SCENE PREMIERE
MASCARILLE
« Dès que l'obscurité régnera dans la ville,
Je me veux introduire au logis de Lucile ;
Va vite de ce pas préparer pour tantôt
Et la lanterne sourde et les armes qu'il faut. »
Quand il m'a dit ces mots, il m'a semblé d'entendre :
« Va vitement chercher un licou pour te pendre. »
Venez çà, mon patron, car, dans l'étonnement
Où ma jeté d'abord un tel commandement.
Je n'ai pas eu le temps de vous pouvoir répondre :
Mais je vous veux ici parler et vous confondre :
Défendez-vous donc bien, et raisonnons sans bruit.
Vous voulez, dites-vous, aller voir cette nuit
Lucile ? — Oui, Mascarille. — Et que pensez-vous faire ?
— Une action d'amant qui se veut satisfaire.
— Une action d'un homme à fort petit cerveau, -Que d'aller sans besoin risquer ainsi sa peau.
— Mais tu sais quel motif à ce dessein m'appelle : Lucile est irritée. — Eh bien ! tant pis pour elle.
— Mais l'amour veut que j'aille apaiser son esprit.
— Mais l'amour est un sot qui ne sait ce qu'il dit r Nous garantira-t-il, cet amour, je vous prie,
D'un rival, ou d'un père, ou d'un frère en furie ?
— Penses-tu qu'aucun d'eux songe à nous faire mal?
— Oui vraiment, je le pense, et surtout ce rival.
— Mascarille, en tout cas, l'espoir où je me fonde. Nous irons bien armés, et si quelqu'un nous gronde, Nous nous chamaillerons. — Oui, voilà justement Ce que votre valet ne prétend nullement : [maître. Moi, chamailler ! bon Dieu ! Suis-je un Roland, mon Ou quelque Ferragus ? C'est fort mal me connaître ; Quand je viens à songer, moi qui me suis si cher, Qu'il ne faut que deux doigts d'un misérable fer Dans le corps pour vous mettre un humain dans la Je suis scandalisé d'une étrange manière. [bière,
— Mais tu seras armé de pied en cap — Tant pis !- J'en serai moins léger à gagner le taillis ;
Et, de plus, il n'est point d'armure si bien jointe Où ne puisse glisser une vilaine pointe.
— Oh ! tu seras ainsi tenu pour un poltron.
— Soit, pourv'U que toujours je branle le menton. A table comptez-moi, si vous voulez, pour quatre ; Mais comptez-moi pour rien s'il s'agit de se battre :. Enfin, si l'autre monde a des charmes pour vous, Pour moi, je trouve l'air de celui-ci fort doux :
Je n'ai pas grande faim de mort ni de blessure, Et vous ferez le sot tout seul, je vous assure.