l'animal et la terre, ce (|ue nul législateur a^ ant et après lui n'a
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LE TALMUD ET L KA'ANGILE
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fait. Moïse a proclamé la solidarité de tous les êtres sans distinction. Ce système e>t largement exposé dans le Deiitéronome^ où Ton trouve en général les arguments philosophiques de Moïse. Il dit (chap. xxx, A^ 1 1) : « Car la doctrine que je te commande aujourd'hui n'est pas miramdeuse, elle n'est pas non plus trop loin de toi. Elle n'est fas cm ciel pour que tu dises : qui montera pour nous vers le ciel pour la prendre et nous l'apprendre. Elle n'est pas au-delà de la mer pour que tu dises : qui passera la mer pour la prendre et nous l'apprendre. La chose est tout près de toi. Elle est dans ta houcho, dans ton cœur, pour que tu puisses l'accomplir. Vois, j'ai exposé devant toi aujourd'hui, la vie et le bien, la mort et le mal. »
Moïse, dans le verset 19, prend, d'après son habitude, les cieux et la terre à témoin,:^ pour prouver à tout jamais, qu'il a laissé h son peuple le choix libre entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, entre le bonheur et le malheur : « Tu choisiras la vie, dit-il, ahn que tu vives. Tu aimeras Jéhovah ton Dieu, la Loi, car il est ta vie et la longueur de tes jours. » Rien, d'après Moïse, ne peut troubler cette logique : ni la volonté do Dieu, ni les accidents de la nature. En
observant la Loi le peuple sera heureux, la terre fera son devoir en tout, les animaux de même. Les animaux malfaisants disparaîtront. En les violant, rien ne pourra sauver le peuple, ni prières, ni sacrifices, ni reproches, ni efforts matériels, tout sera en vain. Une seule ressource, un seul recours reste ouvert. Il faut revenir a la loi (Deutéronome, chap. xxx, v. i jusqu'à 10).
Dès que le peuple reviendra à l'observance de la loi, qu'il accomplira ses devoirs envers Jéhovah ; devoirs qui, comme nous verrons, consistent à exécuter ses lois envers le prochain, la bête et la terre végétale, Jéhovah ouvrira ses bras, recueillera son peuple et le comblera de nouveau de tous ses bienfaits.Tout cela est nettement et clairement exposé. 11 ne fut jamais un philosophe plus absolu dans son système, plus logique et plus clair que Moïse.
Cette loi n'a été dictée au peuple que par la Raison, C'est là son premier titre de gloire auprès de Jéhovah et auprès des nations. Le peuple d'Israël ne peut revendiquer le privilège d'être un peuple élu, qu'à condition de représenter auprès des générations la nation dont les lois sont uniquement basées sur la Raison et la Juslice. Ce
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ÏM TALMUD ET L KVANGILE
sera là sa force unique, son égide, sa grandeur et sa splendeur. Moïse dit cela en propres termes à sa manière. (Deutéronome, chap. IV, V. 4) : « Mais vous, attacliés intimement à Jéhovah votre Dieu, vous êtes tous vivants. Vois, je vous ai enseigné mes doctrines et mes lois, comme Jéhovah me Fa commandé, afin que vous les exécutiez dans le pays que vous hériterez. Vous les observerez, vous les ferez, car ce sera là votre Sagesse et votre Raison, aux yeux des nations qui entendront parler de toutes ces lois et qui diront : V^annent, ce peuple a de la sagesse et de la raison. C'est un grand peuple ! Car où est un autre peuple, auquel comme lui, Dieu soit si proche comme Jéhovah notre Dieu Test pour tout ce que nous appelons à lui? Où est le grand peuple qui ait des ordonnances et des lois si justes, comme to%vte la Thorah (ensemble des doctrines) que j'expose devant vous aujourd'hui lîiême. Seulement, n'aie garde d'oublier ces paroles, etc., etc. »
On le voit, le peuple d'Israël ne doit sa êTandeur, d'après Moïse, qu'à la justice de ^^ loi, laquelle loi est basée sur la sagesse et ^ur la raison. C'est Moïse lui-même qui nie formellement et en toutes lettres, toute rè-
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vélatlon miraculeiçse et céleste. Sa docirine ne lui est pas révélée pai^ le ciel, mais par la Raison, Elle vient du cœur et de Tesprit.
Si jamais elle doit devenir universelle et gagner toutes les nations, c'est qu'on Tadmirera en s'écriant : « Mais quelle loi grande, juste, raisonnable et quel peuple sage qui a 'de telles lois, une telle justice et une telle Raison ! » Ces considérants seraient tout à fait superflus si la loi était aveuglément imposée par le ciel, si le dogme enseignait au peuple qu'il faut avant tout la foi et que la foi, si incompréhensible qu'elle fût, estsupél'ioure h la Raison et à la Sagesse.
Moïse n'a jamais exigé la foi. Les devoirs qu'il impose aux uns n'ont d'autre but que d'assurer les droits des autres. Ses lois sont motivées, sinon parliculiôrement, du moinr^ généralement. Elles n'ont d'autre raisoii d'être que le bien général. Son amour m- Dieu n'a 3>' autres résultats que le bien DES HOMMES. 11 dit (Deutéronome, chap. x, V. 12 et 13) : ^' Maintenant Israël, cfuesi- Ci que Jchovah demanda de toi, slnoi^
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TALJIUD KT L'jiVAKl.ilLK
d'observer ses lois, etc., etc., pour ton iuen, car (verset 17,) Jchovali le Dieu cle^; dieux, le Seigneur des seigneurs, le fort, le grand, le puissant, le formidable, n'a égard à aucun visage, il ne prend pas de salaire corrupteur. 11 rend justice à rorphelin, k la veuve, il aime l'étranger, afin qu'on lui donne le pain et le vêtement. Jéliovah seul sera ta gloire, etc. »
Jéhovab, en effet, ne demande à son peuple que d'être jnste envers l'iiomme^ envers l'animal et la plante, envers tous les êtres sans distinction.
S'il demande des sacrifices, ce n'est pas pour lui, il n^en a nul besoin (voir également Isaïe, chap. t), mais pour assurer l'existence de la tribu de Lévi, tribu d'enseignement gratuit, tribu de prêtres et de prophètes. Car, comme dit Moïse (Deutéronome, Gliap. viii, v. 3, pbrase répétée par Jésus) « L'homme ne vit pas seulement de pain, il vit de tout ce qui sort de la bouche de Dieu. » Kt puis (Deutéronome, chap. xxxii, v. 47) :
'^- Ce verbe n'est pas chose vaine pemr vous, ^l est votre vie, et par celte parole vous prolongerez votre vie sur la tei-re que "^ous hériterez en passant le Jourdain, »
.Te n'insiste pas davantage sur les conclu-'
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sions à tirer des passages que je viens de citer et qui sont si rarement cités. Ils sont trop clairs pour avoir besoin d'être commentés. Ils prouvent à révidence que la doctrine de Moïse n'est pas une Révélation surnaUirelley que Moïse lui-même ne Ta présentée que comme une conséquence logique de la Raison^ et que tout ce qui est contraire dans le Pentateuque à cette vérité est faux, supposé, légendaire et apocryphe.
Paris. — Imp. KiUion et ( it, lueHic-E. MartyiF, 18.
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