ACTE PREMIER. SCÈNE DEUXIEME ii
LÉLIE
Ma foi, tu me fais tort avec cette invective ; Mais, enfin, discourons un peu de ma captive : Dis si les plus cruels et plus durs sentiments Ont rien d'impénétrable à des traits si charmants. Pour moi, dans ses discours comme dans son visage, Je vois pour sa naissance un noble témoignage, Et je crois que le ciel dedans un rang si bas Cache son origine, et ne l'en tire pas.
MASCARILLE
Vous êtes romanesque avecque vos chimères ; Mais que fera Pandolfe en toutes ces affaires? C'est, Monsieur, votre père, au moins à ce qu'il dit; Vous savez que sa bile assez souvent s'aigrit, Qu'il peste contre vous d'une belle manière Quand vos déportements lui blessent la visière ; Il est avec Anselme en parole pour vous Que de son Hippolyte on vous fera l'époux, S'imaginant que c'est dans le seul mariage Qu'il pourra rencontrer de quoi vous faire sage. Et s'il vient à savoir que, rebutant son choix, D'un objet inconnu vous recevez les lois. Que de ce fol amour la fatale puissance Vous soustrait au devoir de votre obéissance, Dieu sait quelle tempête alors éclatera, Et de quels beaux sermons on vous régalera.
LÉLIE
Ah! trêve, je vous prie, à votre rhétorique.
MASCARILLE
Mais vous, trêve plutôt à votre politique; Elle n'est pas fort bonne ; et devriez tâcher...
LÉLIE
Sais-tu qu'on n'acquiert rien de bon à me fâcher? Que cliez moi les avis ont de tristes salaires? Qu'un valet conseiller y fait mal ses affaires?
MASCARILLE
(A part.) (Haut.)
Il se met en courroux ! Tout ce que j'en ai dit N'était rien que pour rire et vous sonder l'esprit. D'un censeur de plaisirs ai-je fort l'encolure. Et Mascarille est-il ennemi de nature?
Vous savez le contraire, et qu'il est très certain Qu'on ne peut me taxer que d'être trop humain. Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de père; Poussez votre bidet^ vous dis-je, et laissez faire; Ma foi, j'en suis d'avis, que ces penards chagrins Nous viennent étourdir de leurs contes badins, Et, vertueux par force, espèrent par envie ôter aux jeunes gens les plaisirs de la vie. Vous savez mon talent, je m'offre à vous servir.
LÉLIE
Ah ! c'est par ces discours que tu peux me ravir. Au reste, mon amour, quand je l'ai fait paraître, N'a point été mal vu des yeux qui l'ont fait naître; Mais Léandre à l'instant vient de me déclarer Qu'à me ravir Célie il se va préparer. C'est pourquoi dépêchons, et cherche dans ta tête Les moyens les plus prompts d'en faire une conquête. Trouve ruses, détours, fourbes, inventions, Pour frustrer un rival de ses prétentions.
MASCARILLE Laissez-moi quelque temps rêver à cette affaire.