‹ Moïse; tragédie. Avec noticeChapitre 30 sur 46 · UN VIEILLARD · texte numérisé non relu

UN VIEILLARD

Hélas ! nous voudrions secourir Israël,

Mais Dieu même a rompu son pacte solennel.

MOÏSE

Peuple de peu de foi ; vous doutez des oracles !

Vos yeux ont oublié l'éclat de cent miracles !

Dieu vous semble impuissant dans vos dégoûts amers.

Et du haut de ce roc on aperçoit les mers

Naguère sous vos pas par Moïse entr'ouvertes !

Et de la manne encore vos tentes sont couvertes!

Seigneur, ils ont osé murmurer contre toi,

,Te trahir à l'instant où j'apportais la loi

Qui promet à Jacob une terre féconde,

Le sceptre à ses enfants, et le Sauveur au monde !

AARON

Béni soit l'Éternel, qui ne trompe jamais!

DATHAN

Et pourquoi donc ce Dieu, si prodigue en bienfaits Êgare-t-il nos pas au désert où nous sommes?

MOÏSE

Pour t'enseigner les maux et les vertus des hommes ; " 1

Pour former aux combats nos faibles légions

Dans le mâle berceau de l'aigle et des lions.

Toi, qui jusqu'au Très-Haut veut porter ton délire, j^Hj

T'assieds-tu près de lui dans le céleste empire? i^Hjl

Vis-tu le Créateur, dans les premiers moments, "

De ce vaste univers creuser les fondements.

Des vents et des saisons mesurer la richesse.

Et jusque sous les flots promener sa sagesse?

Des portes de l'abîme as-tu posé le seuil ?

As-tu dit à la mer : « Brise ici ton orgueil? »

Misérable Dathan ! quoi ! vermisseau superbe,

Tu veux comprendre Dieu quand tu rampes sous l'herbe!

Admire et soumets toi : le néant révolté

Peut-il dans ses desseins juger l'éternité?

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