‹ Molière, 1622-1673Chapitre 139 sur 223 · ACTE QUATRIÈME. SCENE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. SCENE TROISIÈME

LUCILE

Éraste, Éraste, un cœur fait comme est fait le vôtre Se peut facilement réparer par un autre.

ÉRASTE

Non, non, cherchez partout, vous n'en aurez jamais De si passionné pour vous, je vous promets. Je ne dis pas cela pour vous rendre attendrie : J'aurais tort d'en former encore quelque envie, Mes plus ardents respects n'ont pu vous obliger, Vous avez voulu rompre, il n'y faut plus songer. Mais personne après moi, quoi qu'on vous fasse enten- N'aura jamais pour vous de passion si tendre, [dre,

LUCILE

Quand on aime les gens, on les traite autrement : On fait de leur personne un meilleur jugement.

ÉRASTE

Quand on aime les gens, on peut de jalousie. Sur beaucoup d'apparence, avoir l'âme saisie ; Mais alors qu'on les aime, on ne peut en effet Se résoudre à les perdre, et vous, vous l'avez fait.

LUCILE

La pure jalousie est plus respectueuse.

ÉRASTE

On voit d'un œil plus doux une offense amoureuse»

LUCILE Non, votre cœur, Éraste, était mal enflammé.

ÉRASTE

Non, Lucile, jamais vous ne m'avez aimé.

LUCILE

Eh! je crois que cela faiblement vous soucie : Peut-être en serait-il beaucoup mieux pour ma vie, Si je... Mais laissons là ces discours superflus, Je ne dis point quels sont mes pensers là-dessus.

ÉRASTE

Pourquoi ?

LUCILE

Par la raison que nous rompons ensemble, Et que cela n'est plus de saison, ce me semble.

Nous rompons ?

LUCILE

Oui vraiment. Quoi ! n'en est-ce pas

[fait?

ÉRASTE

Et vous voyez cela d'un esprit satisfait ?

LUCILE Comme vous.

ÉRASTE Comme moi?

LUCILE

Sans doute. C'est faiblesse De faire voir aux gens que leur perte nous blesse.

ÉRASTE

Mais, cruelle, c'est vous qui l'avez bien voulu.

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