ACTE aUATRIÈME. SCENE QUATRIÈME
Ton beau galant de neige avec ta nonpareille, II n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille.
MARINETTE
Et toi, pour te montrer que tu m'es à mépris, Voilà ton demi-cent d'épingles de Paris Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.
GROS-RENÉ
Tiens encor ton couteau ; la pièce est riche et rare. Il te coûta six blancs lorsque tu m'en fis don.
MARINETTE
Tiens tes ciseaux, avec ta chaîne de laiton.
GROS-RENÉ
J'oubliais d'avant-hier ton morceau de fromage ; Tiens : je voudrais pouvoir rejeter le potage Que tu me fis manger, pour n'avoir rien à toi.
MARINETTE
Je n'ai point maintenant de tes lettres sur moi ; Mais j'en ferai du feu jusques à la dernière.
Et des tiennes tu sais ce que j'en saurai faire?
MARINETTE Prends garde à ne venir jamais me reprier.
GROS-RENÉ
Pour couper tout chemin à nous rapatrier. Il faut rompre la paille : une paille rompue Rend, entre gens d'honneur, une affaire conclue. Ne fais point les doux yeux, je veux être fâché.
MARINETTE Ne me lorgne point, toi ; j'ai l'esprit trop touché.
GROS-RENÉ
Romps; voilà le moyen de ne s'en plus dédire. Romps; tu ris, bonne bête!
MARINETTE
Oui, car tu me fais rire-
GROS-RENÉ
La peste soit ton ris ! Voilà tout mon courroux Déjà dulcifié : qu'en dis-tu ? romprons-nous. Ou ne romprons-nous pas?
MARINETTE
Vois.
GROS-RENÉ
Vois, toi.
Vois toi-même.
GROS-RENÉ Est-ce que tu consens que jamais je ne t'aime ?
MARINETTE Moi? ce que tu voudras.
GROS-RENÉ
Ce que tu voudras, toi- Dis...
MARINETTE
Je ne dirai rien.