‹ Molière, 1622-1673Chapitre 170 sur 223 · SCENE DIXIEME · texte numérisé non relu

SCENE DIXIEME

Ignore cqs choses, je ne donnerais pas un clou de tout l'esprit qu'on peut avoir.

CATHOS. En effet, je trouve que c'est renchérir sur le ridicule, qu'une personne se pique d'esprit et ne sache pas jusqu'au moindre petit quatrain qui se fait chaque jour; et, pour moi, j'aurais toutes les hontes du monde s'il fallait qu'on vînt à me demander si j'aurais vu quelque chose de nouveau que je n'aurais pas vu.

MASCARILLE. Il est vrai qu'il est honteux de n'avoir pas des premiers tout ce qui se fait. Mais ne vous mettez pas en peine; je veux établir chez vous une académie de beaux esprits : et je vous promets qu'il ne se fera pas un bout de vers dans Paris, que vous ne sachiez par cœur avant tous les autres. Pour moi, tel que vous me voyez, je m'en escrime un peu quand je veux ; et vous verrez courir de ma façon, dans les belles ruelles de Paris, deux cents chansons, autant de sonnets, quatre cents épigrammes, et plus de mille madrigaux, sans compter les énigmes et les portraits. MADELON. Je vous avoue que je suis furieusement pour les portraits; je ne vois rien de si galant que cela.

MASCARILLE. Les portraits sont difficiles, et demandent un esprit profond : vous en verrez de ma manière qui ne vous déplairont pas.

CATHOS. Pour moi j'aime terriblement les énigmes. MASCARILLE. Cela exerce l'esprit, et j'en ai fait quatre encore ce matin, que je vous donnerai à deviner.

MADELON. Les madrigaux sont agréables, quand ils sont bien tournés.

MASCARILLE. C'est mon talent particulier, et je travaille à mettre en madrigaux toute l'Histoire romaine.

MADELON. Ah ! cènes, cela sera du dernier beau ;

j'en retiens un exemplaire au moins, si vous le faites

imprimer.

MASCARILLE. Je vous en promets à chacune un, et

des mieux reliés. Cela est au-dessous de ma condition ;

mais je le fais seulement pour donner à gagner aux

libraires, qui me persécutent.

MADELON. Je m'imagine que le plaisir est grand

de se voir imprimé.

MASCARILLE. Sans doute. Mais, à propos, il faut

que je vous die un impromptu que je fis hier chez

une duchesse de mes amies, que je fus visiter; car je

suis diablement fort sur les impromptus.

CATHOS. L'impromptu est justement la pierre de

touche de l'esprit.

MASCARILLE. Écoutez donc.

MADELON. Nous y sommes de toutes nos oreilles.

MASCARILLE

Oh ! oh ! je n'y prenais pas garde, Tandis que, sans songer à mal. je vous regarde, Votre œil en tapinois me dérobe mon cœur : Au voleur! au voleur! au voleur! au voleur!

CATHOS. Ah ! mon Dieu ! voilà qui est poussé dans le dernier galant.

MASCARILLE. Tout ce que je fais a l'air cavalier ; cela ne sent point le pédant.

MADELON. Il en est éloigné de plus de deux mille lieues.

MASCARILLE. Avez-vous remarqué ce commencement, ohl oh! Voilà qui est extraordinaire, oh! oht comme un homme qui s'avise tout d'un coup, oh! ohl La surprise, oh! oh!

MADELON. Oui, je trouve ce oh! oh ! admirable. MASCARILLE. Il semble que cela ne soit rien.

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