‹ Molière, 1622-1673Chapitre 171 sur 223 · SCÈNE DIXIEME · texte numérisé non relu

SCÈNE DIXIEME

CATHOS. Ah ! mon Dieu ! que dites-vous ? Ce sont là de ces sortes de choses qui ne se peuvent payer. MADELON. Sans doute; et j'aimerais mieux avoir fait ce oh ! oh! qu'un poème épique.

MASCARILLE. Tudieu ! vous avez le goût bon. MADELON. Hé! je ne l'ai pas tout à fait mauvais. MASCARILLE. Mais n'admirez-vous pas aussi je n'y prenais pas garde? je n'y prenais pas garde, je ne m'apercevais pas de cela : façon de parler naturelle, je n'y prenais pas garde. Tandis que sans songer à mal, tandis qu'innocemment, sans malice, comme un pauvre mouton, /<;t'OM^ regarde, c'est à dire, je m'amuse à vous considérer, je vous observe, je vous contemple, votre œil en tapinois... Que vous semble de ce mot tapinois ? n'est-il pas bien choisi ?

CATHOS. Tout à fait bien.

MASCARILLE. Tapinois, en cachette ; il semble que ce soit un chat qui vient de prendre une souris. . . Tapinois. MADELON. Il ne se peut rien de mieux.

MASCARILLE. Me dérobe mon cœur, me l'emporte, me le ravit. Au voleur! au voleur ! au voleur ! au voleur î Ne diriez-vous pas que c'est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter ? Au voleur! au voleur! au voleur! au voleur!

MADELON. Il faut avouer que cela a un tour spirituel et galant.

MASCARILLE. Je veux vous dire l'air que j'ai fait dessus.

CATHOS. Vous avez appris la musique ?

MASCARILLE. Moi ? point du tout.

CATHOS. Et comment donc cela se peut- il? MASCARILLE. Les gens de qualité savent tout sansavoir jamais rien appris.

MADELON. Assurément, ma chère.

MASCARILLE. Ecoutez si vous trouverez l'air à

votre goût. Hem, hem, la, la, la, la, la. La brutalité de la saison a furieusement outragé la délicatesse de ma voix; il n'importe, c'est à la cavalière.

(Il chante.)

Oh ! oh ! je n'y prenais pas garde, etc.

CATHOS. Ah! que voilà un air qui est passionné! Est-ce qu'on n'en meurt point?

MADELON. Il y a de la chromatique là dedans. MASCARILLE. Ne trouvez-vous pas la pensée bien exprimée dans le chant ? Au voleur! au voleur ! Et puis comme si l'on criait bien fort, au, au, au, au, au voleur! Et tout d'un coup, comme une personne essoufflée, au voleur!

MADELON. C'est là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin du fin. Tout est merveilleux, je vous assure ; je suis enthousiasmée de l'air et des paroles.

CATHOS. Je n'ai encore rien vu de cette force-là. MASCARILLE. Tout ce que je fais me vient naturellement; c'est sans étude.

MADELON. La nature vous a traité en vraie mère passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté. MASCARILLE. A quoi donc passez-vous le temps ? CATHOS. A rien du tout.

MADELON. Nous avons été jusqu'ici dans un jeûne effroyable de divertissements.

MASCARILLE. Je m'offre à vous mener l'un de ces jours à la comédie, si vous voulez; aussi bien on en doit jouer une nouvelle que je serai bien aise que nous voyions ensemble.

MADELON. Cela n'est pas de refus.

MASCARILLE. Mais je vous demande d'applaudir comme il faut, quand nous serons la; car je me suis engagé de faire valoir la pièce, et l'auteur m'en est

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