‹ Molière, 1622-1673Chapitre 218 sur 223 · SCÈNE VINGT-DEUXIEME · texte numérisé non relu

SCÈNE VINGT-DEUXIEME

CÉLIE

Allez, ne croyez pas que l'on en ait envie.

(Se tournant vers Lélte.) Tu vois si c'est mensonge, et j'en suis fort ravie.

LÉLIE Que me veut-on conter ?

LA SUIVANTE

Ma foi, je ne sais pas Quand on verra finir ce galimatias :

Déjà depuis longtemps je tâche à le comprendre, Et si plus je l'écoute, et moins je puis l'entendre; Je vois bien à la fin que je m'en dois mêler.

(Allant se mettre entre Lélie et sa maîtresse.) Répondez-moi par ordre et me laissez parler.

(A Lélie.) Vous, qu'est-ce qu'à son cœur peut reprocher le vôtre ?

LÉLIE

Que l'infidèle a pu me quitter pour un autre ; Que lorsque, sur le bruit de son hymen fatal. J'accours tout transporté d'un amour sans égal. Dont l'ardeur résistait à se croire oubliée, Mon abord en ces lieux la trouve mariée.

LA SUIVANTE Mariée? à qui donc?

LÉLIE, montrant Sganarelle.

Lui.

LA SUIVANTE

Comment, à lui ?

42 SGANARELLE

LÉLIE

Oui-dà.

LA SUIVANTE

Qui vous l'a dit?

LÉLIE

C'est lui-même, aujourd'hui.

LA SUIVANTE, à Sganarelle.

Est-il vrai?

SGANARELLE

Moi, j'ai dit que c'était à ma femme Que j'étais marié.

LÉLIE

Dans un grand trouble d'âme, Tantôt de mon portrait je vous ai vu saisi.

SGANARELLE

Il est vrai, le voilà.

LÉLIE

Vous m'avez dit aussi Que celle aux mains de qui vous avez pris ce gage Était liée à vous des nœuds du mariage.

SGANARELLE^ montrant sa femme.

Sans doute, et je l'avais de ses mains arraché, Et n'eusse pas sans lui découvert son péché.

LA FEMME DE SGANARELLE

Que me viens-tu conter par ta plainte importune ? Je l'avais sous mes pieds rencontré par fortune,

Page 1