‹ Molière, 1622-1673Chapitre 144 sur 223 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

VALÈRE, MASCARILLE

Je n'ai jamais trouvé de jours plus ennuyeux : Le soleil semble s'être oublié dans les cieux ; Et, jusqu'au lit qui doit recevoir sa lumière, Je vois rester encore une telle carrière Que je crois que jamais il ne l'achèvera. Et que de sa lenteur mon âme enragera.

MASCARILLE

Et cet empressement pour s'en aller dans l'ombre Pécher vite à tâtons quelque sinistre encombre... Vous voyez que Lucile, entière en ses rebuts...

VALÈRE

Ne me fais point ici de contes superflus.

Quand j'y devrais trouver cent embûches mortelles.

Je sens de son courroux de gênes trop cruelles,

Et je veux l'adoucir, ou terminer mon sort.

C'est un point résolu.

MASCARILLE

J'approuve ce transport ; Mais le mal est, Monsieur, qu'il faudra s'introduire En cachette.

VALÈRE

Fort bien.

Et comment ?

Et j'ai peur de vous nuire.

VALÈRE MASCARILLE

Une toux me tourmente à mourir.

Dont le bruit importun vous fera découvrir : De moment en moment... Vous voyez le supplice !

VALÈRE

Ce mal te passera ; prend du jus de réglisse.

MASCARILLE

Je ne crois pas, Monsieur, qu'il se veuille passer. Je seiais ravi, moi, de ne vous point laisser ; Mais j'aurais un regret mortel si j'étais cause Qu'il fût à mon cher maître arrivé quelque chose.

Page 1