ACTE DEUXIEME. SCENE SIXIEME
ALBERT Le traître !
MÉTAPHRASTE
Mais, de grâce, achevez vitement :
Depuis longtemps j'écoute ; il est bien raisonnable Que je parle à mon tour.
ALBERT
Donc, bourreau détestable...
MÉTAPHRASTE
Hé ! bon Dieu ! voulez-vous que j'écoute à jamais ? Partageons le parler au moins, ou je m'en vais.
ALBERT Ma patience est bien...
MÉTAPHRASTE
Quoi ! voulez-vous poursuivre ?
Ce n'est pas encore fait ? Per Jovem, je suis ivre.
ALBERT Je n'ai pas dit...
MÉTAPHRASTE
Encor ? Bon Dieu ! que de discours \ Rien n'est-il suffisant d'en arrêter le cours ?
ALBERT J'enrage !
MÉTAPHRASTE
Derechef? ô l'étrange torture 1 Hé ! laissez-moi parler un peu, je vous conjure ; Un sot qui ne dit mot ne se distingue pas D'un savant qui se tait.
ALBERT, s'en allant.
Parbleu ! tu te tairas.
MÉTAPHRASTE
D'où vient fort à propos cette sentence expresse D'un philosophe : « Parle, afin qu'on te connaisse .» Doncques, si de parler le pouvoir est ôté, Pour moi, j'aime autant perdre aussi l'humanité Et changer mon essence en celle d'une bête. Me voilà pour huit jours avec un mal de tête. Oh ! que les grands parleurs sont par moi détestés ! Mais quoi ! si les savants ne sont point écoutés, Si l'on veut que toujours ils aient la bouche close. Il faut donc renverser l'ordre de chaque chose : Que les poules dans peu dévorent les renards, -Que les jeunes enfants remontrent aux vieillards. Qu'à poursuivre les loups les agnelets s'ébattent. Qu'un fou fasse les lois, que les femmes combattent. Que par les criminels les juges soient jugés, Et par les écoliers les maîtres fustigés ; Que le malade au sain présente le remède; Que le lièvre craintif...
(Albert lui vient sonner aux oreilles une cloche de mulet, qui le fait fuir.)
Miséricorde ! à l'aide !
Mm
HP
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