‹ Molière, 1622-1673Chapitre 142 sur 223 · ACTE aUATRIÈME. SCENE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE aUATRIÈME. SCENE QUATRIÈME

Ton beau galant de neige avec ta nonpareille, II n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille.

MARINETTE

Et toi, pour te montrer que tu m'es à mépris, Voilà ton demi-cent d'épingles de Paris Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.

GROS-RENÉ

Tiens encor ton couteau ; la pièce est riche et rare. Il te coûta six blancs lorsque tu m'en fis don.

MARINETTE

Tiens tes ciseaux, avec ta chaîne de laiton.

GROS-RENÉ

J'oubliais d'avant-hier ton morceau de fromage ; Tiens : je voudrais pouvoir rejeter le potage Que tu me fis manger, pour n'avoir rien à toi.

MARINETTE

Je n'ai point maintenant de tes lettres sur moi ; Mais j'en ferai du feu jusques à la dernière.

Et des tiennes tu sais ce que j'en saurai faire?

MARINETTE Prends garde à ne venir jamais me reprier.

GROS-RENÉ

Pour couper tout chemin à nous rapatrier. Il faut rompre la paille : une paille rompue Rend, entre gens d'honneur, une affaire conclue. Ne fais point les doux yeux, je veux être fâché.

MARINETTE Ne me lorgne point, toi ; j'ai l'esprit trop touché.

GROS-RENÉ

Romps; voilà le moyen de ne s'en plus dédire. Romps; tu ris, bonne bête!

MARINETTE

Oui, car tu me fais rire-

GROS-RENÉ

La peste soit ton ris ! Voilà tout mon courroux Déjà dulcifié : qu'en dis-tu ? romprons-nous. Ou ne romprons-nous pas?

MARINETTE

Vois.

GROS-RENÉ

Vois, toi.

Vois toi-même.

GROS-RENÉ Est-ce que tu consens que jamais je ne t'aime ?

MARINETTE Moi? ce que tu voudras.

GROS-RENÉ

Ce que tu voudras, toi- Dis...

MARINETTE

Je ne dirai rien.

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