‹ Molière, 1622-1673Chapitre 191 sur 223 · CÉLIE, SA SUIVANTE · texte numérisé non relu

CÉLIE, SA SUIVANTE

LA SUIVANTE

Quoi ! refuser, Madame, avec cette rigueur Ce que tant d'autres gens voudraient de tout leur cœur ? A des offres d'hymen répondre par des larmes, Et tarder tant à dire un oui si plein de charmes !

10 SGANARELLE

Hélas ! que ne veut-on aussi me marier!

Ce ne serait pas moi qui se ferait prier ;

Et loin qu'un pareil oui me donnât de la peine,

Croyez que j'en dirais bien vite une douzaine.

Le précepteur qui fait répéter la leçon

A votre jeune frère a fort bonne, raison

Lorsque, nous discourant des choses de la terre,

11 dit que la femelle est ainsi que le lierre.

Qui croît beau tant qu'à l'arbre il se tient bien serré, Et ne profite point s'il en est séparé. Il n'est rien de plus vrai, ma très chère maîtresse, Et je l'éprouve en moi, chétive pécheresse. Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin ; Mais j'avais, lui vivant, le teint d'un chérubin, L'embonpoint merveilleux, l'œil gai, l'âme contente, Et je suis maintenant ma commère dolente. Pendant cet heureux temps, passé comme un éclair, Je me couchais sans feu dans le fort de l'hiver, Sécher même les draps me semblait ridicule. Et je tremble à présent dedans la canicule. Enfin il n'est rien tel. Madame, croyez-moi ; Un mari sert beaucoup la nuit auprès de soi, Ne fût-ce que pour l'heur d'avoir qui vous salue D'un « Dieu vous soit en aide ! » alors qu'on éternue.

CELIE

Peux-tu me conseiller de commettre un forfait, D'abandonner Lélie, et prendre ce mal fait?

LA SUIVANTE

Votre Lélie aussi n'est, ma foi, qu'une bête. Puisque si hors de temps son voyage l'arrête, Et la grande longueur de son éloignement Me le fait soupçonner de quelque changement.

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