ACTE CINaUlÈME. SCENE TROISIEME loi
MASCARILLE
Moi ? je ne suis pour rien dans tout cet embarras.
Qu'ai-je fait pour me voir rouer jambes et bras ?
Suis-je donc gardien, pour employer ce style,
De la virginité des filles de la ville ?
Sur la tentation ai-je quelque crédit,
Et puis-je mais, chétif, si le cœur leur en dit ?
VALÈRE
Oh ! qu'ils ne seront pas si méchants qu'ils le disent ! Et, quelque belle ardeur que ses feux lui produisent, Éraste n'aura pas si bon marché de nous.
LA RAPIÈRE
S'il vous faisait besoin, mon bras est à vous : Vous savez de tout temps que je suis un bon frère.
VALÈRE Je vous suis obligé, monsieur de La Rapière.
LA RAPIÈRE
J'ai deux amis aussi que je vous puis donner, Qjai contre tous venants sont gens à dégainer. Et sur qui vous pourrez prendre toute assurance.
MASCARILLE
Acceptez-les, Monsieur.
VALÈRE C'est trop de complaisance.
LA RAPIÈRE
Le petit Cille encore eût pu nous assister Sans le triste accident qui vient de nous l'ôter.
Monsieur, le grand dommage î et l'homme de service!
Vous avez su le tour que lui fît la justice ?
Il mourut en César, et, lui cassant les os,
Le bourreau ne lui put faire lâcher deux mots.
VALÈRE
Monsieur de la Rapière, un homme de la sorte Doit être regretté ; mais, quant à votre escorte, Je vous rends grâces.
LA RAPIÈRE
Soit ; mais soyez averti Qu'il vous cherche, et vous peut faire un mauvais parti.
VALÈRE
Et moi, pour vous montrer combien je l'appréhende. Je lui veux, s'il me cherche, offrir ce qu'il demande. Et par toute la ville aller présentement Sans être accompagné que de lui seulement.
MASCARILLE
Quoi! Monsieur, vous voulez tenter Dieu ? quelle audace ! Las ! vous voyez tous deux comme l'on nous menace. Combien de tous côtés...
VALÈRE
Que regardes-tu là ?
MASCARILLE
C'est qu'il sent le bâton du côté que voilà Enfin, si maintenant ma prudence en est crue. Ne nous obstinons point à rester dans la rue : Allons nous renfermer.