‹ Moïse; tragédie. Avec noticeChapitre 13 sur 46 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

AKZANE, NEBÉE.

• NÉBÉE.

Nadab veut vous parier dans ce lieu solitaire Arzane, expliquez-moi cet étonnant mystère Quelle joie inconnue éclate dans vos yeux ' Dormirons-nous bientôt aux champs de nos aïeux? Far votre ordre à Séir un moment retournée J- n .A point vu d'Oreb la funeste journée ; ^la j je suis revenue au bruit de vos malheurs . our vous offrir du moins le secours de mes pleurs.

ARZANC.

Qu'il en coûte, Nébée, à servir l'inforture ' Qu'un sceptre brisé pèse à l'amitié commune' La tienne est rars et grande ; oui, tu mérites bien Que je t ouvre mcn cœur dans un libre entretien.

. NÉCÉE.

J ai su que, par iYioïse à mourir condamnées Les femmes d'Amalec qui comptc.^ent seize années Vu qui du joug d'hymen portèrent le farde^îu Devaient livrer leur sang au glaive du bourreau.

^ ARZANE

Or. m'arracha des rois les saintes bandelettes Et e malheur me mit au rang de mes sujettes'.

NÉEÉE.

Ciel !

ARZ. NE

Dans un parc formé pr.; d'épineux rameaux Nous attendions la mort comn.e de vils troupeaux. L Hébreu vient ; on entend i-n 'ong cri d'épouvante. Deja brillait du fer la lumière mcnva-te Lorsçue le fils d'Aaron, que la pitié combat, Ketint le glaive ardent avant :iu'il retombât. Il contemple attendri ces femmes épicrées Qui lui tendaient de loin leui-s mains décolorées. Je paraissais surtout attirer ses r-^r^nrds • Soit qu'un habit de deuil et des chîveux'épars A ma frêle beauté prêtassent queioucs chr— es • Soit enfin qu'une reine, en répandant des larmes' Trouve dans ses revçrs de nouvelles splendeurs '

Et n'ait fait seulement que changer de grandeurs.

NÉBÉE.

Nadab au doux pardon inclina ses pensées.

(' Femmes, vivez, dit-il : nos tribus offensées

» M'ont vainement chargé d'un devoir trop cruel,

» Et je vais implorer les anciens d'Israël. »

Coré. Sthur, Abiron, dans un conseil propice,

Firent avec Nadab suspendre mon s'upplice.

D'un ramas d'affranchis digne législateur.

Moïse alla chercher quelque oracle menterr.

Resté maître en ce camp. Nadab, qu'un dieu possède

De soins officieux incessamm.ent m'ob^^ède :

Il m'aime, et toutefois n'ose m.e découvrir

Le feu qui le dévore et que j'ai su nourrir.

Aujourd'hui même enfin par sa bouche informée,.

De la mort du tvran qui gourmandait l'armée,

Ici plus longuement il veut m 'entretenir

Et de ma délivrance avec moi convenir.

NÉEÉE.

Te ccrcoism aintenaflt l'espoir qui vous enflamme, Vous êtes adorée et l'am.our dans votre âme...

ARZANE

Non : je n'ai point trahi mes aïeux, mes revers, Lorsque le sort me livre à ce peuple pervers. Reine migré le sort, je n'ai point la faiblesse. De partager les feux d'un amour qui me blesse ; Mais je sais écouter des soupirs ennemis, Pour sortir de l'abîme où le ciel nous a mis : De l'odieux Jacob je troub'erai la cendre.

NÉBÉE.

Arzane, de l'amour on ne se peut défendre !

ARZANE

Tu te tromnes, Nébée. et dsr's mon sein ce. cœur Au nom du peun'e 'U'f ne bat que de fureur. Faut-il te rappeler rc<? di'^cordes antiques. Des deux fils d'îsaac les haines domestiques. Le droit du prem'er-né si fol'ement vendu. Et l'innocent festin aui perdit Ésau?

Nous, d'un prince trahi postérité fidè'e. I orsque nous embrassons une cause si belle. Nous vovons triompher les irncbles draceaux ! Du gendre vaeabond d'un pâtre de chameaux!

NÉBÉE.

Mpi.ç Nadal? lui succède,

ARZANE

A Nadab, à sa gloire, Mon époux doit la mort, et l'Hébreu, la victoire.

NÉBÉE.

Quel est votre projet, votre espoir?

ARZANE

Me venger ; Ecouter les aveux du soldat étranger ; Feindre pour l'asservir, et par quelque artifice Nous sauver, en poussant Jacob au précipice. Oui, je triompherai, si Nadab amoureux Au culte d'Abraham arrache les Hébreux.

NÉBÉE.

Vous croyez donc leur Dieu puissant et redoutable?

Je sais du moins, je sais qu'il est impitoyable : Amalec autrefois déserta son autel.

Lorsqu'il maudit Ëdon et bénit Israël.

Jaloux de son pouvoir, jamais il ne pardonne ! Il frappera Jacob,, si Jacob l'abandonne.

NÉBÉE.

Nadab...

ARZANE

Est l'ennemi du sang de mes aïeux.

NÉBÉE.

Il est sincère.

ARZANE

Eh bien ! je le tromperai mieux.

.NÉBÉE.

Il fait de vous servir sa plus constante étude, On vous reprochera...

ARZANE

Poursuis !

NÉBÉE.

L'ingratitude.

ARZANE

Non, si par le succès mes vœux sont couronnés i On ne traite d'ingrats que les infortuné,

NÉBÉE.

ARZANE

M'est odieux.

NÉBÉE,

La clémence...

ARZANE

M'outrage.

.NÉBÉE.

Il veut votre bonheur.

ARZANE

Ma honte est son ouvrage.

NÉBÉE.

Il vous rendra le trône.

ARZANE

Il m'a donné des fers.

NÉBÉE.

S'il s'attache à vos pas?

ARZANE

Je le mène aux enfers.

NÉBÉE.

A vos desseins secrets que je prévois d'obstacles !

L'amour de la patrie enfante des miracles. Mais j'aperçois Nadab... Reine de la beauté, Prête-moi ta ceinture, ô brillante Astarîé! Donne à tous mes discours ta grâce souveraine ; Déesse de l'amour, sers aujourd'hui la haine. Descends ! à ton secours amène tous les dieux : Si Jéhovah triomphe, ils tomberont des cieux.

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