ACTE CINQUIÈME. SCÈNE HUITIÈME
POLIDORE
Un tel évévement rend tes esprits confus, Mais en vain tu voudrais balancer là-dessus.
VALÈRE
Non, non; je ne veux pas songer à m'en défendre; Et si cette aventure a lieu de me surprendre, La surprise me flatte, et je me sens saisir De merveille à la fois, d'amour et de plaisir. Se peut-il que ces yeux... ?
ALBERT
Cet habit, cher Valère, Souff^re mal les discours que vous lui pourriez faire. Allons lui faire en prendre un autre; et cependant Vous saurez le détail de tout cet incident.
VALÈRE
Vous, Lucile, pardon, si mon âme abusée...
LUCILE
L'oubli de cette injure est une chose aisée.
ALBERT
Allons; ce compUment se fera bien chez nous, Et nous aurons loisir de nous en faire tous.
ÉRASTE
Mais vous ne songez pas, en tenant ce langage, Qu'il reste encore ici des sujets de carnage. Voilà bien à tous deux notre amour couronné^ Mais de son Mascarille et de mon Gros-René, Par qui doit Marinette être ici possédée ? Il faut que par le sang l'affaire soit vidée.
MASCARILLE
Nenni, nenni, mon sang dans mon corps sied trop Qu'il l'épouse en repos, cela ne me fais rien, [bien : De l'humeur que je sais la chère Marinette, L'hymen ne ferme pas la porte à la fleurette.
MARINETTE
Et tu crois que de toi je ferais mon galant ? Un mari, passe encor : tel qu'il est, on le prend ; On n'y va pas chercher tant de cérémonie : Mais il faut qu'un galant soit fait à faire envie.
Écoute : quand l'hymen aura joint nos deux peaux. Je prétends qu'on soit sourde à tous les damoiseaux.
MASCARILLE Tu crois te marier pour toi tout seul, compère?
GROS-RENÉ
Bien entendu : je veux une femme sévère, Ou je ferai beau bruit.
MASCARILLE
Eh ! mon Dieu, tu feras Comme les autres font; et tu t'adouciras. Ces gens, avant l'hymen si fâcheux et critiques. Dégénèrent souvent en maris pacifiques.
MARINETTE
Va, va, petit mari, ne crains rien de ma foi : Les douceurs ne feront que blanchir contre moi, Et je te dirai tout.