ACTE PREMIER. SCENE DEUXIEME
{A part.) Que pourrais-je inventer pour ce coup nécessaire ?
LÉLIE Eh bien ! le stratagème ?
MASCARILLE
Ah ! comme vous courez !
Ma cervelle toujours marche à pas mesurés. J'ai trouvé votre fait : il faut... Non, je m'abuse. Mais, si vous alliez...
LÉLIE Où?
MASCARILLE
C'est une faible ruse.
J'en songeais une.
LÉLIE
Et quelle ?
MASCARILLE
Elle n'irait pas bien.
Mais ne pourriez-vous pas ?...
Quoi?
MASCARILLE
Vous ne pourriez rien.
Parlez avec Anselme.
LÉLIE Et que lui puis-je dire ?
MASCARILLE
Il est vrai, c'est tomber d'un mal dedans un pire. Il faut pourtant l'avoir. Allez chez Trufaldin.
LÉLIE
Que faire ?
MASCARILLE
Je ne sais.
LÉLIE
C'en est trop à la fin ; Et tu me mets à bout par ces contes frivoles.
MASCARILLE
Monsieur, si vous aviez en main force pistoles. Nous n'aurions pas besoin maintenant de rêver A chercher les biais que nous devons trouver, Et pourrions, par un prompt achat de cette esclave, Empêcher qu'un rival vous prévienne et vous brave. De ces Egyptiens qui la mirent ici, Trufaldin qui la garde est en quelque souci ; Et, trouvant son argent qu'ils lui font trop attendre, Je sais bien qu'il serait très ravi de la vendre : Car enfin en vrai ladre il a toujours vécu. Il se ferait fesser pour moins d'un quart d'écu ; Et l'argent est le dieu que surtout il révère : Mais le mal, c'est...
LÉLIE
Quoi, c'est ?
MASCARILLE
Que monsieur votre père Est un autre vilain qui ne vous laisse pas, Comme vous voudriez bien, manier ses ducats ;