‹ Molière, 1622-1673Chapitre 105 sur 223 · ACTE DEUXIÈME. SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. SCÈNE QUATRIÈME

MARINETTE

En eflfet; je comprends que vous avez raison,

Et que cette querelle est pure trahison.

Nous en tenons, Madame ; et puis, prêtons l'oreille

Aux bons chiens de pendards qui nous chantent merveille,

Qui pour nous accrocher feignent tant de langueur !

Laissons à leurs beaux mots fondre notre rigueur,

Rendons-nous à leurs vœux, trop faibles que nous sommes !

Foin de notre sottise, et peste soit des hommes !

LUCILE

Eh bien ! bien ; qu'il s'en vante et rie à nos dépens. Il n'aura pas sujet d'en triompher longtemps ; Et je lui ferai voir qu'en une âme bien faite Le mépris suit de près la faveur qu'on rejette.

MARINETTE

Au moins, en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux Quand on sait qu'on n'a point d'avantage sur vous. Marinette eut bon nez, quoi qu'on en puisse dire, De ne permettre rien, un soir qu'on voulait rire. Quelque autre, sous espoir de ^nalrimonion, Aurait ouvert l'oreille à la tentation ; Mais moi, nescio vos.

LUCILE

Que tu dis de folies, Et choisis mal ton temps pour de telles saillies! Enfin je suis touchée au cœur sensiblement, Et si jamais celui de ce perfide amant, Par un coup de bonheur, dont j'aurais tort, je pense. De vouloir à présent concevoir l'espérance (Car le ciel a trop pris plaisir de m'affliger Pour jne donner celui de me pouvoir venger);

Quand, dis-je, par un sort à mes désirs propice,

II reviendrait m'offrir sa vie en sacrifice,

Détester à mes pieds l'action d'aujourd'hui,

Je te défends surtout de me parler pour lui.

Au contraire, je veux que ton zèle s'exprime

A me bien mettre aux yeux la grandeur de son crime ;

Et même, si mon cœur était pour lui tenté

De descendre jamais à quelque lâcheté,

Que ton affection me soit alors sévère,

Et tienne comme il faut la main à ma colère.

MARINETTE

Vraiment, n'ayez point peur, et laissez faire à nous :

J'ai pour le moins autant de colère que vous ;

Et je serais plutôt fille toute ma vie,

Que mon gros traître aussi me redonnât envie.

S'il vient...

Page 1