MOISIS
Ils devaient survivre comme monothéistes, MAIS ILS DEVAIENT MOURIR COMME PHA- RISIENS. Sortis de l'arène de la pensée philosophique, rouilles d'erreurs et de casuistique puérile, absurde, ils ne pouvaient ni vivre ni mourir. Les peuples les regardaient comme des ruines inutiles contre lesquelles les passants déposaient leurs ordures. Qu'avaient-ils à espérer d'eux et de leurs doctrines? Rien, absolument rien.
Il n'y aurait eu pour eux d'autre alternative que celle-ci. Sortir du joug diagmatiquo de l'église pour se plier sous les fourches caudines des rabbins. Pour un dogme chrétien contraire à la raison, le judaïsme rabbinique vous imposait deux absurdités cérémonielles.
En général toute doctrine religieuse, qui ne sert pas au progrès et à la prospérité du peuple, est morte ou va mourir. Pour lamaintenir il faut la force brutale, des flots de sang. Mais au-dessus du Talmud resta la Bible, la loi de Moïse ; loi de liberté, d'égalité et de
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Solidarité. Le Talmud avait beau la tronquer, la défigurer, l'interpréter, les esprits élevés du judaïsme, tout en courbant la tête sous le double despotisme du rabbin et de l'évêque, notamment Eben Esra, y sont toujours revenus. Malheureusement la plu-, part des penseurs juifs du moyen âge tournent dans le cercle vicieux de la philosophie scolastique. Dans tous les écrits de Maïmonide, le plus fort de tous, il n'y a pas vingt pages qui aient une valeur pour le philosophe moderne.
Et pourtant, si les juifs hébraïsants étaient revenus purement et simplement à la loi de Moïse, du moins dans leurs écrits, en arborant le drapeau de la liberté qui est le drapeau de l'Ancien Testament, au lieu d'écrire des milliers de volumes stériles sur le Talmud, sur des questions cérémonielles, nul doute que tôt ou tard le peuple, malgré son fanatisme et son ignorance, n'eût pris fait et cause pour eux. Ce même peuple qui a injurié les
talmudistes en les brûlant, aurait trouvé une larme de commisération j^our eux, dès qu'il eût appris 'qu'ils mouraient, pour avoir défendu sa liberté et son affranchissement.
Si les Juifs avaient simplement développé les principes de liberté, d'égalité et de solidarité de Moïse, en les opposant au principe de fatalisme, d'esclavage et de privilèges, ils auraient bien vite retrouvé leur raison d'être. Les eût-on brûlés comme on l'a fait, ils auraient laissé des traces divine?. En tout cas ils auraient fait leur devoir. Qu'avaientils à craindre? Pouvaient-ils être plus malheureux -qu'ils l'étaient. Jamais on ne reprochera aux Juifs de n'avoir pas su mourir pour leur Dieu et pour ce qu'ils croyaient être la vérité. Dix-huit siècles de martyres se lèveraient et répondraient. Ce n'est donc point le courage qui a manqué. La vérité est, que dans l'obscurité universelle, peu d'esprits ont été éclairés par la lumière de l'Ecriture. Le nombre des savants juifs qui ont pénétré
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]e génie de Moïse est extrêmement rare. Ils auraient bi'avé les foudres de l'inquisition, mais ils n'ont pas osé rompre en visière aux rabbins leurs maîtres, qui d'ailleurs auraient fait office d'inquisiteurs, si on leur avait laissé le pouvoir. Témoin Spinoza, qui certes eût été exterminé par la synagogue, si elle avait eu un bourreau à sa disposition.
Chose plus curieuse encore ! C'est à partir du quinzième siècle et après l'invention de l'imprimerie que le fanatisme talmudique s'empare des rabbins et s'embourbe dans l'abîme du Hassidisme et dans les bas-fonds de l'argutie pilpulesque.
Or, quel que fût l'origine d'un peuple, dès qu'il ne lutte plus, soit par le verbe, soit par la plume, ce peuple n'a plus de raison d'être. Dieu ne s'en mêle nullement. Toute nation récolte ce qu'elle a semé et si les pères ont manqué à leurs devoirs, les fils ne jouiront, certes, pas de leurs droits. Les peuples se suicident toujours par l'ignorance et
l'erreur. Dès qu'une nation perd la trace de Dieu, la voie qui conduit à la connaissance de ses lois, elle bronche, tombe et perd la vie ! Dès qu'une nation ne produit plus do grands penseurs, autant de soleils humains, montrant le chemin de la vérité aux générations à venir, elle tâtonne dans l'obscurité, perd la voie du progrès, la voie lactée de là vie, et finit par croupir durant des siècles comme une plante privée d'air et de lumière.
Cette nation a beau produire de grands généraux, de grands financiers, de grands mathématiciens même, les héros ne sont grands qu'en servant de bras à une tête, en d'autres termes, qu'en mettant la force du côté du droit, le financier n'a de valeur qu'en appliquant sa science de faire fortune au profit du peuple, qu'en aidant à éteindre la misère, qu'à guérir les plaies matérielles de la société, autrement c'est un fléau dont il faudra se débarrasser au plus tôt ; le mathématicien n'a do valeur qu'on appliquant sa
raison exacte à une vérité morale, qu'en prouvant, non le droit mais le devoir, autrement c'est une engeance ravalant la qualité à la quantité et mettant la hache à la place du bûcheron. C'est pourquoi les obscurantistes, de soi-disant conservateurs, tous ceux qui mettent obstacle à l'émission de la pensée, à la propagation de la raison sont les ennemis les plus cruels d'une nation. Ils creusent la tombe à leurs propres enfants.
Non-seulement ils exploitent le peuple au profit de leurs intérêts fugaces et passagers, mais, en compromettant son avenir, ils sapent le sol dessous les pas de leurs fils.
C'est aux Pharisiens que les Juifs doivent la perte de leur nationalité, de tous les droits imprescriptibles de l'individualité humaine ; c'est aux Pharisiens, aux Talmudistes que, dans leur exil même, les Juifs doivent l'étouffement de tout esprit d'indépendance spirituelle, de toute raison philosophique, l'essence de leur religion.
C'est enfin aux Talmiulistes qu'il faut attribuer l'absence de la Juive, c'est-à-dire, de tout ce qui exalte l'esprit et provoque l'enthousiasme. La Juive disparaît avec le Talmud et ne reparaît qu'avec la résurrection de l'esprit pliiloaopliique. Pendant quinze siècles il n'est plus question d'elle. De temps en temps il en surgit une qui se convertit et devient la maîtresse d'un roi chrétien. Certes, la Juive meurt pour sa religion, qu'elle ne connaît d'ailleurs pas, mais elle meurt obscurément, stérilement comme le mari son maître. Son sang ne lève pas, ne féconde pas. Depuis que le Talmud, ce livre de plomb, pèse sur Israël, les Juifs n'ont plus d'histoire. L'histoire même de leurs martyrs a disparu, ou bien n'excite aucun intérêt, car ces martyrs ne projettent pas un rayon de lumière, ne laissent pas un sillon fertile. Ils meurent, en refusant do croire à la divinité de Jésus. Mais sauf cet article de foi négatif, les hourreau.v et les
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victimes ixirtagent absolument les mêmes princi^Ks. Tous deux sont fatalistes, pharisiens, ennemis de la liberté, amis de l'esclavage prédestiné; nul d'eux n'a une idée éclairée de Dieu et de l'homme. C'est un horrible spectacle. On dirait deux loups s'entre-dévorant. Nul d'eux ne combat ni pour la liberté de l'homme, ni pour la glorification de Dieu.
Des hommes niant la liberté humaine, prétendant, grâce à la fatalité, que tout doit arriver tel qu'il est arrivé, ont défendu le Talmud et ont prouvé qu'il avait conservé les .Juifs durant des siècles. Oui, le Talmud a soutenu les Juifs comme la corde soutient un pendu. Ces mêmes hommes trouveraient des arguments — et ils en trouvent — en faveur do l'inquisition. Heureusement la raison possède un critérium pour discerner l'erreur de la vérité. Toute idée qui n'est pas logique, adêqiutte, c'est-à-dire, dont toutes les parties ne sont pas égales entre elles, est fausse.
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Or, de deux choses l'une : ou l'homme par sa raison est libre; en ce cas, optant librement entre le bien et le mal, il tient le progrès dans sa main, car un mal de plus ne sera jamais un progrès; ou bien l'iiomme n'est pas libre, toute son histoire et tout le mal qui existe sont alors de toute nécessité divine et fatale. En ce cas, que serait Dieu ? Un être incomplet, un homme supérieur, rien déplus. Point neseraitbesoin del'adorer.Il ne resterait à l'homme lié par la fatalité que de se croiser les bras, ou mieux encore, de se détruire le plus tôt possible. C'est à quoi aboutirait leTalmud. Non-seulementil n'a jamais rien créé, pas plus lui que toute doctrine qui lui ressemble, rien conserve, mais il n'y a pas de salut pour la résurrection des vérités fondamentales du judaïsme, aussi longtemps que les Juifs eux-mêmes ne l'auront rejeté, condamné, renié à la face des peuples !
La raison d'être des Juifs du moyen âge recommence avec le premier livre de Dieu,
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fait par un Juif et fait contre le Talmud, contre les principes du Talmud adoptés par les dogmatiques.
Non-seulement Spinoza a donné le coup de grâce aux erreurs talmudiques et jésuitiques, mais lui, le premier, a soumis les cinq livres de Moïse à la critique de la raison, ce qui ne pouvait être fait que par un Juif sachant l'hébreu comme une langue maternelle. Lui, le premier, a irréfragableffient prouvé que Moïse n'est pas l'auteur du Bentateuque tel qu'il existe. Avant lui personne n'a osé mettre systématiquement le scalpel de la critique de la raison pure aux croyances théologiques. Depuis Jésus le phariséisme hypocrite n'avait trouvé un adversaire si décidé et si triomphant que Spinoza.
Mais, dira-t-on, Spinoza eût pu être chrétien. Sa doctrine n'a rien de commun avec le mosaïsme. C'est un pur hasard qu'il fût ■lé juif, qu'initié dès son enfance à la science
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de l'Ecriture et du Talmud, il eût pu la soumettre à la raison philosophique. Sa doctrine h lui n'a rien de commun avec le mosaïsme.
C'est à cette objection que je vais répondre. Non! Spinoza n'eût jamais été Spinoza, s'il n'avait pas été juif. Sa doctrine philosophique est une branche poussée sur le mosaïsiïie pur. Qu'il en ait iiré de fausses conséquen- .■ ces, c'est possible. Mais constatons dès aujourd'hui que l'idée fondamentale de Spinoza a jailli de Moïse.
Moïse, comme nous l'avons prouvé, n'a établi qu'une seule vérité fondamentale et absolue, savoir : Jehovah, l'Etre Etant, la Loi, la force créatrice qui ne change ni ne changera jamais. Toute la création étant sortie du créateur et toute la création, étant de la même substance, avec une dose plus ou moins forte de raison divine, Moïse en a lire les conséquences forcées de' liberté, d'égalité et de solidarité.
De cet Etre Etant, Spinoza a fait la
substance une, absolue. Son but n'était point d'abaisser Dieu à l'homme mais d'élever l'homme jusqu'à Dieu. Certes, son Ethique prête le flanc à bien des erreurs, mais de là à l'appeler athée, il y a un abîme.
Nul penseurn'estplus plein de Dieu que lui.
C'est lui le premier qui, après des siècles d'ignoranceetd'erreurs, adéblayéle terrain philosophique de toutes les ronces de la superstition talmudique, scolas tique et dogmatique. Ni Leibnitz, ni Kant, ni Locke, ni Wolf, ni Voltaire, ni Rousseau, ni Schelling, ni Hegel n'auraient pu surgir sans Spinoza, car les idées sont solidaires les unes des autres.
Dans le monde moral comme dans le domaine matériel, il faut que l'erreur soit sarclée, arrachée du jardin de la science, avant que la vérité puisse y germer, pousser et se transformer en fruits politiques et sociaux.
Sans le principe de la Substance Une,
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pour toutes les créatures, nulle égalité sociale n'est possible. Dès que l'homme croit que les diverses créatures ne sortent pas de la même essence, qu'elles diffèrent les unes des autres dans leurs qualités essentielles, il rejettera le principe d'égalité comme un attentat à sa dignité et à son pouvoir. N'y a-t-il pas encore des blancs qui se croient d'un élément supérieur aux noirs ? Les anciens, sauf Moïse, ont-ils eu une idée de l'égalité? Platon et Aristote ont cru à la nécessité de l'esclavage. Combien d'bommes est-il, croyant avoir des devoirs à accomplir envers l'animal et la plante? D'après Moïse et Spinoza, l'égalité est de droit divin, la substance divine étant dans toute créature, minéral, végétal, animal et homme.
La différence entre les êtres n'est pas dans la qualité de substance, mais dans la quantité'.
L'homme est libre, d'après Moïse, grâce à sa raison. L'homme, d'après Spinoza,
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n'est pas libre de n'être pas libre. Sur Ja question de la liberté, Spinoza n'est pas tout à fait de l'avis de Moïse, mais Moïse est plus près de la vérité que son disciple.
Avec le système talmudique et chrétien dogmatique, la liberté n'est qu'un mot. A quoi bon ? Puisque Dieu peut annihiler le mal fait par l'homme. L'homme n'a nullement besoin de sa raison et de sa liberté pour être sage, juste et bon. Il n'a qu'à se mettre bien avec son Dieu, qui d'un souffle, transforme le mal de son favori en bien, ou l'efface tout à fait par un miracle.
Avant Spinoza, expliquant Moïse, la solidarité des êtres n'était pas, ne pouvait être ni connue ni reconnue. D'après Spinoza, toutes les existences sont autant dépensées, de modes d'être de Dieu, Moïse dit mieux :
créés par Dieu, et qu'il y a entre elles une solidarité réelle et non interrompue. La solidarité des êtres, c'est absolument
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comme la solidarité des membres du corps humain. Le mal que l'on ressent dans l'ongle de l'orteil réagit sur la tête. Il faut donc que l'orteil soit traité d'après les lois de sa nature. La moindre injustice que l'on se permet à son égard, se venge sur le corps entier.
Sans solidarité, pas de justice possible.
Menacer le méchant de l'enfer, l'histoire nous apprend l'efficacité de cette menace, d'autant plus puérile, que le même homme qui tient le châtiment dans une maiH, montre le pardon dans l'autre. Mais apprendre à l'homme, l'histoire et la science à la main, c'est-à-dire avec la certitude spirituelle et la certitude matérielle, que toute injusti- e commise envers un être plus faible, rebondit sur tous et atteint tôt ou tard le méchant et ses enfants; plus encore, le juste même qui, regardant faire cette injustice, ne risque pas fortune et vie pour l'empêcher, c'est mettre les hommes dans la seule voie divine, qui
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conduit au bonheur spirituel et temporel. Et c'est là l'idée juive de Moïse et de Spinoza.
Les philosophes qui ont succédé à Spinoza n'ont pas adopté toutes ses formules, mais ils ont adopté toutes les conséquences politiques et sociales. De ces conséquences a jailli la grande Révolution française de 89.
La Révolution française est une conséquence pratique des principes de Moïse et de Spinoza, du judaïsme enfin.
Toute contre-révolution est basée sur le talmudisme et le jésuitisme : deux mots tout à fait identiques.
Il n'est pas vrai que le progrès soit continu et pérennal. Le bonheur de l'homme est dans sa liberté et dans l'adoption entre le bien et le mal.
Si l'Europe adopte l'Être Etant, le Dieu qui ne change jamais ses lois, si elle croit fermement qu'une action humaine ne peut